‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 47 sur 102 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

{, — L'évolution des mœurs.

Il y avait dans les accusations des antijuifs algériens une certaine injustice, lorsqu'ils reprochaient aux Israélites d'être réfractaires à la civilisation française. De très grands progrès avaient été accomplis depuis le décret Crémieux. A cette époque, seules quelques grandes familles avaient adopté les mœurs et l'instruction française. Vers la fin du xix° siècle, une grande partie de la population israélite des grandes villes avait suivi cet exemple. L’enrichissement du pays, sélerminé par le développement du vignoble, avait permis aux petits commerçants israélites d'améliorer leur situation personnelle. Il s'était ainsi constitué une petite bourgeoisie juive, très pieuse, attachée à ses anciennes coutumes, mais assez intelligente pour avoir pris dans la vie européenne ce qui pouvait lui être utile, trait d'union entre l'aristocratie francisée et la plèbe restée orientale.

Les grandes familles ne se distinguaient guère des Euroréens dans leur vie, que par un goût du faste et du luxe un peu tapazeur parfois. Vêtus avez: une élégance recherchée, leurs membres aimaient à monîrer leurs beaux équipages, leurs bijoux, à donner de grandes fêtes imitées de celles des Rothschild ou des Erlanger que décrivait avec amour « Le Gaulois ». Les jeunes filles recevaient une éducation mondaine, apprenaient les arts d'agrément ; les jeunes gens suivaient avec plus de zèle les cours des lycées, où beaucoup se montraient brillants, que l'enseignement religieux des rabbins (1). On n’observait plus au foyer que les grandes fêtes religieuses, et encore n'était-ce pas parfois sans un sourire un peu sceptique (2). Entre un président de Consisloire comme Honel, Vénérable d'une Loze Maçonnique, avocat répulé et qui n'avait manifesté aucune réprobation contre le mariage de son fils avec une Française et l'humble colporteur israélite hurlant ses prières sans en comprendre le sens, il n’y avait aucun sentiment commun.

(1 N. LEVEN, Cinquante ans d'histoire : L'allianre israélite universelle, t. IX, p. 110 gi seq, À Cran en 1898 sur 649 prix, 119 furent remportés par des Israélites ; au lycée de Constantine sur 5/0 pr'x, 47 ; au collèse de jeunes filles d'Oran elles remportaient 97 prix et 117 accessits. DURIEU, Les Juis algériens, p. 196.

(2) WAHL, op. cil., L. 225 et seu.

Abandonnant l'ancestrale profession mercantile, certains orientaient souvent leurs fils vers les professions libérales. La médecine, art traditionnel chez les Israélites d'Orient, le droit les attiraient parliculièrement. Les avocats, les huissiers surtout étaient nombreux parmi eux (1). Mais la plupart continuaient à jouer dans le mond: commercial un rôle de premier plan. Ils avaient sur la Banque un monopole de fait. Witersheim, ancien directeur de la Bancue de l'Algérie à Oran, devenait en 1888 directeur du Crédit foncier et agricole c’Algérie ; son successeur était Israélite. La plupart des Bançues privées leur appartenaient (2). Un Weil était au tribunal de Commerce de Pône, un Salfati vice-président du Tribunal consulaire de Ccnslantine, un Berr membre de la Chambre de commerce d'Oran, d'autres étaient conseillers généraux ou conseillers municiraux. Puissants, riches, honorés de l'élite de leurs concitovens, ils ne demandaier:t qu'à se fondre dans celle-ci. Les Honel à Alger, les Isaac à Constanline, les Lévy à Oran s'’alliaient avec des familles françaises (3), cémontrant ainsi qu'ils faisaient litière des préjugés de race ou de religion, Les jeunes Israélites riches courtisaient les actrices ou les demoiselles de petite vertu chantant dans les cafés concerts et se glorifiaient d'avoir de maîtresses françaises ou européennes, comme si ces liaisons les vengeaient de leur mise en quarantaine par les Algériens (4).

Toutefois, 1ls conservaient leur autorité sur les membres de Ïla communauté qui les élisaient au Consistoire parce qu'ils reprécenlaient les familles des chefs traditionnels ou parce qu'ils leur etaient . utiles.

Les petits marchands ou les ouvriers israélites demcurairné, en effet, respectueux des traditions. S'ils avaient adosté le costume français que seuls les vieillards ou les mernbres de certaines communautés relardataires de l’intérieur du pays portaient encore, ils étaient loin de vivre en Occidentaux. Beaucoup parlaient encore un jargon conirosé de mots français et arabes qu'ils entremêlaient indifféremmens ; tous avaient un accent particulier, un zézaiement assez prononcé qui les faisait railler par leurs ennemis (5). Entre eux, ils parla:ent soit

(1) A Constantine on trouvait 2 médecins, 2 huissiers et un vétérinaire israélites : à Oran, 2 médecins également. Sur 3 avocais de cette ville 5 éta ent isiaéliites. À Alger, Honel, Darmon comptaient parmi les meilleurs avocats. DURIEU, « Les Juifs algé- Tiens », Commission d'Enquete parlementaire, 1er juillet 1900, p. 3°?.

(2) A Oran, il y avait 4 banquiers israélites Sur 9 ; à Tlemcen 12.

(3) MEYNIE, chap. V

(1) Commission d'Enquéle. Déposition Patrimonio. Enquête parlementaire, 14 £uin 19°0.

(5) M. COHEN. op ct. a reproduit dans son ouvrace des exemples nris dn9s un article de « M. sio Kfouss » paru dans les « Annales «a ricaines ». 17 juillet 1209.

« Ce ni pas Sans ouakhed vive émotion qui 7'attrape Ja parole, pasquiz’ on sais pas Guis qui je men vas ire, i par quel bout zi suis comtnencé.…. c’'it à dère por vo Xprimi l'sentiment qui palpité ja, dedans mon galbi ». « Chekoune 1k hab ihemel pretestation ? Parscn idit mot ? On fois, Au fois, trois fois ? Mékène izid.… alors. aaadjaudiji ! ». que

‘C'est le type du langage parlé par la basse classe composée souvent de Marcca ps. .

le sabir, soit l'arabe, mais ce dialecte reculait reu à peu (1). Ils continuaient à habiter les vieilles maisons de leurs ruelles infectes, toute la famille groupée dans une ou deux pièces sales, sans air ; aux approches du grand pardon, les poules, qu'ils avaient achetées pour les échanges rituels, étaient mises dans les chambres où ils couchaient, souvent sur des nattes, faute de lits, parfois un chien ou chat complétaient l'effectif familial (2).

Ils avaient conservé le goût des feslins, la coquetterie, l'amour des bijoux ; les jours de fêtes ils s'empilaient dans des calèches et, vêtus de longues jaquettes et de chapeaux qu'ils n’ôtaient jamais de leur tête — leurs ancêtres retiraient-ils leur chéchia ? — souvent poussiéreux, mais toujours porteurs de bagues, de montres, de chaînes d'or uu d argent qu'ils avaient dégagées du Mont de Fiété quelques jours auparavant et qu'ils s’apprêtaient à y reporter ensuite. Les femmes et les enfants les suivaient. Beaucoup de Juives étaient encore vêtues à la mode indigène, gardant le châle chamarré autour du corps, la coiffe noire sur la tête, les lourds bracelets et les colliers massifs qu'on se transmettait de génération en génération. Les bourgeoises restaient I: plus souvent dans leur logis, préparant les mets, nettoyant la maison à la veille des fêtes, occupées à élever une progéniture nombreuse, sinon bien soignée. Le proverbe ne disait-il pas : « une chambre pleine de fils vaut mieux qu'une chambre pleine de bœufs, de moutons, de froment et de louis d'or », Les femmes du peuple travaillaient souvent à la confection de vêtements indigènes jour un salaire de 0 fr. 75 à 2 francs par jour ou comme modistes, couturières, femmes de mérage, le prix de leur journée ne dépassant pas 4 francs (3). Mariées très jeunes, — vers l’âge de seize ans — elles restaient éloignées du culte et de la vie de la Communauté. L'idéal de l'épouse ne différait guère de celui de la femme forte selon l'Ecriture, par là, les Israélites clgériens restaient de purs Orientaux.

Bien des choses dans leurs cérémonies dénotaient encore l'influence arabe, le mariage, par exemple. Lorsqu'une jeune fille devait se marier, on exhibait son trousseau, puis on lui apnortait solennellement sur un plateau des batouches rour elle, sa mère et ses sœurs, on Jui teignait de henné les mains et les plantes de pieds et les invités, eux aussi, se faisaient brunir les mains. Quelques jours anrès, la mariée allait au hammam en grand cortège et se plongeait dans le

1) Zbid., p. 482.

(2) Dans le départements d'Oran, sur 5.921 ménages, 2.344 habitaient une seule pièce et 1.220, un logis ne recevant le jour que par la porte. À Alger, sur 3.153 ménages, 1.143 vivaient dans une chambre et 601 dans une p'êce sans fenêtre. À Constantine, sur 2.628 ménages, 1.486 étaient dans le premier cas et 902 dans le second. DURIEU, « Les Juifs alyériens », p. 373.

(3) N. LEVEN, op. cil., p. 140 et seq.

« mikvé », tandis que les invités poussaient des cris stridents pour marquer leur joie (1). Le lendemain, le marié devait se rendre à con tour au hammam avec ses amis et il payait pour eux le prix du bain. À son retour au logis, où la mariée avait été conduite en coriège, le rabbin célébrait le mariage. L'habitude de recevoir le lendemain les amis du marié et de leur montrer la chemise de nuit de l'épouse ne s'observait déjà plus, de même qu'on ne recevait plus l'entremetteuse qui venait jouer du tambourin et chanter des chants de noce. Mais tels qu'ils étaient suivis, les rites locaux du mariage restaient bien proches des cérémonies des Musulmans. Sans doute, certains jeunes gens instruits souriaient de ces turqueries et, avec le temps, celles-ci tendaient elles à se simplifier. Mais, rar respect pour leurs parents, ils les observaient et ainsi, bon gré, mal gré, ils perpéluaient la tradition judéo-berbère (2).

Le plus souvent d’ailleurs, les Juifs algériens respectaient ces coutumes avec piété. Dans les communautés de l’intérieur du pays, beaucoup, conservateurs résolus, boudaient encore la civilisation, contiruaient à envoyer leurs enfants aux écoles israélites. « Il faut reconnaître que depuis la naturalisation en masse des Israélites qui remonte à 1870, les Israélites de Constantine ne sont pas réellement assimilés à la population française, puisque, outre le costume distinct conservé par toutes les femmes et la langue propre qu'ils emploient toujours entre eux, ils tiennent à voir leurs enfants, filles et garcons, « être instruits dans une école spéciale distincte de l’école nrimaire publique », écrivait un membre de la commission d'enquête sénatoriale (3).

Or, on a un bon tableau, tracé par l'animateur de l'Alliance israélile, Leven, de celle marmaille des midraschim (4) « débraillés, malpropres, hurlant leur jargon judéo-arabe, ne connaissant du français que ce que l'on apprend dans la rue, mal accoutrés dans leur costume indigène, pieds nus, la tête enfoncée dans une chéchiàa noire, on se demande, écrit-il, si, en vérité, ces enfants ont jamais franchi le seuif d'une classe » (5). Avec une telle éducation, ils devaient rester toujours très éloignés de la civilisation française, ce qui expliquait la lenteur de l’évolution de la comunauté constantinoise.

(1) Le « mikvé » est la cuve construite suivant certaines prescriptions spéciales où les femmes juives sont tenues d'aller se plonger après la période menstruelle avant de reprendre les rapports sexuels avec leur mari. Les bains maures d'Alger possèdent des. mikvé et sont très fréquentés par les Israélites. — COHEN, op. cit., p. 504.

(2) M. CCHEN., op. cil., p. 503 et seq

J1 y a dix ans on voya t enco'e fréquemment des cortèges nuptiaux israélites parcourir les rues du quartier israélte d Oran. Le fait est devenu bien plus rare.

(3) PENSA, 0pD. cil., p. 264.

(4) LEVEN, op. cil. 11, p. 1.0 et seq

(5) 11 en éiait un peu ainsi dans toutes les communautés de l’intérieur du pays. En 4900, le rabbin Meyer disait devant la Commission d'Enquête : « Nos coreligionnaires, à Tlemcen, pa'lent le plus souvent arabe, c’est exact, mais la jeunesse israélite commence à y parler le français ». Le délégué du Consistoire, Sultan, dépose, assisté d'un interprète militaire car il ne paile que l’arabe. Sur une population de 6.000 âmes ik u'y avait que 1.000 lettrés. — Corn. d’Enq. parl. dépos. du rabbin Meyer, p. 348,

Même dans les grandes villes du littoral, où les progrès avaient été réels, les mariages « more judaïco » se Célébraient avec la complicité de vrétendus rabbins. Le secret restant bien gardé, il fallait un scandale pour que l’on apprit l'affaire (4). La presse antijuive triomphait alors bruyamment, les Consistoires absolvaient ou portaient plainte contre le faux rabbin ou l'époux bigame. Mais le fanatisme des petites gens était trop fort pour qu'on pût l’anéantir en quelques années. Des croyances anachroniques, des superstitions étranges les animaient encore (2). Crédules, prêts à recourir en toutes occasions aux services de sorciers même arabes ou espagnols, ils réagissaient violemment contre quelques jeunes hommes qui osaient ouvrir leur boutique le jour du sabbat et qui mangeaient publiquement de la viande de porc (3).

En dépit de l'effort des rabbins et des Consistoires depuis 1845, la religion restait pour eux une succession de rites et de gestes dont le sens et l’origine leur échappaient.

« À Constantine, rien de ce qui constitue l'essence même du Judaïsme ne subsiste plus : des rites, des mots, des gestes, des usages, voilà en quoi se résume toute la religion de nos frères. Maïs pourquoi ces mots, que signifient ces gestes ou ces rites ? Où puisent-ils leurs sources, que rappellent ces usages ?.. Ne le demandez pas à leurs chefs, ils l’ignorent » (4).

Cette aggravation de l'ignorance religieuse des Juifs algériens était due à la laïcisation des écoles qui, sauf à Constantine, avaif déterminé la disparition des établissements scolaires confessionnels. Les midraschim qui fonctionnaient encore, servaient davantage à garder les enfants qu'à leur instruction. « A Oran, ils sont tenus, dit Leven, par des malheureux qui n'avaient de rabbins que le nom » : à Alger, un pieux notable fondait en 1894 une école subventionnée par le Consistoire et aidée par de nombreux donateurs, mais sans méthode pédagogique, il n'obtenait que de médiocres résultats (5).

Dans ces conditions, une crise de foi devait éclater dans la communauté. Les jeunes intellectuels, en face des rabbins indigènes qui partageaient toutes les surerstitions populaires, n'éprouvaient aucun respect. Les Algériens faisaient ostensiblement parade de leur

() Echo d'Oran, 9%5 avril 1892, 6-27 novembre 1895, 81 janvier 1896, Vigie algérienne. Dépêche algérienne, décembre 1896.

2) Au cours d’une affaire de viol, l'inculpé, un Israélite, dit que souffrant d'une maladie vénér enne, il a cherché à se guérir, les rapports sexuels avec une vierge constituant un remède infaillible, £Echo d'Oran. 30 juillet 1893. En avril 1894, la communauté juive est prise d’une grande terreur à l’idée que la fin du monde va arriver dans la nuit du 43 au 14. Les Musulmans et les Espagnols sont agités d'une même crainte, Æcho d'Oran, 35 avril 1894. En septembre 1924 on a été témoin à Oran d'un mouvement analogue mais bien plus rédu t dont on n’a jamais pu découvrir l'origine.

(3) Echo d'Oran, 7 mai 1894, 31 janvier 1826.

(4) N. LEVEN, op. cil., p. 140 à 154.

(5) 1btd.

athéisme ; soucieux de les copier en tous points, quelques jeunes Israélites abandonnaient leur religion, faisant les esprits forts ou, tout au moins ils renonçaient aux pratiques rituelles si importantes dans le Judaïsme. D'autres plus pratiques exigeaient pour accomplir les cérémonies religieuses qui libéraient leur femme en cas de divorce (gueit) ou leur belle-sœur (halitsa) que celles-ci leur versassent une indemnité (1). Certains négociants concurrençaient les produits taxés par le Consistoire, d'autres ne faisaient pas tuer les bêtes par les schohets officiels. Tout à leurs luttes de clans ils allaient jusqu'à attaquer les rabbins en chaire ou à les dénoncer à la justice séculière (2). Le virus occidental introduit dans le vieil organisme juif y étendait ses ravages. Ne voyait-on pas certains publicistes israélites, comme Tubiana à Alger, et Vidal Chalom à Oran attaquer violemment les membres des Consistoires, leur reprocher d’abêtir leurs administrés et conclure par des appels à la raison ou des condamnations de « l’opium du peuple » conformes aux dogmes révolutionnaires (3).

En présence de ce dangereux mouvement les Consistoires se montraient d’une rigueur impitoyable. Un Israélite de Saint-Denis, du Sig, ayant mangé de la viande « non cachir », on refusait d’inhumer le cadavre de son enfant jusqu’à ce qu'il fit amende honorable et qu'il payât une forte amende ; un autre ayant tué ses poules lui-même avec un « couteau sacré » mais sans l'intermédiaire d’un schoheë se faisait condamner par le rabbin de Saïda à la mort morale. Cet homme, père de sept enfants, était aussitôt mis à l'index par tous les Israélites de la ville et, privé de ressources, devait lui aussi se repentir publiquement de son crime (4).

La masse restait fidèle à ses dirigeants mais des infiltrations occidentales commençaient à se produire dans le ghetto moral où elle restait enfermée. La formation d’une classe intellectuelle, volontiers frondeuse, devait en ce sens avoir une importance décisive dans l’évolution de la société israélite. En même temps qu'elle symbolisait la rupture avec la tradition commerciale, elle rompait avec l'organisation religieuse qui plaçait la communauté sous la direction de la féodalité des notables. Cette révolution allait donner aux luttes de clans une intensité plus vive encore que précédemment.

(1) Arch. Cons. Cent., 13 novembre 1894, 5 février 1901.

(2) Echo d'Oran, 24 avril, 28 mai 1886. Arch. Cons. Cent., 20 octobre 1896 et 14 avril 1891. (3) TUBIANA, « Le Juif, ce qu'ùit est, ce qu'il doit être ».

(4) MONCLAR, op. cil., p. 20. Echo d'Oran, 6 décembre 1899.

15, — La lutte des jeunes et des anciens.

La conquête du Consistoire demeurait l'enjeu. A mesure que le presiige des grandes familles déclinait, la nécessité de disposer de la caisse de secours de la Communauté se faisait plus impérieuse. Les budgets consistoriaux s'étaient prodigieuserhent enfiés, mais ils accusaient un déficit chronique. En 1892, par exemple, les recettes s'élevaient à Alger à 138.867 francs, et les dépenses à 140.171 francs (1). S'il ne faut pas trop tenir compte de ces chiffres, le seul énoncé des œuvres subventionnées par le Consistoire et des secours qu'il distribuait montre que, plus que jamais, la vie de la Commurauté israélite dépendait de lui. Depuis l’école religieuse jusqu'à leur mort, qu'ils fussent écoliers, gymnastes, apprentis, conscrits, commerçants, ouvriers ou prisonniers, le Consistoire leur apportait sa manne bienfaisante. Comment les bénéficiaires de ces largesses n'eussent-ils pas écouté et suivi docilement ceux qui avaient prouvé au cours de leur gestion qu'ils étaient des « seigneurs à la main ouverte » ?

C’est pourquoi. « les progressistes » leur reprochaient avec véhémence de faire de la démagogie, sous prétexte de bienfaisance et prêchaient la révolte contre leur autorité. Le grief ne constituait pas une grande nouveauté, mais le « parti des’ jeunes » n’avait rien non plus d'’inédit. C'était l’ancien çof minoritaire qui, allié à quelques « modernistes », avait rajeuni ses thèmes. Entre le Benichou qui combattait Kanoui au commencement de l’Empire et celui qui voulait détruire la puissance du Grand Electeur Oranais, il n'y avait qu'une différence de vocabulaire. Au fond, la rivalité héréditaire des çofs continuait mais dissimulée sous les mots de progrès, de raison, d'honnêteté et de respect du suffrage universel. L'habileté de ces jeunes consista à ‘aire appel à l'opinion publique algérienne en montirant aux Algériens que les procédés politiques des Kanouï et des Honel les indignaient autant qu'eux.

Qu'un rabbin, partisan de leurs adversaires, prononçât quelques mots imprudents contre l’école laïque, ils s'en emparaient, ameutaient l'opinion contre ce clérical rétrograde et obtenaient son change-

(1) 11 est vrai que le préfet d'Alger signalait comme douteux 106.670 frs, soupconnant le Consistoire d’avoir forcé la note pour qu'on lui attribuât une subvention plus forte que celle qu'il aurait eue. Les sommes consacrées à la bienfaisance se répartissaient ainsi : Secours mensuels, 3.585 fr. ; subventions à des œuvres, 2.000 ; conscrits, CO0 ; subventions à l'école du travail et prix, 4.060 ; subventions à l’ouvroir, 3.000 ; subventions au comité de bientaisance israélite, 73.030. Bourses, livres, Subventions aux midraschim, 1.910 ; secours accidentels ou temporaires, 5.000 ; subventions à œuvres de bienfaisance et sociétés diverses, 2.050 ; frais de nourriture aux détenus à Pâques, 350. Le budget soumis au Conseil Municipal s'élevait à 40.293 fr. 90 pour les recettes, et 16.591 fr. 80 en dépenses.

ment (1). Ils prétendaient, pour arrêter le mouvement antijuif, faire c>sser toutes les pratiques électorales des Consistoires qu'ils proclamaient odieuses. Un groupe de vingt-sept notables, chefs du parti jeune Israélite d'Oran, se constituait en Comité avant les élections de 1892 et, dans une proclamation adressée aux journaux, exposait le programme des réformateurs :

« Le but de ce Comité est de ramener le Consistoire israélite à son véritable rôle qui consiste à s'occuper d'œuvres de bienfaisance, organiser des sociétés de secours, d'apprentissage et d'agriculture.

« Le Comité leur imposera l'engagement d'honneur de ne pas s'immiscer dans les questions politiques et de ne jamais intervenir dans les élections... » (2).

Pour briser la force des dirigeants au pouvoir, ils cherchaient même à concurrencer victorieusement les produits sur lesquels ceux-ci levaient des taxes, en vendant à meilleur compte que les prix officiels. C’est ainsi qu'un certain Sultan ayant vendu au moment de la Pàâque de la farine qu'il n’avait pas acheté aux magasins consistoriaux, fut condamné par le tribunal rabbinique. Il traduisit les rabbins devant les tribunaux et les fit condamner à son tour (3).

Devant ces sursauts, l'opinion algérienne se réjouissait. C'étaient des signes dans le ciel annonçant l'émancipation réelle des Israélites que, sauf les antijuifs militants, tout le monde souhaitait.

« Ces histoires-là ne sont pas pour nous déplaire, écrivait l'Echo d'Oran, bien au contraire, elles montrent un état d'esprit qui nous comble de joie. Les Israélites oranais cherchent à se soustraire à l'influence néfaste à laquelle ils sont soumis. Félicitons-nous en et ne regretions qu'une chose, c'est que ce mouvement se produise si tard ».

Il semble que le caractère personnel de ces querelles ait alors complètement échappé aux observateurs algériens. Ayant porté leurs luttes devant l'opinion, les jeunes Israélites tiraient de la manœuvre tout le profit qu'ils avaient attendu. Leur victoire pouvait arrêter le flot montant de l'antijudaïsme, en prouvant qu'il ne fallait pas désespérer de l'assimilation des Israélites. C'est soutenus par tous les éléments sages de la colonie qu'ils se présentèrent aux élections consistoriales de 1892.

« N'en déplaise à ceux qui prétendent que les Israélites sont à tout jamais figés dans un mouie hiératique d'où il est impossible de les

(1) Le rabbin de Fône, Stora, fut dénoncé ainsi par Seyman pour avoir hlâmé l'école Ja‘que dans un de ses sermons : il fut suspendu par le ministre des Cultes et. bien que reconnu innocent par le Consisto're Central. déplacé à Médéa, Arch. Cons. Cent., 18 octobre, 29 nov. 1892. Journaux algériens. Seybouse notaminent 95 juillet à 1er décembre 1892

{2) Echo d'Oran, 24 octobre 1892.

(3) Echo d’'Uran, 21, 26, 928 mai, 24 août 1890.

faire sortir, le progrès des idées, l’envahissement de ia litre pensée et le besoin de discussion ont pénétré même dans les milieux consistoriaux... Il y a dans ce fait plus qu’un symptôme : nous y voyons la poussée en avant des jeunes en train de secouer un joug suranné et résolus à faire en avant un pas qui les rapproche de l'assimilation. À ce point de vue, il faut bien avouer que le groupe des jeunes Juifs arrive juste à temps » (1).

A Oran, l'éternel Kanoui réussit cependant à conserver son souvernement. Son prestige personnel et les services renttus à la cemmunauté le rendaient invulnérable. Les jeunes ne purent grouper que la moitié environ des suffrages obtenus par les Kanouistes (2). Les habituels trafics électoraux et les habituelles bagarres avaient marqué ce scrutin : un adversaire du Président du Consistoire avait été à demi assommé par les chaouchs de celui-ci ; à Saint-Denis du Sig, des Européens ayant été pris dans une mêlée, un mouvement antijuif faillit se produire. Dans ce fief du conservatisme israélite, les jeunes avaient cependant réussi à progresser.

A Alger, ils obtinrent la victoire. Encore n'est-il ras sûr que la tradition indigène n'ait pas joué dans ce vote. Les adversaires de 1871 se retrouvaient aux prises. Mais l'avocat français Honel, allié des politiciens modérés, passait pour un conservateur, tandis que l’ancien président David Kanoui, parce qu'il avait été, jusqu’en 1835, conseiller municipal radical, faisait figure de réformateur. On voit combien ces classifications étaient arbitraires : les étiquettes de 1871 étaient inversées, sans qu'on sût trop pourquoi. Le seul fait précis c'était la condamnation de l’ingérence consistoriale dans la politique que formulait l'opposition. Mais jusqu'à quel point ces sentiments vertueux étaient-ils sincères ? La façon dont se déroulèrent les opérations électorales ne dénotait pas, en effet, un grand resrect de la volonté ponulaire. A Médéa, on avait distribué de l'argent ; à Alger, Horel avait fait inscrire, la semaine précédant le vote, 53 Israélites, et son secrétaire 369, renfort de dernière heure pour ses amis. Il y avait tant de faits semblables que devant la faible marge existant entre les derniers candidats de la liste majoritaire et le premier des vaincus, Honel, le Consistoire central admettait que le résultat acquis était très discutable, mais qu'i: valait mieux ne pas procéder à de nouvelles élections (3). La liste des progressistes qui comprenait, outre David Kanoui et Fitoussi, deux représentants des plus grandes familles indigènes, Chaloum-Lebhar et Joseph Aboulker, était élue

(1) Pépéche alyérienne, 2 décembre 1892.

(2) Simon Kanoui obtint 2.782 voix, Moïse Lévy, 2.591 et Isaac Karsenty 2.675 voix. La liste opposée n'eut que : David Saffar, 1.3°2 suffrages ; Medioni Chaloum, 1.117 et Moïse Elghozi, 1188 £cho d'Oran, 6 décembre 1892,

(3) Arch. Cons. Cent., 21 mars 1893.

tout entière (1). Sans doute, le prestige de ces grands noms n'était pas étranger au succès que la presse salua comme la preuve de la rupture des Israélites avec leurs anciens errements. « C'est la vicloire des principes de coalition sur les idées de lutte à outrance qui semblaient prévaloir jusqu'ici », « c’est la victoire du parti libéral contre le parti intransigeant », disaient les journaux (2). Et, optinusles, iis attendaient la solution Jde la question juive, nor par des mesures législatives mais par une réforme de la comuutaäulé éllemême, grâce aux conseils de ses nouveaux dirigeants.

UE, —- La victoire des « vieux ».

En fait, une période de luttes plus acharnées encore qu'auparavant s'ouvrait. Les jeunes allaient tenter de consolider l'avantage acquis en chassant du Consistoire les derniers membres du parti des vieux qui, n'étant pas renouvelables à ce tour, y étaient demeurés. Les vieux, en dénonçant les fraudes, en les accusant de mauvaise gestion, en suscitant des crises par des démissions individuelles ou une opposition systématique, voulaient montrer l'insuffisance de leurs adversaires.

C’est surtout à Oran que, la division étant la plus profonde, la bataille fut la plus violente. Simon Kanoui, que ses adversaires ne ménageaient pas, ripostait en édictant des mesures de rigueur contre eux, en faisant exhumer, par exemple, le corps d’un membre de la famille Akiche, sous un vague prétexte, malgré l’avis défavorable du grand rabbin (3). Après sa défaite électorale, le parti des jeunes, pour détacher du Président du Consistoire sa clientèle, ouvrit des boucheries de viande kascher dont les bêtes étaient tuées selon les rites par des sacrificateurs non autorisés qui ne prélevaient pas de taxe. De ce fait, leur marchandise était bien moins coûteuse que la viande des boucheries consistoriales qui furent délaissées. En moins de deux heures, le jour de l'ouverture des boutiques de « l'alliance », celles-ci furent vidées de leur contenu. L'imvnôt sur la viande s'élevant à 80.000 francs à Oran, cette désastreuse concurrence risquait de tarir les revenus du Consistoire et, du même coup, les distributions de secours aux indigents. Kanoui et le grand rabbin prononcèrent alors l’excommunication contre les rebelles, mais devant le tort causé aux pauvres par la diminution des recettes, on fit appe! au Consistoire Central qui ramena la paix en faisant entrer un tiers des membres de la minorité dans le Comité de bienfaisance.

(1) Les suffrages se répartissaient ainsi : Lebhar 11/9 voix, Kanoui 1144, Aboulker 1054, Fitousssi 1043, élus ; Honel 964, Boucris 849, Darmon 835, Ben Simon 705.

(2) Dépêche algérienne, Akhbar, 8 et 9 décembre 1892.

(3) ArTCh. Cons. Cent., 18 octobre 1892.

Quelques mois après, la lutte reprenait, causée par la rivalité du Président du Consistoire et du grand rabbin Netter. Les rabbins français se savaient souvent mal jugés par les indigènes et ils considéraient les postes algériens comme si peu enviables qu'ils n’y allaient pas. Le Consistoire Central pour les contraindre à se rendre en Algérie avait décidé de refuser la délivrance de leur dirlôme aux jeunes rabbins qui, nommés, refuseraient ces postes (1). Netter, qui avait déjà eu des embarras pendant son séjour à Médéa, était lui-même favorable aux réformistes qui aidaient les Israélites français établis à Oran, mais il essayait officiellement de concilier les deux parlis. Kanoui lui en tint rigueur et entre ces deux hommes également orgueilleux et avides de pouvoir, une solide haine s'établit (2). Il en résulta une effroyable confusion. La communauté se trouva divisée en partisans de Kanoui, de Benichou et du grand rabbin, trois clans s’alliant ou se séparant pour mieux écraser l'adversaire. L'opinion publique, qui avait prêté attention aux jeunes, ne tarda pas à se détourner de gens qui donnaïent un aussi ridicule spectacle. La ville se gaussa de ces batailles, elle surnomma les kanouistes Îles « panamistes », les jeunes, « datoméens », et les gens du- rabbin les « hovas » (3). Lorsque les journaux racontaient comment des rabbins panamiste et dahoméen s'étaient battus dans la synagogue et avaient été condamnés par le tribunal correctionnel, elle s’amusait franchement, mais elle se demandait par quelle aberration on avais pu croire que ces Orientaux, hurlant et gesticulant comme des pantins, deviendraient un jour semblables aux Français.

Les lettres ouvertes, les dénonciations suivies de procès se succédaient sans trève. Un jour, Kanoui était accusé de falsifier les compes de la communauté (4), le lendemain on lui reprochait de ne pas: payer les fournisseurs du Consistoire (5). Il rénliquait en demandant en termes virulents l'éloignement de Netter ou en reprochant aux bouchers hovas — car le moyen de pression ayant été trouvé bon, avait été également utilisé par les partisans de Netter (6) — de vouloir la mort des pauvres. Dans ce déchaînement de passions, personne ne semblait prendre garde au discrédit de la population israé-

{1) Arch. Cons. Cent. 2 juillet 189. Cette décision fut prise à la suite d’une plainte des Tlemcéniens qui, pendant 8 ans, étaent restés sans rabbin. J , (2) Voici un texte savoureux de Netter adressé le £5 janvier à Combes : « Mes convictions si p ofondément républicaines jo:ntes à la plus grande indépendance de caractère, à une intransigeante honnêteté, à un dévouement et à une abnégaticn alsolte, à un espr t de conciliat'on d’une sincérité à toute épreuve, à une dignité de vie irréprochable gènent.… » Avec une si haute idée de sa valeur, le grand rabbin ne pouvait guère s'entendre avec l’impérieux président du Consistoire.

13) £cho d'Oran, 30 août, :3 octobre 1898.

(4) Vigie algérienne, Lcho d'Oran, Petit 1 anal, 6 rnars, 5 juillet 1895 ; Arch. Cons. Cent., 721 fevrier 1893, 21 mars 183. # (5) l'elo d'Oran, 17 avril, juin 18C6. Arch. Cons, Cent., 28 nov. 1853. (6) Echo d'Oran, Petit Fanal, 4 nov. 1595. }

lite. Un des chefs dahoméens ne poussait-il pas l'’antikanouisme jusqu’à reprendre le projet Sabatier contre les Consistoires et à blâmer le décret Crémieux parce que prématuré ? (1).

Le symbole du désarroi de la communauté c'était la grande synagogue dont on avait décidé la construction en 1877 et qui, commencée alors, n'avait pas été achevée, faute de fonds, car les antikanouistes refusaient de verser leur part de souscription. Les galopins du quartier s’y donnaient rendez-vous pour se battre et le lieu qui aurait dû servir à chanter les louanges de l'Eternel retentissait certaines nuits d'été des cris des prostituées mauresques et des mélopées indigènes (2).

Ce scandale continuel dont s’indignait le Consistoire Central (3) n'élait pas l'apanage exclusif du Consistoire d'Oran. Sauf les débordements dans la rue, les rivalités et les passions semblaient aussi violentes à Alger et à Constantine. A Alger, Honel et Kanouï s’accusaient mutuellement de malversations dans leur gestion et le Consistoire Central notait bien, en effet, un grand désordre dans ia comptabilité. Le grand rabbin Weill démissionnait, puis David Kanoui, en conflit avec le Consistoire Central, l’imitait. A Constantine, à la suite de démissions successives, il restait seulement en fonction trois membres laïques qui, ne rouvant pas s'entendre, se retiraient à leur tour. En 1896, l'anarchie était à son comble, et le Consistoire Central ayant dissous les organismes d'Alger et d'Oran, les Israélites des trois provinces se trouvaient démunis d'administration religieuse (4).

Les électeurs devaient de nouveau décider, mais l’opin:n salgérienne suivit sans sympathie cette fois la lutte. L’imnuissance des jeunes s'était manifestée de façon si éclatante, l'agitation stérile qui avait suivi avait si bien montré l’impossibilité d’une réforme qu'on ne S'intéressait plus aux Israélites. Du reste, qu'avaient fait les jeunes pendant leur règne éphémère ? En dehors d'agréables querelles renouvelées de l’Ancien Testament, rien !

‘« Aux élections municipales de 1892, il existait un parti de jeunes qui marcha résoiument contre les vieux, observait un journaliste. Qu'a-t-il fait en quatre ans ? Quelle est son œuvre ? Il a bénéficié de la campagne en se faisant attribuer pour prix de son concours une écharpe d'adjoint. Que nous a-t-il rendu en échange ?.. Cette appellation de jeunes ou de vieux n'existe qu'à l’état intermittent. Elle

(1) Echo d'Oran, 20 juin 1895.

(2) Ibid., 18-20 sept. 1894. Arch. Cons. Cent.

(3) Arch. Cons. Cent., 22 octobre 191.

(4) 1bid., 13 nov., 17 décembre 189%, 96 février, 7 mai, 8 octobre, 23 décembre 1895 16 juin, 30 juin, 24 septembre 1896. { } s

ne se révèle qu'à l'ouverture des périodes électorales. C'est qu'elle n'est qu'une fallacieuse étiquette destinée à tromper les naïfs.. » (1). Les vieux revinrent au pouvoir dans les trois départements. Les jeunes avaient provoqué trop de scandales et ils avaient soulevé la colère des misérables qu'on avait, faute de fonds, réduits à la porlion congrue. Leur tactique était la cause même de leur défaite. I es çofs s’accordèrent alors un moment de répit, avant de reprendre leurs intrigues, mais le danger antijuif qu'ils avaient négligé jusqu'alors, qu'ils avaient même renforcé imprudemment par leur dénonciations réciproques, allait les contraindre à l'union et à la paix.

fi) Echo d'Oran, 29 janvier 1896.

Page 1