‹ Les Israélites de Pologne: "(Édition ornée de gravures)"Chapitre 19 sur 28 · ET LES PRÉJUGÉS DES JUIFS EN POLOGNE, ETC · texte numérisé non relu

ET LES PRÉJUGÉS DES JUIFS EN POLOGNE, ETC

m Nous devons savoir la religion juive, puisqu'elle est comprise dans la noir*.

Certaines vérités leur étaient révélées clairement , tandis que d'autres liaient encore obscures, quoiqu'elles furent déjà révélées. »

[Mœurs de» hraélite», par l'abbé FiBu&r* Paris, * 739, p. 85.)

Examinons d'abord d'où est sortie la source d'erreurs des Israélites; et ce Talmud, ces commentaires sur commentaires, ces kabals, ces lois rabbiniques, pourquoi ils ont la préférence, même sur la parole de Dieu?

Les livres canoniques* du peuple juif constituent l'ancienne histoire du monde. La religion chrétienne les compte parmi ses oracles sacrés. L'Indien, le Chinois, l'Arabe, le Perse, trouvent dans ces livres d'importantes analogies avec leurs traditions sur la création du monde Ut * t u ' ' et sur les premiers événements de l'espèce humaine. ' "'.*'*•

Ce peuple, qui, selon ses croyances vénérées même par . '**'

les chrétiens , faisait alliance avec le maître de la création; qui avait Dieu pour chef et législateur suprême, pour la conservation duquel la mer se desséchât, l'eau jaillissait ■**

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limpide du rocher; pour lequel la manne tombait du ciel, en faveur duquel les anges combattaient , peuple commandant à la nature entière qui se mettait à son service; ce peuple, enfin, qui parmi tant de nations idolâtres, pendant tant de siècles, avait le premier senti et proclamé l'existence d'un seul Dieu , ce peuple ne doit point étonner le monde s'il se croit plus parfait que les autres. Moïse, le premier des chefs et législateurs, par ses lois à part, par la séparation de ce peuple des autres, voulait lui donner de la puissance et une stabilité inébranlable; il ajustait ses lois à l'esprit du temps, à la situation du peuple et aux circonstances au milieu desquelles il se trouvait ; il ne voulait point que son peuple, errant pendant quarante ans dans le désert, n'ayant pas de foyers, rentrât parmi les idolâtres, se confondit avec eux, prit leurs mœurs et vécut sous leurs lois, il voulait, au contraire, que son peuple fût indépendant et séparé des autres ; c'est pourquoi il exterminait les autres peuples, et repeuplait leurs contrées d'Israélites; Dieu, disait-il» a marqué les limites de son peuple, depuis les forêts du Liban, depuis l'Euphrate jusqu'à la dernière des mers, en ajoutant ces mots : a Telles sont les lois que vous observerez dans la terre donnée par le Dieu de vos pères, pour que vous la possédiez comme votre héritage.» Moïse donc a fait des lois, comme nous venons de dire, conformes à des circonstances dans lesquelles se trouvait le peuple, c'est-à-dire, il a expressément ordonné de les observer : dans la terre que Dieu avait donnée alors.

Nous demandons maintenant : Combien de temps les

Israélites ont-ils obéi aux lois de Moïse dans ces forêts et

erres qu'il laissa en leur possession, et où ils devaient

observer les lois sous peine de se voir deshérités de leurs

biens? Encore sous les yeux de Moïse, ne voyons-nous pas d'innombrables exemples d'idolâtrie parmi les Israélites qui, dans leurs forêts, se forgent une divinité? Ne lisons-nous pas : «De nouveau les enfants d'Israël agissaient mal sous les yeux du Seigneur, en servant Baal et Astorat, et les dieux syriens, et les dieux mohabilcs, et les dieux des Philistins mêmes ; mais, ayant abandonné le Seigneur, ne l'ont point servi 1 ! » Et, en effet, la plupart des rois de Judée et de Jérusalem ont servi le$ dieux étrangers.

Le coup le plus terrible qu'aient reçu l'ensemble et la pureté des lois de Moïse, c'est la destruction de Jérusalem par Nabuchodonozor, et la réduction du peuple israélite à l'esclavage de Babylone. À partir de cette époque , combien de troubles, de désordres, de ruines! Les lois de Moïse ont été perdues et refaites à plusieurs reprises. Helkiasz était censé les avoir retrouvées;ce fut lui, en effet, qui les avait remises en évidence.

Le roi des Chaldéens d'alors mit à mort presque tous les vieillards et toutes les femmes , fit démolir le temple, s'empara des livres, du trésor et rasa les murs de Jérusalem. Après un tel désastre , l'esclavage dura soixantedix ans; le peu de vieillards qui avaient survécu gardèrent à peine un souvenir des lois de Moïse. Ces souvenirs, ou plutôt ces traditions verbales, ont été recueillies et publiées par Ezdrasz; mais de nouvelles règles et doctrines y étaient introduites ; ce que prouvent les débats de trois sectes qui avaient surgi alors, c*est-à-dire les sectes des Pharisiens, des Saducéens et des Esséniens, dont chacune interprétait les lois de Moïse d'une manière différente.

i Judicum chap. 10.

C'est ainsi qiie la croyance primitive des Israélites, èii passant de génération en génération, à travers les calamités publiques, avait déjà subi des changements qui lui ont ôté la pureté primitive. Plus tard encore, peu de temps avant le règne de Vespasien, Hillel et Schamaï ont établi des écoles judaïques. Rabi Johanan Zakaï, disciple de Hillel, parle de son maître et de lui, en ces termes: «Si »tous les arbres se convertissaient en plumes et la mer en • encrier, cela ne suffirait pas pour décrire la sagesse que »j'ai puisée dans renseignement de Hillel. » Quel enthousiasme! quel orgueil! Ce sont de pareils énergumènes, appelés zelotes, qui se mettaient pour la troisième fois à altérer le sens des lois de Moïse et à les dénaturer, pour ainsi dire, en voulant les observer ailleurs que dans \& pays pour lequel elles étaient faites, et après avoir perdu l'indépendance, en vue de laquelle, seulement, elles, pouvaient être applicables. Aussi, la colère divine et la justice humaine ne tardèrent-elles pas à frapper de nouveau les Israélites. De nouveau (sous Vespasien) la ville de Jérusalem fut détruite. Il faut lire l'histoire de Joseph pour voir clairement, d'un côté, le tableau sublime du courage et de la persévérance déployés par les Israélites, et de l'autre côté, cette triste vérité : que le fanatisme et l'obstination mènent à leur perte les peuples les plus illustres..

Des milliers de Juifs étaient tombés sous le fer ennemi, un nombre non moins considérable avait été transporté de force hors de la Judçe, ou s'en était éloigné volontairement. Alors, les sages s'empressèrent de réunir, sans choix, sans ordre, ce qu'ils avaient appris de leurs maîtres et de leurs propres pensées; semblables aux hommes qui, dans un incendié ou un naufrage, rassemblent indistinctement ce qui se présente à eux et laissent à d'autres le

soin de tirer, après la tempête, le meilleur parti possible des choses qu'ils ont sauvées.

Le peuple israélite, partagé en différentes sectes, corrompu, n'observant plus que les lois tout-à-fait dénaturées de Moïse, devint tributaire des Romains. C'est alors que sortit de son sein le christianisme; il était à peine aperçu d'abord, mais, en se développant dans un monde comme celui d'alors, il porta le dernier coup à la véritable race juive. Elle se dispersa sur toute la surface de la terre, elle fut partout persécutée et méprisée. En Allemagne, en France, en Espagne, en Angleterre, on brûlait, on pourchassait, on exterminait les Israélites : ce n'est qu'en Pologne seulement que le séjour pour eux était moins dangereux 1 . Cependant, tout dispersés qu'ils étaient, ils n'ont pas manqué de se forger, de temps à autre , de nouvelles règles, de nouveaux préjugés, toujours se rattachant injustement aux lois primitives de Moïse.

Après la destruction de Jérusalem, les savants s'empressèrent de lever autour de ses ruines, des écoles qui acquirent de la célébrité, et où ils enseignèrent surtout les lois hébraïques : telles furent l'école de Japha, celle de

i Bruno Bauer écrivit ce qui suit ; « Il n'est guère en faveur des Juifs, qu'ils n'ont su se i rocurer un établissement , que dans les états de l'Europe les plus imparfaits, et n'aient pu s'établir en grand nombre, que dans tel état qui n'en mérite pas le nom ; cela prouve contre leur aptitude a devenir membres d'un état civilisé. » Le docteur Salomon d'Hambourg nous épargne une réponse spéciale a ces paroles , en écrivant dans sa critique sur Bruno Bauer ce qui suit : < Le gibier chassé et poursuivi par le chasseur meurtrier , peut-il choisir le lieu où il doit fuir ? Bruno Bauer nous a-t-il fait voir l'époque précise à laquelle eût lieu l'établissement des Juifs en Pologne? et si les Juifs pu* rent trouver à celle même époque un accueil dans d'autres élals chrétiens? Ces malheureuses victimes durent se trouver un asile, même dans un pays qui les aurait, moins que la Pologne, accueillies favorablement.

Lydda, présidée par le rabbin Akiba, et l'école de Tyberiade, illustrée par le rabbin Juda Saint. Sous les yeux de ce Juda,fut composée \siMichnah f oxi la répétition de la loi, livre dans lequel les docteurs réunirent tous les écrits épars, et tout ce qu'ils savaient sur la jurisprudence, les règlements et coutumes qui s'étaient perpétués par tradition. À ce code d'une tradition trop grande, ils ajoutèrent successivement des commentaires, des récits et des décisions souvent opposés. Ces commentaires qui portent le nom de suppléments et de dépendances, constituent les guémares -, celles de Jérusalem et celles de Babylone sont les plus estimées. On discute sur leur ancienneté; la dernière fut clôturée au plus tard dans le troisième ou quatrième siècle. Leur réunion avec le texte de la Mischnah, forme le Talmud, mot qui signifie enseignement, doctrine. Le souvenir des circonstances qui le virent naître suffit pour nous éclairer sur l'esprit de ce vaste recueil, de cette espèce d'encyclopédie, où les choses puériles sont mêlées à des pensées profondes; où des récits, dont l'obscurité paraît d'autant plus grande qu'on a perdu la clé des allégories et des symboles auquels ils se rattachent, accompagnent des discussions savantes et rigoureuses 1 .

Moïse Maïmonides, dans le douzième siècle, en fit un extrait pour régler les lois, et le publia dans le livre Jad- Hasaka. Depuis, les sages, les cabalistes et les savants israélites s'efforçaient, à qui mieux mieux, d'interpréter la parole de Dieu. D'étranges visions y sont rapportées comme des lois religieuses, civiles et morales; des contes qui blessent le bon sens et outragent la divinité elle-même, y pullulent.

1 Vojez « Loi de Moïse, etc. » par J. Salvador, p. 448.

Lorsque les Juifs furent chassés d'Espagne et de Portugal, une grande partied'entre eux allèrent s'établir en Pologne , y apportèrent la doctrine rabbinique, et instituèrent des écoles, où les jeunes gens de tous les pays accoururent pour y puiser la science à la source trouble duTalmud, et suivre renseignement d'un certain rabbin JacobPolack, auteur des Chiloukims, recueil de chimères et de fantasmagories talmudiques. Dès lors, l'étude du Talmud prit une forme nouvelle.

Et cette nouvelle manière d'étudier le Talmud s'est étendue dans tout le pays de Pologne et d'Allemagne. Voilà une anecdote qu'on a dite de ce rabbin ou d'un de ses disciples: Un jour, lesélèves de l'établissement avaient arraché étourdiment quelques feuilles du livre ou du

tractate, dans lequel le rabbin étudiait et dont il dissertait habituellement avec eux; le rabbin, n'ayant pas remarqué l'absence de ces feuilles, continua sans interruption ses dissertations en tournant successivement la feuille qui suivait, et en unissant les deux sujets qui, bien entendu, étaient éloignés l'un de l'autre, comme le sud du nord, et ajustant pourtant ces deux extrémités avec un grand sens 1 .

Quoique beaucoup de rabbins se récriassent contre cette manière d'étudier les Chiloukims, elle fut cependant suivie dans tous les pays ; et cette étude, jointe à celle de la cabale, a contribué à ce que l'étude droite et juste s'est corrompue de plus en plus, au point que l'enseignement de la Sainte-Écriture et de la grammaire de la langue hébraïque finit par être tout -à-fait négligée parle peuple qui l'a pris en dégoût. Et enfin, tout enseignement moral ou civil tomba absolument dans l'oubli. Les uns s'abandonnèrent a l'étude de la cabale, les autres aux arguties des commentaires, en négligeant totalement les textes traitant de la morale et de la science.

Mais, en vérité, ne peut-on pas, d'un autre côté, justifier les Juifs de ces temprét de ces pays de la mauvaise route qu'ils prenaient, par cela même que les peuples parmi lesquels ils étaient dispersés croyaient, à leur tour, en des choses vaines et ridicules, et les Juifs, sans gouvernement et sans direction, durent adopter d'eux beaucoup de leurs absurdités.

A la même époque, s'est produite une grande corruption par l'étude du Soâr, dans tout le monde israélite. Les cabalistes et les soârisles ont intercalé dans les livres an-

1 Voyez l'histoire des Juifs, par Peter Bcer.

ciens et dans le Soâr, des phrases et des idées corruptrices, et y ont entre-mèlé des opinions et des croyances de toutes les nations barbares. C'est alors que les grands rabbins ont lancé l'interdiction contre le Soâr et la Cabale , sauf certaines conditions; mais voyant que le peuple était très attaché à cette étude, et qu'il croyait que celui qui abandonnait la cabale était comme s'il abandonnait la vie, ils ont néanmoins permis de lire ces livres, mais en donnant à entendre que le sens en était un mystère profond, renfermantune puissante vertu et dont l'étude approfondie était sévèrement défendue. Dès ce moment, la coutume s'est étendue dans toute la Pologne de lire le Soàr, sans le comprendre, et peuple et savants croient ne rien faire de plus agréable à Dieu qu'en s'occupant de cette étude.

Les améliorations partielles des lois contribuent à la conservation de la loi générale, et il n'y a pas de lieu ni de temps, où dételles améliorations ne soient nécessaires, d'après les variations qui s'opèrent parmi les hommes, et dans leurs mœurs. A touteépoque, se trouvent des hommes sages et éclairés pénétrés. de ces principes. Aussi, les hommes semblablçsc à l'aide de l'autorité dont ils étaient investis, introduisirent-ils des améliorations utiles dans les lois. Mais, bien que leurs pensées et leurs actions fussent convenables et utiles, il né tarda pas d'arriver que le peuple ne savait plus de quelle manière utiliser cesxhangements, et il n'en appliqua que les moins profitables, au point que de ces améliorations qui n'étaient bonnes que pour un certain temps, ou dans de certaines circonstances , il ne reste plus que des points opposés au but de leurs auteurs; de plus, la confusion des choses ajoutées successivement fit oublier les lois divines ; car le peuple ne comprenait pas que toutes ces améliorations n'é-

taient qu'occasionnelles et que leurs auteurs ne les avaient introduites que pour déraciner quelque mauvais principe du cœur du peuple.

Il y avait même des changements qui étaient contraires à la vraie loi, mais on les trouva alors nécessaires. Le sage ou le rabbin qui modifia une loi, l'inséra dans son commentaire du Talraud, ou dans ses écrits, sans expliquer la raison ou la cause du changement; c'était ou parce que la raison en était trop connue ou parce que, si on l'eût connue on l'aurait rejetée. Or, quand après des siècles on trouva ces lois ou ces usages écrits dans les livres des rabbins, on les vénéra comme des lois sacrées, et on les rangea parmi les lois fondamentales comme si elles eussent été également proclamées sur le mont Sinaï.

Déjà les grands rabbins et les gâones 1 s'étaient récriés contre ces usages et coutumes introduits dans les lois. La véritable cause de ce dépérissement de la vraie loi doit être attribuée à ce que les Israélites furent dépourvus de toute direction, de gouvernement, de sages rabbins,, comme ils en avaient autrefois pour veiller sur les choses de la religion, tandis que, d'un autre côté, il n'était permis à aucun rabbin d'augmenter ni d'amoindrir en quelque chose que ce fût les textes existants avant eux.

Mais aujourd'hui, chaque rabbin gouverne sa communed'une autorité absolue, et la dirige selon sescaprices, surtout dans les petits endroits, où ils n'ont d'autre occasion de se faire valoir qu'en renouvelant quelque coutume ou ordonnance, pour relever, aux yeux de la commune, leur capacité et leur piété, et faire croire qu'ils înéritent d'être plus estitnésque leurs prédécesseurs. Mais

1 Voyez les Tasehbaiz, Maram Alschakar, et laabolz.

ce qu'il y a de pire c'est que depuis que la cabale s'est répandue parmi le peuple, et que les commentaires se sont multipliés, chacun cherche à attribuer à ces découvertes quelques fondements de la loi mosaïque, et aies placer parmi les Sephirothes » .

Un rabbin, en mémoire de l'eau du Nil changée en sang, ou, comme, dit un medrasch, parce que Pharaon fit tuer les enfants d'Israël pour se baigner dans leur sang, établit l'usage de boire, dans le cours des cérémonies de la soirée des Pâques, du vin rouge (yaîne-odome) . Dans ces mêmes cérémonies, les Juifs comptent, avec le bout du doigt, les dix plaies d'Egypte (car il est dit dans l'Écriture : « C'est le doigt de Dieu) ; de plus, ils versent dix gouttes de vin rouge, en prononçant, successivement, le nom de cette plaie, par exemple : dam, le sang, zéphardeïo, les grenouilles, etc.

En comparant le mot odome, rouge, avec celui deadam, homme, on remarquera que là prononciation ainsi que l'orthographe étant presque les mêmes, et en outre, le mot dam, sang, ayant aussi avec ces mots précités une grande analogie , le spectateur ignorant ou mal intentionné de semblables cérémonies, dut supposer aux Juifs qui les pratiquaient une intention mauvaise et immorale; et c'est ce qui arriva.

D'un autre côté, un certain rabbin imagina qu'au jour du nouvel an, il fallait se placer aux bords d'une rivière (chose qui est observée en Pologne, encore aujourd'hui) et y réciter certains vers du prophète Mkha (7v. 48-tO) où il est dit : « Jette leurs péchés au fond de la mer.* Ot>

i Sur ce mot voyex page 16.

il arriva que peu après une semblable pratique, des maladies contagieuses se déclarèrent.

Les chrétiens en imputèrent la cause aux Juifs, en les accusant d'avoir empoisonné la rivière, et des milliers de Juifs périrent, victimes de cette accusation 1 .

RabiCrouspedoï dit (Tract. Rasche-Haschanah) que : «Trois livres s'ouvrent dans le sénat céleste, au jour du nouvel an. Le premier pour les justes, le second pour les modérés, et le troisième pour les impies. Les justes sont inscrits pourla vie, les impies pour la mort; maisavecles modérés, Dieu prend patience et attend jusqu'au jour de l'expiation qui a lieu dix jours après; alors, s'ils se sont repentis, ils sont inscrits dans le livre de vie, et si, au contraire, ils sont restés dans leur endurcissement, ils sont inscrits dans le livre de mort. » — Alors, le soir et le matin du jour du nouvel an, l'un souhaite à l'autre : «Qu'il soit inscrit a une bonne vie. » — Fondé sur cet usage, le Code Schoulchan- Arouch défend de prononcer cette manière de salut après neuf heures du matin , parce qu'alors , les livres étant déjà fermés et clos, ce souhait est comme inutile.

Quel homme d'un esprit sain , et surtout croyant à la souveraine sagesse de Dieu , comprendra ce livre et ces écritures au ciel? Chacun s'apercevra qu'il n'y a à entendre, dans ces traditions des talmudistes, qu'une invi-

t On les accusa, à la même époque (1349) d'avoir empoisonné les puits, les sources et les rivières. La peste faisait, en ce temps là, de grands ravages en Europe, et il n'est pas dit si les Juifs en furent moins atteints que ceux appartenant à d'autres religions. Ce qu'il y a de notoire, c'est qu'un soupçon suffisant pour les faire condamner, on les brûla en de certains endroits , et on les massacia dans d'autres. ( Basnage , hist. des Juifc,t.5,p. 1817;. !&^»x«

talion au repentir et une préparation au jour d'expiation. * Voilà la cause de l'oubli de la loi divine ainsi que de Tétude de la science en général, parmi les Israélites. Où il n'y a ni loi, ni sciences, il ne se trouve pas non plus de respect pour la divinité, ni d'estime pour les bonnes mœurs.

Les paroles du sage auteur du Schebath Jéhoudah se trouvent très applicables à chacun des enfants d'Israël dont le cœur batardemment pour la vérité et pour l'amour desa foi (voyezcelivre,ch. 4, 5et 6). Danscemème livre, il y a aussi une réponse qu'un sage Israélite fit à Alphonse, roi d'Espagne, en lui posant cette question : « Pourquoi ce châtiment des Juifs est-il si grand quoiqu'ils ne soient point idolâtres? C'est, répondit-il, que les crimes commis contre les hommes sont punis davantage que ceux envers Dieu, parce que les premiers, ayant pour objet des intérêts humains, sont moins pardonnes par les humains, tandis que les derniers, ne regardant que Dieu, il lui est plus aisé dans sa bonté infinie de pardonner à l'homme ses fautes.» De cette même manière les talmudistes i disent aussi : « Que la punition des crimes de l'homme envers les hommes est beaucoup plus sévère que celle des crimes envers Dieu. » Et ailleurs : « Jérusalem n'est détruite pour la seconde fois, qu'à cause qu'ils ont fondé leurs propres paroles sur la parole de la ki divine.» Et ailleurs encore : «Jérusalem n'est déchus qu'à cause de la haine mutuelle qu'ils nourrissaient entre eux. »

Au moyen de ces compléments qui se multipliaient sans cesse aux lois mosaïques ettalmudiques, les lois, comman-

i Voyez BabaBalhra, pag. 88. Matmenides Halachaste Ganéba, ch. 7.

déments et disciplines se sont à la fin entassés jusqu'à l'infini. Mais, comme le remarque Peter Béer , la faute n'en doit pas être imputée aux rabbins seuls, mais aussi aux imprimeurs intéressés. Car onpeut justifier les rabbins en ce sens que chacun d'eux a voulu écrire son opinion sans prétendre la faire adopter, comme une loi générale. Maisles imprimeurs, cherchantun gain avide, achetèrentles manuscrits couverts de notes, et insérèrent ces notes dans le texte même, pour augmenter la matière, et c'est ainsi que ces intercala tions reçurent l'autorité et la sanction, en étant adoptées comme les lois les plus sacrées. Elles se multipliaient par ce motif; car , d'après le Talmud et Maïmonides , il y a 613 lois fondamentales; si on en déduit celles ayant rapport à la construction du temple, aux sacrifices, aux prêtres et au pays de Palestine, il ne reste que le nombre de cent; or, elles se sont élevées au nombre de 14,000, d'après le code de Schoulchan-Arouch. Ainsi, par exemple, le Schoulchan-Arouch donne 23 lois concernant le lavement des mains en se levant; 17 sur la conduite à tenir aux latrines ; 27 concernant la prière ; 319 sur la fête des Pâques; 1279 concernant le sabbath; 177 sur la manière de tuer les bêtes; 225 concernant l'examen de l'animal tué ; 342 sur la conduite à tenir en deuil (autant de commandements que de défenses) 1 .

«Si Moïse, dit avec raison Buchholtz, se levait aujourd'hui de sa tombe, il ne pourrait pas reconnaître ses lois tant elles sont dénaturées par les interprétations, et les commentaires. »

* Voyez l'histoire des Juifs par Peter Béer.

Aussi superstitieux qu'il est fier de ce qu'il appelle sa science religieuse, le savant Juif polonais se croit un être supérieur et prétend à titre de droit, à la vénération de tous ses co-religionnaires. D'autres, se croyant pour le moins aussi pieux , protestent intérieurement contre cette prétention, et se courbent néanmoins sous la loi inflexible dusavant commentateur. Quelques autres, enfin, connaissant peu le texte talmudique, mais entraînés par l'exaltation de leur pieux zèle, se croient tout bonnement les sauveurs prédestinés de leur peuple. L'israélite éclairé, pénétré de respect pour la vraie religion de ses ancêtres, regarde toutes ces puérilités avec autant de douleur que de mépris. Il lui tarde de voir les coreligionnaires de son pays au niveau des lumières du siècle, et de leurs frères

dans d'autres pays, mais force lui est de réprimer les généreux élans de son cœur, osât-il les proclamer, il se verrait répudié par la masse et persécuté parles rabbins et leurs séides.

Le Juif polonais s'occupe de l'étude du Talmud avec ses commentaires parce qu'il y voit le plus sûr moyen de se concilier l'estime générale et de se faire une position. Les filles des Israélites aisés deviennent presque toujours le partage de ces savants talmudiques, prônés par la voix publique ; par contre coup, toute autre étude tendant à élever le cœur et l'esprit est profondément méprisée, et le malheureux qui voudrait suivre quelque noble vocation en dehors de l'étude vouée au Talmud, se verrait au ban des meneurs de parti et des pores de famille.

Se vêtir strictement à la manière judaïque, faire croître sa barbe et ses peysy (longues mèches de cheveux descendant des tempes et se prolongeant quelquefois jusqu'à la ceinture; ces mèches de cheveux sont regardées parmi les Juifs polonais comme aussi sacrées que la barbe même), aller au moins deux fois par jour à la synagogue , porter chaque matin de gros Théphilin* sur son front et à la main , s'arrêter longtemps devant la Chemona-Elhra-, arroser ses mains ou les frotter contre terre au moindre contact, ne serait-ce que celui de sa propre chevelure, fuir jusqu'au

1 Lesrabbini prennent les paroles de l'Écriture (Deuler.VI, 5). c Tu les attacheras ces paroles que je te commande aujourd'hui) pour signe avec ta main et pour ornement entre tes yeux », ils fondent la dessus l'usage des Tképhilins, mais dont la vraie signilication est -.d'avoir la sainte loi toujours devant les yeux, cette expression ne peut pas être prise à la lettre pas plus qie celle de Deuter, X. I. « vous circoncirez le prépuce de votre cœur. »

a Ge sont les dix-huit bénédictions d'Ezdrasz.

voisinage d'un temple chrétien 1 , porter aux jours de sabbat le mouchoir, non dans sa poche, mais noué autour du cou ou de la jambe, porter de longues Zizéssesi, examiner et baiser la mésuset à chaque entrée et sortie, etc., etc. voilà ce qui en Pologne constitue les Juifs par excellence, et malheur à celui qui en négligerait la moindre partie. Science , propreté , bonne éducation aux enfants , misères que tout cela , on n'y fait attention qne pour s'en moquer, oupourdénigrerceluiquioseenfairepreuve 4 .

I En 1834, beaucoup d'Israélites suivaient le convoi funèbre d'un noble Polonais, un de ces hommes rares dont les hautes vertus captivent tous les suffrages. Quelques-uns de ces Israélites, portant des cierges, entrèrent avec le convoi dans l'intérieur de l'église catholique. Le rabbin de la ville les condamna à quarante jours de Chérim.

s Les Juifs portent des habits à quatre pans, à chacun desquels pendent une houpe qu'ils appellent Zizéases ou Arbah Canpholhes , il le font en mémoire des commandements de pieu.

Mésuse s'est fondé sur les paroles de Moïse : c vous les écrirez sur les poteaux de vos maisons et sur vos portes. »

4 Pour justifier ce que nous venons d'avancer, nous citerons quelques faits particulièrement arrivés à notre connaissance : Dans le 17* siècle, un assez grand nombre de familles juives d'origine allemande «stvenu se fixer en Pologne et beaucoup d'entr'elles conservent le costume de leur ancienne patrie. Un de ces Juifs allemands avait fait confectionner à ses frais un magnifique décor à l'usage d'une synagogue nouvellement bâtie. D'après une ancienne habitude , il demanda que son nom y fût inscrit , mais on s'y refusa, par la raison que son costume sentait le chrétien et que ses enfants s'appliquaient à apprendre le polonais.

Un autre, à la recherche d'un emploi , ne l'obtint des Juifs qui en disposaient que sous la condition de réformer son costume qui choquait leur pieuse austérité.

II est défendu aux Juives polonaises de porter leurs cheveux. Un jour de fête, il arriva à une jeune femme allemande d'entrer dans la synagogue, portant un chapeau et les cheveux boucles. Par ordre du préposé , elle fut ignominieusement chassée, et le lendemain, ayant osé se montrer également parée dans la rue, elle fut honnie et poursuivie par un gamin en haillons, dérisoirement coiffé d'un chapeau de femme.

. La plus injuste de toutes les usurpations, est celle que ' la congrégation de chebrè kaditchah ( congrégation sainte ), a faite du droit d'ensevelir les morts. Ayant fait accroire à la classe pauvre et non éclairée des Juifs, qu'il était honteux et même contre le salut éternel des âmes qu'on n'enterre pas le mort quelques heures après le décès, cette congrégation fanatique applique son système surtout à des familles qui lui sont suspectes, comme celles par exemple, dans lesquelles on différait par le costume, les moeurs et les usages. C'est alors, qu'en refusant de faire enterrer décemment leurs morts, malgré toutes leurs instances, la congrégation exerce son droit usurpé , et , après avoir refusé pendant deux ou trois jours l'ensevelissement devenu urgent, se fait payer comme bon lui semble. Pour détruire cet abus d'un côté, et le préjugé de l'autre, ne vaudrait-il pas mieux que le gouvernement fondât un établissement aux frais des communes juives, pour l'enterrement de leurs morts, indépendamment de toute association religieuse?

Le Juif s'habillant à la manière de ses concitoyens chrétiens, est exclu d'une foule de pratiques religieuses; l'astucieux hypocrite, fùt-il le plus abject des hommes, aura partout le pas sur lui.

En présencede pareilsfaits,comments'étonnerde ceque quelques Juifs abandonnent la religion de leurs pères, que d'autres, exaspérés, embrassent le vil métier de délateur, soit pour satisfaire leur cupidité, soit pour venger telle insulte, telle humiliation poignante.

Malheureusement, le progrès des lumières parmi les Juifs de Pologne, est entravé par des obstacles. Les intentions bienveillantes des hommes éclairés se heurtent sans cesse contre le mauvais vouloir des chefs de parti et l'a-

veugle obstination des masses. Fatigués, découragés, privés de tout auxiliaire, ces hommes de bien finissent par se taire et se soumettre à l'autorité dominante. On dira, peutêtre, qu'en poursuivant un aussi noble but, on devrait y mettre plus d'énergie et s'occuper moins de ses propres 'intérêts. C'est vrai, mais, hélas! l'abnégation complète de soi-même n'est pas précisément la vertu de nos jours.

Le culte mosaïque, tel qu'il se pratique en Pologne, repose presque entièrement sur les prescriptions orales des Minhaguimes 1 , et sur les commandements rabbiniques,dont voici les principaux :

En se levant de son lit, le Juif est tenu de s'informer si leszizésses sont koscheres (convenables), et d'arroser par trois fois ses mains, pour chasser les malins esprits, qui, dit-on, s'abattent sur les ongles; nous disons arroser, car rien ne l'oblige à se laver les mains, la tête ou la figure, la propreté étant sans importance aux yeux du Rabbin.

Trois fois par jour, il faut faire un grand nombre de prières, lire unepartiede la Bible, du Mischnah,duTalmud, duSôar, etc., et tout cela en langue hébraïque ou chaldéenne, dont presque aucun Israélite ne comprend un mot. Chaque vendredi, après avoir coupé ses ongles 3 , le pieux Israélite les brûlera , sinon les cachera. Pour

i Les usages d'un certain R. Jacob Lévy, dont il n'y a point de trace ni dans l'écriture, ni dans le lalmud , sont surtout autorisés, et toutes ses fantaisies sont devenues les plus grandes doctrines. Un autre 1\. Isaac a ramassé tous ces caprices rabbiiiiqucs et les a publiés dans un livre intitulé Minhuguim.

* La forme du vase à puiser, la quantité d'eau dont il faut arroser ses mains, et la main même par laquelle il faut commencer l'opération , tout cela est bien distinctement prescrit.

3 11 est dit par quelle main, par quel doigt commence celte coupure.

témoin de cette action solennelle , il prendra une parcelle de bois, coupée de sa porte, de sa table ou de sa fenêtre, de peur qu'après sa mort, il ne soit condamné à revenir (la migration des âmes) sur terre pour chercher cette malheureuse dépouille.

Viennent après, sans compter les prières presque incessantes, les prescriptions rigides surle sabbath, concernant le feu 1 , les objets à porter sur lui 1 , les promenades permisess, le sommeil, particulièrement recommandé pour les jours des sabbaths 4 , Tordre de la substance des repas 5 , H manière dont il faut couper le pain du sabbath, etc. , puis, les mille observances pendant la huitaine de Pâques 6 , les jours de Séphiré ce sont les sept semaines entre

1 Allumer ou éteindre la lumière , c'est pour ces jours là l'office d'un chrétien quelconque. Chez les Juifs pauvres, hors d'état de payer les services d'un chrétien de Sabbath , il est arrivé plus d'une fois que la chandelle renversée par hasard, allumait la table, un rideau, etc.; avant qu'il n'y ait danger réel pour la maison , défense au Juif d'éteindre la flamme.

» Durant les sabbaths, il n'est permis de porter quoi que ce soit. La mère même doit s'interdire de porter l'enfant , qui ne peut marcher, sur ses bras. Il n'y a qu'une exception à la règle, c'est pour les rues au coin desquel les se trouvent attachées des cordes, Ehrèbe.

3 Toute course en voiture est formellement interdite durant le sabbath. La promenade à pied ne s'étend qu'à la distance de 2,000 aunes de l'endroit qu'on habite. On peut cependant doubler cette distance en posant, le vendredi, un pain tendre au milieu delà route.

4 Selon les Rabbins, le sommeil est plus doux au sabbath, le Juif polonais en profite pour le prolonger autant que possible.

5 Durant le sabbath, le Juif doit faire quatre repas, et il lui faut pour chacun deux pains entiers. (Chaque Juif a deux âmes. Neschamaii-Jelherah, durant le sabbath, alors il faut manger plus que toute la semaine.

G Un jour a\anl Pâques, le Juif est tenu de vendre à un chrétien toutes ses provisions alimentaires , soit solides soit liquides. Ordinairement le Rabbin s'en fait l'acheteur par contrat, et après la fin de la file, les provisions retournent à l'ancien possesseur , en payant au Rabbin avant et après les Pâques.

Pâques et la Pentecôte, pendant lesquelles, le Juif ne doit ni couper ses cheveux, ni rire, ni chanter, ni entendre le son de la musique, ni se marier, ni mettre un habit neuf, etc.; pareille chose s'observe pendant les trois semaines consacrées au souvenir de la destruction de Jérusalem (de 17 Thamouse jusqu'au 9 Abh). Après cela, les six autres semaines de jeûne, des prières et de contrition (du 1 er Elout jusque yomkipure jour d'expiation, le jour de Van compris).

Il existe un livre de prières tout particulier pour les jours de fête et déjeunes, intitulé : Machzor, qui est composé par divers auteurs, mixte d'hébreu et chaldéen. Ce livre est au dessous de la critique, tant sous le rapport de la valeur grammaticale ou esthétique, que celui de l'élévation des idées conformes au sujet. Ces prières sont si multipliées qu'on passe aux jours de fêtes jusqu'à midi, et aux jours d'expiation toute la journée entière, depuis le lever jusqu'au coucher du soleil, aies réciter, sans en comprendre le sens. Il est donc facile de comprendre pourquoi il règne dans les synagogues polonaises tant de désordre et de distractions indécentes. La plupart de ces prières sont chantées en mélodies par des chantres (chazanimei) qui n'en ont point notion eux-mêmes, et qui ne sont pas plus initiés aux règles de la musique qu'ils ne connaissent la signification des paroles.

11 est vrai que les hommes savants, estimés de toute la nation (comme, par exemple, J. Hourvitz, dans son livre Sehelah, et R. Samuel Hachasside, dans son livre Sephère Hachassidime) , voyant ce scandale avec douleur, cherchaient à abolir ces coutumes et ces abus, et à faire dorénavant leurs prières dans une langue intelligible, mais leur époque était encore trop obscure pour que leurs bons conseils pussentètre écoutés. i 2

Lorsque,dans la dernière moitié du dix-huitième siècle , l'oppression politique, qui alors pesait si lourdement sur les Juifs, s'était adoucie dans toute PEurope, leur esprit s'éleva, et ils commencèrent à pressentir que, outre le Talmud, ses commentaires et les traités, qui autrefois, composaient toutes les sources do leur science, il y avait encore d'autres sciences dignes d'être approfondies. On commença à s'occuper en partie de poésie , et en partie des sciences et des connaissances systématiques , et le talmudisme essuya une perte considérable, dont les traces s'aperçoivent aujourd'hui de plus en plus.

Exécuteur du plan divin du monde, le temps accomplissait son effet comme partout ailleurs; aussi, dans ces circonstances, il produisit alors l'illustre Mendelsohu, grand

par ses connaissances étendues , noble par son caractère, et immortel autant aux yeux de la nation juive qu'à ceux A& tous les peuples qui savent apprécier ses œuvres scientifiques, et qui, s'il eût vécu quelque temps auparavant, aurait peut-être été voué à l'oubli et à ^ l'obscurité, comme tant d'autres rabbins de talent. Ce grand homme féconda les semences de la civilisation déjà en germe da«s la traduction du Pentateuque, et la lumière vint en Israël.

Dès lors, le vulgaire se prit à s'apercevoir que les documents sacrés peuvent également s'éclaircir d'après, le sain esprit humain, sans s'abandonner aux investigations mystiques, qui jusqu'alors formaient les seules études du peuple d'Israël.

Alors aussi, les rabbins opposèrent toute leur influence à l'autorité de notre philosophie, et leurs malédictions vinrent fondre à la fois sur ses nobles efforts; mais, glorieux de son but, il ne se détourna point de son chemin et poursuivit ses travaux qu'il vit couronnés des plus nobles succès.

Malheureusement, les bons principes de ce grand homme avaient peu d'influence sur les Juifs polonais, car leurs rabbins ont employé tous leurs efforts pour ne pas laisser, parvenir dans les mains du peuple les ouvrages de Mendelsohn, et, de plus, ils excommunièrent quiconque lisait ses oeuvres, expression pure du saïsme. La philosophie de Mendelsohn fut méprisée, et ceux qui la soutenaient passèrent pour des Epicuriens; ef encore aujourd'hui, ce jugement subsiste chez les Juifs polonais. Car le blâme dont leurs rabbins peuvent être l'objet, est moins applicable à leur mauvais vouloir qu'à leur ignorance, à leur esprit peu éclairé ; il ne leur esf pas permis,

d'ailleurs, en dehors de- l'étude talmudique/de se livrer à aucune, autre science, aux termes d'une loi rabbinique, dont l'observance est rigoureuse, savoir : {(k&échoukasséhém lohlhéléchou) ne mamhezpoint d'après leurs lois, c'est-à- ' dire, d'aprèsles lois des étrangers.

;Cette*naxiraee6t le cheval-de bataille des rabbins^modernes qui s'efforcent de la faire prévaloir, pour maintenir la séparation des Juifs d'<avec les hommes d'une autre religion. Mais il. arrive en ceci comme en beaucoup d'autres cas; .ils extraient une phrase, parfois un mot des Saintes- Écritures, en lui assignant une signification tout-a-fait différente de celle de l'ensemble du texte. On en jugera par la citation suivante, d'où ils ont extrait la règle rapportée plus haut : « Vous ne ferez pas comme vous avez fait au pays d'Egypte, où vous avez demeuré, ni comme . il est 'd'Usage au pays de Canaan, où je vous conduis; ne rftàrthxzyoint d'après leurs lois. Ne pratiquez que mes commandements et n'observez que mes lois, etc.» Ici suivent différentes lois sur l'idolâtrie, l'inceste, etc.

D'après ce qui précède, les rabbins font croire au peuple que ces paroles se rapportent en tout à ce que le juif doit être séparé des hommes de toutes lesautres croyances tant par l'habillement que par le langage, quoique ces . choses n'aient pas le moindre rapport avec celles.de la religion.

Ainsi, toute culture d'esprit, outre l'étude du Talmud, leur étant inconnue, il en résulte une direction fausse dans leur jugement et qui a souvent dégénéré en orgueil et pédanterie. Mais celui qui, poussé par un mouvement intérieur;jou guidé par quelque circonstance, tend cependant à s'instruire, sera méprisé. L'Autodidacte doit tout puiser de soi-même, et ne devra ce qu'il aura acquis qu'à

son génie nafif. Maris cequ'il y a sartofit de difficite^pocrr ce dernier, c'est qu'il y a tout à craindre de la part de ses

- Coreligionnaires , il doit- chercher à employer tous ses efforts afin d'étouffer leur vengeance.

Ce qui éloigné surtout les cœurs des Israélites en Polo» gnedela religion, c'est que presque tous les Juifs polonais sont habitués à mépriser dans leurs eœurs tous les hctafc- *. mes éclairés, eftHjuand ils k voient seulement quelques-uas des jeunes Israélites s'appliquer àquèlque écrit ou langue étrangère, et surtout à, quelque science, ils s'en éloignent avec défiance, et le regardent, • soit comme* un méchant, soit comme un vauripn, un épicurien, sans avoir égard à sa* conduite et ses actions, qu'elles soient innocentes qu nort, et sans comprendre que,, si un jeune- hùmmne s'écartait, en effet, des voies de la religion, il faudrait, au contraire, le rapprocher el lui enseigner ces voîes de la religion avec douceur et bon sens. Par ta, le jeu ne fcommë à son tour* s'éloigne d^eux dô.plus en plus et ne les regarde* que comme des obstinés, a* cœur endurci. Ainsi, la haine et la mésintelligence s'accroissent de plufc en plus entre eux, au point *qùe ce jeune hOmmô finit par haïr et détester * toutes leurs mœurs et toutes leurs actions; ce qjui leur ; plait, lui déplais -

' . IL résulte de là, que, tandis qu'il y avait parmi les Israélites , dans les temps anciens , de grands hommes en

.théologie, qui composaient àe$ livres dans l'intérêt de la religion: et de la piété, et qui étaient en même temps distinguas et renommés dans les hautes sciences et les' langues étrangères, chez les Juifs* en Pologne, il n'y a plus de ces hommes qui réunissent la religion et la science, qui soient également puissants et renommés dans Tune et l'autre, car dès qu'on découvre un vestige de savoir dans quel-

qu'un, aussitôt, tout le monde s'éloigne de lui et le livre au mépris et à Ja honte.

Il n'est donc pas -étonnant que les Juifs Polonais y du moment qu'ils commencent seulement- à apprendre quelques écrits ou langue étrangère, ou qu'ils s'appliquent à quelque science, rejettent aussitôt la religion. et ses prescriptions, parce qu'ils n'ont plus et ne sauraient plus avoir gucun commerce avec les gens religieux et pieux, qui le6 repoussent des deux mains.

Four prpuver que notre conviction à l'égard des rabbins, est assise autant que possible sur des faits , nous dirons quelques mots sur l'éducation primitive des enfants Israélites :

L'enfant de trois ans , par exemple , entend déjà parler de fantômes et de revenants. A quatre ans , on lui donne connaissance de l'existence de Dieu , en, prétendant que * les Juifs seulement sont ses enfants. À cinq ans , on l'envoie à l'école. A peine l'aube du jour paraît-il, quedéjà l'impitoyable Belfor * l'enlève du lit, lemet Sur. un banc de bois, derrière une table étroite, à côté d'autres enfants du voisinage et du ipème âge, et alors le précepteur commence à faire des contorsions, c'est-à-dire^à pencher et à redresser son corps- d'une manière brusque et .cadencée , et à se faire imiter par ses écoliers , en accompagnant ses gestes de cris et .d'exclamations, et en tirant tantôt par les cheveux, tantôt par le bout du nez ou les oreilles, ceux d'entre les enfants qui exécutentmal ce genre d'initiation religieuse. Et qu'est-ce qu'on apprend ainsi aux enfants? Ce sont les morceaux des cinq livrés supposés de Moïse avec les commentaires de Ra$cky, pleins d'interprétations ab~

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1 Le garçon de l'école juive.

surdes.À peine les petits malheureux ont-ils saisi quelques parcelles de l'idiome hébreux, que le précepteur leur fait commencer la lecture du talmud. Nulle question ni de grammaire, ni d'orthogvaphe, le maître sait fort bien s'en passer, et tout se réduit à quelques formules de prières. L'enfant intelligent et doué d'une bonne mémoire ,apprend par cœur les extraits des commentaires, sans y comprendre un seul mot, carie précepteur lui-même ne saurait trop faire autrement que d'ordonner de croire ce qu'il croit sans savoir expliquer pourquoi. * A six ans, l'enfant n'a aucune notion sur le monde, il sait seulement qu'il y a des Juifs, et qu'il y a des chrétiens, qui ont des usages contraires aux leurs, c'est-à-dire, ne se font pas circoncire, n'observent point les jours de sabbatet mangent du porc. De sept,' à neuf ans , on parle déjà à l'enfant du mariage , du divorce, de la manière de tueries animaux , etc. Ainsi l'enfant à un âge aussi tendre, se trouve tourmenté, du matin au soir, de pareilles leçons accompagnées de coups , dont le précepteur n'est jamais avare, même envers le meilleur écolier. Plus tard, le père de cet enfant lui donne un autre précepteur plus savant , pour faire de son disciple un homme tout-à- fait versé dans le dédale du talmud et de ses commentaires , et le seul but que chaque père ambitionne, est de voir son fils bien marié et devenu rabbin. En quittant à l'âge de dix à douze ans les bancs de l'école pour se traîner dans la voie de la misère, l'enfant du pauvre oublie bien vite ce qu'il peut avoir appris du ïalinud et

* Un savant chrétien demanda à un Juif polonais ce que deviendrait son fils , âgé de 18 ans, ne possédant ni connaissances, ni fortune, s'il Tenait à se marier? « Mon fils, répondit celui-ci, est assez pourvu; j'en ferai un maître d'école , et pour ce métier on n'a besoin de posséder ni sciences, ni connaissance de langues. ï>

de ses commentateurs; l'habitude d'une prière inarticulée et mécanique est le seul fruit de ses tristes leçons. Le (ils d'un père aisé sort de l'école à l'âge de dix-huit à vingt ans; il ne connaît aucune langue, d car sa langue à lui c'est une espèce de patois allemand , entremêlé de sortes de lambeaux polonais, lithuaniens , hébreux , russes, jargon sans grammaire, sans orthographe ; histoire , géographie, morale, politique, mathématique , etc. , sont pour lui des mots vides de sens , car jamais son docte professeur n'a daigné lui en parler, et pour cause. Le polonais même , la langue du pays qu'il habite, lui est défendu par l'incroyable préjugé de ces rabbins. À l'exception de Varsovie et quelques autres villes, on ne découvre dans aucune école, .ou gymnase polonais, la trace d'un élève juif , bien qu'il y soit admis aux mêmes conditions que les fila du chrétien.

Qpe dire enfin de ces pauvres -filles juives ! Hormis la prière hébraïque et les exercices religieux, elles sont privées de tout ce qui peut élever l'esprit et former le cœur. Gardez-vous de leur parler chant , musique ou danse , cela les mènerait droit à l'enfer !

De quinze à dix-sçpt ans, on amène devant le jeune homme une jeune fille qu'il n'a jamais vue , et on les marie, c'est-à-dire , les deux pères étant Convenus d'avance du prix ou de la dot qu'ils donneront aux enfants. »

. ' Il arriva que lorsque l'empereur Alexandre I er passa par unevilic de la Pologne où les principaux de la communauté juive lui furent présen- . tés , il leur demanda si l'ordonnance impériale pour construire une synagogue était exécutée? Ceux-ci répondirent que non. Le maître absolu se plaignit au gouverneur qui était présent. Celui-ci lui assura que la synagogue était faite selon l'ukase impérial , et que les Juifs la fréquentaient depuis longtemps; l'empereur rit alors de ces représentants habillés de soie, qui , c»mme il l'appris par la suite , ne comprirent point le mot synagogue. . .

* Les parents aisés donnent, selon l'usage , au couple nouvellement marié , la table et le logement pendant plusieurs années, afin de mettre le gendre à même de s'a* donner à l'étude du Talmud, tandis qu'ils créent enfaveur 4 de leur fille un commerce quelconque , auquel elle est exercée dès son enfance. Elle s'occupe seule de son établissement.

Celui qui néglige l'étude du Talmud, et surtout qui en ignore totalement les lois , et qui est appelé Am Haaraz , était de tout temps et est encore voué à l'exécration parmi les Juifs de Pologne, car il est dit dans le Talmud: ce Celui qui accorde sa fille à un .4m Haaraz, fait aussi bien que s'il la garrottait et la jetait ainsi devant un lion furieux*. »

•C'estainsi qu'il arrive que l'épouse, oubliant sa modeste destinée, et aussi par un sentiment de dignité , profite de l'inaction de son mari, pour s'arroger la haute main dans le ménage ; quant au mari, il continue sans se troubler à la contemplation et à oou ver les douze in-folio composant le Talmud, à en explorer les innombrables commentaires , à se livrer aux élucubrations les plus subtiles sur la signification présumée d'un texte obscur , et tout cela , non point dans un but d'utilité commune, ni pour projurer du pain à sa famille, mais par la vaine satisfaction de se faire considérer comme une merveille d'érudition et de science par une multitude ignorante, abandonnant, s'il y a lieu, sa feïnme et ses enfants , aux chances d'un commerce incertain, et enfin à la misère.

C'était pire encore à une époque non très reculée , où les parents fiançaient leur fils absent, adonné à l'étude Talmudique au sein d'une Jeschiba , (institut Talmudique), à

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! Tract. Pesachim, fol. 3.

l'étranger, t Son mariage s'accomplissait à son retour , et sans avoir jamais eu l'occasion de s'exercer au commerce, il n'en embrassait pas moins, selon l'usage,, l'état de marchand. Selon le proverbe : « on fait tout d'un bachour , (jeune talmudiste), on en faisait donc un commerçant et au moyen de la modeste dot , on fondait uh petit établissement. Mais il arrivait habituellement , ce que l'on prévoit du reste, que cet établissement était mal dirigé par lejeune mari, peu versé dans les affaires, et il finissait le plus souvent par la banqueroute, de sorte que, sans plus d'autres ressources , il prenait le parti de se faire rabbin. a

C'est uu cœur profondément ému par la compassion fraternelle que je vous demande : qu'ètes-vous devenus ? que deviendrez-vous à l'avenir en persistant dans cette voie funeste? en vous refusant à la réforme sociale et religieuse, impérieusement demandée par l'esprit du siècle et la voix même de vos coreligionnaires dans tous les pays civilisés? Mais pour que cette réforme soit complète et durable, pour qu'elle vous assure ce bien-être physique et moral qui est le but de tous les efforts humains et pour lequel le créateur nous a doués de tant de précieuses qualités ,

1 En pareil cas , c'étaient surtout des personnes mal partagées quant à leur physique ou , pis encore, par leurs infirmités, qui devinrent le partage des Bachourim-Sechoré (jeunes savants du Talmud). Anssi à cette question : « Pourquoi la plupart des rabbins ont-ils des femmes laides ou infirmes? » Un plaisant fit cette réponse : C'est, dit-il, parce que le bon* Dieu, en agit envers les humains en bon père de famille ; et de même qu'un marchand, lorsqu'il possède dans son magasin une mauvaise pièce de marchandise qu'il ne parvient pas àplacer, afin de n'en pas perdre toutà-fait la valeur, l'emploie pour l'usage de sa maison et en fait des vêtements pour ses enfants , ainsi , le bon Dieu attendu que les mariages se décident au ciel , et que les savants talmudistes en sont les enfants.

a Voyez Peter Béer, Histoire des Juifs.

il feut envisager franchement et sérieusement la question, reconnaître les maux qui vous blessent, les causes qui vou§ retiennent dans vôtre abaissement qctuel ei ne.plus répudier le$ moyens qui puissent vous sauver de là.

rf I 4

> Quoique les Israélites Polonais de cesifecle se plaignent

, avec raison des mauvais traitements , de Top près- * siûu.de ce que le gouvernement les tient Boris tejûû^ qu'il • , , ne. les ail met point aux droits des citoyens; mais un gûu* ■

• - .vernernent juste et d'accord avec l'esprit de notre époque. -■' désirant le vrai bonheur de tomes les classes d'habitante.'

. .du pays m doit-il pas répondre à de pareilles plaintes en •

.. disant:

^ « Vous voulez être citoyens comme les Polonais ehré 5 - " : tiens, comment saurions-nous vous reconnaître dignes "de "' • l'être? Est-ce par votre langue qui est tout-à-fait' încom- . * prébensible à nous, à d'autres nations de l'Europe et à :

. vous mêmes. Est-ce par votre attachement au pays que . vous habitez? mais vos rabbins même disent que von» 'r

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