‹ Les Israélites de Pologne: "(Édition ornée de gravures)"Chapitre 20 sur 28 · LE JUIF DE VARSOVIE ET SA FEMME · texte numérisé non relu

LE JUIF DE VARSOVIE ET SA FEMME

lies Israélites de Pologne, par I», Hollaenderskî.

nètes que les Lûtes de ee pays, i oui , les Polonais doivent 'répondre ainsi et ajouter encore ce qui suit : « Dans le dernier siècle, nous avons admis à la jouissance de nos droits et de nos libertés des milliers de Tartares, qui professent •Je ïDBhométanïâme, et des dissidents de toute sorte contre notre propre religion , avec lesquels nous étions presque*, toujours en guerre pour des Intérêts matériels (car sur les dogmes et les consciences , Dieu seul peut juger) , mais voyez bien, ces Tartares, ces protestants, — ne sont-ils pas bons citoyens? Us versent leur sang volontiers en combattant avec nous nos ennemis communs; ils parlent, ils s'habillent comme nous; 2 ils partagent avec nons le bien comme le mal. Et vous! vous voulez rester toujonrsétrangers; quant à vos mœurs, vos usages, vos préjugés , et , en même temps , être traités mieux que vous ne Fêtes. Vos rabbins vous défendent de vivre avec nous fraternel-

1 C'est aux Juifs fanatiques ortl iodu3.es qu'il faut le demander,

2 La différence des habits juifs de celui des thrclicns était provoquée par les noblns polonais et les jésuiLes cux-niûiues, et ce n'était que pour ne pas encourir une respontabïlité que les rahbins avaient i tibéré dans les règles religieuses de ne pas ^'habiller romme les chrétiens. La mise des Juifs polonais est à peu près la me" me dp puis un siècle et demi. Le costume des Juifs riches à côté do Varsovie et dans la capitale même est depuis quelque temps dilïérenl et plus propre que celui de l'autre endroit. Il lient quelque chose de l'ancien eoElume polonais et une partie de l'allemand, comme par exemple, de lon-gues capote*, îles ceintures, des bonnets avec des cotme^breitles fourres: quant aux cuToU^s courtes, aux bas et souliers r tout cota semble s T uire conserté dès leur arrivée d'Allemagne. Il est dillicîle d'approfondir pourquoi les Juifs polonais s*habillcnl toujours en noir ou du moïus en couleurs sombres, car s'ils les avaient adoptées comme une espèce de deuil porté pour la patrie perdue (comme dans beaucoup de maisons juives on voit sur une paroi un carré avee cette inscription : Sécher lêchourben ( Souvenir de la destruction de Jéritsçlem), les rabbins auraient besoin de *se mettre les premiers en noir et non en blanc, comme faisaient leurs prédécesseurs.

leraenl. C'etf en Pelogae , ai» depuis .tant de siècles on vous donne rhospHaHtÀ t «fr dix é* ws géfiértlion^ pm *êeu et déposé leurs déjeaiMes morieHes, ait / eiifift-, vos

et vous osez prodaHrtet tme pwréiiieyt^f ed'a»yl^.é*rai>g^ne • .pow vous! Conservez toto&ièi dwBé«wsr^«iww?pttr0té , mais élaguer de vo^c^nVfiaeBt»Uirr*^iilevos.,mœ«*3-, (te» votre langage, tout ctequetâ* rafcbtMat ^s supérients , Aan» leur propre' intérêt pottr ftftèewier &4rvos consciences, y ont introduit de rWKcwtes wristWes et -peu dignes dela-fotde tout hommede bieo! Monfre^vo^, aurésume, ankné» do* même patriotisme que les Tartares , que les protestants polonais, adoptez leurs mœurs efl leurs usages dans la vie publique, et nous vous regarderons avec plaU sir comme nos compatriotes, comme nos frèrçs. »

Comment les Israélites Orthodoxes en Pologne à qui nous parlons ainsi, répondront-ils à ces dures vérités? oseront-ils les nier? Non, la sincérité commande d'en convenir , et la raison dit qu'il faut se corriger de ses défauts. Or, s'il se trouvait des individus* qui objectaient que leur conscience ne feur permettait pas d'abandonner les règles de leur croyance, nous leur répliquerions, personne ne vous y force, tout homme raisonnable désire seulement que vous abandonniez ce qui n'est pas dit dansjes lois de Moïse, et ce qui est , pourtant , si nuisible au pays que vous habitez et à vous mêmes. *

Nous allons maintenant examiner si les Israélites peuvent changer ou abandonner les règles de foi rabbinique. Les Juifs, dans plusieurs temps, ont été obligés d'abandonner beaucoup de leurs anciennes lois et usages primitifs. Ne leur était-il pas ordonné de brûler sur l'autel les animaux vivants , et de pratiquer les offrandes pacifiques et

autres , de la tourterelle et de la colombe? Cependant f après la destruction du temple de Jérusalem , nous ne les voyons plus faire les sacrifices , non-seulement des taureaux, mais même de ceux d'un seul moineau

11 a été ordonné aux Israélites d'abandonner leurs mois- ( sons, tous les sept ans aux pauvres ; de ne pas réclamer, après sept ans passés, leurs créances près de leurs débiteurs; cependant, où en trouver un seul, qui observe ces commandements ?

Dans les temps anciens , les Juifs ne se mêlaient-ils pas avec les étrangers? Le roi David , le plus pieux parmi les rois des Hébreux, n'était-il pas le petit-fils de Rulh , une Mohabite; Salomon, n'a-t-il pas épousé une Egyptienne , la fille de Pharaon? le savant et le pieux Mordechaï n'étaitilmêmepas reconnu comme Juif aux portesdu roi Asueru$\ Esther , si renommée par sa piété , n'était-elle pas connue non plus , comme Juive , par ses mœurs et ses usages , par son extérieur et son langage, lorsqu'elle se trouvait chez le même roi Asuerus. Moïse, d'ailleurs, avait expressément prescrit que le premier mois de Tannée commençât deNisan. Cependant, depuis la dispersion des Juifs, le mois Tischri, six mois plus tard que Nisan y est chez eux le premier mois de l'année. La loi de Moïse défend très sévèrement aux Juifs de se faire payer l'intérêt d'un prêt quelconque à leurs coreligionnaires ; et nous voyons maintenant la plupart des rabbins polonais s'adonnant unique • ment à l'usure. Si, par conséquent, les Juifs sont en contravention flagrante, vis-à-vis de tant de lois fondamentales de Moïse, si Mordechaï et Esther, comme nous venons de dire, modèles de piété, ne différaient en rien de ceux qui professaient une autre religion; pourquoi ne serait-il pas permis aux Israélites d'aujourd'hui de s'affranchir des

règles/quelenr imposent les fanatiques rabbins, qui, euxmêmes, agissent par l'usure et l'impiété, directementcontre la volonté divine.

Cherchons dans le Talmud même :

Les talmudistes 1 prennent du Pentateuque les six Cent treize commandements , dont deux cent quarante-huit 2 sont des commandements exécutifs, et dont trois cent soixante cinq 8 sont des défenses. David réduit ces six cent treize commandements à onze. (Ps. , ch. 15.) Savoir:, d'agir avec probité, de faire justice , de parler la vérité du fond de son cœur, de ne pas calomnier, de ne faire arriver aucun mal à son prochain , de ne pas l'outragef , de ne point aimer ce qui est méprisable , d'honorer celui qui craint Dieu, d'accomplir le serment, quand même il est à son désavantage, de prêter son argent sans intérêt , et de protéger l'innocence sans corruption. Le prophète Esaïe les borna à six , (Esaïe. ch. 33, v. 15), savoir : d'agir vertueusement, d'être droit dans son parler, de ne point mesurer l'avantage de l'autorité, d'avoir ses mains pures de corruption, de fermer ses oreilles à un projet de meurtre, et de fermer ses yeux pour ne pas voir le vice. Le prophète Michéeles réduit enfin à trois, (Michée b., v. 8), savoir : de faire justice, soigner la fidélité, de marcher devant Dieu avec modestie et humilité. Enfin , le prophète Habakuk borna tous les commandements à un seul, en disant que : « le juste vit dans sa croyance. »

Isaac Chabib dit dans son commentaire sur cet endroit que :

' Traité Makolh, p. 23.

2 Au nombre des membres qui composent le genre humain,

6 Qui sont du même nombre que les jours dans l'année.

« Les hommes étaient pieux au commencement , et pouvaient facilement se charger du joug de tant de commandements; les descendants qui vinrent après, n'étant plus aussi pieux que les premiers, et s'ils devaient pratiquer tous ces commandements , ils n'en seraient pas venus au bout ; alors , David était-il obligé d'en réduire le nombre à onze, pour qu'ilspuissent aussi devenir bienheureux en pratiquant seulement ces onze commandements, et ainsi par la suite, les générations amoindrirent toujours le nombre des lois jusqu'à une seule. »

On peut voir par là que les talmudistes mêmes envisagent la religion plus sous le rapport de la pratique des notions morales que sous celui des cérémonies.

Il ne sera pas indifférent de connaître le nombre de modifications que les sages auteurs de la Michnah ont faites aux commandements pour en rendre l'exécution plus facile. Voyant d'après les circonstances temporelles qu'une ordonnance quelconque ne pouvait pas être exécutée, ou que cette ordonnance pouvait occasionner la transgression d'autres lois, ils s'efforcèrent de s'autoriser d'une loi mosaïque même, ou d'autres moyens pour abolir telle ordonnance ou telle défense , parce que la loi dit : « qu'Israël vive dans la loi, » ce qui veut donc dire, qu'il ne succombe pas à la suite des observations trop rigoureuses des commandements.

Aussi les talmudistes mêmes et les autres vrais savants israélites permirent-ils beaucoup de choses relativement aux dangers, aux afflictions, et, d'après le R. Saraaï, il est permis de transgresser une loi , quand bien même une passion seulement le presse ou qu'il est possédé d'un désir ardent. 4 On diminua la rigueur de beaucoup de lois , à

1 Voyez Maor Sabath, ch. 22.

cause de soupçons ou de haine. On permit de faire du feu pendant l'hiver, par un non Israélite, à cause du froid , — et la loi dit pourtant : « Ne faites point de feu le jour du sabbath* » Ils ont ordonné d'allumer des lumières au jour desabbath.

On a permis aux guerriers de manger la viande qui , d'après la loi de Moïse, est défendue aux Israélites, comme par exemple du porc, etc M * Le Keseph Mischnu dit ; que a celui même qui n'est pas militaire , qui a faim, et ne trouvant point de chose permise, qu'il peut manger tout ce qui se présente devant lui. , »

Aussi ont-ils défendu beaucoup de choses qui sont permises par la loi mosaïque, à cause des mœurs du pays où ils demeuraient , comme par exemple la polygamie qui était permise aux Juifs et qui est défendue depuis qu'ils sont venus en Europe, etc.

Les talmudistes disaient : « qu'on n'admettait dans les sanhédrins , que des hommes qui pouvaient épurer un reptile impur , par des démonstrations de la mosaïque même , » et ailleurs , on n'institue point de loi sur rassemblée, qu'à condition que la plupart de l'assemblée la puisse supporter. 11 est autorisé à tout juge célèbre d'alléger la sévérité de quelques lois, selon la nécessité du temps. Les talmudistes ont dit à ce sujet , qu un homme ne doit pas dire : « est-ce que ce juge est comme Moïse ou comme Àaron? (dois*je lui obéir?) non! celui qui est nommé le plus léger , doit être considéré comme le plus estimé. 3

Quand nous faisons bien attention au Talmud , nous y

1 Vojez Tract. Choulin , p. 17.

2 Maimonides Halachath Hachai im, ch. 8 9 Tract* Rascb flawhaoajj , ch* 2.

trouvons que son opinion était toujours d'amoindrir et non pas d'augmenter les lois. 4

Maïmonides a bien raison en disant : « que les sages ; doivent se conduire en rapport de la loi et de ses ordon- t . nances, comme un sage médecin , qui coupe souvent an/ 1 ou deux membres, pour que tout le reste du corps puisse se tenir en état de santé. »

Comme il est du commandement de Dieu d'apprendre la loi (chacun d'après son esprit et ses capacités) , ainsi « chaque Israélite est tenu , à présent qu'ils n'ont ni prêtres, ni lévites, ni sanhédrins (qui autrefois étaient instruits dans toutes les sciences), de s'instruire si Dieu lui a donné un pur esprit et la faculté d'apprendre la morale et les sciencesrecueilliesdcinsleslivres de toutes les nations et de toutes les langues, Et jusqu'à ce que le temps vienne dans les travaux de l'intelligence , ce que leurs prédécesseurs ont dit que l'on doit passer tous les jours de sa vie dans le Talmud , mais ce mot doit recevoir une acception beaucoup plus étendue qu'il ne paraît l'indiquer et comprend ainsi toutes les autres sciences comme le dit Maïmonide « que le nom du Talmud , ne comprend pas seulement la Mischna et la Guémara, mais encore toutes les autres sciences. Voyez aussi Tractât Horiott, ch. 3. »

Il est aussi permis d'apprendre les lois civiles et morales de toutes les nations et de tous les hommes au monde» surtout des sages. On trouve beaucoup d'exemples dans le Talmud prouvant que les rabbins ont puisé des idées, des mœurs et des maximes des autres peuples. Comme l'opinion dans le Talmud : <s que le monde retournera au néan

i Voyez Belh-Iéhoudah , p. , et Théoudah-Bcïsraèl.

après *ix rnillo fins , t> cotte idée est celle du philosophe grec Vlaio. Et celle-ci, qui est d'Aristote : celui qui enseigne In loi nu fils d'nutrui, est comme s'il lavait mis au monde. Et ailleurs, a l'amour dérange autant Tordre que la haine. » C'est une idée de Plutarque , qui existait longtemps avant que le Talmud ne fût composé.

Les sanhédrins aussi étaient formes de la même manière que le sénat de Rome. Flavius Joseph a organisé la troupe des Juifs d'après l'organisation des troupes romaines. Lestalmudistes ont appris des romains la division du jour en vingt-quatre heures, beaucoup de coutumes au repos dont il est fait mention dans Rerachote et Arbé Pesachime, des usages pour le deuil, et beaucoup d'autres pratiques que les Juifs croient d'un ordre rigoureux , comme la couverture de tête pendant la prière et toute sanction sacrée, l'anneau de mariage sont autant d'usages pris des Romains. 4

Mais a quoi bon do si nombreux exemples. Voici les paroles de la lettre, que le prophète Jérémic adressa de Jérusalem, h ce qui restait d'anciens parmi les captifs , aux prêtres, aux prophètes et à tout le peuple d'Israël, que Nubuchodonosor avait transférés de Jérusalem àBabylone : « Voici ce que dit lo Soigneur des armées, le Dieu d'Israël, h tous les captifs, que j'ai transférés de Jérusalem à Babylonno. Ratissez-vous des maisons et habitez-les ; plantez des jardins et nourrissez-vous de leurs fruits; prenez des femmes et ayez-en des fils et des filles; donnez des femmes à vos fils , et des maris à vos filles , et que votre race se multiplie au lieu où je vous ai transférés , et priez leSeigneur pour elle, parce que votre paix se trouve dans la sienne, etc. » Quand est-ce que ces paroles divines s'a-

« Voye» Botlt-ldhomlah.

dressaient aux Israélites? C'est lorsque leur royaume , après soixante-dix ans, devait refleurir. Avec qui leur était- il permis de vivre en communauté et en amitié parfaite? avec les idolâtres, qui ne croyaient point en Dieu % saccageaient le temple, détruisaient la ville de Jérusalem , exterminaient une partie du peuple d'Israël par le massacre et prenaient une autre partie en captivité , qui enfin riaient de Jéhovah et de ses saints commandements.

En France, en Angleterre, en Hollande, en Belgique, et principalement dans une grande partie de l'Allemagne, les Israélites n'emploient-il pas, pour parler et écrire, les langues de ces pays-là; ne s'habillent-ils pas comme les indigènes? En beaucoup d'endroits, ils adressent même leurs prières au Tout-puissant, en langue du pays. Dans quelques synagogues même, on entend chanter en chœur les psaumes et les hymnes de David, avec accompagnement d'orgue.

Nous avons de nombreux exemples que les Israélites d'autres pays ont institué des écoles, et se sont affranchis tout-à-fait de l'influence des préjugés rabbiniques. On les voit fort recommandables parleur moralité, leur patriotisme, l'amour de l'ordre et de la propreté est aussi à remarquer chez eux; en un mot, ils ne diffèrent en rien , quant à leur extérieur, des peuples les plus civilisés , au milieu desquels ils vivent. Ce n'est que dans les synagogues seulement qu'on les reconnaît professant les lois de Moïse ; car, en résumé, Dieu ne nous apprécie pas par notre extérieur, mais il n'élit ses fidèles que par la pureté de nos cœurs; voilà ce que les savants rabbins disent bien dans les pyrké-aboth : « celui qui sait se concilier l'amour et l'estime de ses semblables est digne aussi de l'approbation et de la faveur du ciel. »

Il est triste à considérer combien la foi aveugle des Juifs dans l'autorité des rabbins a laissé les Israélites de Pologne en arrière de la civilisation , tandis que leurs co-religionnaires d'autres pays ont fait de si grands progrès. Il est plus triste encore de dire que Cette autorité rabbinique cache ses propres actions et règlements devant le peuple : ce dernier ignore par exemple quelle décision avait prise le sanhédrin * , relativement à tous les Israélites de l'Europe, du temps de l'Empereur Napoléon. Cependant, il y était établi solennellement, en vertu de PEcriture sainte et particulièrement en vertu de ce que le prophète Jérémie (chap. 29) avait énoncé d'applicable à l'esprit de ce siècle,

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* Décisions doctrinale s du grand lanhedrin 1807.

pour le principal article de foi, que « nom devons regarder comme notre patrie le pays que nous habitons ; nous devons le défendre , prêter notre concours à sa prospérité, nous garder bien d'être parasites; cultiver la terre , nous adonner sincèrement k tous les arts et métiers; regarder enfin les lois civiles et politiques des pays que nous habitons , comme strictement obligatoires, »

. L'un des plus grands rabbins de France, en s'adressant naguère, de sa chaire , aux Israélites français , s'est exprimé à peu près en ces termes : <* Mes frères, vos devoirs vous sont clairement prescrits ; servez Dieu , exécutez ses commandements comme Israélites ; mais aussi aimez le roi et sou gouvernement ; aimez et défendez le pays où vous vivez ; travaillez avec zèle dans tous les états, auxquels vos capacités vous appelleront eomme citoyens et fidèles sujets. »

Un autre prédicateur israélite Allemand prononce : « Mes frères! Il n'y a pas de loi dans la religion de Moïse qui vous empêche de concourir de tous vospioyens au service de l'état auquel vous appartenez , de la patrie qui vous protège à toute heure, quel que soit le jour. Père6 de famille, il n'y a pas de loi dans la religion de Moïse qui vous empêche de travailler incessamment au bonheur de vos enfants. Femmes 1 jeunes et âgées! il n'y a pas de loi dans la religion de Moïse qui vous défende de cultiver les nobles facultés de votresexe et d'embellir par lecharme de votre éducation le bonheur du foyer domestique. La religion de Moïse favorise tout ce qui peut contribuer à l'harmonie sociale; elle défend tout ce qui peut en opérer la ruine, » etc. *

1 D r Salomon de Hambourg, dans son sermon prononcé au temple, le jour de la Pentecôle 1 844.

Quand est-ce qu'on entendra un rabbin polonais parler de la sorte?

Il est peu, et trop peu de rabbins en Pologne, aussi généreux, aussi éclairés et aussi pénétrés de l'amour véritable du salut de leur pays. Au contraire, les rabbins polonais, les kahals et différentes congrégations supérieures , s'efforcent de remettre et d'anéantir toute tentative du gouvernement, pour introduire parmi eux une réforme salutaire. Si Ton employait la moitié de ces sommes d'argent, que les Juifs polonais consacrent à repousser la civilisation pour l'accepter franchement et aider à son développement, combien leur état serait heureux et florissant aujourd'hui! Depuis longtemps, ils n'auraient pas vécu dans la misère , méprisés et abaissés, comme ils l'ont toujours été et le sont • encore !

Ils s'oppriment eux-mêmes ; le fanatisme et la fausse piété oppriment les Juifs. Le Juif polonais ne doit, selon le système rabbinique , avoir aucune communication avec \es chrétiens. Est-ce que l'amour peut trouver lieu où il /l'y a pas de contre-amour? On ne peut point regarder cette conduite comme une loi religieuse , puisqu'on ne trouve dans aucune histoire que les Israélites s'étaient conduits ainsi dans l'ancien temps , ou que leurs coreligionnaires se conduisent de cette manière. Il est vrai que les rabbins avaient le devoir d'empêcher les Juifs de communiquer avec les non-Juifs et les païens, pour maintenir la religion , car les chrétiens tâchèrent de toutes leurs forces de convertir les Juifs dans leur croyance ; mais la sainte inquisition n'existe plus, ni aucun fanatisme, c'est l'humanité qui gouverne les trônes et les peuples ! L'humanité est le signal des sages et des héros. Toutes les religions se développent de leurs ténèbres, elles sont toutes tolérées

dans chaque état , et leur pureté est prisée de tous les hommes raisonnables et de tous les savants.

Le gouvernement polonais a cherché à plusieurs reprises à établir de bonnes écoles pour la jeunesse israélite , mais les autorités israélites ont toujours tâché , au| , moyen de souscriptions et de collectes occultes , d'em-| pécher les desseins du gouvernement. Aussi , est-on parvenu à peine à fonder une seule petite école publique de cent élèves , à Varsovie , ville qui compte environ trente mille habitants israélites ; et encore aujourd'hui , dans cette école sous la direction du savant Fugendold, est-on obligé, pour ne pas repousser les parents, d'enseigner leurs enfants en langue allemande. C'est ainsi que la majorité des Israélites de Pologne préfère faire élever leurs enfants à la maison par des précepteurs ignorants et fanatiques, tels enfin que nous les avons dépeints en parlant de l'éducation primaire, que de les voir s'instruire avec les enfants chrétiens dans les écoles publiques, où ils pourraient acquérir des connaissances utiles et devenir plus tard de bons citoyens.

Tout ce que nous venons de dire sur l'état abject des Israélites de Pologne , et sur l'opiniâtreté de s'y laisser '■ croupir, ne s'applique pourtant qu'à une partie d'entre eux, car des milliers n'attendent que des circonstances favora- ~ blés pour réaliser une réforme dans Israël. Beaucoup d'ouvrages dans ce but se publient en hébreux, par des auteurs savants et éclairés, et tout-à-fait dévoués , comme par exemple : Belh-Jehoudah , Kercm-Chemed , Tèouda- Béïsrael, etc., etc. Mais que manque-t-il pour atteindre ce but ? Nous répondons avec assurance : le courage ! car la crainte de s'attirer des persécutions et surtout la malédiction des supérieurs juifs , tiennent ces hommes d'élite à

Pétat d'inertie, « Ce sont , dit le célèbre écrivain , historien et poète polonais, le sénateur Niemcewicz , des cailles se cachant et se tapissant dans l'herbe , qui voudraient s'envoler ; mais la vue des éperviers planant au dessus d'elles , les empêchent de faire le moindre mouvement. »

La jnasse des Israélites en Pologne, donne souvent des signes qu'elles sent bien le joug sous lequel ses supé- . rieurs et rabbins la tiennent ; mais elle n'a pas assez de forces concentrées,et par conséquent, pas assez de courage pour le secouer. Il est temps donc que les coreligionnaires si puissants et si éclairés en France, en Allemagne et ailleurs, prêtent leur appui , afin d'introduire une réforme quelconque. Nous sommes sûrs d'avance que, pour exécuter un bon plan, il n'y aura d'obstacle ni de la part du gouvernement, ni de la part de la masse, au contraire, bien des hommes éclairés et puissants en Pologne, et le gouvernement d'aujourd'hui lui-même , en faciliteront le succès.

Ne croyons pas que les Polonais en général et lanoblesse en particulier, soient maintenant injustes envers les Israélites, et qu'ils nourrissent contre eux la haine du passé , où il y avait des torts et des droits des deux côtés. Nous pourrions citer mille exemples pour prouver que tout Israélite qui , par ses vertus , ses talents et ses services rendus au pays en véritable citoyen et patriote , savait mériter la considération d'un homme distingué, n'a jamais manqué, même dans le temps passé, d'être estimé, encouragé et récompensé. Nous nous bornons à citer le savant Kalmanson. Le dernier roi Stanislas- Auguste l'a honoré de son estime particulière et beaucoup de Polonais de se siècle d'or, appelé ainsi sous le règne d'Auguste , parce que, la littérature polonaise , protégée par lui , avait produit

alors tout ce que l'Europe ne peut pas encore en attendre aujourd'hui , ont prodigué à Kalmanson , non-seulement des louanges et des flatteries, mais des secours réels, et de la manière la plus délicate. Nous avons vu aussi PIsraélite Berek, pour prix de sa belle conduite et de son courage , élevé à des grades supérieurs dans l'armée nationale. Abraham Stern, homme de talent, doué d'un rare esprit , siégeait parmi les plus savants Polonais et recevait des marques de bienveillance de la part du roi et de grands citoyens. Les frères Fugendhold, à présent encore à Wilna et à Varsovie, se livrent aux recherches littéraires, sont aussi respectés qu'admirés ; outre les décorations, ils ont de hauts grades dans la société.

Le savant Loevensonh de Krzemienice , est aussi bien estimé des Polonais que du clergé catholique ; il a même reçu une récompense du czar Nicolas pour son ouvrage intitulé : Delh Jéhouda, sur le Judaïsme. *

* Dans les gazettes de Varsovie et de Pélcrsbourg, du mois de janvier 1 45, nous lisons ces mots: « Les membres (ci-devant) de la commission établie pour améliorer le sort des Juifs en Russie ( donc et dans les provinces prises sur la Pologne ), les rabbins Mendel Szneverson et Isaak Jechakim, ainsi que le savant marchand Israël Halpcro, comme s'étant distingués par leur zèle et bonne volonté dans leur part des travaux de la commission'* ont été nommés très honorables citoyens.

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