‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 67 sur 102 · Les fautes du parti antijuif · texte numérisé non relu

Les fautes du parti antijuif

L'arrivée à Alger du Gouverneur Général Jonnart laissait espérer une détente. Le Gouverneur conviait ses administrés à oublier leurs énervantes rivalités en travaillant en paix. Il invitait ses préfets à conserver une réserve absolue dans les luttes politiques (1). La plupart des Algériens ne pensaient pas autrement. Régis, décidément repenti, maintenait les revendications de ses partisans, mais il se mettait d'accord avec le Gouverneur pour ne plus parler de la question juive afin de pouvoir collaborer sans heurts (2). Au reste, l'extension de l’amnistie aux condamnés antijuifs, vainement demandée par les parlementaires algériens depuis 1898 et accordée pour complaire à Jonnart, montrait l'intérêt que la population avait à ne plus combattre systématiquement le Gouvernement.

A ce moment le chef antijuif songeait à porter la lutte à Paris même, car il pensait avec raison que l'Algérie n'aurait jamais satisfaction tant que les républicains se maintiendraient au gouvernement. Entraîneur d'hommes à Alger, il croyait qu'il obtiendrait un succès égal auprès des ouvriers français et, en plein accord avec Drumont et Rochefort, il posa sa candidature au siège législatif du XI° arrondissement de Paris. Son départ se fit en grande pompe. Un Algérien partait à la conquête de la Métropole. Ses partisans ne doutaient pas du succès de son entreprise. La lutte électorale fut suivie d'Alger avec passion. Les antJjuits adressaient aux Parisiens des ordres du jour et des adresses leur recommandant Régis, tandis que les Socialistes adressaient aux candidats de leur opinion des dénonciations énergiques contre lui (3). L'échec de Régis, battu à la suite

(1) Presse algérienne, 22 octobre 1909, 8 novembre 1900. Circulaire Jonnart aux préfets, 15 décembre 1900 : « En recevant le personnel des bureaux du Gouvernement Général, je lui ai rappelé que j'avais le devoir d'exiger de tous les fonctionnaires de l'Algérie le plus complet dévouement au Gouvernement de Ja Répubilque. Mais j'ai ajoulé que ces fonctionnaires étaient tenus, en présence des manifestations de Ia politique locale, à une réserve et à une discrétion dont ils ne sauraient se départir en aucun cas. :

« 11 importe au bon ordre et à la dignité de l'administration que cette règle de conduite soit adoptée et strictement observée par tous les fonctionnaires sans exception.

« J'ai le regret d'apprendre dès mon arrivée en Algérie qu'en des circonstances récentes, certains agents n'avaient pas gardé l'attitude discrète et réservée que commandent leurs fonctions... Si de pareils faits venaient à se renouveler je n'hésiterais pas à sévir ».

(2) Presse algérienne, 11 novembre 1200.

(3) Séance du Comité antijuif, 18 novembre 1900 et 15 février 1904.

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