‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 73 sur 102 · LA FIN DU MOUVEMENT ANTIUIF · texte numérisé non relu

LA FIN DU MOUVEMENT ANTIUIF

d'Appel, Ducroux, avait, devant la commission d'enquête, défini la situation :

« Quant au décret Crémieux, il est difficile de l’abroger pour le passé ; il faut le subir » (4).

Pour avoir la paix et retrouver sa prospérité perdue, l'Algérie cessait d’être antijuive.

Le 27 avril les quatre députés antijuifs perdaient leur siège. Drumont opposé à un républicain modéré, le professeur à l'Ecole de Droit Colin, n’obtenait que 8.692 voix contre 9.906. Les catholiques mécontents des votes du directeur de « La Libre Parole », qui s'était prononcé pour la séparation de l'Eglise et de l'Etat et pour la suppression de l'ambassade au Vatican (2), vexés des attaques de l’Antijuif contre l'archevêque, avaient mêlé leurs bulletins à ceux des militants républicains (2). Morinaud à Constantine, Marchal à Blida, Gieure, successeur de Faure à Oran, élaient également battus (4). Etienne et Thomson passaient cette fois sans encombre.

Sans doute, les votes des Israélites avaient été décisifs, sans doute aussi la pression administrative — à Alger l'élection du Conseil Municipal avait été annulée opportunément, quelques semaines avant le scrutin — n'avait pas été étrangère au désastre des antijuifs. Mais la grande vague populaire qui, quatre années plus tôt, avait porté au

pouvoir Drumont et ses disciples avait été brisée bien avant 1902. La

politi-ue de principes avait coûté trop cher à l'Algérie pour qu'elle s’ohstinât à la continuer. Beaucoup d'électeurs républicains continuaient à contester la légimité du décret de naturalisation, mais puisoue c'était le prix de l’aide gouvernementale, ils acceptaient le marché.

« Le Gouvernement ne pourra invoquer à notre encontre le reproche d’avoir désigné des citoyens qui lui soient hostiles. Il n’aura par conséquent aucun prétexte de marchander les satisfactions que üuous sommes en droit d'espérer et d'obtenir » (5). C'était le triomphe du bon sens pratique des terriens sur l’agitation de la plèbe turbulente des grandes villes. Trente-deux ans après la promulgation du décret Crémieux, les Algériens acceptaient les Israélites parmi eux. Un peu à contre cœur peut-être, mais le geste était quand même accompli.

{1) Enquête pa'lementaire. Séance du 2 juin 1900.

{2) Déclaration Diumont, 4 mai 1900.

(3) C'est ainsi qu'à Maison Carrée et à Staoueli où les Congrégations disposaient d’une grosse influence, Druniont avait oblenu en 1898, 365 voix et 173 voix contre 70 et 95. En 1902, il n'obtenait plus que 196 voix contre 260 à Maison Carrée et 68 voix contre 367 à Staoueli.

(4) Aubry, président du Conseil Général de Constantine était élu par 6.839 voix contre 5.261 à Morinaud. Au £e tour Trouin cbtenaït à Oran 5.787 voix contre 5.478 à Gieure, el à Blida Begey 6.928 voix contre 3.684 à Marchal. Seul Faure, candidat de la « l'atrie française », à Paris était élu.

&) Echo d'uran, 13 mai 1902,

Page 1