‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 76 sur 102 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

cratique que Pourquery de Boisserin, écrivait avec raison en 19C0 (1).

« On a trop donné à ce pays neuf les lois du vieux continent. On 8 trop distrait les colons de leurs luttes avec la terre en les engageant bien vite dans les luttes politiques... En France on vote beaucoup. En Algérie, on vote trop. La constitution rapide des pouvoirs élecüfs dans ces départements a été une faute... C'est une faute d’avoir méconnue cette vérité pratique qu'à un pays de colonisation. il faut longtemps une unité... La question juive malgré les événements de la fin du siècle n’existerait pas. sans les luties politiques électorales... » (1).

Les augures s’en émurent trop tard. Ils dénoncèrent l'abus des naluralisations lorsque celles-ci étaient réalisées depuis longtemps. Ils émirent de sombres prévisions sur l'avenir de l'Algérie et semblaitil avec raison. D’après eux « le peuple juif », le « péril étranger », le « péril autonomiste » menaçaient la colonie et il fallait prendre des mesures énergiques pour sauver celle-ci.

Les augures se trompaient. La crise économique passée, le parti antijuif, qui avait essayé de se maintenir après son désastre de 1902, cessa même d'exister. Les antijuifs n'avaient obtenu abcolument rien ar ce qu'ils réclamaient ; renonçant à poursuivre leurs chimères, ils se résignèrent à considérer les Israélites comme des Français. On ne dit pas quils les aimèrent, Malgré la vie commune, malgré le loyalisme montré pendant la guerre par les Israélites comme par les Algériens, les deux populations ne fusionnent pas. On garde des rapports de voisinage, bons ou mauvais, selon les moments, mais rares sont ceux qui oublient ces sentiments. Récemment, la bonne société d'une petite ville d'Oranie était absolument bouleversée par le mariage d’un médecin israélite avec une jeune fille française (2). Les familles et les amis des époux réprouvaient ce mancuement à la Joi du clan et parlaient de les mettre à l'index, A de tels faits, on mesure le chemin qui reste à parcourir pour que l'union souhaitée par la doctrine officielle devienne une réalité.

Cependant, aucun candidat algérien n'oserait réclamer encore l’abrogation du décret Crémieux ni, à plus forte raison, parler d'expulsion des Juifs. C’est qu'au fond, l'Algérie voit que les Israilites lui sont nécessaires. Intermédiaires naturels entre les Européens el les Arabes, depuis la conquête française, ils n’ont pas cessé de jouer ce rôle, rémunérateur du reste, que leur permet de remplir leur connaissance de la langue et des usages du pays. Qu’eux-mêmes pratiquent parfois le commerce en orientaux et qu'ils se livrent à l'usure

{1) Rapport Pourquery de Boisserin, p. V et VI. 42) M. Oualid dans son avant-propos du livre de M. le grand rabbin Eisenheth souligne « l’endogamie presque absolue » de la société israélite. « Le juduïisme algérien », p. VIL

comme les M'zabites ou les Kabyles, est indéniable. Il faut se garder seulement de généraliser et de faire du mot juif le synonyme d'usurier. Pendant longtemps, dans ce pays sans capitaux et sans épargne, ils furent les seuls banquiers possibles, ils en profitèrent sans doute, mais ils rendirent ainsi d'importants services à la co'onisation, de même que leurs commerçants, par leur activité et souvent une auda£e qui côtoie la témérité, ont été de précieux artisans de la prospérité algérienne. Leur but était de s'enrichir et ils cherchaient à le faire vite. Cela a entraîné des abus qu’on ne peut pas nier.

On prête au Maréchal Lyautey un mot un peu cruel mais profondément vrai sur les coloniaux « On ne fait pas de colonie avec des prix de vertu ». Pour apprécier équitablement le rôle des Israélites algériens dans la mise en valeur de leur pays, il faut l'avoir en mémoire, Ces gens, que la secousse de 1820 avait arrachés à leur mellah, traversèrent une période d'adaptation peu propice à l’observation stricte des principes moraux. Leur amour du lucre, legs de leur triste cundiliün sous ie régime ture, ht cummetire à ccrlains d'entre eux des actions blâämables à nos yeux d'occidentaux, mais que la cociété indigène admettait. Cependant l’activité du groupe israélite, parce qu'elle était intense, était profitable à la colonie même lorsqu'elle s'exerçait 3n marge de la légalité. L'agriculieur — fellah ou colon — qui avail, grâce aux capitaux prêtés, défricté le sol, pouvait perdre sa terre s’il ne remboursait pas, l'œuvre accomplie demeurait.

C'est pourquoi l’on peut dire que l'Israélite a joué, dans l'histoire de l'Algérie, le rôle de ferment, Il a créé de l'activité. Far là il a coniribué à la colonisation. Il serait injuste de le méconnaitre.

Page 1