‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 70 sur 102 · LA FIN DU MOUVEMENT ANTUUIF · texte numérisé non relu

LA FIN DU MOUVEMENT ANTUUIF

très sombre, lui firent donner satisfaction. La direction de la police fut retirée à la municipalité d'Alger et confiée au préfet, ce que Laferrière avait demandé à son arrivée en Algérie. Lui-même put dissoudre les comilés antijuifs et les groupes de la Jeunesse nationaliste antisémite d'Alger, de Mustapha et de Bab-el-Oued, fermer les cafés où se réunissaient ces grourements, révoquer l’adjoint Rouquet, faire poursuivre son collègue Lionne (1). Enfin de sévères condamnations étaient prices contre les manifestants arrêtés, tandis que Laberdesque obienait sa mise en liberté provisoire (2).

Cette fois, les antijuifs se crurent perdus ; ils envoyaient à Drumont des télégrammes af.olés annonçant que de nouveaux attentats se tramaient contre Régis (3). Celui-ci prit le parti de quitter l'Algérie, suivi par son ennemi particulier qui le provoquait à Paris comme à Alger. Le duel eut lieu enn et, au dire des exrerts, fut un des plus beaux du temps. Après une première rencontre sans résultat, le combat fut repris le lendemain et Laberdesque blessa légèrement Régis que ses témoins forcèrent à s'arrêter (4). Cette défaite nroduisit un effet considérable à Alger. Régis vaincu. le charme était romru. Laberdesque valait plus que lui. Tué, le chef antijuif eût été nleuré comme un héros : blessé au bras banalement, après tant d’atermoiements, il redevenait un homme,

HI, — Scission du parti antijuif.

C'est dans cette atmosphère de désarroi qu'éclata la querelle de Régis et de son principal lieutenant Lionne qui devait porter le coup de grâce au parti antijuif.

Même à l'époque de ses plus grands succès, celui-ci n'avait jamais pu être organisé régulièrement. En Oranie, une fédération antijuive avait été mise sur pied, mais son activité s'était bornée à la célébration de bancuets. À Alger, on avait quelquefois parlé d'unir tous les antijuifs de lous les dérartements, mais les divergences noliticues cui séparaient les nationalistes des radicanx rendaient ce projet chimérique. Chaque groupement départemental avait donc continué à vivre isolé. Le parti révolutionnaire d'Alger qui, rour son agitation et les frais de justice qu'il devait couvrir, dérensait beaucoup, éprouvait de ce fait de cruels embarras fiaanciers. À partir de 1900, Régis dut sans cesse faire face aux exigences de ses amis pour soutenir son

(1) Arrêtés 16, 8, 9, 19 mai, 8 juin 1901.

(2) Presse algérienne, 7- 6 mai 1901.

{3) Lionne à Drumont, 6 mai 1991

{3) 1cmps, Journal des Débats, Libre Parole. Presse algérienne, 9 juin 1901.

journal ou des chômeurs de son parti (1). Bientôt une nouvelle me-

nace surgissait. En réponse à sa déclaration de guerre aux Juifs, après

son échec à Paris, les frères Mantout le sonimaient en vertu d’un jugé-

ment de 1897 de leur payer 14.000 francs. La contrainte par corps en”

cas de dé.aut était fixée à trois ans. Pour gagner du temps, il fit: opposition se prétendant couvert par l'amnistie (2). Mais, déçu dans

son ambition, aigri par son échec, il se brouilla avec tous ses lieute-: nants qu'il voulait contraindre à une obéissnace passive. Le rremier de ceux-ci, Sali:res, qui l'avait un moment remplacé dans ses :onc-

tions de maire, avait été condamné rour détournement de fonds ;

puis une discussion s’éleva entre l’ancien maire Voinot et Lionne qui

ambitionnaient tous deux un si ge de conseiller général. Régis, pour trancher le différend, se présenta contre Voinot qu'avait désigné le comité central antijuif, fut élu, et cominta de nouveaux ennemis (3).

Pientôt ce fut Lionne, son rrinciral collaborateur, qui l'atandonnait à son tour. Voulant supplanter Régis ou prendre la place de maire que celui-ci abandonnait pour mener une action plus viotente,. Lionne s'était heurté à la majorité du Conseil, où « le clan corse » se

prononçait pour Antonini. Régis ayant cédé, Lionne lui voua une solide rancune et à l'occasion d’une élection complémentaire, les deux

amis s’accusèrent mutuellement d’ambition et de trahison (4).

Les Israélites s’abstenant, Lutaud ayant enfin quitté Alger, à la

grande satisfaction de l'opinion (5), c'était maintenant entre eux que

ces éternels agités se querellaient. Ils ne nrêtaient même pas attention à la chute de leur popularité qu'attestait le nombre de suffrages sans :

cesse décroissant qu'ils recueillaient à chaque scrutin (6). Meetings:

tumuiiueux que les commissaires devaient dissoudre, séances du Con-

seil Municipal que les manifestations du rublic forçcaient à inter-

rompre, tout l'arsenal de l’obstruction qui leur avait servi à expulser :

les républicains en 1898 était emnloyé pour satisfaire leurs ran-

cunes (7). Drumont essayait vainement de réconcilier les frères enne-.: mis, la division du parti antijuif français provoquée par les amis de : Guérin permettait à Lionne de se ranger dans le clan dissident (8). Régis essayait de préparer la campagne électorale de Drumont avec .

(4) Le 29 Cécembre 1900, il télérraphiait à Antonini : « 11 est honteux pour le parti que je so's seui à toujours pa er Ce ma personne et de mon ar ent ». Le 20 mai à Filippi « Envoyez arcent disponible télégraph quement », le 21 novembre à Vespérini « Ne

me demandez plus d’arsent, je n’en ai plus à force d'en donner ». Le 12 d‘cembre « En- 1

voie télé ra: hiruement la sn me nécessaire pour un voyage 20 Maseille-Alger ».

(2) Libre Parole, ?8 février 1901.

(3) Presse al: érienne. 29 juin 1901

(’) lresse algéricnne, 4-16 Septembre 1901

(%\ !] avait été nommé préfet de Marseille

(:) Sur 11.000 inscrits les antiju fs obteraient au max'mum de 2847 vo'x contre 594 aux socialistes le 8 septemhre ; le 15. le candidat de Régis n'avait plus que 1.7!5 voix: contre "95 au protésé de Lionne.

(7) P esse al érienne, 12 o'tobre-15 novembre 1901.

(8) Antijuif, 1er decembre 1901.

Te NS QUE

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