‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 69 sur 102 · LA FIN DU MOUVEMENT ANTIUIF · texte numérisé non relu

LA FIN DU MOUVEMENT ANTIUIF

dans le département d'Alger, probablement poussés par la faim, les Beni-Menasser se révoltèrent, pillèrent des fermes, volant les bijoux, l'argent, les armes, tuant huit personnes et en blessant huit (1). L'administration algérienne, prise au dépourvu, semblait nettement responsable, par sa carence, de cette catastrophe. On ne manqua pas de le lui dire.

« Cet événement, écrivait Viviani dans la « Lanterne » dénote d'abor‘ de la part des autorités militaires et civiles locales une incroyable cécité.

« Depuis trois ans, les gouverneurs généraux n'ont eu d'autres fonctions que de combattre et d'enrayer l'antisémitisme. A Alger surtout, ils se sont laissé accaparer par la politique locale, n'ont éveilié leur esprit qu'au tumulle sauvage de la rue et ont perdu du regard les profondeurs du pays en apparence endormi ».

En Aigérie, on s'effraya. La méfiance des colons à l'égard des indigènes supplanta leurs autres sentiments. Déjà, en Oranie, en 1397, la persrective des mouvements arabes contre les Israélites avait arrêté les Algériens dans leurs expéditions runitives. En face du danger indigène, le bloc européen se reforma. On accusa les antijuifs d'avoir rermis cette révolte en abaïissant aux yeux des indig’nes le prestige des fonctionnaires français qu'lis ne cessaient ras ce tra‘ner dans la boue. On protesta contre les procédés de Lutaud (2). L'opinion publirue souhaitait le départ et des agitateurs et des rréfets de combat. Elle consentait à tout rour obtenir ce résultat, même: à reconnaître les droits de citoyens aux Israélites.

Î1, — Laberdesque.

Ce qui faisait croire à l'intervention des autorités administratives dans l'organisation de la guerre des rues, c'était leur tolérance visà-vis de meneurs des bandes républicaines. Celles-ci comprenaient un certain nombre d'individus louches, d’une origine incertaine, aussi reu recommandables que certains des hommes de Réeis, mais ayant une propension fâcheuse à compenser leur infériorité numérique par l'emploi de leur revolver, Or, ces gens n'étaient pas pour-

suivis. Toutes les rigueurs étaient réservées aux antijuifs (3).

(1) Pres algérienne, 97 et 28 avril 1901.

{2) Echo d'Oran. 22 avril 1901! « A to't ou à raison la population à la conv'ct‘on que foutes les bagarres dont nous sommes témoins sent par lui voulues, préméditées, oreanisées. l

(3) fbid « La Maison du Peuple » n'est fréquentée que par une collection de tyres débarqués on ne sait d’où et prêts à accomplir les pires besownes, Ce sont eux qui sans moti s plausihles, insultert les chefs du parti antituif chaque ‘os qu’ils les renconfrent.… qui h'er même ont menacé Louis Ré is d'un révolver alors que celui-ri trave'sait tranqu'llement la vo'e putlirue.. ce sort eux au’ouvertement la Police soutient et protège. Elle ne les arrête que pour les relâher aussitôt tand's que les dél'nquants du camp adverse sont immédiatement poursuivis, traduits en correctionnelle et congdamnés..… »

Elles auraient pu servir la cause de Régis si son prestige n'avait pas été gravement atteint à cette époque. Il avait gagné l’adoration de la plèbe algérienne par son ardeur batailleuse et sa réputation d’invincibilité. Or, un reu après les élections municipales, un ancien maréchal des logis de spahis, employé de chemins de fer renvoyé à cause de son activité politique, Laberdesque, avait fait paraitre un petit journal socialiste « La Revanche du Peunle » où, suivant les procédés algériens, tous ses adversaires étaient conieusement injuriés et diffamés. Sa tâche se limitait à signer ses articles et à en prendre la responsabilité car il alliait une force physique extraordinaire à une science parfaite de l'escrime et de la boxe. Espérait-un que ce spadassin délivrerait Alger de Régis ? Tout se nassa, en tous cas, comme si Laberdesque n'avait été appelé que rour jouer ce rôle.

Après avoir blessé plusieurs collaborateurs de Régis, il fut défié par celui-ci, mais prétextait une foulure du poignet faite au cours d'une bagarre, le chef antijuif dut remettre la rencontre. On vit alors Laberdesque accepter un due] à coups de poings sur la plage

de Bab-el-Oued, avec le chamnion des Comilés antijuifs. Ce dernier,

un colosse, fut assommé en deux couns. La renommée de l’ancien cavalier grandit alors dans toute la ville. Ce boxeur fit plus pour le prestige de son parti que tous les pro‘esseurs des écoles supérieures. Il bravait Régis, le toisait en public, l’insultait dans sa feuille. Excédé, Régis le provoqua dans des tracts qu'il fit distribuer en ville (1). Le soir, Laberdesque se rendait au café pour lui demander des explications. Louis Régis l'ayant attaqué, la bagarre devint générale et un journaliste socialiste, jadis antijuif, Le Talhouidec, blessa à coups de revolver Max Régis, son frère et deux de leurs amis (2). Les hommes de Régis croyant leur patron tué, se livrèrent alors à des représailles sanglantes. Deux militants républicains furent blessés à coups de couteau, une boutique juive fut pillée. Sans la protection de la police, Laberdesque et Le Thalouidec auraient été mis à mort. L'intervention de l’armée empêcha l’émeute d’éclater. Le lendemain, quelques manifestations étaient encore réprimées et la ville recouvrait une apparence d'ordre (3).

Ces événements, dont Lutaud faisait dans ses rapports un tableau

(1) Rapport Lutaud à Ministre Intérieur, 10 mai 1001.

(2) De part et d'autre, on s’accusa de provocations. Les rapports de police parlent de rixes p'éparées par les frères Régis. Ce témoignage est suspect. Le café Tantonville était le siège des antijuifs et Laberdesque ne le fréquentait pas. D'autre part, des coups de feu furent l'œuvre de Le Talhouidec qui quelques mo's auparavant avait déjà tiré sur Régis dans un café. Cet anc'en fossoveur devenu jeurnaliste passait pour irresponsable et Régis, lorsqu'il était en colè'e, n'était as plus raisonnable. La surexcitation des adversaires, les mœurs algcr'enres suffisent à expliquer la rixe. L'attitude de la Sûreté et de Lutaud, contraire à celle du Gouvernement Général, s'explique par la politique spove qui voyait dans ceite bagarre un prétexte pour dissoudre les cadres du parti antijuif,

(3) Presse algérienne, 2 à 6 mai.

Page 1