‹ Les Israélites de Pologne: "(Édition ornée de gravures)"Chapitre 26 sur 28 · LE CUASS1DE ET SA FEMME · texte numérisé non relu

LE CUASS1DE ET SA FEMME

lies Israélites de Pologne, par L. Hollaenderski*

LA SECTE DES CHASSIDIMS, OU BESCHTIANIENS.

L'expression Chassid signifie dans la langue hébraïque : faire plus que V ordinaire par un zèle trop exagéré d'une chose, ou de pratiquer quelque chose d'extraordinaire tant en mal qu'en bien. Et on entend parce mot, un homme qui suit exactement tout ce qui est prescrit par la religion, mais qui par amour pour Dieu fait encore plus, et se prive même de la jouissance des choses permises afin de ne point commettre des choses défendues. Ils ne mangent , par exemple, non-seulement pas de viande , mais encore rien de ce qui yient d'un être vivant, tels que des œufs , du beurre, du miel, etc. Ils portent un habit poilu sur le corps nu, avant la prière du matin , ils se plongent dans l'eau froide (Mikvali), même pendant les hivers les plus rigoureux, voyagent toujours à pied , sans séjourner plus

d'une nuit dans un endroit, jeûnent souvent trois ou six jours de suite sans prendre aucune nourriture , se couchent dans la neige en hiver et sur des épines en été, et se refusent toutes les jouissances de la vie.

La plupart de ces hommes s'occupaient de la cabale et croyaient ne pouvoir être dignes de s'instruire dans cette science mystique que par la mortification de toutes les passions, afin de pouvoir se rendre dignes d'entrer en relations avec les esprits et avec Dieu lui-même.

Vers le milieu du siècle dernier , quelques-uns d'entre eux, par motif de sainteté, crurent pouvoir s'imposer toutes ces mortifications, mais ils se trouvèrent incommodés par la privation de toutes les jouissances et par la mortification du corps. Ils suivirent alors une route moins pénible, ils bornèrent la réunion de l'homme avec Dieu seulement au temps de la prière, et dirent que la prière devait être faite avec dévotion , c'est-à-dire, avec tous les efforts de l'esprit et de lame et avec l'anéantissement total de l'extérieur de l'homme. Ils disentque c'est le seul moyen par lequel l'homme peut s'unir avec Dieu, se détacher des choses terrestres pour être en communication avec les régions célestes. Ils supposent que hors le temps de la prière, l'homme est obligé de développer tous ses sentiments naturels, de mettre en action autant que possible ses capacités spirituelles et corporelles, et de se procurer le plus d'activité possible.

En l'année 4740 vécut en Pologne dans le bourg de Tluszly qui appartenait autrefois au département de Zaloszezyki , et maintenant à celui de Czarthow. Un nommé Israël, qui plus tard s'établit à Medzcborz, ville située dans la province dePodolie; là, il fit counaitre sa doctrine etses principes et s'attira un grand nombre de disciples.

Une légende faite par un certain R. Bar, sous le titre de ScheucocheHabescht* , imprimée en 1 844,et qui jusqu'enl81 8 «ût cinq éditions, rapporte les actions merveilleuses de cet homme. Les principes faits par le fondateur de cette secte qui ntbntrènt la croyance et la conduite que ses sectateurs doivent suivre, se trouvent dans un livre fait par lui-même sous le titre Sépher-Hamidotk, ou livre de mœurs. Les rabbins ohhodoxes les plus célèbres de ce temps là, résistèrent autant qu'ils le purent coqtre cette innovation, mais les anathèraes qu'ils lancèrent contre eefe 6ectateurs restèrent inutiles, et les poursuites les plus rigoureuses furent éludées. Au contraire, leô adhérents de Bescht formèrent une secte organisée, et se répandirent dans toute la Polo~ gne«, làWalachie, la Moldavie, et plus tard, ils firent leur entrée dans la Hongrie, surtout dans les contrées qui bornent la Galicic. Dès sa jeunesse, Béscht s'occupa de la cabale, s'acquit par cela une! réputation de saintetés II affirma que son àme se séparait souvent de son oorps et montait vers les régions célestes, et pénétrait ce que l'on arrêtait dans le sénat 2 qui était en rapport avec la terre , qu'il avait le pouvoir de gouverner les délibérations de ce divan

1 Ce nom est composé des premières lettres des mots baal schem taube. qui désignent un homme d'une grande réputation par ses talents et sa capacité à faire des choses surnaturelles, par l'invocation mystérieuse des noms sacrés de Dieu et des anges.

s Les cabalistes disent qu'il y a dans le ciel un sénat composé de plusieurs anges, et qui est préndé par Dieu et par Satan , ils nomment ce conseil la famille du ciel : Pamalie^ Schel mahlé, et fondent leur opinion sur ce que dit Daniel (7,10): « J'ai vu des chaises et un vieillard Assis, ses vêtements étaient blancs comme la neige, etc. Ils démontrent iqu*il y a aussi un fiscal céleste, ou Kategor — cathegor. Par le passage de Job où il est dit que, lorsque les anges se rassemblaient devant Dieu , Satan y était au&si pour accuser Job. (V. Job, 118 ; Zachario, 1, 5.)

céleste d'après son avis , c'est-à-dire d'en expédier les bonnes et de laisser les mauvaises.

.Bescht, par la bienveillance qu'il avait acquise des sénateurs célestes , avait le pouvoir de faire des prodiges , comme par exemple , au temps de la guerre des Russes avec les Turcs, il avait, par ses prières, fait remporter la victoire à l'armée russe ; avait rendu fécondes les femmes stériles; ressuscité les morts; délivré des damnés de l'enfer; tiré des âmes des corps des animaux où elles étaient passées ; fait monter jusqu'à Dieu les prières qui ne pouvaient y parvenir ; puni ceux qui ne croyaient pas à ses prodiges; d'un seul mot, il faisait parler les muets, et rendait muet ceux qui parlaient. Il ne lui fallait qu'un signe de la main pour guérir les aveugles et rendre aveugles les clairvoyants.

Après la mort de Bescht en 4760, ses disciples qui avaient appris de lui son charlatanisme se répandirent dans toutes les contrées de la Pologne , chacun se fixa dans un district et prit le sceptre sur les Chassidims qui y demeuraient, en prenant le titre de Zadik.

Cet arrangement existe encore aujourd'hui. On ne peut parvenir à cet honneur sans avoir beaucoup de connaissances talmudiques et cabalistiques. Mais il faut surtout être rusé, avoir beaucoup de finesse, de connaissance des hommes, d'effronterie et de courage. Ces Zadiks ou chefs , n'ont aucun salaire fixe et semblent n'administrer leurs fonctions que pour l'amour de Dieu et de leurs disciples , mais ils sont cependant entretenus par les communautés en général et par chacun des sectaires en particulier , et cela assez richement pour qu'ils puissent vivre dans l'abondance.

Voici les principes qui font la base de la religion chassidéenne :

Emounalh Chachamim Wéhilhkaschroth katzadik , c'est-àdire : croyance aveugle et attachement inséparable au Zadik.

L'exécution des ordonnances du Zadik qui sont la volonté de Dieu doit être le seul règlement que doit suivre chaque chasside dans ses pensées et dans ses actions, et que rien ne doit empêcher 1 . Ce chef à la puissance de remettre les péchés en toutou en partie, puisqu'il est le représentant de Dieu a . Il est du devoir de chaque chasside d'aimer 1 ' * 'i

1 L'essentiel et le fondement de la croyance de chaque chasside < consiste dans la croyance au Zadik ; si parfois le Zadik agit contrairement à la loi, on doit croire qu'il fait ce qui est juste. (Likuté Mahram, § 43.J

2 Le Zadik est un être surnaturel (Ktsser Schemtob, p. 18). Le Zadik

le Zadik pardessus toute chose 4, de le louer , de le soutenir par des dons honorables 2 et surtout de lui procurer des plaisirs autant qu'il lui est possible 3 , L'étude des sciences est non-seulement veine et inutile, mais aussi très nuisible à la félicité de l'àme du Chasside, et celui qui s'en occupe est considéré comme hérétique. Il leur estdéfendu d'apprendre les langues étrangères , et la médecine est regardée comme une science tout-à-fait inutile *.

Ce principe de la croyance chassidéenne est très avantageux pour les Zadikim de cette secte , puisque chaque chasside fait tout son possible pour s'attirer les faveurs de ceux-ci par toutes sortes de services. Voirie Zadik en face ou l'entendre parler , est déjà une œuvre méritoire et agréable à Dieu 5 . Tout Chasside est obligé de prier le Zadik d'intercéder pour lui auprès de Dieu , pour chaque événement de sa vie bon ou mauvais, et de lui demander

a le pouvoir de montrer à chaque homme sa place dans le ciel ou dans l'enfer (Sepher hamidoth, § 57.)

1 Cet amour doit surpasser celui que Ton porte à sa femme et à 863 enfants; car aimer le Zadik , c'est comme aimer Dieu. (Mabasser Zédak,

2 Le seul moyen que le pécheur a d'obtenir le pardon de Dieu , est de tâcher d'augmenter les revenus du Zadik. (Sepher Hamid, §141.^

3 La prière de celui qui procure des plaisirs au Zadik est infailliblement écoulée. {ld. §10.)

4 Celui qui sait prier Dieu, n'a besoin ni de médecin, ni de remèdes , la cure principale consiste en un pidion.... Cette opération se fait en faisant avec cent soixante petiies pièces de monnaie de cuivre ou d'argent , de petits monceaux, les réunissant plusieurs fois ensemble , et en disant en même temps une prière. Tout ceci doit être fait par le Zadik luimême. (Lik. Mahram. P. 2 et 115.)

5 La seule vue du Zadik effarouche les vices, et étouffe les mauvaises passions. (Seph. Hamid, § 14). Celui qui entend parler le Zadik attire a lui l'esprit divin. (Kizor Lik. 3Iahram, § 37). Savourer la fumée au sortir de sa bouche; alors, seulement, il peut espérer d'être heureux et sauvé. {M égalé Femitin, p. 25.)

sa bénédiction aucommencementd'une affaire importante. Si dans tous les cas, la prière ou la bénédiction ne fait pas accorder le récitât désiré, la cause ne doit pas en être attribuée au Zadik, mais plutôt aux péchés de celui pour qui le Zadik s'intéresse i.

Comme le jaloux Satan tend des pièges aux prière* du Zadik afin qu'elles n'arrivent pas jusqu'à Dieu, le Zadik se sert souvent d'une petite ruse pour tromper Satan- Par exemple» il n'adresse pas sa prière directement à Dieu dans la forme ordinaire, mais il s'entretient avec une personne sur un autre sujet, et entremêle sa prière aveo son entretien » afin que Satan ne s'aperçoive pas de spn intention et c'est de oette manière qu'il se trouve trompé par le Zadik, plus adroit que lui 2 .

On pourra s'attirer tous ces avantages qui sont offerts par l'attachement que l'on doit a» Zadik. Chaque Chasside s'empresse de le voir aussi souvent qu'il le peut, ils s'assemblent pour cela chaque soir du sabbat pour faire le troisième veip&&Séhoudé Schelischitk 3 .

Dans ces assemblées qui durent ordinairement jusqu'à

i Dieu n'écoule souvent pas la prière du Vadik, parce que les péchés de celui pour qui il prie sont trop nombreux, ou parce que Dieu prévoit que si celle prière élait accordée, celui poux qui l'on prie pourrait tomber dans quelques faux pas. (Seph. Hamid, % 85.)

2 Celte proposition se fonde sur l'opinion cabalistique qui soutient que l'on ne doit pas sonner le saquiebat à la veille du nouvel an pour tromper Salan , Léarbéb hassalan ; c'est à-dirc, pour qu'il croie que le jour du nouvel an est passé, qu'il s'est trompé, et qu'il ne doit plus paraître devant Dieu , et que trompé par celle finesse , Dieu oubliera les péchés des hommes pour celte année. Il est vraiment étonnant que Salan si lin se laisse tromper ainsi tous les ans, sans consulter son almanach !

3 Chaque Israélite doit faire trois repas , savoir le vendredi soir au commencement du sabbat , le samedi & midi, et aprèi le* vêpres»

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