‹ Les Israélites de Pologne: "(Édition ornée de gravures)"Chapitre 25 sur 28 · LA SECTE DES FRANKISTES · texte numérisé non relu

LA SECTE DES FRANKISTES

Un certain Jacob Frank 2 , né en Pologne en 171 2, exerça dans sa jeunesse la profession de distillateur d'eau-de-vie. Plus tard, il voyagea dans la Krimée et dans les contrées voisines de la Turquie, et revint dans sa patrie avec la renommée d'un cabaliste. II se fixa en Podolie où il s'attira un grand nombre d'adeptes parmi les Juifs polonais et même parmi les rabbins les plus estimés. Ses plus chauds partisans furent les Juifs des communautés de Landskron, Busk, Osiran, Opotschnia, Kribtschin et plusieurs autres localités. Il répandit chez eux la doctrine de Schabbéthy Zévy mais, comme il paraît, avec diverses modifications. Il

* Voyei Y Histoire des Juifs, par Peler Béer.

* Il obtint ce surnom en Turquie parce que les Turcs donnent le no n de Frank a tous les Européens, çMiiens ou Juifs,

écrivit dans ce Imt ua livre intitulé : le yiem atyçmrd'kw 4 la saurce, et il en fit circuler des copies manuscrites parmi ses adhérents, Cependant» on n'a pqs dit de lui qu'il se fût fait connaître par dçs prestiges, comme ses dovauoier$, ou comme son rival contemporain Qe$cht\ mais QH^îrt* tribué ses succès h l'influence direct de l'intelligence c^ leste, à laquelle on croyait ftlors. Lçs raWw§ jalpw? do la célébrité qu'il avait acquise, 1$ persécuterez! lui pt ses adhérents avec la plus vive animp6ité. Il avait montFé Je désir de faire avec plusieurs de sps seq^ovirs un pélorippgo à Salounik, ot* séjournait alors \&w c^ef Çmçkiw 1^ p)fe? bins le$ dénoncèrent an gouvw«em§nt polomi* , eomnftft voulant émigreF du pays; et su? teqr dé&osoMrtWfh U& pèlerins furent arr$té$ PUF la frontière et jotés ça prisai Leurs amis s'otant alors adressés à J'饧que dp la Rrfplift, connu ppur un komme de, bien, ebdnrwli pa?son orédft» une lettre patente du roi, par laquelle il leur fui permis da se fixer en Podolie, conformément àl$urs principes ot do former une secte particulière sous le nom do %QAriit* t (ils avaient adopté le livre delà oabale, qui porto le nom d$ Zoâr, comme fondement de leur religion et ils rejetèrent le Tahrmd), ou bien sous celui de 4n*Maftnw$if# ?

Les deux partis s'étaient déjà livrés plusieurs fois h des discussions religieuses dans les églises de Kanaieniac-? Podolsjd et de Lemberg, en présence de plusieurs cardinaux et des officiers du roi. Ce fut à cette occasion que la nouvelle secte des Frankistes fit connaître les articles de la croyance.

Les voici 2 :

1° « Nous croyons à tout ce que Dieu nous a, de temp s

1 Voyc* l'article de CUmwlm**

^Cettc prgfç^ion de M fM»gé« W poloiHM* »t ta Hébreu r«M»mi{uf «

immémorial, communiqué par la tradition et la révélation, et nous nous regardons comme tenus, non -seulement à pratiquer ce qui nous est commandé par sa loi, mais encore à pénétrer plus avant dans le sens de nos doctrines, afin d'y découvrir aussi les mystères qui y sont renfermés. Car Dieu n'a-t-il pas dit à Abraham [G en. XVH, 41) : a Je suis le Tout-Puissant; marche devant moi, et sois sincère?» N'a-t-il pas dit ailleurs [Deutéronome, X, 42) : « Et maintenant, Israël, que demande de toi l'Éternel, ton Dieu, sinon de craindre l'Éternel, ton Dieu, de marcher dans toutes ses voies et de l'aimer ; de servir l'Éternel, ton Dieu, de tout ton cœur et de toute ton àme: c'est-à-dire de garder les commandements de l'Éternel et les statuts que je t'impose aujourd'hui pour ton bien? » Tout cela prouve qu'il faut être fidèle à Dieu et à ses préceptes, et s'appliquer à comprendre clairement le sens de la loi ; il faut en outre le respect du Seigneur : « La crainte de Dieu est le commencement de la sagesse. » ( . 111, 10.)

« Cependant l'amour et la crainte de Dieu ne sont point suffisants : il faut aussi que l'homme reconnaisse la grandeur de Dieu dans ses œuvres. C'est d'après ce principe que David, sur son lit de mort, disait à son fils Salomon (Chronique , 1 , 28 , 9) : « Reconnais le Dieu de ton père et sers-le. » Là dessus, le Zoar demande : « Pourquoi lui a-til demandé d'abord de connaître Dieu, et seulement ensuite de le servir? C'est qu'un culte divin qui n a pas été précédé de la connaissance de Dieu n'a aucune valeur. » 11 faut que ce culte soit fondé sur la sagesse et la vérité.

été publiée simultanément dans ces deux langues, h Lemberg. Comme elle paraissait trop longue à rapporter tout entière, on s'est contenté d'en denner des extrait s qui suffiront à en faire connaître l'esprit.

«La sagesse, dit le nouveau Zohar, au nom de Simon -ben- Jochaï, la sagesse qui est nécessaire à l'homme consiste à réfléchir sur les secrets du Seigneur, et tout homme qui abandonne ce monde sans avoir acquis cette connaissance, sera repoussé de toutes les portes du paradis, quel que soit le nombre des bonnes œuvres dont il pourra d'ailleurs être accompagné.)»

Nous lisons dans le même livre : « Celui qui ne sait pas honorer le nom de son Dieu , il vaudrait mieux pour lui qu'il n'eût pas été créé ; car Dieu n'a mis l'homme en ce monde que pour qu'il s'efforce d'approfondir les mystères renfermés dans son divin nom. » A propos de ces paroles de David (Ps. 145, 48) : « Dieu est près de ceux qui l'invoquent avec sincérité,» le Zohar demande : «Est-il donc possible de ne pas invoquer Dieu sincèrement? — Et il répond : oui* Car celui qui invoque Dieu et ne comprend pas quel est celui qu'il invoque, celui-là est dans l'erreur. Par là, il est démontré que c'est un devoir pour tout homme de croire en Dieu et à sa révélation, d'étudier ses lois, de le reconnaître, lui, ses lois et ses jugements, et d'approfondir les mystères de la Thora. Celui qui croit de cette manière, accomplit la volonté et l'ordre de Dieu, et celuilà seul mérite réellement le nom d'Israélite. »

2° « Nous croyons que Moïse, les prophètes et tous nos maîtres qui les ont précédés s'expriment souvent dans leurs écrits d'une manière figurée, et qu'un sens mysté' ' rieux se cache sous leurs paroles. Ces écrits sont semblables à une femme voilée qui n'expose pas sa beauté à tous les yeux, mais qui exige de ses adorateurs qu'ils se donnent quelque peine pour soulever le voile qui la couvre. C'est ainsi que le voile du symbole enveloppe ces paroles, et toute la sagesse humaine ne parviendrait pas à le sou-

Iotof, tans r assistance d'une grâce céleste. En d'autres termes, il est parlé dan? la Thora de choses qui ne doivent nullement être prises à la lettre; mais il faut invoquer Tes-* prit de Dieu, afin qu'il noue aide à découvrir le fruit renfermé sous lecorce. »

« Nûus croyons dans qu'il ne suffit pas de lire les prophètes et d'en comprendre le sens littéral, mais qu'une assistance divine e$t nécessaire pour pénétrer le sens réel d'une foule de passages. C'est pourquoi David s'écrit (Ps. 449, i8) : « Quvrçmoi les yen*, ô Seigneur, ?6n que je contemple les merveilles de ta loi, » Si David eut pu tout comprendre à l ? aide ç]e renseignement ou de ses propres recherchas, de quel besoin ]y\ jurait été le secours divin? Mais ilVinrVoquaû, ce sfcepgrs, afin 4e pouvpir approfondir les mystères renfermés dâfis la loi. *c Meilleur, dit le Zohar, malheur à l 1 homme qui ne yojt dans la loi que de simples récits et des paroles ordinaires 1 Car, sj réejjpr ment elle ne renfermait que cela, nous pourrions, ptiêrçe aujourd'hui» composer aussi une loi bien plu? cjignp d'ai}:miration. Pour ne trouver que de simples proies, noqp n'aurions qu'à nous adresser aux législateurs çlç Va, {pire chez lesquels on rencontre souvent plus de granjfôw*. }1 nous suffirait de les imiter et de faire une loi d'après leurs paroles et à leur exemple. Mais il n'en est P^s 3' n si : c ' ia " que mot de la loi renferme un sens élevé et un mystère sublime...

« Les récits de la loi sont le vêtement de là loi. Malheur à celui qui prend ce vêtement pour la loi elle-même ! C'est dans ce sens que David a dit • «Non Dieu , ouvre- moi les yeux, afin que je contemple lesmerveilles de la lpj. » David voulait parler de ce qui est caché sous Je vêtement dp la loi.

Il est incontestable que sous la lettre de la loi sont ren-

fermés de grands mystères que tout vrai fidèle doit s'efforcer d'approfondir. A ce propos, le Zohar dit encore ; « La loi ressemble à une helle femme aimée qui se cache dans un endroit secret, et ne laisse voir que son portrait. Si son ami déploie une grande persévérance, s'il se donne des peines infatigables pour arriver jusqu'à elle et lui témoigner de cette manière son respect et sa tendresse, elle lui ouvrira ses portes et lui permettra un libre accès auprès d'elle. »

3° « Nous croyons que de toutes les explications de la loi, celle que donne le Zohar est la meilleure et la seule véritable, et que lesrabbips, au contraire, lui donnent dans le Talmud un grand nombre de fausses interprétations qui sont en contradiction manifeste avec les attributs divins et la charité enseignée par la loi.

4° «Noua croyons qu'il n'y a qu'un seul Dieu qui n'a pas eu de commencement et n'aura pas de fin ; qui seul a créé les mondes et tout ce qu'ils renferment, aussi bien ce que nous connaissons que ce qui nous est inconnu. C'est pourquoi l'Écriture dit (Deutéronome, YI, 4) : « Écoute, Israël, l'Éternel notre Dieu est un Dieu unique.» On trouve aussi dans les Psaumes : « Tu es, grand , è Seigneur ? Toi seul accomplis des merveilles. » C'est-à-dire, non comme les rois de la terre, qui ne peuvent rien accomplir sans le secours d'autrui; Dieu a créé seul le ciel et la terre, san$ aucune autre participation, et seule, sa Providence veille sur tout.

5* « Nous croyons que, bien qu'il n'y ait qu'un seul Dieu, il se compose néanmoins de trois personnes (ParsaM-* phim), parfaitement égales l'une à l'autre, parfaitement indivisibles, et qui, à cause de cela, ne font qu'un, ta loi mosaïque, aussi bien que les autres prophètes, nous en-

seigne cette vérité. Le Zohar dit : « La loi commence par la lettre (beth) ; cette lettre se compose de deux lignes horizontales réunies à une verticale ; ce qui fait allusion aux trois natures divines réunies en une seule. La croyance en cette trinité divine est fondée sur les saintes Écritures, et confirmée par d'innombrables passages. Nous ne voulons en citer ici que quelques-uns : par exemple, Moïse dit (Gen. I, 2) : L'esprit (rouach) des Dieux [Elohim) (au pluriel) flottait sur les eaux. » S'il n'y avait qu'une seule personne divine, Moïse aurait dit: « L'esprit de Jéhovah ou du Seigneur flottait, etc. ; » mais il voulait dès le principe établir la trinité en Dieu. Plus loin (Gen. I, 26), Dieu dit : «Faisons l'homme selon notre image et notre ressemblance. » Le Zohar commente ainsi ces paroles :I1 y en a deux et encore un, ce qui fait trois, et ces trois ne font qu'un'. Ailleurs il est dit (Gen. III, 22) : t Les Dieux, Jéhovah, dirent : Voici l'homme qui devient semblable à l'un de nous. S'il n'y avait pas trois personnes, il y aurait seulement : « Jéhovah dit, etc » Pourquoi les Dieux? Mais c'est une preuve de la trinité divine. Quand il est dit (Gen. XI, 4 5) : w Jéhovah descendit pour voir la ville et la tour, » voici en quels termes il s'exprime : « Descendons et mettons la confusion danaleur langue, etc. » A qui Jéhovah s'adressait-il? Ce ne pouvait pas être à ses anges qui sont serviteurs, et auxquels il aurait commandé sans employer avec eux la forme delà prière. Mais Dieu parlait ainsi aux personnes divines qui sont ses égales en dignité. « Trois anges apparurent à Abraham (Gen. XVIII, 2, 3); il courut au-devant d'eux et dit : Seigneur, etc. » 11 en voyait donc trois et ne s'adressait qu'à l'un d'eux, parce que ces trois

* Ces paroles du Zohar ne se rapj orient pas à la triai té divine, mais à la trinité humaine et à certains cas de métempsycose. A. F.

ne font qu'un. Moïse dit (Exode, XII, 7) : «Ils prendront du sang de cet agneau et en mettront sur les deux poteaux et sur le linteau de la porte. » Pourquoi , demande le Zohar, pourquoi ce sang doit-il précisément être mis sur trois places? C'est pour que la croyance parfaite en son saint nom éclate sur les trois places. »Cecifait encore allusion à la trinité divine, « Quel est lepeuplesi grand, ditMoïse (Deutéronome, IV, 7), qui ait les Dieux (Elohim) aussi près de lui que nous? » S'il n'y avait point plusieurs personnes divines, il faudrait ici El (Dieu) et non point Elohim, les Dieux.

» Jéhovah, est-il dit (Gen. XIX, 24), fit pleuvoir sur So- *dome et Gomorrhe une pluie qui venait de Jéhovah. » Preuve nouvelle de plusieurs personnes divines, Dieu dit à Moïse : «Monte vers l'Éternel. » (Exode, XXIV, 1). Ici. il y aurait simplement : « Monte vers moi, » s'il n'existait plusieurs personnes en Dieu. Sur le passage suivant :« Écoute, Israël, l'Éternel notre Dieu est un » ( Deutéron VI, 4) , voici le commentaire du Zohar : « Trois font un » (Thelath chad inoun). Il est dit (Ex. III, 6): «Le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. » Le nom de Dieu, répété devant celui de chacun des patriarches, fait allusion à la Trinité divine. Josué disait (XXIV, 49) : « Vous ne pouvez pas servir Jéhovah, car il est les Dieux Saints,» (Elohim kedoschim) .

«D'une part, il y a Jéhovah, de l'autre les Dieux Saints, ce qui prouve la Trinité réunie en Dieu.

6° « Nous croyons que Dieu apparaît incarné sur la terre, et alors il'boit, il mange et accomplit d'autres actions humaines; mais il est dégagé de tout péché. La preuve en est dans ce que dit Moïse (Gen. VI, 3) : « Quoiqu'il soit chair.» Le Zohar donne de ces paroles l'explication suivante : « Dieu devient chair, pour se tourner vers

le corps; ce qui veut dire qu'au moment de la création, Dieu s incarna dans Adam , et lorsque ce dernier eût péché, Dieu se retira de lui et en demeura éloigné jusqu'à ce qu'il s'incarnât de nouveau dans ce même corps. « À propos des quatre éléments, le feu, l'eau, l'air et la terre, le Zohar dit : « Dieu se revêtit de ces éléments et il eût un corps. »Ne lisons-nous pas dans Moise(Ex., XX, 415, 19) : a Le peuple vit la voix, etc.? » Pourquoi n'y a-t-il pas que la voix fut entendue? Mais Dieu se montra aux Israélites sous une forme humaine afin de les instruire qu'un jour, à 1 époque du Messie, il apparaîtrait de nouveau sous la même forme. Dieu dit par l'organe de Moïse : « Je marcherai au milieu de vous. » (Lév. XXYI, 42). Le livre Jalkut [Jalkot) explique ainsi" ces paroles : « Ceci notis rappelle un monarque qui se promène dans son jardin et devant qui le jardinier confus cherche à se cacher. Afin de le rassurer, le roi s'adresse à lui et lui dit avec douceur : Que crains-lu , mon fils? Vois, je suis un homme comme toi, et je marche à tes côtés. C'est ainsi que Dieu revêtit une forme humaine afin d'instruire humainement les hommes. C'est aussi pourquoi le prophète s'écrie (Isaïe,XXX, 20) : «Tes yeux verront ton maître.» Quand Dieu dit (Deut. XXXII, 40) : «J'élève ma main vers le ciel,» il ne pouvait, puisqu'il remplit tout de sa présence, prononcer ces paroles qu'en tant qu'homme et marchant sur la terre. Que signifient ces paroles du prophète Amos : « Dieu a établi son faisceau sur la terre,» sinon que par ce faisceau, il entend la réunion des trois personnes divines tandis qu'il habitait la terre? Nous trouvons dans Saloraon ces paroles (Cantiq, V, 4) : « J'entrai dans mon jardin, etc. , et je mangeai de mon miel. » Comment, demande le Zohar, comment peut-on dire de Dieu,

dont il est question durant tout le cours de ce fchant, qu'il à bu et qu'il a mangé? Mais ceci res&emble à Utt atai quî en Visite uh autre , et Tait pour lui plaire mainte choae qu'il n'a pas coutume de faire 1 , par exemple, il mange feanS avoir Faim et boit sans avbir soif. Ainsi fait Dieu quand II apparaît aux hommes, puisqu'alors, il descend à toutes les occupations et à toutes les actions humaines.

7 b « Nous croyons que Jérusalem né doit jamais être rebâtie. Car- il est dit dans l'Écriture (David, IX, 27) : « Le peuple d'un puissant monarque détruira la ville et le sanô^ tuaire. La destruction sera complète comme par un déluge. » Le prophète Jèrémie dit aussi (IV, 8) : <* Les péchés delà ville de mon peuple (Jérusalem) sont bien plus grand* que les péchés de Sodome, qui a été détruite de fond eh comble, $> Sî Ton ne doit plus rebâtir Sodome, bien fnoins encore. Jérusalem sera-t-elle construite, puisque le prophète dit expressément que les péchés de Jérusalem sut^ passent ceux de Sodome.

8° « Nous croyons que les Juifs attendent en vain le . Messie mortel qui, d'après leur croyance, doit les délivrer, les élever au dessus de toutes les nations , et leur apporter richesses et grandeurs. Mais Dieu Ini-mème apparaîtra sous une enveloppe humaine et rachètera les hom 1 mes de la perdition qu'il ont encourue par la fauté de leursancêtres; cependant, il ne rachètera passeulement le* Juifs, mais tous ceux qui auront foi en lui , tandis que les incrédules seronttous plongésdans les abîmes de l'ente'?. <*

Comm3, dans ce symbole, on ne dit pas de quel Messie il s'agit, et que, d'un autre côté, on y professe plusieurs principes communs au christianisme, le cardinal crut pou-

* Voyez la t&bafo, par M- A Fiantk, pa*ej \Qô, it)$.

voir, avec le temps, porter facilement cette secte h l'adoption du christianisme; il leur accorda donc sa protection et s'intéressa en leur faveur avec beaucoup d'énergie auprès du gouvernement. Pour se venger des tracasseries que lui suscitaient les Juifs talmudistes, cette secte fît tant auprès du cardinal que celui-ci fit brûler tous les livres talmudi» ques qui se trouvaient dans son diocèse. L'insolence deces sectaires alla si loin , qu'un d'eux se promenant à cheval un jour de sabbat dans une rue des Juifs, s'arrêta devant la maison du rabbin et y brûla un exemplaire du Talmud. A la vue de cette impiété, les rabbins devinrent furieux, ils s'adressèrent , par l'intermédiaire d'un fournisseur nommé Baruch de Sklow, au comte Bruhl, ministre polonais, qui les recommanda au nonce du pape alors présent à Varsovie; ils lui démontrèrent que quoique beaucoup de principes de cette secte parussent s'accorder avec ceux du christianisme, ils ne disaient cependant pas distinctement dans leur symbole queJésusfutle Messie, mais qu'ils entendaient [par y eMessie le Schabbathai-Zévy et qu'il était à craindre que cette équivoque ne trompât les chrétiens et ne leur fit embrasser ces principes. On les accusait entr'autres choses de commettre l'adultère et d'user récipro- |uement de leurs femmes. Le nonce adressa à Rome un /apport sur cette affaire qui fut soumis à un examen. Le cardinal de Kamienitz étant mort sur ces entrefaites, et la secte ayant perdu en lui son appui principal auprès du gouvernement polonais, les rabbins prévalurent contre la nouvelle secte et poussèrent si loin la persécution qu'une grande partie des Frankistes se décida à émigrer en Moldavie, et à s'établir à Choczim et dans les environs de cette ville. Mais les premiers qui arrivèrent dans ces pays furent dénoncés au pacha et au kadi , par les rabbins qui leur

dirent que ces étrangers n'étaient point de vrais Juifs, ne relevaient pas du Chacham Baschi (grand rabbin de Constantinople), et qu'aucun d'eux ne s'intéresseraient en leur faveur auprès de la Porte. Sur cette déclaration, les Turcs dépouillèrent les nouveaux venns. En apprenant cela, les autres Frankistes renoncèrent à aller s'établir en Moldavie. Ne pouvant compter, en leur qualité de Juifs , sur la protection de qui que ce fût, ni clans leur pays ni à l'étranger, surtout comme ennemis du Talraud , une grande partie de ces zoarites polonais, résolut de passer à la religion chrétienne et d'embrasser extérieurement le catholicisme, de même que leurs confrères en Turquie avaient embrassé le mahométisme; ilssefirent donc baptiser en croyant qu'ils pourraient néanmoins vivre secrètement d'après leur doctrine et leurs principes, comme, leurs co-religionnaires de Salonnik. Mais les chrétiens ne se montrèrent pas aussi tolérants que les Musulmans. Lorsque Ton eût appris que les nouveaux convertis tenaient des assemblées secrètes , on leur fit raser la moitié de la barbe pour témoigner qu'ils n'étaient ni Juife ni chrétiens, et ils furent envoyés en cet état pour travailler à la construction d'un fort.

Parmi ces zoarites convertis, se trouvait Jacob Frank. Mais comme il était encore attaché à ses adhérents juifs et qu'il faisait partout des prosélytes, les rabbins le dénoncèrent comme enseignant aussi ses principes aux chrétiens. Sur cette dénonciation , il fut renfermé dans le fort où il resta pendant plusieurs années. Cependant, ses partisans se multipliaient tant en Pologne qu'çn Allemagne. Mais lorsque les Russes envahirent la Pologne , ils prirent aussi le fort de Czenstochow et Frank fut délivré. Il parcourut alors la Pologne, la Bohême et plusieurs autres pays, et reçut de grandes sommes d'argent.

En 17T8» Frank alla à Vifenhe oVeô une suite pompeuse tonnée de ses prosélyte* des deux Sexes * et escorté de secrétaires et de palefreniers; on voyait aussi parmi les'pre*mîers , beaucoup de rabbins. Il mena dans cette ville le trairi d'un grand seigneur. Mais ses dépenses outrées et efont on ignorait ta source > excitèrent les soupçons dé la policé, et il fut enfin ehasséde Vienne. Il se rendit à Brunne; parce qu'il avait beaucoup d adhérents dans chaque communauté de la Moravie, d'où il envoya ses disciples dans touft les pays. L'entretien nécessaire à lui et à sa suite, qui secomposait de plusieurs centaines de jeunes Juifs des deux sexes, lui fiât fourni très abondamment par ses Sectaires * et plusieurs fois par année, il arrivait a Brunnemt dans tes autres pays où il séjournait des tonneaux pleins d'or de

diverses contrées , et principalement de là Pologhfy sou* l'escorte de sa propre milice. Quand il Sortait, ce qui arri-* vait presque tous les jours dans l'après<-midi , pour faire la prière dans les champs hors la ville, dix ou douze cavaliers couverts d'or et habillés de vert et de rouge , comme les Hulans, armés de lancés surmontées d'aigles, de cerfs, de soleils et de lunes dorés, entouraient son chat* trainé par des chevaux magnifiques. Un cavalier monté sur un coursier superbe couvert de clochettes d'or suivait toujours le char, portant une outre remplie d'eau, au bout de laquelle se trouvait un arrosoir, etaprèsla'prièrë, il versait cette eau dans l'endroit où l'on avait prié. Le but de cette cérémonie est inconnu, car elle n'est fondée ni sur la religion juive ni chrétienne, ni sur la religion mahométahe. On n'en trouve même point de traces dans le Zohar.

îl se rendit de nouveau a Vienne quelques années après. Mais ses prétentions singulières, qui étaient beaucoup audessus d'un simple particulier , le train de sa maison qui égalait celui d'un monarque oriental , tout cela excita de nouveau les soupçons delà police, etil fut banni de Vienne pour la seconde fois, quoiqu'il prétendit jouir de la pro«* tection d une grande princesse du nord. Il s 'adressa alors au prince de Hambourg qui lui permit dese fixer à Offenbach avec* cinquante personnes de sa suite, et lui loua en même temps son propre palais , que Frank Occupa dès Tannée 1 788 avec le titre de baron. Ne renonçant ni à son train ni au luxe de sa maison, sa suite s'éleva bientôt au nombre de mille personnes, tant hommes que femmes et enfants, et tous, sans exercer aucune profession , furent entretenus richement aux dépens de sa propre catesë. Il se rendait lui-même inaccessible; on nfe pouvait le Voif qu$ lorsqu'il était à sa fenêtre ou dans sa voilure, quandil allait

faite la prière journellement à quatre heures de l'aprèsmidi, à l'église catholique de Birgelein, village éloigné d'un quart d'heure d'Offenbach, où il allait tous les dimanches à la messe. Il y avait toujours deux gardes à l'entrée de sa maison et deux à la porte de sa chambre , tenant le sabre en main. Il ne priait à l'église ni debout ni à genoux, mais il s'étendait sur un tapis magnifique à la manière orientale , le visage contre terre, et dans cette position , il faisait sa prière en silence. Il n'ôtait jamais son petit bonnet rouge, pas même à l'église. Tous ses disciples lui portaient un respect presque divin, et celui qui en manquait, était puni très sévèrement. Ils vivaient tous pacifiquement tant entre eux qu'au dehors ; ils ne donnaient point occasion aux disputes ni aux querelles, et jamais la justice n'eût de plainte contre eux. Trois ou quatre cents Juifs de sa suite qui demeuraient avec lui dans la même maison, s'exerçaient souvent aux armes, soit dans le jardin soit dans la cour

On ne sait pas dans quel but ils étudiaient entre eux la chimie et faisaient de temps à autre des expériences chimiques, dont les résultats restaient inconnus.

Un grand nombre d'hommes de cette secte qui joignaient la vertu au savoir, allèrent en ce temps là en pèlerinage en Marovie et de la Pologne à Offenbach. Plusieurs familles riches tombèrent dans une position très fâcheuse par leurs pèlerinages trop fréquents et par leur long séjour dans les villes, car ils négligaient leurs affaires et sacrifiaient des sommes énormes pour l'entretien de Frank. Il y eût des gens qui ayant envoyé auprès de lui leurs filles adultes, ne les revirent plus et n'en eurent aucune nouvelle, à l'exception de deux qui s'échappèrent de la maison de Frank au péril de leur vie.

11 est à remarquer que deux aventuriers , Frank et <?agliostro, qui étaient contemporains , se ressemblaient en plusieurs points. On ne connaissait des deux ni les ressources de leurs richesses ni comment ils suffirent à leur pompe seigneuriale pendant leur célébrité. La magnificence de la maison de Frank, comme celle de Cagliostro , leur donna de l'importance aux yeux de leurs sectateurs , ilsvoyagaienten princes, précédés de courriers et accompagnés d'une grande suite de serviteurs richement habillés, l'un et l'autre affectaient un visage sévère , nn air imposant qui les fit juger aux yeux du peuple beaucoup au-dessus de leur rang. Leur plus grande célébrité, à l'un et à l'autre, eût lieu dans les années 4788 et 4789, Quoique Frank fut regardé par ses adhérents comme immortel, enfant d'Adam, il n'en paya pas moins, son {ribut à la nature , et mourut frappé d'apoplexie le 10 décembre 4 794 . Malgré cette mort subite contraire à l'attente de tous les sectateurs de Frank, ses funérailles furent très pompeuses. Le 42, à trois heures de Taprès midi tousses adhérents présents à Offenbach , et dont le nombre s'élevait à plus de huit cents , accompagnèrent le corps de Frank à sa dernière demeure. Les femmes et les jeunes filles, au nombre de deux cents, marchaient devant le cercueil, vêtues de blanc, les cheveux entrelacés de rubans blancs, et portant des cierges allumés. Après , suivait le cercueil découvert du défunt porté par ses serviteurs, et enveloppé dans un talar de soie rouge doublé d'hermine , qu'il portait ordinairement pendant sa vie. Après le cercueil, venaient ses trois enfants, puis lalivrée avec les gardes du corps, au nombre de soixante-dix hommes. Enfin, le peuple fermait la marche du convoi, portant des flambeaux , le crêpe au bras , et les femmes ayant des

rubans blancs dans les cheveux. Le convoi se rendit ainsi $u cimetière public; là on s'arrêta un instant et Ton couvrit le cercueil Le couvercle était garni de satin blanc et orné de franges banderoles et autres ornements d'or. Pour le descendre dans le tombeau, on se servit, au lieu de cordes, de draps blancs dans lesquels le cercueil fut, de plus, enveloppé.

Alors, les huit cents personnes qui étaient présentes , hommes, femmes et enfants , (portés sur les bras de leurs mères) , firent retentir l'air de cris lamentables, et Ton vit des larmes ooider enabondancedetouslesyeux.Peut-être était : ee qu'au moment de descendre leur maître au tombeau, ce qu'ils croyaient ne devoir jamais arriver , qu'ils sentirent plus vivement leur perte en se voyant trompés dans toutes leurs espérances. Chacun des assistants prit une poignée de terre et la jeta dans la tombe. Un des gardes du corps du défunt qui avait perdu la vue depuis quelques semaines, voulut aussi accompagner son maître à sa dernière demeure » il se lit conduire par deux amis, et pour lui montrer son respect et son attachement il jeta aussi sur son tombeau une poignée de terre. Toute la suite porta le deuil pendant une année entière, un ruban blano dans les cheveux, et un crêpe de même couleur au bras.

Après la mort de Frank , les sources émargent tarirent peu à peu. C'était ou parce que l'illusion avait dispara avecTacteur, ou parce que ses adhérents n'avaient pas bien étudié leurs rôles, et leurs représentations firentmoins d'impression. Les enfants délaissés de Frank, Rochus , Josephe et Eve, se trouvèrent bientôt , après la mort de leur père, sans ressources, et ils furent forcés d'avoir recours aux emprunts , et , plus tard , aux inconvénients qu'ils entraînent. Ils tentèrent donc un dernier effort , et tâchèrent de donner à leur dessein une nouvelle vie par la circulaire suivante écrite à l'encre rouge par les yrais disciples de Frank , et adressée à tous les Juifs de l'Allen jpagne et de la Pologne :

« Que le Seigneur de la p#i* vous donne à vous et k toute la maison d'Israël la bénédiction de la paix,

« Nos bien-aimés de la maison d'Israël ; sachez que lorsque notre saint-maître (Frank) , était assis à la porte méridio 7 nale de Czenstochow. * II envoya un saint écrit à la ville de Brody avec le contenu suivant :

« Ecoutez-le, vous, cœurs endurcis, qui êtes très éloignés de la vertu, etqui marchez dans dessentiers tortueux. Qui d'entre vous craint assez Dieu pour entendre la voix du prédicateur des peuples ? Vraiment Dieu ne fait rien s'il n'avait pas découvert auparavant ses mystères. Malheur à vous si le grand lion se réveille et se rappelle Pagneau. L'Ecriture (Amos. 3, 7) dit : Dieu n'exécute aucune chose sans avoir auparavant communiqué son arrêt à ses serviteurs les prophètes. Si Vbus êtes les enfants de Dieu, pourquoi ne vous a-t-il pas découvert ce qui arrivera à la fin des jours, savoir : Dans les temps présents, ce qui est prédit est arrivé, je vous annonce maintenant une nouvelle et vous prédis la fin au commencement , savoir : que vous pleurerez les habitants de Krakovie et de ses environs, et que vous [porterez le deuil à leur mort. Pleurez, ceignez vos reins de sacs et ordonnez des deuils publics , car une flamme sortira de leurs nombreuses iniquités et consumera cette ville par la famine, la peste et la captivité. Les cadavres seront partout dispersés comme des monceaux de fumiers dans les champs , et les chiens lécheront leur sang. La tempête de Dieu éclatera avec furie , se précipitera sur la tête des impies et consumera tout , jusqu'au

i II est dit dans le Talmud ( Tract, sanhédrin) , le Messie est assi*, (Apitheha Derômô), Les opinions ne sont pas d'accord sur cette expression, 'les uns disent qne cela veut dire à la porte de Borne; mais d'autre» croient que cela signifie à la porte méridionale (du sud), nous acceptons la seconde opinion parce que la première convient encore moins dans le contexte.

plus profond abîme. Celui qui échappera à l'épée , se précipitera dans la tombe, etc. C'est pour cela que vous devez pleurer et vous lamenter sur leur sort. Mais ils pleureront aussi et se lamenteront sur le vôtre.»

» Car la nation des descendants d'Edom a déjà paru , le bruit guerrier presse déjà un royaume contre l'autre , le peuple alors sera purifié, et les vicieux tomberont dans la damnation éternelle. Les impies ne veulent pourtant pas le comprendre, et ce n'est que les judicieux qui sentiront que celui qui descend d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, est forcé de se convertir à la sainte religion Edomite 1 . Celui qui adoptera cette religion par amour sera sauvé de toutes les souffrances etparticipera comme tousles vraiscroyanls aux biens qui ont été promis par Ësaïe et les autres prophètes. Je pourrais bien en dire davantage, mais cela doit suffire pour les intelligents, et un seul signe suffit pour le sage. Signé : Jacob-Josephe Frank. *

Il écrivit cela en Tannée 4767, une année après, étant encore à Czenstochow, il fit circuler parmi tous les Juifs l'écrit suivant :

«Une forte voixfut entendue d'en haut jusqu'en bas, (du ciel à la terre). Nous vîmes avec des yeux ouverts comment la roue se mit en mouvement d'en haut vers tous les points, et nous entendîmes la voix qui appela du haut en bas; réveillez-vous , vous qui sommeillez , qui dormez dans vos trous et qui ne vous apercevez de rien, qui avez des yeux et ne voyez point, et dont les cœurs sont fermés,

1 Probablement les Chrétiens, car d'après l'opinion de quelques rabbins et principalement du R. Moïse ben Nachman, et du R. Abarbanclle, les premiers Juifs qui se convertirent au christianisme descendaient des Édomites qui furent incorporés au peuple juif déjà au temps des Mâchabéens.

à qui la doctrine est devant les yeax et qui n'y faites pas attention. Cette doctrine appelle à haute voix. Ouvrez vos yeux, 6 insensés, mais personne ne répond à son appel , personne ne lui prête une oreille attentive. Jusques à quand marcherez vous encore dans les ténèbres de votre volonté. Cherchée a connaître, et uno lumière qui luit en son temps se manifestera devant vous. Donc vous êtes sages h vos yeux et vous devez savoir comment on manie l'aro à la guerre. Si on le tend faiblement, la flèche vole & une grande distance. Sachez maintenant que Tare de Dieu n'était (\m faiblement tendu jusqu'à présent , mais il viendra un temps où vous oublierez vos (eqnrnes et vos enfants h causa du fléau de Dieu, car tous les princes , les seigneurs et les gouvernements, (le gouvernement prussien pap même excepte), vous haïront, et celui qui verra un Juif lui erachera au visage. Yos plaisirs se changeront M peines , «t il vous arrivera des fléau* inconnus jusqu'à ce jour. Ne croyez point que le présent écrit ressemble à celui que je vous ai envoyé il y a quelque temps , dont le contenu n'était pos encore réalisé. La première lettre ne contenait qu'une exhortation , Ja présente, au contraire, vous annonce ce qui arrivera bientôt dans tout le monde entier, mais sur* tout dans la grande et petite Pologne , la Lithuanie , la Russie, la Hongrie, laWalachic, la Moldavie, la Tartane , dans toutrempire Turc, la France, l'Allemagne, la Bohème, la Moravie , la Prusse , et principalement dans toutes les contrées où résident des Juifs. Malheur 1 Malheur! à ce temps qui arrivera à vous et à vos enfants. Ceux qui seront dans la maison, périront dans la maison, les fossoyeurs ne suffiront pas pour enterrer la grande multitude des morts. Ceux qui seront aux champs, périront aux champs, et les chiens disperseront leurs ossements ça et là ; pour

écrire tout ce qui arrivera , le papier n'y suffirait pas , et un signe suffit au sage, mais je vous fais savoir qu'il n'en sera pas autrement, jusqu'à ce que la loi c}e Moïse soit accomplie 4 et que vous entriez dans la sainte religion des Edomites. Nous trouvons aussi de Jacob qui dit à Esue la tige des Edomites, (1, L. de M., 33, 14), que monSei^peut* vienne avant son serviteur jusqu'à ce que je vienne après mon Seigneur, à Seir, et ailleurs (4, L. de M., 20 , 14) , Moïse envoya unmessager au roi d'Edom. Ainsi , pelpi qui descend d'Abraham, d'Isaacet de Jacob, est obligé d^dopter la sainte religion cl'Edom. Quand le torrent déborde ? et certes, il débordera à la fin , or il arrivera un démêlé. C'est de l'argile commune, et les doigts des pieds sont en partie de métal et en partie d'argile, parce que le royaume est en partie stable et en partie fragile 2 . Mais moi je vous dis que le faible frappera le fort. s'ils étaient sages , ils auraient fait attention à ceci, et auraient pris à cœur la fin de cet événement.

«Ici, ajoutentlesauteursde cettecirculaire, ici était signé son saint nom, lorsqu'en 1773 il s'en alla deCzenstochow, il nous envoya à Luobin , à Lemberg et à Brody , et dans beaucoup d'autres villes pour annoncer à tousîes hommes de Dieu, qu'un temps approche où tous les Juifs seronf

1 Celte expression a une équivoque, ou elle veut dire accomplir» achever (Bois , 8-15), et elle peut signifier ceci , jusqu'à ce que tout le mal annoncé par Moïse ( 5, L. , 26, 10-41 ) soit arrivé, ou ce mot signifie finir, se perdre (comme P. E. , L. . de M. 12-4), et a rapport à la loi de Moïse même qui, d'après l'opinion de ses épistolograpbes cessera un jour, et il viendra à su place la loi des chrétiens ou môme celle des zparites ou de Frank.

2 Ce vers obscur rapporté ici (Daniel, 2-42) paraît être moins mystique, cela \icnt de la faiblesse que l'auteur éprouve à s'exprimer distinctement.

obligés d'accepter le baptême , parce qu'il est ainsi ordonné par Dieu. Celui qui entre à l'ombre de la maison de Jacob (Frank), le dieu de Jacob sera à son aide, qu'il ne perde point les deux mondes (le présent et l'avenir), car nous vivons à son ombre parmi les peuples. Ne vous moquez pas de ceci, afin que vous n'augmentiez pas le mal. »

» Nous vous annonçons donc que Dieu nous a communiqué qu'il arrivera dans cette année (1800) un temps funeste pour les Juifs, et alors toutes les souffrances qu'il a prédites (Frank) dans la sainte lettre , se précipiteront sur leurs têtes. Notre cœur en est affligé , car comment pourronsnous voir tranquillement la ruine de notre peuple et le sort affreux de notre famille; il est aussi de notre devoir de vous donner le dernier avertissement, afin que vous sachiez tout ce qu'il vous a ordonné dans son saint écrit , car ce n'est qu'alors que vous pourrez avoir bonne espérance en l'avenir.

» Rappelez-vous que c'est le temps où l'ondoit abolir la loi pour l'amour de Dieu, réfléchissez à ce qu'ont dit nos sages dans le Talmud (traité sanhédrin). Le Messie ne viendra pas avant que tout le royaume ne soit plongé dans l'hérésie, car il est dit (Levit, 13, 13), si tout en lui (lépreux) estdevenu blanc, alors il est pur », c'est le temps dont parle Jacob (le patriarche, Genèse, 34, 14), jusqu'à ce que je viendrais à mon Seigneur (Esuë la tige des

1 David dit (Ps. 119, 12) , il est temps de faire pour Dieu, car ils ont aboli la loi ; il voulait dire par ceci comme le marque le contexte , que la punition de Dieu ne manquerait pas à cause de la désobéisance de la loi. Le Talmud (Tractaie Themura) interprète ainsi ce vers : Quand il est temps de faire quelque chose pour Dieu, on peut transgresser à la loi ; c'est-à-dire, pour soutenir une loi importante, on peut transgresser aune moins importante. Les auteurs de celle lettre veulent faire allusion à ceci , etc.

Edomites) àSeïr. Nous ne trouvons pointqu'il ait accompli cette promesse, mais c'est à présent que notre saint maître (Jacob Frank) l'accomplit, lui qui est le vrai Jacob, le vrai élu des patriarches, qui tient fermement aux deux côtés (savoir, au judaïsme et au christianisme), et a ainsi uni le bout antérieur (le judaïsme), avec le dernier qui devait se former sur la terre (le christianisme) , et qui est le supérieur. En vérité, ce Jacob n'est pas mort 1 , c'est lui qui nous a introduit dans la religion des Edomites et nous a appris que tous les descendants d'Abraham, d'Isaac et de Jacob sont obligés de marcher dans le sentier dans lequel nos patriarches ont fait marcher leurs enfants du dernier temps. Abraham alla en Egypte, Isaac vers Abimelech, et Jacob sortit de BeérSaba, ce qui vient dire d'après l'explication du Zoar , qu'il se sépara de la croyance du pays d'Israël et alla dans une autre contrée , savoir, à Charan , car , comme l'explique le Zoar, la délivrance ne peut parvenir que du plus mauvais endroit. Il arriva de là à la fontaine, y trouva Rachel , roula la pierre de la fontaine, servit Laban; prit sa part, lequittaetalla vers Esuë. Mais dans ce temps là, il n'accomplissait pas entièrement la promesse, car quoiqu'il eût roulé la pierre, celle-ci est pourtant revenue au même lieu. Mais tout ceci n'était qu'un symbole pour montrer le chemin dans lequel marchera le plus parfait Jacob (Frank) dans le temps futur. Car, d'après ce qui est dit dans le Zoar, il y a deux Jacob, savoir : Jacob le premier (le patriarche), il est vrai qu'il fut parfait, mais le dernier Jacob (Frank), est le plus parfait, et c'est lui qui accomplira le tout. Le Zoar dit aussi : il viendra un homme

1 C'est une allusion à un passage du Talmud, ou il est dit ; le patriarche Jacob n'est pas mort,

à la figure d'Adam et une femme comme Eve 4 . C'est pour cela que nous sommes obligés de marcher dans son sentier, car les sentiers de Dieu sont droits et les justes y marcheront.

» Quoiqu'il soit nécessaire de se taire etdetout endurer, que je cœur ne doive rien confier à la bouche, le prophète dit pourtant (Esaïe 14, 16), je conduirai les aveugles par des sentiers inconnus et les mènerai sur des chemins qu'ils ' ne connaissent point; pour la lumière, je leur donnerai des ténèbres ; et un chemin tortueux pour un sentier droit. C'est pourquoi nous sommes obligés de vous dire comme dit le Zoar, (Jacob Frank par sa conversion), savait honorer son maître. Les paroles de la prophétesse Deborah font aussi allusion à cola : (juges 54) Jehovah ! lorsque lu sortais deSeir, tu t'avançais dans les champs d'Edora , (Esaïe, 63, 1). Qui est celui qui vient d'Edom? etc. Sur quoi Técole d'Elias donne l'explication suivante ; il viendra un jour où les anges chercheront Dieu , la mer dira il (Dieu) n'est pas chez moi, et l'abîme , ni chez moi non plus. Où donc le trouveront-ils? Réponse, en Edom, car il est dit qui est celui qui vient d'Edom. Ainsi celui qui le suit dans cette religion et s'attache en même temps à la maison de Jacob, trouvera un asile à son ombre, le prophète dit : (Aam. 4, 20). Nous vivons dans son ombre parmi iespeuples, et ailleurs, (Micha 4, 2). Alerte! montons le nom de Dieu et marchons vers le temple du Dieu Jacob, qu'il nous conduise dans ses chemins , et que nous marchions sur son sentier. Car c'est un sentier de vie pour tous ceux qui le trouvent. Faites ceci et vous aurez le

1 C'est une allusion à la fille de Frank qui étant juive , se nommait fia* chel , et qui après le baptême prit le nom d'Eve.

bonh&tir d'être attachés au vrai Dieu, et Ydilk èe que dit Moïse (Deuter, 4, 29).Vous chercherez de lh Jehovah, votive Dieu» et votis le trouverez, ainsi ce n'est que le (danfe la religion de&Edomites), que vous trouver Dieu , comme on n'aperçoit la lutnière qu'à travers l'obscurité. C*ëèt pourquoi, dit le prophète, (Micha, 78), quand je sois dons l'obscurité, j'ai Dieu pour lumière. Prenez donc h cœur nos paroles et vous participerez bientôt à tous les biens que Dieu nous a promis par 6es serviteurs les prophètes , car ceux qui entrent dans la maison de Jacob trouvent assurément la source de Veau rafraîchissante •. Nos chef» amis» si nous voulions vous décrire tout ponctuellement le papier n'y suffirait pas, c'est par (jette raison que nous ne vous avons découvert que la plus petite partie des mystères, car il est dit : (proverbes 9* 9) , donne au sage aft signe et il deviendra de lul-môme plus sage , faites des recherches danfe la bible et dans tous les autres livrée an*ciens, et vou6 trouverez que la vérité^ est de notre côté. Cherchez et vous trouverez. Faites attention à nos patries et suivez tout ce qu'il (Frank) vous a prescrit; alors, te Dieu de Jacob avec vous, vous serez garantis de tout malheur et de toute souffrance; l'héritage de Jacob» une possession sans bornes vous sera en partage, et vous sefez heureux tous les jours du monde. »

Signés : Franciszek Wolowski 2 nommé autrefois Salomon, 61s d'Elischa Sfchor de Rohatin.

Michel Wolowski , nommé autrefois Nathan , fils d'Elischa Schor deRohatin.

1 Us veulent pas là faire allusion à l'eau bénite du baptême.

2 Wol veut dire bœuf en langue polonaise , qui répond a schor de la langue hébraïque , et la terminaison ski est ajoutée à presque tous les noms polonais. (Voyez plus haut, pag. 29.)

Icmerdski Dembromski, nommé autrefois Jeruchin, fils de Lippmannde Czartkow '.

Ce moyen restant infructueux, le parti de Frank se dissipa peu à peu, et le petit nombre qui restait encore à Offenbach, fut forcé, pour vivre, de travailler dans les fabriques , ce qui était d'autant plus fatiguant , que ces adeptes avaient été accoutumés à l'oisiveté. On ne sait ce que sont devenus les enfants de Frank , un de ses fils , qui était officier dans l'armée russe, passa en 18lià Prague, où il visita les amis et les adhérents de son père. Il fut très bien accueilli par eux et ils lui donnèrent beaucoup d'argent. Depuis ce temps, on n'en a plus entendu parler.

C'est ainsi que disparurent avec l'acteur tous les décors de la scène, les figurants et les souffleurs se cachèrent dans les coulisses , mais on continua pourtant à jouer encore cette comédie en petit; les adhérents de Frank et de ses prédécesseurs ne sont pas tous morts , et les enrôlements continuent toujours. Il est vrai, ce n'est plus commeautrefois , en grand , mais cependant en détail , dont le dépôt général se trouve présentement à Varsovie. 2 fc— — i ■ i ii ■ ■ . ■ ■

* Cette lettre écrite dans l'original avec de l'encre rouge (qui peut filtre allusion au mot ado m , qui signifie en hébreu aussi rouge), à la suscrijlion : Aux intendants de la communauté des Juifs pour la communiquer à toute la communauté à Prague.

2 La police de la France a fait tout son possible pour découvrir les mystères de cette secte politocosmique. Des agents furent envoyés dans tous les pays, et ils se donnèrent beaucoup de peine pour soulever le voile, principalement à Varsovie, où est le siége'général de cette secte ; mais ils n'en rapportèrent que des conjectures et non des explications claires.

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