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TABLEAU STATISTIQUE DE L'ÉTAT ACTUEL DES ISRAÉLITES EN POLOGNE

Population

Selon les données de Stanislas, comte Plater, la population des Israélites en Pologne est la suivante : Dans le royaume de Pologne d'après le congrès

de Vienne 400,000

Dans les provinces polonaises de la Russie . . 1,300,000

D° Do de l'Autriche. . 300,000

D° Do de la Prusse . . 90,000

A Cracovie et dans ses faubourgs .... 10,000

Total. . . 2,100,000* Le comte Ostrowski y a ajouté 400,000 a

Total général. . . . 2,500,000

i Voyez la Géographie de l'Europe orientale, par le comte St. Plater, édition de Breslau, 1825.

» Voyez les Pensées pour la réforme des Israélites, par le comte Ostrowski. — Paris 1834.

Il est injuste de reprocher à quelques auteurs polonais l'exagération de ce chiffre, en préférant s'en tenir à celui qu'indique la statistique du gouvernement, laquelle n'est nullement exacte et ne peut point, en général, servir de guide à un écrivain consciencieux, surtout quant à la population des Juifs en Pologne. D'abord, parce que les impôts y sont exigibles, non pas de chaque individu, mais des chefs des communes ^ahals), qui, pour payer moins au gouvernement, a l'intérêt de cacher le véritable chffire des populations, ce qu'ils font toujours; ensuite, parce que dans le recensement des Juifs, dans les provinces polonaises-russes, lequel se renouvelle tous les vingt-cinq ans, on les inscrivait anciennement par leurs prénoms seulement, et comme ils ont, en général, très peu de prénoms 1 , le même prénom se trouvant porté par plusieurs familles, il devenait tout-à-fait impossible de les contraindre d'une manière quelconque, d'autant plus qu'ils changeaient de domicile à chaque instant et voyageaient continuellement.

Le gouvernement, pour obvier à cet inconvénient, en 1824, ordonna à tous les pères de famille d'adopter des nom9 de famille, et leur délivra, en effet, des certificats, lesquels, pendant quelques années, devaient leur servir de passeport 2 , et, en même temps, un règlement soumet-

i Les Israélites n'adoptèrent que les noms de patriarches, des douze tributs de Jacob, cl de quelques prophètes. Us ne prirent pas de noms de famille.

2 Dans une certaine ville de Lithuanie , il a plu à un Juif de prendre le nom d'un noble des environs; celui-ci porta plainte aux autorités du district, qui défendirent de choisir en générât les noms se terminant en ski et wict 4 et par conséquent, ceux d'entre les Juif? qui avaient déjà pris des noms avec de semblables terminaisons, devaient en retrancher les dtrnierei syllables. Ex, : Dobrowolski, Ôobrowoler ; Lublinski, Lubliner, etc., etc.

tait tout changement de domicile à une autorisation spé < ciale. Ces deux mesures ont beaucoup contribué à introduire de l'ordre parmi les Juifs, mais il n'en est pas résulté une exactitude désirable dans le recensement; car l'adoption des noms et l'autorisation préalable pour le changement de résidence ne s'appliquaient qu'aux chefs de familles etaux majeurs; or, on sait que le Juif polonais de la classe pauvre et même moyenne, à dix et douze ans de son âge, commence à faire le commerce, en se portant d'un endroit à l'autre, et que, dès lors, la même difficulté de contrôle se représentait. En un mot, la population israélite ne pouvait et ne peut jusqu'à ce jour être exactement connue, surtout en Pologne et dans les provinces que la Russie s'est adjugées. Ainsi, le chiffre adopté parle comte Ostrowski, s'il n'est pas au dessous de la réalité, est loin d'être exagéré. Presque tous les Israélites, d'ailleurs, habitent les villes et y sont comptés pour 4/4, 1/3, 4/2 et même dans quelques unes pour les 2/3 de la popution totale.

Les Israélites sous le rapport du eommtree et de l'industrie en Pologne*

La classe moyenne des habitants de Pologne est composée en tiers d'Israélites. Il faut avouer que la Providence, en les privant de leur patrie, leur a laissé un bien précieux, un trésor inépuisable : c'est celui de Pesprit naturel, d'une intelligence extraordinaire et d'une mémoire prodigieuse; mais, hélas! à quoi servent tous ces dons? Ils les mettent en œuvre pour enfanter des productions sans but, si ce n'est d'empêcher les lumières de se répandre en maintenant le fanatisme religieux et les préjugés. Le génie des Israélites, si naturel, si susceptible de créer de belles choses, privé qu'il est des moyens de se développer, et pris au berceau, comme nous l'avons dit ailleurs, se trouve comprimé par le mauvais système du gouvernement et par l'influence égoïste des rabbins.

Le Juif polonais n'apprend jamais à lire et à écrire dans une langue étrangère. Dans leurs écoles, on ne leur donne aucune idée des mathématiques; et cependant, la majeure partie de ce peuple parle et écrit le polonais et l'allemand, quoique sans nul principe, sans nulle règle; quant à la comptabilité, ils y excellent. Ils ont une aptitude toute particulière pour apprendre vite les langues, et pour se faire comprendre, quand leur intelligence, sans culture, mais impatiente, en trouve l'occasion. Mais aucun, *<,' juifgolmiaisnes'adonne aux arts. L'apprentissage même f de l'état de marchand ne se fait pas chez eux. Sortis de , . Técole rabbinique, ils s'établissent aussitôt en épicerie;, , t plus tard,ils y joignentla soierie, la mercerie, les draps, etc.;-.,. puis, enfin, ils y réunissent la librairie étrangère, sans . n'avoir jamais eu de notions premières sur toutes ce? branches de commerce. Il est vrai que leurs affaires ne pros pèrent pas toujours ; cependant, il est rare qu'ils finissent par une banqueroute complète. Ils se jettent d'un genre de commerce à l'autre pour tenter la fortune, en disant : qu'il faut essayer de tout pour parvenir. Bref, il n'y a rien d'impraticable pour leur intelligence 1 .

1 En 1842, un Juif polonais donna plusieurs concerts à Berlin et même au château du roi, et fut fort applaudi, au dire de la Gazette : «Potsdamle 15 juin. Un chœur de chanteurs russei-polonais, la famille Kantarowitz (6 individus) de là religion de Moïse, d'origine de Grodno et Vilna, eurent l'honneur de se produire, pour la seconde fois, à l'occasion de la fête du Bataillon, sur le portail de la colonnade ,en présence de LL. MM .le roi et la reine, et cette fois aussi, devant LL. RR. les princes et princesses de la cour du roi, devant le prince de Hanovre et une suite nombreuse de LL. MM. et ils ont reçu les plus vives expressions de la satisfaction générale. Ils ont donné la preuve de leur talent devant plusieurs habiles musiciens, dans la synagogue de Potsdam : nous pouvons assurer, qu'il y a quelque chose de merveilleux. C'est pour la première fois que notre ville est témoin d'un pareil concert. Nous ne voulons pas juger si la haute mu-

Tout le commerce intérieur et extérieur de Pologne reste entre les mains des Israélites, les Polonais éprouvant de la répugnance pour toute sorte d'industrie, ce qui s'explique d'ailleurs facilement : le noble, riche ou pauvre, après avoir vendu les produits de ses terres, regarde toute autre échange comme un abaissement 1 ; le bourgeois et les paysans ont aussi leurs occupations et profits des champs. Ainsi, ace sont les Juifs, dit le propriétaire de Tomaszow (comte Ostrowski), qui se sont empressés d'aider de leurs capitaux mes propres fabriques et celles de tout le royaume...» «Nos draps,nos tissus de laine ont de la réputation dans toutVempire russe, vont mèmejusqu'àiBacftfa en Chine, et c'est aux Juifs que nous devons exclusivement ce commerce* »

SHjue y gagné bu non, mais ce phénomène musical est extrêmement remarquable et très intéressant. Cette troupe se propose de se rendre à Londres, et donnera ici, pour satisfaire à la demande générale, un concert public, etc. ( Berlin: Zeitung M juin 1842 ).

Or, qu'elle avait été sa profession en Pologne? 11 remplissait, dans une petite synagogue en Lithuanien à peu près les fonctions d'un bedeau. Il n'avait aucune idée de la musique. Lorsque, en vieillissant, il se voyait sans moyen d'existence, il réunit quelques jeunes garçons, ses coreligionnaires, chantant passablement, les habilla et les exerça un peu à mettre de l'harmonie dans leurs jeunes voix, et le voilà parti, amusant le public, les rois et les princesses d'Allemagne, et se faisant payer largement. Il ignorait même qu'il y eût des notes de musique, car un jour il se plaignit aaïvement de l'usage qu'on faisait des cahiers de notes que sa troupe devait tenir sur la scène, sans savoir y lire.

* Tout noble de naissance, ou créé tel, perdait ses droits de noblesse, s'il exerçait le commerce ou l'industrie, ou même s'il occupait un emploi municipal. ( Voyez des Juifs en Pologne, P. 0. L. Lubliner pag. 39 ).

a Voyez Pensées sur la réforme des Juifs t P. Ostrowski.

Du mouvement commercial et industriel dans les villes de Pologne.

Le commerce actif à Brody, à Berdyczew, à Lemberg, à "Wilna, et le plus considérable à Odessa, n'est exercé en grande partie que par des Juifs. La seule entrée à la Bourse, dans ces villes, en donne la preuve. Il n'y a pas d'article de luxe ou de nécessité que Ton ne puisse se procurer chez eux; toutefois, on ne rencontre, dans leurs magasins, ni ordre, ni ce qu'on appelle étalage. Un étranger, passant par une ville, ne soupçonnerait jamais la richesse et l'approvisionnement des marchandises. Bien loin de là, il reculerait de dégoût, tant il règne de saleté et de désordre dans les boutiques et les magasins. De même qu'ils n'adoptent pas les mœurs, les usages et le costume du temps, de même aussi , dans le commerce, ils n'ont point de teneur délivres, ni de caissier : l'organisation est la même qu'il y a des siècles.

Les Juifs appelés riches s'occupent du gros commerce d'exportation et d'importation, des grandes entreprises, des fabriques, etc.

Ceux de la classe moyenne achètent et vendent le blé, le lin, la laine, etc., les différents tissus, la quincaillerie, la mercerie, etc. Ils tiennent les auberges, les cabarets, la boucherie et la boulangerie, etc.

Ceux qu'on appelle karebelnike achètent pour de l'argent ou prennent en échange de quelques articles des villes, chez des paysans, des poules, des veaux, etc., pour les revendre ensuite: mais leur vie est bien misérable.

Ceux enfin qui habitent les villes et les localités limitrophes, voyagent, d'ordinaire, continuellement en Allemagne, où ils pratiquent le petit commerce avec assez de fruit et ne reviennent qu'une fois Tannée, au mois appelé tyszry.

Rien de plus triste que l'aspect de la classe pauvre des Juifs en Pologne. Nul ne croirait que la nature se fût plu à tant d'abaissement et de misère. Au surplus, voici l'état matériel d'un Juif pauvre en Pologne : siledespiedsà la tète, couvert de haillons, dont la crasse ne laisse reconnaître ni la couleur, ni le genre d'étoffe; les bas troués au talon, les pantoufles ou vieux souliers crottés, et, enfin, un bonnet reluisant de saleté et de sueur, collant sur la tète dont les cheveux sont, de temps à autre, coupés à ras, et un autre bonnet, non moins sale et râpé, mais plus grand, qui lui sert de chapeau ou de casquette : voilà le costume, fruit du mépris et de la misère.

Ordinairement, dans une seule chambre, si Ton peut appeler ainsi sa demeure, est entassée toute une famille; tout y-est sale et horrible à voir 1 les enfants, cou verts de gale

i Surcharges d'impôts ordinairr s et extraordinaires, qu'y a-t-il de «ur-

et de vermine, à demi nus, s'y traînent autour d'une cheminée, où une méchante marmite contient quelque mauvaise nourriture. Aussi, ne voit-on pas de Juifs de cette classe, qui ne soient d'une maigreur et d'une pâleur livide à faire pitié. Ils n'ont, hélas! ni courage, ni force pour travailler, et végètent au jour le jour, souvent avec un morceau de pain aussi noir et aussi sale que tout ce qui les entoure.

Le père d'un telle famille part le matin pour la campagne; là, des honnêtes paysans lui donnent un peu de farine et des pommes de terre; et il ne retourne à son triste foyer que le jour de sabbath.

Dans les derniers temps, cette classe nombreuse s'est adonnée aux métiers, au point qu'il n'y a en Pologne guère d'états dont les Juifs n'aient essayé. Il est vrai que leurs productions élaborées sans ordre, sont de mauvaise qualité, et l'imperfection de l'ouvrier se remarque au premier coup d'oeil; mais cela résulte de ce que les enfants n'ont pas le temps de se perfectionner dan& leur profession : les uns doivent se marier avant l'âge de dix-huit ans, d'autres sont impatients de se trouver à la-téte d'un établissement

prenant à ce que le Juif soit obligé de vivre le plus économiquement possible, et même d'une manière parcimonieuse ? La cause de la malpropreté des habitations des Juifs prend sa source dans Ta défeuse de demeurer a leur choix, dans toutes les villes, et même dans l'une ou l'autre des sections de la ville; dans l'obligation absolue de se parquer dans quelques sections circonscrites. « Obligés de s'entasser tous dans un quartier limité, il en résulte l'impossibilité de se loger commodément, le nombre de maisons bâties sur un espace circonscrit, devant absolument renfermer toutes les personnes juives, il faut bien que plusieurs demeurent dans une même chambre, que plusieurs familles se logent dans une seule maison, dont l'étendue n'aurait souvent pas suffi à une seule pour y habiter commodément. » ( Des Juijs en Pologne, par M. Lubliner, p. 120 ).

pour leur propre compte, avant de connaître le métier; le père du pauvre est obligé de mettre son enfant en apprentissage chez un artisan qui ne fait que commencer luimême* Le Juif plus aisé ne vise qu'à faire de son enfant ou un rabbin, ou un marchand, et se ruine par les efforts qu'il fait pour y parvenir, de sort qu'il devient pauvre et augmente la classe des indigents, qui n'est déjà que trop nombreuse.

Il y a encore en Pologne une espèce d'Israélites, dont nous avons fait mention plus haut : ce sont les Juifs allemands, appelés ainsi à cause de leur mise moderne. Ils diffèrent entièrement de la masse des Juifs polonais. Ils approchent, par leurs mœurs et leurs usages des Israélites étrangers, et se font remarquer par leur propreté. Quelques uns, parmi les plus riches, se vouent aux beaux-arts ; d'autres s'adonnent à l'industrie et au commerce, et s'y conduisent d'une manière exemplaire. Malheureusement, il y a, en proportion très peu de ces Israélites en Pologne : ils se trouvent en plus, grande quantité dans le grand-duché dePosen, à Varsovie, à Kalisz, et en plus petite en Lithuanie et dans les provinces aujourd'hui russes; cependant, on voit leur nombre s'augmenter, quoique insensiblement à Lembergj à Wilna, à Brody, à Berdyczew, etc.

De la moralité des Israélites.

On ne doit point accuser exclusivement les Israélites polonais, de fourberie dans le commerce, ni soutenir que leur manière d'agir avec peu de conscience, dépend de leur caractère ou de leur naturel. D'un autre côté, il ne faut pas non plus s'étonner des reproches, que des Polonais leur font à cet égard ; car, peu familiarisés avec les opérations commerciales, ils ont peine à concevoir que, pratiquées sur une petite échelle, elles puissent être consciencieuses, surtout là où la concurrence existe. Surowiecki, dans son précieux ouvrage sur la Décadence des villes en Pologne, la bien prouvé. Il ne faut pas attribuer à la race ce qui n'est que le résultat des occupations commerciales et d'une mauvaise organisation de l'industrie.

Quant au commerce en gros , nous ne savons pas que des plaintes se soient élevées sur la probité dçs négociants Israélites.

En fait de petit commerce, nous le voyons en France, en Angleterre, en Belgique, en Allemagne, etc., entre les mains des chrétiens. Cependant, en fouillant dans toutes les branches de leurs opérations, ne sera-t-on pas convaincu qu'il se trouve plus de falsifications de matières et de marchandises, plus de tromperies dans les prix, que chez les Israélites en Pologne. C'est donc par la nature du petit commerce, en qualité de fripiers, que les Juifs en Pologne se servent de moyens peu loyaux. Ainsi, on devrait plutôt les louer à cet égard, que de les accuser 1 . En effet, au Juif polonais, persécuté qu'il est, méprisé par les chrétiens, opprimé par le gouvernement, tracassé par les fonctionnaires de tout grade, il ne lui reste qu'un seul moyen d'obtenir quelque répit de la part du noble, du gouverneur, du commissaire , du bourgmestre , de l'inspecteur, de l'agent de police : c'est celui de leur donner de l'argent 3 . Ce seul métal le soustrait à la misère, lui

1 Le savant Menasse ben Israël ayant un jour reproché à un rabbin de Pologne, que les Juifs de ce pays liraient de* grands intérêts de leur commerce, aux dépens des chrétiens, il en reçut cetlc réponse : « Nous sommes forcés de le faire; les chrétiens lèvent sur nous plus d'impôts en une seule fois, que nous ne saurions nous en dédommager pendant plusieurs années. » (Menasse ben Israël, édition allemande, p. 708).

2 M. Lubiner dit avec raison : « Le Juif amasse, de l'argent dans son coffre-fort, et fait très bien, car tout t'y oblige. Le Juif n'est pas un seigneur, auquel le bras des serfs apportent une fortune, qu'il dépense avec d'autant plus de prodigalité qu'il ne connaît point le prix du travail ; le juif n'est pas un fonctionnaire, qui a la certitude d'avoir une pension dans sa vieillesse, et même de la laisser à sa femme et a ses enfants ; le Juif, en Pologne, n'est que marchand, devant travailler par lui-même, devant payer les impôts ordinaires et exceptionnels, devant s'attendre à ce qu'on le

donne un accès partout. En un mot, l'argent chez un Juif polonais constitue sa défense, son honneur, sa gloire, et toutes les charmes de sa vie; tandis que les Juifs qui n'en ont point sont de bien malheureuses créatures. Quoique la situation des pauvres soit partout à plaindre, elle ne peut pas être comparée à la leur en Pologne, parce qu'ils ne sont aptes qu'à exercer le commerce, pour lequel il faut absolument de l'argent, et sans argent, il ne lui reste que la plus affreuse misère.

L'abbé Grégoire, dans son ouvrage : Sur la régénération des Juifs, s'exprime ainsi à ce sujet : « Si les Juifs, devenus les courtiers de toutes les nations, n'ont plus guère d'autre idole que l'argent; si ces hommes sans patrie ont vendu si souvent leur probité au plus offrant, les gouvernements doivent s'accuser de les avoir réduits à cette abjection, en leur ravissant tous les autres moyens de subsister. Pourquoi ont-ils courbé ce peuple sous le joug de l'oppression la plus dure en l'accablant d'impôts, au point de lui faire payer l'air infect qu'il respire? En lui interdisant l'exercice des arts et des métiers, ils ont limité les objets de son travail, lié ses bras, et par là, ils l'ont forcé à devenir commerçant 1 . »

Le même auteur, membre de la Convention, s'exprime ainsi .-«Amenez sur la scène vos brames tant vantés et ces paisibles Othaïtiens , interdisez-leur tout moyen de subsister autre que le commerce de détail , dont les gains sont précaires et modiques, quelquefois nuls, lorsque la souplesse et l'activité ne suffisent pas pour subvenir à des besoins impérieux et toujours renaissants; bientôt, ils appelleront à leur secours l'astuce et là friponnerie 2 . »

chasse de ville en ville, de section en section, selon les 'caprices de chaque gouvernement, etc., ». p. 122.

1 Régénération des Juif s } édition de Paris, 1789. p. 84.

2 Ibid. p. 157.

On impute comme un crime aux Juifs de Pologne, de pratiquer rusure;mais on ne songe pas assez que l'usure, nonseulement est contraire aux principes religieux des Juifs maiselleest de plus antipathique à leur caractère national. La Bible aussi bien que le Talmuden fournissent la preuve. Le passage Lénochri thatchich, que des fanatiques aveugles veulent appliquer aux chrétiens, est rectifié par tous les savants et philologues. Par Lénochri il faut entendre les étrangers ou habitants d'un pays étranger; voilà le sens du mot (voyez notamment Gesenius); il n'a pas le moindre rapport avec la question religieuse. Les intérêts imposés dans les transactions avec les étrangers, étaient une mesure exigée par les circonstances et par la nature particulière des institutions de l'État (voyez Thêoudah Bèïsrael, § 24. La Bible de J. Regio, et la plus récente du docteur Phililipssohn).

En second lieu, il est prouvé que l'usure n'est point le fait du caractère national des Juis, et cette preuve, elle résulte de l'histoire romaine, c'est-à-dire, de la période consulaire de Rome, où nous voyons la noblesse exercer l'usure de la manière la plus cruelle. Bien plus, les usuriers de ce temps eurent la plus grande influence dans les affaires de l'État, et souvent en avaient la direction (voyez Tite-Live, liv. 2, chap. 23-31).

Il est probable que la corruption delà noblesse romaine neprovenait pas du fait des Juifs, comme on impute, par exemple, aux Juifs de Pologne, de provoquer à l'ivrognerie le paysan, qui, à la vérité, ne trouve d'autre consolation dans sa détresse, que de jouir du seul produit du pays qui lui soit échu, afin d'oublier le plus possible une vie d'esclave, propriété exclusive d'un maître dur, insolent et rapace. De même, de ce que les marchands russes sont

des fripons, on conclut que c'est la faute dos Juifs, en ce sens que du temps de Catherine, il se trouvait des Juifs à Moscou. S'il est vrai de dire que mercure donna naissance aux marchands et aux fripons, quoi d'étonnant que le marchand, quel qu'il soit, Juif ou autre, soit un fripon! Le prophète dit : « Le marchand tenant dans ses mains des balances fausses.» Le fait de l'usure, loin d'être un vice de nature, n'est donc, au contraire, que le résultat de circonstances particulières dans lesquelles un individu se trouve placé, n'importe sa religion. Au lieu de forcer les Juifs au négoce, que les gouvernements, libéraux ou despotiques, en fassent des hommes et des citoyens, en les admettant à la jouissance des droits, comme les autres citoyens, et l'on verra si les Israélites sont nés pour l'usure plutôt que les marchands chrétiens de Russie, réputés fripons.

Malgré ces justes observations en faveur des Juifs polonais, nous n'aurons garde d'approuver les moyens de s'enrichir aux dépens de la conscience, que les Juifs polonais emploient.

Il est facile de se convaincre jusqu'à quel point les besoins absolus de l'homme opprimé et injustement perse? cuté, peuvent le démoraliser, changer son caractère, corrompre sa conscience, pervertir en quelque sorte sa nature, rien qu'en étudiant les causes et les effets de la misère parmi les Juifs polonais.

Nous croyons qu'il sera à propos ici de jeter un coup d'œil sur l'influence extraordinaire de la religion chez les Juifs polonais. Nous avons décrit plus haut leur manière vicieuse d'élever les enfants et de leur donner de l'instruction ; les mauvais exemples des rabbins, les préjugés inhumains qu'ils perpétuent; tout cela ensemble inspire,

Î20 en effet, une mauvaise opinion de leur moralité, en nons les montrant soos on aspect vraiment monstrueux; et si Ton y ajoute leurs tendances, d'ailleurs si naturelles, de s'enrichir, on pourrait croire qu'il n'y a sur la terre aucun être plus dangereux que le Juif polonais. Cependant, à côté de cette démoralisation , nous trouvons chez lui delà pitié pour les malheureux i, de la reconnaissance pour les services qu'il reçoit, du penchant à pardonner à ses ennemis, et puis il est toujours un mari fidèle, un bon père, un

1 II y a dans tontes les villes de Pologne, plusieurs confréries, dont l'une s'? charge du soin de recueillir les aumônes pour les pauvres honteux, une autre pour la rédemption des captifs, une troisième pour l'oter de pauvres filles ; celle-ci cherche des secours pour les écoliers, celle-là enfin s'occupe des souscriptions pour les pauvres Juifs, qui sont en Palestine. Quelques personnes sont autorisées à faire la collecte ordinaire, et vont de maison en maison, sans pouvoir se séparer, dans la crainle d'être soupçonnées d'infidélité. Daus les villes plus peuplées, une autre personne est chargée de faire l'es distributions tous les samedis soir, les parn assîmes et g ab aimes donnent à chaque pauvre les moyens nécessaires de nourrir sa famille et de chauffer sa chambre pendant la semaine. Lorsque quelques personnes se trouvent dans uu besoin pressant, qui excède la charité ordinaire, on procède ainsi: le chantre traverse la synagogue et dit à chacun : • Dieu bénisse celui qui donne pour un tel besoin, > On promet au chantre une certaine somme, puisque les Juifs ne touchent pas d'argent le samedi, et on va ensuite la recueillir, car la promesse s'exécute très ponctuellement.

Les pauvres vieillards sont nourris chez les Juifs, chaque jour chez un autre. Aux pauvres qui viennent d'autres villes on donne la nourriture pendant quelques jours, et quelque argent ensuite pour leur voyage, et si le pau\re ne peut pas marcher on l'envoie dans une voiture, de ville en ville.

On les appelle ordinairement du nom de justice, c'est une maxime des lalmudisles, qu'on ne doit jamais renvoyer le pauvre à jeun, que Dieu garantit de tout mal celui qui donne l'aumône, que sa table est un autel sur lequel s'expient ses péchés, comme il en était des anciens sacrifices; enfin, celui qui donne un quadraiu au pauvre , ce bienheureux verra Dieu. (Talmud Jerosol ; Péha fol : 15. Ta lui. babil ; Baba Bathra, Bosche haschanali, fol ; 4 ).

bon fils, sobre, circonspect dans ses paroles, estimant l'honneur et la réputation d'aulrui, sachant enfin maîtriser ses passions mieux que qui que ce soit. Toutes ces qualités et vertus se trouvent réunies chez le Juif polonais, et il n'y a rien d'aussi docile, d'aussi patient, d'aussi résigné dans la misère que lui.

La cause de ces vertus provient de la législation de Moïse. Quoique ce ne soit qu'une étincelle restée chez eux des lois de Moïse, mais dérivant du foyer véritable, elle enflamme les cœurs, en résistant à la subversion de principes semés par des rabbins.

L'abbé Fleury ne disait pas sans raison : «Le peuple que Dieu avait choisi pour conserver la véritable religion est un excellent modèle de la vie humaine, la plus conforme à la nature. Nous voyons dans ses mœurs les manières les plus raisonnables pour subsister, pour s'occuper pour vivre en société : nous y pouvons apprendre nonseulement la morale, mais encore l'économie et la politique'.»

Le meurtre, de quelque genre que ce soit, est inconnu chez les Juifs, malgré la grandeur de la misère et des calamités qui les font souffrir. Durant toute Tannée de 1844, parmi 15,528 individus accusés de crimes ou délits, on ne comptait que 2,300 Juifs dans tout le royaume, pour des vols de peu d'importance, pour insultes et désobéissance 2 ; et combien trouverait-on dans ce nombre d'innocents, victimes de la police et des fonctionnaires auxquels ils n'avaient point d'argent à donner ! Nous laissons en

i Voyez les Mœurs des Israélites et des Chrétiens , par l'abbé Fleury. 1682, p. 1.

2 Voyez le Courrier de Varsovie de 1845, n° 47.

juger ceux qui connaissent le système du gouvernement russe.

Ainsi, nous pouvons déclarer hardiment, que tous les reproches adressés aux Israélites polonais , disparaîtraient, si la noblesse polonaise voulait envisager leur cause du véritable poijit de vue, c'est-à-dire, si elle consentait à reconnaître que les Juifs sont aussi des hommes auxquels la vie et la tranquillité sont chères.

Le gouvernement accuse la masse des Juifs de la fraude qui se pratique généralement, et persécute, à cet effet, ce peuple en entier. Examinons donc si cette accusation est :, i. ■•/<. fondée. En 4844, dans tout le royaume, il ne se trouva ^^, / -que 308 Juifs s'occupant de contrebande*. Or, il faut noter que, dans ce nombre, il y en avait d'insignifiantes, comme par exemple, d'une petite quantité de tabac, d'une • bouteille d'eau-de-vie, d'une livre de viande, d'un passage clandestin des frontières, etc., etc. Et, cependant, tout individu, convaincu de fraude quelconque, outre la confiscation de l'objet et d'une forte amende, reste reconnu comme fraudeur pendant toute sa vie; il ne lui est plus, dès lors, délivré de patente, et n'a plus droit de recours devant un tribunal en matière de commerce. Lors-J que la fraude se trouve importante, il perd d'abord, moyennant confiscation, la moitié de son avoir pour les frais de l'enquête ; le reste s'en va en amende, et si cela ne suffit pas, sa personne elle-même répond par un emprisonnement.

Quant au caractère rampant et pusillanime que les Polonais reprochent aux Juifs, nous sommes d'accord avec l'avocat M. Lubliner, qui dit :

4 Courrier de Varsovie de 1845, n* 47.

«Opprimé, persécuté, honni, devenu paria dans la société depuis un si grand nombre de siècles, on voudrait que le Juif conservât la dignité de caractère!!

«Quoi! d'une part on fait contre le Juif des lois vexatoires et fiscales, on le réduit à la plus grande abjection, et de l'autre, on aura le courage étrange de lui faire un ■ reproche, — que dis-je? de le haïr, parce qu'il subit for- , cément les conséquences dégradantes de la position que ses persécuteurs lui ont faite, et dans laquelle on continue à le / plonger 1! etc. 1 . »

M. Beugnot, dans son ouvrage, Sur les Juifs d'Occident, s'exprime ainsi à ce sujet :

«On l'a souvent répété, et c'est une vérité incontestable: les chrétiens ont avili les Juifs, en les forçant d'employer pour leur défense des moyens réprouvés par la morale, et en déposant dans leur cœur, à la place des sentiments généreux, le germe d'inclinations basses. Laissons donc à d'autres le soin d'attaquer ce peuple; pour nous, nous ne pouvons que le plaindre; il porte jusque sur son visage le mal que nous lui avons lait 2 .

i De$ Juifs en Pologne, pag. 148.

2 2 e Partie, p. 22, édition de Paris 1827.

Costumes des Israélites polonais.

Pour compléter l'idée de l'état matériel des Juifs polonais , nous donnerons des détails sur leur costume : une longue capote ou redingote en étoffe noire , bordée de velours par devant h la largeur de deux pouces, et agrafée depuis le cou jusqu'à la taille; une ceinture sur les reins, assez large, des bas, des souliers ou pantoufles ; un petit bonnet noir collant sur la tète, comme celui du prêtre en France; un chapeau à larges bords ou grand bonnet, la plupart en forme de pain de sucre ou de cône tronqué , et largement bordé de zibeline ou autre fourrure; enfin, un manteau aussi long que la capote ou la robe. Tout cela est ordinairement de couleur noire et en étoffes légères, comme soie, perkale ou bien nankin, etc. Rarement un Juif, même riche, possède plus de deux

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