L.\ COMTESSE Lahet-Fleury, poiiitue. — Ce
n'est peut-être pas absolument dans la note...
FoLi.EuiL. — Mais si!... le peuple est toujours dans la note!...
Le comte Apis. — Le beuble! u"ueli;'ués tussaines lé li(|ueurs, dut au blus...
FoLLEun.. — Nous verrons ca plus lard!...
Le COMTE Apis, inquiet. — Est-ce gué fus g-royez qu'il y aura un mufement guelgongue?...
144 l-liS IZOLÀTRES
FoLLEuiL, radieux. — Si je le crois!... Ah! mais oui!...
La comtesse Laiiet-Fleury. — On dirait que cela vous enchante?
FoLLEuiL, aimable. — On dirait vrai!..
personne n'attend avec plus d'impatience (|ue moi la révolution qui ne peut pas manquer de venir d'un instant à l'autre...
JM""" ]>E Veules, qui a une courte vision des choses. — Alors, vous en voulez au nouveau président?...
FoLLEuiL. — Moi!... quelle erreur!... j'en veux à ce ([u'il représente, voilà tout!...
Le PETrr de Vnin.LEROCHE, qui vient d'arriver. — Bravo!... je suis heureux de voir que vous êtes avec nous!...
FoLEEriE. — ?... ?... ?...
Le l'KTIT DE VlEH.LEROCHE. AvCC lo
prince?...
FoLLEUiL. — Mais jamais do la vie!... je suis l'ennemi des Juifs, d'abord, et du régime parlementaire ensuite... Pourquoi serais-je avec le prince qui gardera tout ça tel quel... Le comte Apis. — Alors, si fus n'èdes bas afee lé brince, afec o'ui èdes-fus?...
FoLLEuiL. — Je suis avec celui... ou ceux qui débarrasseront le pays des Panamistes ;. et des Dreyfusards... et qui remplaceront ce gouvernement impersonnel de pots-de-vin et de complicités louches, par un gouvernement responsable et...
Le comte Apis. — Dut ça est drès choli!.., mais gonnaissez-fus un moyen té l'afoir, lé ('ufernement té fos rêfes?... afez-fus sus la main les hommes gui lé gomposseraient?... Foi.LEuiL, d'un ton confidentiel. — Si] on vous le demande, vous direz que vous n'cK. savez rien...
i46 LES IZOLÂTRES
ia petite de Vieilleroche (lui sait que ça n'est pas chic de faire des visites en même temps que son mari, dit adieu à M'"'^ de Veulcs et s'en va.
La comtesse Lahet-Fleury. — Moi, je Toudrais que l'on ti^ouvât le moyen de mettre ■" à la raison (coup iVœil vers Folleuil) tous les lévolulionnaires...
FoLLEun.. — On chei^che, Madame!...
Soyez tranquille... on cherche...
Le comte Apis. — L'éfancliile dit : « Jherjhez et fus druferez ! . . . » {La porte s'ouvre et \ M. de Veilles, sénateur rallié, paraît. Il a son ehapeau défoncé.)
jyjme p^ Yeules, qui déteste V incorrection. — Eh! mon Dieu!... d'où sortez- vous?...
Folleuil. — Il revient du Sacre, parbleu ! . . .
M. DE Yeules. — Parfaitement!... nous arrivons de Ycrsailles... C'est à n'y pas croire'... Là-bas, ça n'était déjcà pas Ijrilhiiit,
mais ici, de la gare à l'Elysée, c'a été une (le ces conduites!... et des cris!... (il rit...}
La comtesse Lahet-Fleury. — Ça vous faii rire?...
M. de Veules. — Pas au fond... mais k la surface seulement!... Il n'y a pas à dire, c'était drôle!... et imprévu!... Nous ne nous attendions pas à de l'enthousiasme, non.., mais de là à ces projectiles...
M"'" DE Veules, effarée. — Des bombes !...
M. DE Veules. — Oh! non!... des trognons de salades ou même des salades entières, des carottes... quelques œufs {M. d'Oronge renarde sa manche.), quelques vieux souliers... beaucoup de navels... j'ai vu aussi lancer un parapluie. . . et des cris, des ciis! . . . d'abord Panama! Panama ! hurlé par dix mille voix sur l'air des lampions... et les : « Vive Arton!...* — Viveles 104!...-» — «O/i.s/ qiiest laliste?...i
— Et puis on cliantail sur l'air de « la iÀisquette du père Bugeaud » : « Cest la liste, la liste, la liste!... Cest la liste au père Louhet!... » J'en passe et des meilleurs...
^jme ^^ R.ebo>;dy. — Alors, ça ne va pas se calmer, tout ça?...
FoLLEUiL. — Ça va augmenter, au contraire ! . . .
M"^ DE Yeules, terrifiée. — Mais pourquoi?...
Fc LLEuiL. ^ Quand on avait pour président de la République un honnête homme \*vofondément antidreyfusard, on était sûr que, dans une certaine limite, la justice suivrai! son cours... relatif... Aujourd'hui que le seul frein qui retenait encore les Juifs a disparu, nous allons voir leur oi'uvre grandir en toute sécurité... à moins que...
M. DE Veules. — Mais... est-ce que Loiibet est Dreyfusard?...
FoLLEUiL. — Vous devez le savoir mieux que moi?... Je ne peux pas dire que monsieur Loubet soit Dreyfusard, bien que je l'aie vu présider le Sénat le jour des interpellations Cliamaillard et le Provost de Launay, et que son attitude ait été très partiale pour le côté Trarieux... mais il est un notoire Panamiste, ou du moins complice des Panamistes, et comme Panamistes et Dreyfusards ne l'ont qu'un... vous pouvez conclure...
M. DE Veules. — C'est vrai, au fond, tout ça!...
Folleuil. — Ça va bien!... ça va bien!... je suis ravi, vous savez, que Loubet soit élu, ça accélérera le mouvement...
Le comte Apis, embêté. — Fus èdes enraché!... fus ne rêfez gué blaies et posses!...
M. DK Veules. — Oui... il est enragé!... j'ai vu les Recta à Versailles... il parait que Folleuil leur a fait l'autre jour une sortie terrible contre les jésuites...
Folleuil. — On croirait, à vous entendre, que j'ai fait une sortie contre les jésuites, ; tout à coup, pan!... comme ça, à propos de rien?... ce serait stupide et d'un goût déplorable... il ne vous a pas dit pourquoi j'avais fait ça?...
M. DE Veules. — Mais non!...
Folleuil. — Gomme je ne veux pas passer pour un mufle, je vais vous le dire, moi ! . . .
Les Recta m'ont invité à déjeuner avec le Père de Cautoyant... et j'ai refusé en leur •lisant que j'avais les jésuites en lioi-reur...
M'"'" de Rebondy. — Ils sont antidreyfusards, pourtant!...
Folleuil. — On le dit, mais je n'en crois
pas un mot!... ils doiineiil à chaque instanf la main aux juifs... ils font épouser aux lilles juives leurs élèves les plus titrée... {Tête du petit Vieil leroche)... leur système (le gouvernemenl, c'est l'accaparement de l'argent par tous les moyens, dotations, mariages, etc., etc. Avec ca, leurs maisons foisonnent de petits juifs....
La comtesse Lauet-Fleuiiy. — Convertis...
FoLLEuiL. — Qu'est-ce ([ue ça change?...
Kst-co qu'un nègre cesse d'être nègre parce qu'il choisit une autre religion ou un autre [lays?... Allons donc!... c'est une mauvaise plaisanterie, ces conversions-là!... ça ne met personne dedans... pas môme le bon Dieu!.,, il n'y a que ceux qui sont de mèche qui ont l'air d'y croire...
Le comte Apis, scandalisé. — Uh! ché mé
vicurais gué fus écliez gadholigue, monssié té Volieuil?...
FoLLEuiL. — Oui, Monsieur...
Le comte Apis. — Ghé suis gadholigue aussi...
FoLLEuiL, impertinent. — Ah bah!...
Le comte Apis. — Et ché ne mé bermecldrais chamais dé mé moeuer tes brêtres... .
FoLLEUiL, convaincu. — Moi non phis!... i
Le comte Apis. — Gomment?... fus non blus?... mais fus né vaides gué ça !...
FoLLEUiL, ahuri. — Moi?...
Le comte Apis. — Mais à l'instant fus fus moguiez tes Chéssuites...
Folleuil. — Ah! C'est des jésuites ([ue vous parlez?... D'abord, je ne me suis pas moqué d'eux... il n'y a pas de quoi, hélas!... ils sont forts, intelligents, habiles et ])ien élevés... J'ai dit que je les délestais, ce qui
est la vérité vraie! mais ce n'est pas en tant que religieux, car jamais je n'ai pu considérer les Jésuites comme des prêtres...
Le comte Apis. — Ah 1 . . . qu'est-ce, alors ! . . .
FoLLEuiL. — Une « Compagnie », ainsi qu'ils s'intitulent eux-mêmes... un Syndicat, une Association où la religion n'a de place que lorsqu'elle est utile... Ça n'est pas ma faute, je ne peux pas prendre ça pour autre chose que pour une sorte de... (// cherche le mot.)
Le comte Apis, narquois. — De Franc- Maçonnerie...
FoLLEUiL. — Où les Francs-Maçons seraient des gens du monde... {On entend dans la rue des hurlements épouvantables. )
M"'^ DE Veules. — Ah!... mon Dieu!...
qu'est-ce que c'est que ça?...
loi LES IZOLÀTRES
FoLLEuiL. — C'est l'Élu qu'on ramène au Sénat...
Le comte Apis, inquiet. — On crie beaucoup : « Vive l'armée!... »
FoLLEuiL. — Oui!... mais l'Affaire n'est pas encore dans le sac!... {Le comte Apis fait un 7iex>.)
5 mars 1899.