‹ Les Israélites Algériens De 1830 à 1902Chapitre 9 sur 102 · IV. — Les intermédiaires politiques · texte numérisé non relu

IV. — Les intermédiaires politiques

L'emploi d’intermédiaires indigènes était une nécessité, personne dans l’armée d'occupation n'ayant une connaissance suffisante de la langue, des hommes et des mœurs du pays pour mener des négoci&æ tions délicates. Les interprêtes qu’on avait recrutés un peu au hasard, tels ce cuisinier et ce valet de chambre d’un membre de l'expédition qui tenait à les conserver à son service, ne se faisaient comprendre qu'après beaucoup d'efforts. Seuls les Levantins et les Juifs, Léon Ayas, Abraham Daninos (3) pouvaient servir utilement. Mais Berthezène les jugeait « illettrés, très vicieux et peu dignes de confiance, justifiant l’adage des orientaux qu’un interprète est pire que fa peste » {4). Et le duc de Rovigo confirmait ce jugement :

« I n’y a, écrivait-il au ministre de la Guerre, dans tous ces interprètes qu’un seul individu en état d'écrire l'arabe et encore est-il le sujet auquel je doive me fier le moins en même temps que celui qui parle le moins bien le français, de telle sorte que je suis obligé de mettre d’abord ma lettre en français et de la lui faire lire par un interprète parlant arabe et sous la dictée duquel il la traduit » (5).

D'ailleurs, gens de basse extraction, ils ne connaissaient guère les chefs indigènes et leur entourage. Rien ne les désignait pour jouer le rôle de diplomate. Les notables israélites, au contraire, pouvaient rendre d'importants services aux généraux français. Leurs agents

(1) CAZE, Notice sur Alger, p. 33.

(2) Correspondance du général Voirol. Lettres de Voirol au ministre de la Guerre, 26 septembre 1833, p. 237.

(3) Léon Ayas, guide-interprète de l’armée à 23 ans : il mena les négociations avec les Turcs après la mort de l'interprète Garoue. Interprète de deuxième classe en 1845, Chevalier de la Légion d'honneur, il mourut des suites des blessures reçues dans un combat contre Bou-Maza. I1 ne fut jamais naturalisé,

Abraham Daninos, guite-interprète en 1830. 11 accompagna en France l'envoyé d’Abdol-Kader. (FÉRAUD, Les tnicrprètes de l'armée d'Afrique, p. 215.)

(4) BERTHEZENE, 09. cit., p. 136 et 137.

(5) Correspondance du duc de Rovigo, p. 51.

De Qi AS NO SPAS SERA M Ne MERS MAG EAN PSN ASE EU à NANTES US LL QE 1

commerciaux les tenaient au courant des événements du pays. Dans l'entourage des beys, ils comptaient des amitiés utiles, l'intérêt de beaucoup de caïds et de dignitaires des beyliks qui avaient placé des fonds dans leurs entreprises ou qui avaient eu recours à leur crédit pour obtenir leur burnous d’investiture, leur donnait une influence considérable. Au temps des Turcs, ils avaient servi d’intermédiaires entre le Gouvernement d’Alger et ceux des provinces. Ils continuaient avec les Français. Peu leur importait la nationalité de leurs maîtres. fs n'agissaient pas par patriotisme — les uns et les autres étaient des étrangers à leurs yeux — mais pour leur profit. La diplomatie orientale, dont ils connaissaient les méthodes, était une branche de leur commerce, à l’égal de la vente du blé et des étoffes.

Dès le débarquement des Français, Bacri, Durand à Alger, Amar à Oran avaient acquis la confiance des généraux français. Pendant les dix premières années de la domination française, ils allaient participer à tous les actes diplomatiques. La plupart du temps, ils servaient les deux camps à la fois, ne dédaignant même pas l’espionnage. Ainsi voit-on un Narboni indiquer des itinéraires pour les troupes françaises, en même temps qu'il est chargé par Ferhat-ben- Saïd de pénétrer les desseins du duc de Rovigo (1), Bacri et Busnach dit le « Taureau », chez lequel le Dey déchu s'était retiré, lui céder un bâtiment qu'ils équipaient en vue d’une expédition turque qui ne se fit jamais, \

Ils avaient l’espoir de duper les deux partis en faisant inclure dans les traités quelque clause faisant leur affaire. De tels agents devaient provoquer bien des malentendus et des conflits, Ainsi, Busnach, fils de l’associé de Bacri, et Marchodée Amar, négociant d'Oran, qui avait la confiance d’Abd-el-Kader (2) réussissaient à mener seuls toutes les négociations préliminaires du traité de Paix entre Abd-el-Kader et le général Desmichels qui commandait la place d'Oran. Ils en profitèrent pour tromper le général et faire considérer les notes préliminaires comme le traité définitif par Abdel-Kader, tandis que Desmichels ne leur accordait plus de valeur après la signature de l'accord définitif (3). Le traité stipulait que la liberté de commerce serait « pleine et entière », mais, à la demande de Busnach, le texte arabe portait « le marché sera libre » et Abd-el-Kader prétendait que le mot de marché désignait seulement celui d'Oran (4). Il avait donc accordé le monopole du blé pour ses états à Busnach et Amar eux-mêmes qui, faisant bâtonner les indi-

(1) Correspondance du général Drouet-d'Erlon, Annexe 1, p. 554.

(2) Oran sous le commandement du général Desmichels, p. 114 et 115.

(3) Général AZAN, Abd-el-Kader, pages 93 à 27. — COCKENPOT, Le trailé Desmichels. {a) Correspondance du général Drouet d’Erlon, p. 327.

b4 LES ISRAÉLITES ALGÉRIENS DE 1830 À 1902

gènes qui auraient enfreint cet ordre, achetaient le blé à très bas prix et le revendaient fort cher aux Européens (1).

Cependant, trois ans plus tard, Busnach était chargé par Damrémont de négociations avec Ahmed, bey de Constantine, qui lui-même déléguait un autre Israélite, ben Bajou, à Alger. Les pourparlers ne manquaient pas de dangers, aussi les exigences des courtiers étaientelles fort élevées. Busnach demandait cinq mille francs pour ses frais de voyage et cent mille en cas de succès (2). Pour aider le succès de Ben Bajou, passé à la cause française, le ministre de la Guerre proposait à Damrémont une somme variant de soixante mille à cent mille francs, destinée à acquérir la bienveillance de l’entourage du bey. Quant à la récompense de cet agent, il laissait Damrémont libre de la fixer, en lui rappelant qu’une dépense utilement faite est préférable à une économie mal entendue (3).

A côté de ces gains licites, il y avait des opérations, plus fructueuses, qui rappelaient les pires exactions des Turcs. La plus célèbre fut la contribution de Tlemcen. Israélite, de nationalité marocaine, ayant ses intérêts liés à ceux du vice-consul anglais à Oran, Jacob Lasry s'était signalé en obtenant une indemnité pour d’anciennes licences d'exportation que, disait-il, il n’avait pas pu exploiter, alors qu'il en avait usé largement, mais en utilisant pour son trafic le port algérien d’Arzew (4). Le général Boyer avait découvert la supercherie, mais celà n'avait pas empêché l’homme d'affaires de capter la confiance du maréchal Clauzel. Il lui servait à la fois d’interprète, d'intermédiaire auprès des tribus et d’agent d'exécution (5). A l'entrée des Français à Tlemcen, Clauzel, inspiré par lui, leva une contribution de guerre de cent-cinquante mille francs et chargea Lasry et le commandant Yusuf de la percevoir. Pour éviter des spéculations, il avait interdit les paiements en nature. Mais les habitants, faute de numéraire, offrirent leurs bijoux aux Juifs qui, manquant d'argent euxmêmes, s'adressèrent à Lasry. La perception se faisait à la turque, sous la menace du bâton, et comme Lasry n'avait pas de concurrent, il donnait des objets offerts en paiement ce qu'il voulait (6). Trois Juifs de la ville durent verser dix-huit mille piastres fortes (7). On évalua les bénéfices réalisés à quatre-vingt-quatorze mille francs,

{1) Correspondance du général Voirol, p. 552 et 553. En 1833, le cours sur le marché arabe élait quatre boudjous et demi la mesure de soixante-quinze kilos. En 18%4, cinq boudjous et demi pour cinquante-sept kilos seulement.

(2) Correspondance Damrémont, p. 239 et 240.

{3) Ibid., p. 632 et 667.

(4) Correspondance du duc de Rovigo, tome I, p. 203 et 205.

(5) Explications du maréchal Claurzel, p. 68 et seq.

(6) PÉLISSIER DE REYNAUD, op. cil., t. III, p. 63.

(7) Explications du maréchat Claurel, p. 78 et 185 À 187.

alors que Lasry n'en accusait que six à sept mille (1). Mais, l'affaire connue, le scandale fut considérable. On alla jusqu’à accuser le maréchal d’avoir dirigé l'opération à son profit et Abd-el-Kader put, en lutilisant habilement, ramener à sa cause des tribus qui se ralliaient à la France (2).

L'affaire fit d'autant plus de bruit qu'un concurrent de Lasry, Juda ben Durand où Duran, intriguait contre lui et excitait l'opinion publique. De tous les intermédiaires, ce fut lui qui joua le rôle le rlus considérable, étant le principal négociateur entre la France et Abd-el-Kader. Appartenant à l'aristocratie juive d'Alger, il avait été élevé en Europe et parlait couramment le français. Vêtu à la turque d'habits modestes, il ne semblait guère l’un des plus riches négociants d'Afrique, mais sous un aspect « franc et ouvert » il dissimulait un esprit fin, délié et un caractère sans scrupules. Il avait joué un rôle trouble au début de la conquête et avait même été mis en prison (3), puis il avait hé ses intérêts à ceux de l’émir de Mascara dont son père avait connu la famille. Après le traité Desmichels, Abd-el-Kader lui donna ia charge d'Oukil à Alger. À ce moment, le Gouverneur général Drouet d'Erlon avait l’ordre de maintenir à tout prix la paix en Afrique et d'éviter les aventures. Durand, ambassadeur habile, se fit fort d'assurer la paix avec le principal chef indigène grâce à l’ascendant qu'il avait sur lui. Cette proposition correspondait trop aux désirs du général pour que celui-ci n’accordât pas à Durand un crédit exagéré. Tandis que le général Trezel dénonçait d'Oran les préparatifs de guerre de l'Emir, l'Oukil faisait traîner les négociations. Le 22 avril 1835, Drouet d’Erlon pouvait écrire au général d'Oran « Le sieur Durand m'a donné l'assurance qu’il (Abd-l-Kader) craignait beaucoup de me déplaire et qu'il arrêterait sa marche dès que je l’exigerais » (4).

Quelques jours après, Abd-el-Kader occupait Medea. Le crédit de Durand auprès du vieux gouverneur n'en fut pourtant pas diminué.

Il monopolisait le commerce d'Abd-el-Kader, achetait le blé recueilli pour les impôts, au prix de seize francs les cent kilos et le vendait en Espagne à trente-six ou quarante francs (5), exploitait les salines d’Arzew dont l'Emir était propriétaire, mais en revanche il lui fournissait, avec l'accord du gcuverneur, les armes et les munitions

(1) Zbid. p. 71, à Alger, Lasry déclara à la Douane pour 110.000 fr. de valeurs or et argent et il en transporta d’autres à Tunis, dit PÉLISSIER DE REYNAUD, op. cit.

age 66.

Le chiffre de 94.000 représente la valeur de ce qui fut encaissé. On restitua ce qui n'avait pas été employé à solder les frais de l’expédition.

(2) AZAN, L'Emir Abd-el-Kader, page 72.

#3) ATCR. nat. F. 80 1631.

(4) Correspondance Drouet d’Erlon, p. 426.

(5) AZAN, L'Emir Abd-el-Kader, p. 45.

nécessaires à son armée. C’est ainsi qu'après le désastre de la Macta, on apprenait la capture d’un brick toscan chargé de deux cents fusils et quatorze milliers de poudre que Durand avait puisés à l'arsenal d'Alger.

Supplanté par Lasry sous Clauzel, il reprit bientôt toute son infiuence, C’est alors qu’il réalisa son coup de maïtre, l'affaire du ravitaillement de Tlemcen. Au début de l’année 1837, la garnison d'Oran était diminuée et souffrait d’un mauvais ravitaillement, En même temps, Abd-el-Kader désirait des marchandises que seuls les marchés européens contenaient. Les frères Durand s’entremirent et obtinrené

d’Abd-el-Kader des bœufs, des moutons et du blé, et des Français

du soufre, du fer, de l’acier, des étoffes et des denrées coloniales. Cette première opération ayant réussi, Judas Durand proposa de ravitailler Tlemcen par ses propres moyens. Le général de Brossard, jugeant l’économie d’une expédition pénible désirable accepta, et, en dépit des ordres reçus, laissa Durand partir chez Abd-el-Kader. Tandis qu'il s’engageait à fournir à l’Intendance le bétail, les marchandises et les bêtes de somme du convoi contre une somme importante, il disait à l’Emir que les Français lui rendraient les Musulmans faits prisonniers à la bataille de la Sikak, s’il assurait le ravitaillement de la garnison de Tlemcen. Abd-el-Kader, dont la piété souffrait à l’idée que des Musulmans pouvaient être entravés dans l’accomplissement de leurs rites religieux, finit par accepter. De la sorte l'Emir donna à la garnison de Tlemcen les vivres dont elle avait besoin et l’intendance française versa à Durand 36.806 francs, pour des marchandises qu'il avait eues gratuitement (1).

Quelques semaines plus tard, il devenait le négociateur du traité que Bugeaud cherchait à conclure avec Abd-el-Kader. Il gagna très vite l'estime du général qui lui témoignait de la reconnaissance et songeait à le recommander au gouvernement pour une récompense honorifique (2).

Mais, tenant à son monopole commercial que la paix lui aurait fait perdre, l’homme de confiance des deux parties faisait traîner les choses en longueur en compliquant les négociations à plaisir. Il demandait de l’argent à l’Emir pour corrompre les généraux français et au général français pour gagner à sa cause les familiers d'Abd-el- Kader (3). Ses mensonges ayant été mis à jour, Bugeaud le traitant d'homme sordide (4) le mit à l’écart et négociant directement conclut

() PELISSIER DE REYNAUD, Annales Africaines, t. III, P. 194 et seq. : Correspondance du général Damrémont, pp. 363 et seq. — DE BROSSARD, Quatre-vingt deux Jours de commandement de la province d'Oran, p. 20 et sa.

(2) Documents relatifs au traité de la Tafna, p. 2.

(3) I1 demandait 100.000 fr. pour Miloud ben Arrach, €.000 pour Hadj Djalali et 80.000 pour deux autres.

(4) Correspondance du Général Damrémont, page 547.

la paix de la Tafna (30 mai 1837). Gependant l’Oukil obtint, en prévision de négociations futures avec le bey de Constantine, une gratification de 70.000 francs et une somme égale pour les chefs arabes auxquels il avait promis des cadeaux, Mais la naturalisation lui était refusée (1).

La découverte du scandale du ravitaillement de Tlemcen devait cependant porter une atteinte décisive à son crédit. Interrogé par Bugeaud, il répliqua : « Mon métier est de gagner de l'argent. J'ai fidèlement exécuté les clauses de mon contrat avec l’'Intendance. Que vous importent les bénéfices que j'ai pu faire et la façon dont je me les suis procurés ? » (2). Et, pour se disculper, il accusa le général de Brossard d’avoir partagé avec lui les bénéfices de l'opération, puis d’avoir voulu s'entendre avec l’Emir pour chasser les Français d’Algérie (3).

C'en était fait de son crédit auprès des Français. Il continua ses opérations financières, fructueuses, livrant les bœufs d’Abd-el-Kader sur le marché d’Alger, obtenant de l’Emir la permission de faire le commerce des laines avec Oran. Il accompagna les ambassadeurs d’Abd-el-Kader à Paris, participant encore à quelques négociations entre l’Emir et le maréchal Valée, mais ce dernier se méfiait de lui : « c’est un intrigant, avide d'argent, qui ne voit dans les négociations avec les Arabes qu’une occasion d'augmenter sa fortune » (4).

Il ne jouait plus qu’un rôle politique effacé lorsqu'il mourut, en 1839, à Miliana, d’une fièvre pernicieuse après trois jours de maladie. On raconta à l’époque qu'il avait été empoisonné par les partisans de la guerre de l’entourage de l’Emir ou sur l’ordre de celui-ci, mais on n’en donna jamais aucune preuve. Daumas notait, au contraire, qu’une grande consternation avait accueilli à Mascara la nouvelle de sa mort (5).

Curieuse figure que celle de ce grand Juif : certainement intelligent, doué d’un pouvoir de séduction réel, il avait tous les défauts qu'on attribue à l’Oriental. Vénal, menteur, dénué de tous les scru-

{1) Documents relatifs au traité de la TAFNA, p. 142 et seq, 175 et seq, 3850. Durand demandait des lettres de naturalisation, la Légion d'honneur et une pension de 5.0000 frs pour ses enfants.

{2) Lettre de Bugeaud au ministre de la guerre, 6 septembre 1837, reproduite dans J’acte d'accusation contre le général de Brossard.

(3) Ce fut l’origine du procès de Perpignan, où Brossard, pour se disculper accusa Bugeaud d'avoir machiné avec Durand cette dénonciation, puis d’avoir spéculé luimême avec un négociant d'Oran, Puig y Mondo, et d'avoir touché des pots-de-vin. Bugeaud dut reconnaître le fait ; il avait voulu, disait-il, utiliser cet argent pour les chemins vicinaux de l'arrondissement d’Excideuil en Dordogne, dont il était député. Brossard fut condamné à 6 mois de prison et 800 frs d'amende, il se pourvut en cassation. La Cour cassa l'arrêt du Conseil de Guérre et un nouveau procès eut lieu l’année suivante. I1 se termina par l’acquittement du général qui fut mis d'office à la retraite.

(4) GIROD DE L’AIN, Le Maréchal Valée, Paris, 1911, page 162.

{5) Correspondance du capitaine Daumas, page 535. — WALSIN-ESTERHAZY, Le maghsen d'Oran, page 106.

pules, protestant toujours de sa bonne volonté, parlant sans cesse de ses pertes d’argent, prêtant de faux serments, mais respectant le repos du sabbat, humble avec les grands, tout en ne dédaignant point les récompenses honorifiques, c'était une synthèse des qualités et des vices du Juif algérien tel que l'avait façonné le joug ture, le type des grands intermédiaires israélites.

Sans doute, ces manieurs d'argent n'étaient qu'une infime minorité. Mais ils représentaient l'aristocratie d'Israël, ils étaient les seuls avec qui les Français avaient des rapports suivis. Les scandales incessants auxquels ils étaient mêlés suscitèrent contre eux et contre leurs naüonaux, dans les milieux algériens, des sentiments hostiles.

Saint-Arnaud parlait de leur « servilité abjecte » (1) et Bugeaud, aue ses démêlés avec Durand avaient empli d’une sombre rancune écrivait « Ce qui a le plus contribué à nous faire déchoir dans l'opinion des Arabes, c’est de traiter d’égal à égal avec les Juifs, peuple méprisé et fort digne de l'être en Afrique, car il est impossible d'imaginer sans l'avoir vu jusqu'à quel point d’abjection, de fourberie et de rapacité est descendue dans la Régence cette fraction de la nation israélite » (2).

Pendant longtemps, cette prévention, née des abus des grands Juifs, allait peser sur toute la nation dont la première organisation française les avait constitués les guides et les protecteurs.

(1) SAINT-ARNAUD, Lettres, ioine I, page 145. (2 BUGEAUD, Mémoire sur notre établissement dans la Province d'Oran par suile &e la paix, page 52.

Page 1