‹ Les Italiens d'aujourd'huiChapitre 3 sur 6 · Motu proprio de Pie VU · texte numérisé non relu

Motu proprio de Pie VU

nouvelant des prescriptions plus anciennes, permet à tous et à chacun d'ensemencer un tiers des terres incultes, quel qu'en soit le tenancier, monastère, chapitre, noble, personne privée ou publique, à la seule condition de l'avertir et de lui payer une redevance. La campagne reprend vie pour quelques années. De grandes étendues se couvrent de moissons.

Mais, à peine le pontife disparu, les propriétaires tententdes'alïVanchir de cette sorte d'expropriation temporaire. Ils défendent le transport des grains récoltés sur le domaine, et les rachètent à vil prix. Jules II les menace d'excommunication. Clément VIII maintient les édits en vigueur, et fixe la quotité des fermages dus par les occupants. Pie VI, qui a desséché une moitié des Marais-Pontins, entreprend un nouveau cadastre de ÏAgro. Pie VII, changeant de méthode, frappe d'un impôt spécial toutes les terres cultivables situées dans le rayon d'un mille de Rome et qui seraient laissées en jachères, et donne une prime à tout propriétaire qui, dans la même zone, aura planté son terrain ou l'aura destiné à la cul-

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lure régulière *. Ni ces deux procédés, ni tant d'autres efforts n'ayant amené une transformation durable, Pie IX essaie au moins d'encourager les tenanciers à reboiser la campagne. Il ouvre un crédit de dix mille écus à son ministre de l'agriculture. Tout propriétaire ou fermier recevra, pour cent pins nouvellement plantés, vingt écus ; pour cent oliviers, citronniers ou orangers, quinze écus ; pour cent ormeaux ou châtaigniers, dix écus. Plus d'un million d'arbres sont plantés en vertu de cette loi. Mais qu'est-ce qu'un million d'arbres dans la campagne prodigieuse de Rome?

Le même pape prend une autre initiative, celle-là d'une vraie hardiesse et d'un haut intérêt. Il veut affranchir VAgro des servitudes intolérables qui le grèvent. Une foule de droits, dont l'origine est le plus souvent impossible à établir, droits de passage, d'abreuvoir, de glanage, de pacage dans les prés et dans les bois, restreignent, en effet, au profit de la communauté des habitants, le droit du propriétaire, et s'opposent à tout progrès. On peut lire,

1. Voyez Papes et paysans j pair }iL G. Ardant; Paris, Gaume,

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par exemple, dans de très savants rapports adressés à une congrégation de cardinaux ^ que les trois cinquièmes du territoire de Nepi sont soumis à la servitude du pâturage ; qu'à Viterbe, sur vingt mille rubbia de terre, douze mille sont grevés de la même charge.

Les communes sont maîtresses de Vherhe Elles font trois parts de ces immenses pâturages, dont la propriété nominale appartient cependant à des particuliers : l'une est laissée aux bœufs de labour; la seconde produira du foin qui sera vendu aux enchères, au profit de la commune; la troisième est abandonnée à qui voudra y jeter ses troupeaux, moyennant une indemnité, toujours pour la commune. Le malheureux possesseur du sol en est réduit à recueillir seulement le produit des parcelles labourées, qu'il ne peut même pas multiplier, pour ne pas nuire à la communauté. Aussi, des décisions pontificales, spéciales à certaines communes et bientôt changées en loi générale,

1. / Pajii e Vagricollura nei domini délia S. Sede^ par M. Milella; Roma, Pallotta, 1880. Les Riflessioni sull'agro romano, qui terminent le volume, sont une remarquable dissertation, écrite avec beaucoup de compétence et d'esprit romain.

permettent-elles de racheter, soit en argent, soit en nature, les servitudes de pacage. Le territoire de YAgro a été presque entièrement libéré, en conséquence de cette loi.

Le gouvernement italien s'empare de Rome.

A peine y est-il entré, qu'il est obligé de s'occuper de la môme question. L'opinion publique l'y pousse. Plusieurs de ses partisans ont affirmé, dit, écrit, — injustement, je crois, — que les papes n'avaient presque rien fait pour la campagne romaine. On attend du régime nouveau une solution que l'ancien n'a pas donnée. Une commission est nommée, dès 1870, pour préparer une loi d'ensemble sur l'amélioration de VAgro romano. Autour d'elle, une foule d'intérêts et de passions s'agitent. Chacun lui propose sa panacée. Les opinions les plus extraordinaires se font jour, celle, par exemple, de décréter la création de quatre grands villages de mille habitants, celle de faire cultiver la campagne romaine par des hommes de couleur. Elle continue, sans se troubler, son enquête, sous la direction d'un homme de haute valeur, l'ancien syndic de Florence, M. Ubaldino Peruzzi, et les conclu-

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sions de ses longs travaux, discutées et modifiées par les chambres, deviennent enfin les deux lois du 1 ! décembre 1878 et du 8 juillet 1883.

La première de ces lois était relative au bonificamento idraulico. Elle prescrivait d'abord, et mettait à la charge de l'État, les grands travaux de dessèchement des marais d'Ostie et de Maccarese, de l'île sacrée, de la vallée de l'Almone, du lac des Tarlares. Puis elle confiait à quatre-vingt-neuf syndicats obligatoires de propriétaires, — consorzi, — le soin de creuser des canaux, de les relier entre eux, d'entourer les cultures de fossés, et d'assurer l'écoulement de toutes les eaux stagnantes.

A-t-elle été observée? a-t-ellc produit d'heureux effets? On peut répondre affirmativement. Les travaux, concédés par l'État à des Compagnies, ont été partout entrepris. S'ils ne sont pas tous achevés, par exemple ceux d'Ostie et de Maccarese, s'ils ont dévoré plus des quatre millions jugés suffisants et votés au début, ce sont là des surprises très communes quand on s'attaque à la terre et à l'eau. Les propriétaires, de leur côté, ont exécuté, au

moins en grande partie, les travaux de la première catégorie, c'est-à-dire de canalisation, qui leur étaient imposés. Il leur reste à diviser et à drainer leurs champs, à combler, à niveler un nombre immense de mares et de petits marécages. Mais il est facile de prévoir qu'ils en viendront à bout dans un court délai, si l'administration se montre tenace.

Peut-on dire la même chose de la loi du 8 juillet 1883, plus importante encore, et qui Retendait à rien moins qu'à transformer la culture et l'aspect de VAgro? L'ambition était grande. Dans les six mois, les propriétaires de tous les domaines situés dans un rayon de dix kilomètres, à compter de la borne milliaire du Forum, — d'où le nom populaire de loi des dix kilomètres, — devaient soumettre à une commission spéciale les améliorations qu'ils se proposaient ào faire, déclarer la quantité de terrain qui serait désormais régulièrement cultivée, celle qu'ils planteraient en bois et en vignes, les routes et les fossés en projet, le plan des maisons, des granges ou des étables à construire.

Faute d'entente, ou faute d'exécution des

travaux convenus, les terres seraient expropriées par rÉtaty moyennant une indemnité préalable, vendues aux enchères par fractions, et les nouveaux acquéreurs s'obligeraient à remplir les engagements qu'avaient négligés les anciens.

L'émoi causé par la promulgation de la loi fut considérable. Les dispositions sévères que je viens de résumer n'intéressaient pas moins de cent dix-huit domaines, d'une contenance de plus de vingt mille hectares. Leur application devait entraîner une dépense de plus de trois millions, à la charge des possesseurs du soP, soit, en moyenne, d'après les calculs de la commission, cent quarante-quatre francs de frais par hectare, sur la rive droite du Tibre, et deux cent un francs sur la rive gauche. Encore prétendait-on ces évaluations beaucoup trop faibles.

L'accueil ne pouvait être empressé. U ne le fut pas. Au bout de six mois, deux propriétaires avaient refusé catégoriquement de s'entendre avec la commission ; vingt-cinq avaient accepté ses propositions; la majorité n'avait rien répondu, ce qui est extrêmement italien.

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Mais radministration aussi était italienne :

elle prit son temps, elle en donna aux autres, elle n'alla pas brutalement jusqu'à épuiser ses droits, et une longue lutte s'établit entre elle, qui voulait réformer, et les intéressés qui cherchaient, par tous les moyens, à maintenir l'ancien état de choses.

J'arrive tout de suite à la situation présente. Depuis 1883, qu'a-t-on obtenu? Le voici : à la fin de 4894, un seul propriétaire se trouvait parfaitement en règle avec la loi de la bonifica^ le cavalier Bertone, un Piémontais, qui a acheté les Capannelky domaine de cent hectares, presque entièrement situé en dehors de la zone des dix kilomètres, et y a fait exécuter quand même de grands travaux. Viennent ensuite dix tenute^ représentant mille huit cents hectares, et qui sont reconnues à peu près en règle :

Caffarella et Capo di Bove au prince Torlonia ; Tor di QuintOj au prince Borghèse; Tor Sapienza au prince Lancelotti ; Tre Fontane aux pères trappistes; Tor Marancio au comte de Mérode ; Quadrato à l'œuvre pie Pichi Lunati ; PorUe di Nona au cavalier Bertone ; Màrranella à M. Joseph Anconi ; Valca et Valchelta aux frères

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Piaœntini; Torre nuova au prince don Paul Borghèse.

Dans seize autres domaines, l'administration relevait des améliorations partielles, qui devenaient insignifiantes dans vingt domaines classés à la suite. Enfin, soixante-sept domaines, d'une superficie de onze mille hectares, n'avaient pas encore senti le moindre effet de la loi de i883^ Et rien ne semble avoir changé depuis ces documents, publiés l'an dernier. Je me suis informé : on m'a seulement assuré que l'un des acquéreurs d'une des deux seules terres expropriées en vertu de la loi avait renoncé à son acquisition, et restitué le domaine à l'État, son vendeur, ne pouvant, disait-il, exécuter le programme des trop coûteuses améliorations imposées par le cahier des charges.

Enfin, l'une des idées souvent émises par les promoteurs des réformes était que l'usage des belles eaux de monlagne, amenées h Rome par les aqueducs, pourrait être de grande importance et raréfier les cas de malaria dans

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