a Que toutes les paroles des prophètes sont vraies
6. a Que les paroles de Moïse, notre maître sont vraies, et qu'il est le plus grand de tous les prophètes.
7. « Que la loi de Moïse, notre maître, comme nous la possédons aujourd'hui, ne changera jamais, et l'on ne doit y rien ajouter, ni en rien ôter.
8. « Que Dieu connaît non-seulement les actions cIqs hommes, mais il connaît aussi leurs pensées, et il réçorçtpense ceux qui observent ses commandements, et punit ceux qui les transgressent.
9. «Que le roi, le Messie viendra, comme il est écrit daps la Bible (Habakpk, 23) : ccS'il tarde de venir, attendsle; car, certes, il viendra et ne manquera pas de venir* »
a 40. Que Dieu réveillera un jour les morts, quand ce sera sa volonté. j>
Ils disent, au sujet des récompenses et des ppnitionsr après 1$ mort, que l'àme immortelle, quand elle est préparée par de bonnes actions dans ce monde, paçserq dqns lo monde spirituel Aulam hâsichli, et qu'on appelle Aufav} hâba ou Gan-Eden, où elle vivrait éternellement dans fo
contemplation des choses qui sont au-dessus de l'esprit humain. Mais si, au contraire, elle est souillée de taches, elle vivra toujours, mais dans le sentiment de douleur e% d'horreur (son feu ne s' éteindra jamais et son ver ne cessera point.)
Ils rejettent la croyance en un démon, et ainsi qu'en la métempsycose , qu'ils appellent une croyance folle et corrompue.
Ils disent que l'âme a une quadruple disposition : elle est vivante, quand elle évite le mal et pratique le bien. Elle est saine quand elle sait distinguer le bien du mal. Elle est malade quand elle ne voit pas la vérité et ne distingue point le bien du mal. Elle est morte quand elle reste si longtemps dans le pécjié que la pénitence devient impossible. Us disent de la pratique du bien : « Si tu ne peux pas ce que tu veux, veuille ce que tu peux.»
Le même R. Beschitzy dit dans son livre Assarah-Maamarath, en ce qui concerne le Messie : « Tu dois savofr, que le roi Messie sera de la maison de David. Il n'ajoutera pointa la loi éorite, ni n'en ôtera point. Il ne changera rien ni dans la création, ni dans la nature. 1! n'est pas nécessaire que le Messie se distingue et s'annonce par des prodiges, soit par la résurrection des morts. Il assemblera les enfants d'Israël dispersés, fera la guerre de Dieu, vaincra tous les peuples, rebâtira le saint temple sur la place oh il avait été, s'occupera de l'accomplissement du commandement divin, comme avait fait son fils David, et forcera tout le peuple d'Israël h marcher selon les commandements et les prescriptions de la loi. »
LA SECTE DES SCHABBÉTHY ZÈVY
A l'époque de la diffusion de la cabale (1625, 4677) , le fils d'un courtier de Smyrne , nommé Schabbéthy Zévy , était devenu, en cette matière , l'objet de l'étonnement général. Dès sa tendre jeunesse , il se faisait remarquer par une rare aptitude d'esprit. A quinze ans, il avait terminé toutes ses études talmudiques , et il n'en avait que dix-huit lorsqu'il enseigna la cabale. Des hommes de tout âge, enveloppés de leurs thalith et thephilins, se réunissaient dans une vaste salle pour entendre sesdiscours.
Plusieursfois par semaine, il conduisait ses auditeurs aux bords de la mer, et s'y baignait avec eux. 11 enseignait même en plein air, quoique ces pratiques le missent souvent en butte aux importunités et aux railleries du peuple turc.
1 Vo)ez l'histoire» des Juifs far M. le Docteur Jost.
Schabbéthy Zévy pratiquait la plus sévère abstinence , jeûnait presque tous les jours de la semaine , et allait souvent se baigner dans la mer , à minuit. Il se donnait du reste l'apparence d'un prophète et répandit surtout la persuasion de sa mission. Comme on lui reprochait défaire usagede parfums, il répondit qu'il exhalait de bonnes odeurs parce qu'il avait été oint par les trois patriarches. A vingt-quatre ans, il se donna à ses disciples pour le Messie, devant délivrer le peuple d'Israël du joug de l'islamisme et du christianisme. Afin d'affermir sa renommée, il affecta de prononcer le nom sacre de Dieu en hébreux, d'une manière cabalistique ce qui est défendu aux Juifs, et cette hardiesse surprit tous ses auditeurs.
Après avoir bravé les avertissements de la juridiction des rabbins à Smyrne, Schabbéthy Zévy s'enfuit à Salonnik où il fut accueilli avec transport. Mais là aussi les bizarreries de sa doctrine décidèrent bientôt les rabbins de Salonnik à prendre le parti de ceux de Smyrne. Il passa donc a Athènes, à Maria, à Alexandrie et au Caire, où les persécutions ne cessèrent de le poursuivre jusqu'à ce qu'enfin, arrivé à Jérusalem , il put enseigner la cabale pendant quelques années avec sécurité.
11 s'adjoignit dans cette ville Nathan Benjamen de Gaza ; celui-ci jouait le rôle de précurseur du messie et envoya des circulaires à tous les rabbins de Palestine * où il leur
1 Circulaire de Nathan aux rabbins :
cMes frères d'Israël, je vous apprends par celle circulaire que le Messie né à Smyrne s'appelle Schabbéthy -Zévy, et qu'il manifestera bientôt son règne. Il ôtera la couronne dr> la lé le du sultan, pour la mettre sur la sienne et le sultan le suivra comme l'esclave mit son maître. Puis, il deviendra invisible, et passerala rivière de Sambaliao, y mariera une fille de Moïse, nommée Rebecca, et après que les dix tribus se serom jointes à lui, il entrera dans Jérusalem, accompagné de
«rWSftoç&ft que ffe Messie était déjà nèàSmyme, qu'il Comptait* pâfrmi les Vivants tet £ar lesquelles il ïnïbrhiâît qu'il citait paraître bîehtôt dans touie sa Splehdeuh
Méfe le Messife ^estâ pendant qtiétorzfe ans à Jérusalem HàïïS UWè inàbtlvifé apjrarfchte doiit il ne Sortît que pobr UH& éh figVpVe fcti l'attëndâit , dïsait-il , Vépouse qhi lui &8rît flèstmée. 11 s'était hiariè une troisième fois avec une Wlé débattre , \qtae ses parents juifs avaient laissée en î*btoghe?L là Suite d'un seîgfteur chrétien. 11 fit éonnattre T^të l'esprit titi pfere de teëtte fille , détaché de son corps, SVàft pàfeéé de lUète jiteqtftèn Pologne pour réquérir sa itifè, et là tranépbHer tbtitè rttièdâiVs &a maison. ZévyYèpooÉiàiâ^r^^d^éllë bût parcouru l'Allemagne, l'Italie, et il èKééêèidë crédit fcôtir fe ïàiïe regarder comtrie la reine ^ftetn^^ôq\i*il devait conquérir. Le frèvede cette feVnme qtii %tait tn&r^&rà de tabac à Francfort, quitta sa boutïqtiè, tet alla rlèjttihdVe son beau -frère, dans l'espérance d'à- Vbîr ^partàti* chargés de la 'couronne; triais il revint, ayant été tièsillusfanlté tomrtïe fës autres.
fce ^êteridil Mfessie traita cette femme comme Ses deux, ïirtemièrtes, et là congédia parla suite. Cette conduite excita une inquiétude extraordinaire chez leS hibbitis. lis s'as- S^ftlWentfetpmnoncèreiitl'ârrèt'de morttôhtre lui. Ils &MVfrent âCônst^ntmo^tè (c'ar il y aVaitfai) , et un con- %ëtt deVabbVttè etittVpôSê de Vîngt-cin^ hommes Sanctionna cet arrêt; et l'envoya à Smyrne, pour on obtenir l'approbation des rabbins. Mais les frères et lès Sectateurs du Messie y avaient été actifs, et Séhàbbéthy-Zévy se décida à se rendre dans cette ville où, en effet il trouva tout changé.
Moïse et monté sur un dragon, dont les brides seront formées d'un serpent à sept te les. ».
On vint à sa rencontré, on s'agenouîMâ devant lui, ta foule vint baiser ses pieds , et ses discours excitèrent Un grand enthousiasme. Quatre députés vinrent d'Halefe pour saluer le Messie annoncé par Nathan. L'ordre du conseil approuvé par les rabbins de la capitale resta sans effet , car personne n'osa S'approcher de l'homme saint , qui accompagné de milliers de personnes, passait par les rués , portant une bannière à la main et entonnant des tiymneé , que lès enthousiastes répétaient a haute voix.
Sa renommée se répandit partout ; des députés vinrent de tous côtés , pour le saluer et lui offrir des dons. ïl donna des audiences , et souvent il fallait attendre quelques semaines pour être admis, vu les nombreuses demandes, on fit des prières dans les synagogues pour sa longue vie.
Rapport ayant été dressé de ces circonstances au diva», une information rigoureuse fut à craindre, Schâbbéthy-Zêvy résolut à la demande qui lui fut faite par ses amis, de se rendre dans la capitale. II partit en effet au milieu délaver, pour Constanlinople et trôtova là aussi db nombreux zélateurs.
Mahomed IV, qui était alors à Andrinople» donna ordre au grànâ-vizir d'arrêter le ^rétendti Messie. Agà fet cmqunnie janiezaires turcs, qui devait exécuter cet arrêt, revint sans avoir accompli sa mission. L'air respectable de Svkabbéthy-Zévy l'avait empêché de mettre la tnairt sar M ; il s'agenouilla même devant le Messie. Un second Agà subît la même influence. Le Messie promit cependant de se constituer de lui-même en état d'attestation: Il sre fil accompagner de son frère Joseph, qui lui servit d'interprète , et fut amené comme prisonnier d'état h Kuthajuh.
Cet acte enflamma davantage encore le zèle éo ses par-
tisans. Us prêchèrent la pénitence générale, et instituèrent des prières pour la prompte délivrance du Messie. On répandit l'aumône, on se purifia, on pria et on jeûna; il y en eût même qui fermèrent leurs maisons , pour employer tout leur temps à faire pénitence.
Cependant, le -Messie vivait en seigneur; établi dans un appartement somptueux, il recevait des dons et des présents. Il avait du reste toujours une thora à la main, chantait des psaumes et parlait du prochain empire du Messie. Il promulgua des ordonnances, changea les jours de jeûne en jours de fêtes. * . Le nombre de Juifs accourus à Kutajah était énorme.
j Voici l'instruction que le soi-disant Messie envoya à toutes les communautés juives pour abolir le jour déjeune du 9 ab, (jour pendant lequel on jeûne encore aujourd'hui, en souvenir de la destruction de Jérusalem). et de le changer en un jour de grande fête: « Que- le nom de Dieu soit béni et glorifié ! mes frères et mon peuple ! mes fidèles coreligionnaires, hommes, femmes et enfants, qui demeurez ici ou ailleurs, où arriveront les ordres et la loi du roi, que la paix vous soit donnée par le Seigneur et par moi son tils. chéri! — Je vous ordoone, que vous célébriez le neuvième jour du mois d Ab prochain, comme une grande fêle de joie, et que vous le distinguiez des autres fêles, tant par des repas extraordinaires que par des illuminations et des chants de joie. Car ce jour-là, esl le jour de naissance de Schubbélhy Zévy, voire roi, le plus grand des monarques de toute la terre, ele Vous aurez aussi à réciler ce jour-là, la prière suivante: « Dieu! tu nous donnas par ton amour plusieurs jours de fête, et entre autres ce jour présent de consolation (Tôm hanachamah), comme le jour de naissance de notre roi et messie Schabbéthy-Zévy, ton serviteur et fils premier-né. Que ce grand jour soit un signe de l'alliance éternelle enlre toi ô Dieu ! et ton peuple d'Israël > .
c Obéissez-moi, que voire âme se réjouisse, venez vers moi, écoulez, et que voire esprit se rafraîchisse. Je contracte avec vous une alliance éternelle; ma faveur est assurée à David! ( ce sont ses propres paroles ), formidables à tous les rois de la lerre. Ainsi parle l'homme qui est audessus de toutes les gloires et de toutes les louanges, etc. n
(Voyez Zizath Nobel Zévy, par H. Jacob Sasportas. Amsterdam 1757 }.
Parmi ces étrangers, se trouva un Juif polonais nommé Néhémiafi, caba liste, qui était venu là pour démasquer le Messie. 11 lui déclara en face qu'il était un imposteur. Il s'empressa d'aller trouver le grand vizir, et reçut de celuici, sops prétexte , d'embrasser le mahométisme, une recommandation spéciale près du sultan qui l'admit en sa présence. 11 lui représenta que Schabbéihy-Zévy égarait le peuple , et parvint, en un mot , à exciter contre lui le sultan.
Aussitôtlesultan fit venir le prisonnier à Andrinople.Une foule innombrable le suivit jusqu'au palais. A peine devant le sultan , le sang froid abandonna le prétendu Messie. Un Juif prosélyte nommé Moïse ben Raphaël, de la famille d'Abarbanel, médecin du sultan , lui fut donné pour interprète,, qui en lui donnant Ta vis de ne point dire de faussetés au sultan, l'embarrassa encore davantage. H expliqua donc simplement qu'il était rabbin , comme tant d'autres, qu'il ne s'était point imposé de son chef et qu'il ne devait son élévation qu'à la reconnaissance publique. Le sultan répondit à cela qu'il allait tenter sa qualité de Messie en tirant sur lui trois flèches envenimées , et dans le cas où ces flèches ne lui feraient point de mal, il se mettrait lui-même sous sa bannière.
Ayant entendu cet arrêt, l'anxiété s'empara de tout son être. Il attendit l'avis de son interprète , qui lui fit comprendre que seulement l'intention manifestée de convertir tous les Juifs au mahométisme , pouvait le sauver. Schabéthy-Zévy suivit ce conseil. Pendant que l'interprète informait le sultan, que l'accusé n'avait attendu que ce moment pour se convertir au mahométisme, celui-ci manifesta sa volonté en prenant le turban d'un courtisan dont il se couvrit. Le sultan satisfait, ordonna aussitôt de
traiter avec bonté le nouveau Musulman et l'honora du titré d'Eflfendi.
À là suite de cet événement, cinquante rabbins devaient perdre la tète; mais sur les instances et les supplications qui Turent faites auprès du sultan, la grâce de ces malheureux ftit accordée.
Maïs là Ue se bornèrent point les fruits de la cabale. Il est vrai, beaucoup révinrent à l'ancien ordre de choses, et les remontrances des rabbins furent écoutées; mais quelques croyants au Messie , cherchèrent cependant à donher le change par des fofales , et prélertdirertt que éé n'était (Ju'Uhé Forme apparente du Messie, qui avait adopté le mâlïonïétisme, que lui-même était allé au Ciel; d'autres prétendirent que lé mahométisme étant désormais la nouvelle religion du soi disant Messie, et celui-ci ayant eu soin dé répandre et d'accréditer cette idée, afin de conserver ses anciens disciples, il convertit dé la sorte beaucoup 'de Juifs âû màhoftlétisme.
Nathan, qui s'était enfui à Damash , enrôla dé nouveau dès sectateurs à HabèbSmyrnè, et causa par son voyage une révolte à Smyrne etBrusa. L'anatnè'me renouvelé des Vàbbins contre les rebelles fit peu d'effet. Le grand-vizir étant absent, lësraM>ins demandèrent au haïmakan, d'obvier au désordre, mais celui-ci ne voulût point s'en mêler, fcnfîn, les rabbins de là capitale et d'Àridrinôplë chassèrent èux-mèmès Nathan, dont lès prédictions ne se réalisèrent point.
Pendant ce temps , SchàlWÛnj-frëvy jouant toujours îe rôle dé ftlessie, se maria polir là quatrième fols avec là Bile d'un philosophe hbtainé Joséphe. L'anathèïne atteignit celui-ci, mais il l'évita en adoptant le mahômétiSttVe.
Beaucoup de Juife suivirent son exemple. Le Messie
visita pourtant les synagogues , jusqu'à ce que le grandvizir, prévenu parles plaintes, le fit mettre aux arrêts dans le Castelde la capitale. Là aussi, il reçut des visites , et enseignait la cabale, mais on menaça plus tard tout visiteur de cinquante coups 6ur le talon. Enfin, les rabbins déterminèrent le grand-vizir de l'envoyer à Bosmen , où il mourut.
Encore à présent, on trouve à Salonnik près de six cents familles, qui sont attachées à cette secte , et qui sont connues chez lesMahométants, Juifs et Chrétiens, sous le nom de Dolmach ou Apostat*.
Us aiment à demeurer ensemble , et ne marient leurs filles, ni aux Mahométants, ni aux Juifs. Bien qu'euxmêmes, comme leur chef, professent la religion mahométane ; néanmoins , ils ne visitent que très rarement les mochées, et ils ne se réunissent en assemblées qu'entre eux-mêmes. Us veulent pourtant êtreregardés comme des Mahométants , et aujourd'hui encore, les Turcs n'exigent point d'eux le haradschi.
Mais beaucoup de riches négociants se trouvant parmi eux, il leur est souvent reproché par le pacha et le kadi, de n'avoir pris lo turban que pour ne point payer la taxe , et pour repousser cette acusation, ils sont souvent obligés de donner des présents considérables afin de n'être point forcés de se conformer en tout aux usages des Mahométants.
Il est vrai qu'ils circoncisent leurs enfants au huitième jour, mais c'est la seule coutume qu'ils observent avec les Juifs ; ils ne jeûnent guère plus avec les Juifs qu'avec les Mahométants , ne célèbrent point le jour du sabbat , et estiment les cantiques de Salomon plus que les livres de
[ I Impôt que les Juifs et autres non mahométans sout obligés de payer.
Moïse et le Koran. Niebukr observe : « je n'ai jamais connu de Dalmach, et si même j'avais occasion d'en connaître , il ne m'aurait rien découvert des principes de sa religion. Des gens qui les connaissent bien, assurent qu'ils tiennent ponctuellement à leur parole, et qu'ils ne visent point à de trop grands bénéfices dans leur commerce » 1 .
* Voyez le livre intitulé : Des différentes nations dans l'empire Turc etc., 4784.