ACTE PREMIER
dernière fois sous votre beau ciel de Naples? Ce jouc-là, la grande chanteuse Paula Pazzi venait de mettre sa main dans la main du comte de Limours et... mais d'abord, expliquez-moi... Dix mois à peine après notre séparation, j'apprenais par les journaux à New- York que vous aviez quitté le théâtre de vos triomphes; est-ce donc le comte de Limours qui avait exigé de vous ce sacrifice?
PAULA
Non, mon amie. C'est la fatalité seule qui me l'a imposé...
MADAME DE MÉNIOLES.
La fatalité?
PAULA
Ah! ma chère baronne, j'ai bien pleuré depuis sept ans ..
MADAME.DE MÉNIOLES.
Que me dites-vous là?... ohl parlez bien vite !
PAULA
Je vais vous attrister 1
MADAME DE MÉNIOLES.
Mais je veux la moitié de vos chagrins. Paula, mon amie. Parlez donc!
PAULA, après un moment de silence.
Tous vous souvenez du rôle d'Azucena, n'est-ce pas?
MADAME DE MÉNIOLES.
Votre triomphe dans ce divin opéra de Verdi... Oui, oui, je m'en souviens !
PAULA
Eh bien, six mois après votre départ... je le chantais pour la dernière fois.
MADAME DE MÉNIOLES.
Vous vous souvenez aussi sans doute du marquis de Mariani?
MADAME DE MÉNIOLES.
Qui, depuis longtemps, alors, vous poursuivait de son ardent amour? Oui... oui.
PAULA
Eh bien, du jour où je portai le nom du comte, du jour où le marquis eut perdu tout espoir, son amour se changea en une haine implacable, et qui devait briser mon avenir, et.., l'avenir, d'une autre.
MADAME DE MENIOLES.
De qui donc?
PAULA
Je vous le dirai tout à l'heure.
MADAME DE MÉNIOLES.
Continuez.
PAULA
Un soir, on jouait encore le Trovatore cette fois-là, c'était la dernière représentation de la saison, pour moi du moins. Je faisais donc pour quelques mois mes adieux à ce public que j'aimais tant î et qui m'aimait un peu, n'est-ce pas?
MADAME DE MÉNIOLES.
Dites qu'il vous adorait, Paula !
Donc, ce soir-là, la salle était comble! une salle toute resplendissante de diamants, de fleurs et de lumière. Une salle patricienne! — L'opéra marchait!... Mon succès avait été grand déjà!... Déjà vingt couronnes étaient tombées à mes pieds... Les bravos de tous m'avaient saluée... On me souriait... on m'encourageait... on... m'acclamait!... je puis le dire, c'est vrai.., Alors, comme toujours... mon sang s'était arrêté dans mes veines!... (L'orchestre joue en sourdine l'air d'Azucena, premier acte de IlTfOVCltore)\ mon cœur se gonflait dans ma poitrine à me faire croire qu'il allait la briser 1 et... quand je commençai cet air... cet air que je ne puis plus chanter, mais qui chante toujours en moi, des