‹ Les Jacobins peints par eux-mêmes. Histoire de la Société populaire et Montagnarde de ProvinsChapitre 10 sur 19 · LE DÉPART DE LA LEVÉE EN MASSE · texte numérisé non relu

LE DÉPART DE LA LEVÉE EN MASSE

chantée à Provins par le citoyen Pastelot, à la Société populaire en la séance du mardi 24 septembre 1793.

AiR : Veillons au salut de l'empire.

Dans les dangers de la Patrie Est-il besoin de longs décrets Pour inspirer de l'énergie Aux vrais sans-culottes français?

Liberté, liberté.

Quand l'Europe entière t'outrage, Verrons-nous (bis) les forfaits des tyrans impunis? Courons repousser l'esclavage 1 Que les rois soient anéantis !

Laissons murmurer la nature Dans la tendresse des enfants.

L'honneur console avec usure Le cœur sensible à ses accents.

Liberté...

Aux pleurs de nos jeunes maîtresses Ne nous laissons point attendrir.

L'amour abjurant ses faiblesses Préfère la gloire au plaisir.

Liberté...

Des canons, des piques, des armes.

Instruments des républicains.

Pour nos cœurs ont bien plus de charmes Que les hochets des muscadins.

Liberté...

Fondons en masse avec courage Sur la horde de ces brigands Qui déjà frémissent de rage De voir leurs efforts impuissants.

Liberté...

A ta voix, ô Sainte Montagne, Nous volons au champ de l'honneur Pour cueillir dans cette campagne Les lauriers dus à la valeur.

Liberté...

Les administrateurs du district viennent à la séance pour informer la Société que, dans le but de parer à la disette qui menace Paris, il a été ordonné de créer des comités dits de subsistance,, et pour demander à la Société de vouloir bien nommer dans son sein deux membres destinés à faire partie de ce comité en formation. La Société élit deux membres qui acceptent.

27 septembre. — La mésintelligence entre la municipalité et la Société s'accentue et prend la proportion d'une lutte.

Le citoyen Duportail*, administrateur du

* DuPORTAiL (Louis Lebcgue) avait fait la guerre d'Amérique, en qualité d'ofïïcier, sous les ordres de La Fayette. Il devint ofTicier général et ministre de la guerre en 1790. Puis il fut décrété d'accusation et se sauva en Amérique.

directoire du département de Seine-et-Marne, vient à Provins en qualité de délégué du citoyen représentant du peuple Dabouchet, envoyé comme commissaire en Seine-et-Marne par la Convention.

La Société sollicite et obtient du citoyen Duportail une audience pour lui soumettre ses griefs contre la municipalité.

Le réquisitoire dressé par la Société ne comprend pas moins de 1 4 récriminations dillérentes. Malgré sa longueur, ce document veut être reproduit in extenso :

Liste des griefs contre la municipalité de Provins par la Société populaire.

I" On reproche à la municipalité de Provins de n'avoir jamais voulu se former en bureaux et d'avoir par là négligé et omis souvent les plus importants de ses devoirs.

2° Malgré le décret qui ordonne aux magistrats de lire les lois et les imprimés envoyés par ordre de la Convention nationale, de n'avoir jamais rien fait pour l'instruction du peuple, pas même lu le Bulletin de la Convention.

3** D'avoir constamment refusé de faire exercer et manœuvrer les citoyens, surtout

ceux de la première classe, malgré la loi qui l'ordonne.

4" De n'avoir pas tenu liste des citoyens de la première classe et d'avoir, par cette négligence ou mauvaise volonté, entravé les derniers recrutements.

5° De n'avoir exécuté la loi du 2 1 mars dernier que plus de 3 mois après la publication, et forcément.

C'' D'avoir toujours refusé d'obtempérer à la loi qui ordonne que tous les citoyens seront armés au moins de piques.

7° Malgré la loi qui ordonne le désarmement des personnes suspectes, d'avoir rendu une caisse de fusils à un ci-devant, saisie chez un huissier de la ville.

8" De voir encore exécuter fort mal, et après de longs délais, et malgré elle, la loi concernant les accaparements.

9^ D'avoir écrit à ce sujet les lettres les plus inciviques aux comités de surveillance des deux sections de la ville.

lo* D'avoir constamment refusé de reconnaître la Société populaire de cette ville, de recevoir les pétitions, députations, etc., fondée (sic) sur la loi Chapelier.

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11° De n'avoir point appelé la Société populaire à la fête du lo août, et, pour montrer son intention de l'exclure, d'avoir donné à un groupe prétendu représentant du souverain une bannière avec l'emblème de la surveillance*.

12° D'avoir prouvé son aristocratie et son immoralité en plaçant à côté du respectable vieillard assis sur la cbarrue triompliale une fdle publiquement connue pour manquer de mœurs.

iS" D'avoir mis et conservé opiniâtrement a la tête de l'institut national de cette ville un homme immoral qui a vécu quatre ans au moins avec une concubine et en adultère, et d'une incapacité et d'une aptitude avérées.

i4° Dans le jiigement rendu à la police municipale contre Billy, les juges dénommés dans le jugement sont : Bellanger, Pelet et Legrand. Cependant, il est certain que le citoyen Legrand n'a pas assisté ni opiné au jugement, et que c'est le maire, Feuillet, qui y a opiné.

* Sur cette bannière était peint : « L'œil de la Vigilance perçant un épais nuage. »

Tel est ce curieux document. On voit par là l'état d'âme de la Société populaire et quelle haine farouche elle nourrissait contre la municipalité, coupable de ne pas s'humilier devant elle.

On sent avec quelle facilité la municipalité eût pu repousser chacun de ces coups.

Si elle ne s'est jamais divisée en bureaux, c'est qu'elle n'a jamais éprouvé le besoin de recourir à cette méthode de travail, et nul n'a le droit de lui enseigner ce qu'elle a a faire.

Si elle ne juge pas à propos de donner publiquement et journellement lecture des innombrables paperasses dont elle est inondée, c'est qu'elle a autre chose à faire de plus urgent pour les intérêts de ses administrés.

Si elle a mis peu d'empressement à faire exécuter les exercices militaires par les jeunes soldats, c'est que vraisemblablement les instructeurs manquaient, les armes aussi.

Si elle a négligé de distribuer des piques à la population ouvrière, c'est qu'elle a pensé sagement qu'une telle distribution serait plus dangereuse qu'utile.

Si, dans beaucoup d'occasions, elle a préféré la modération à la violence, qui osera la blâmer

d'une conduite si favorable aux vrais inlérels de la ville?

Si, irritée de procédés incorrects, elle a quelquefois répondu avec vivacité aux comités de la Société populaire et les a invités à ne pas se mêler de ce qui ne les regardait pas, où est le délit?

Si, courageusement et en vertu de son droit strict, elle a nié les pouvoirs et combattu les prétentions arbitraires de la Société populaire en tant que corps politique et administratif, n*a-l-elle pas, en cela, été fidèle k son mandat et au sens commun?

Quant à la petite comédie du vieux campé sur sa charrue triomphale en compagnie d'une fille légère, elle est vraiment plutôt plaisante que regrettable. Et, après tout, on peut se demander quelle jeune personne respectable et bien élevée eût pu consentir à se produire ainsi à demi-nue aux regards du public.

Le cas du professeur du collège est plus sérieux. On s'étonne de cette pudibonderie de la part de gens imbus des maximes de Jean- Jacques Rousseau et famihers avec les hardiesses philosophiques des écrivains du temps. Voici un pauvre diable qui, durant quatre années, a

vécu hors de l'état de mariage avec une compagne dont il a eu plusieurs enfants. Tout le monde les croyait mari et femme, et ils eussent pu longtemps encore bénéficier de cette erreur qui leur épargnait tous les désagréments. Mais, pris d'un remords, d'un sentiment noble en soi, cet homme veut sortir d'une situation fausse, il se marie. Aussitôt, la Société populaire l'accable d'outrages. En réalité, ce professeur en réparant une faute se conforme à la morale et mérite plutôt la sympathie des honnêtes gens. Coupable avant le mariage, il le fut sans doute. Mais le mariage a éteint la faute, l'a réparée, devrait la faire oublier. On se demande quelle extraordinaire pureté de mœurs pouvait être celle de ces Montagnards provinois pour motiver cette sévérité féroce à l'égard d'un homme qui s'est borné à suivre les exemples de Marat et de J.-J. Rousseau.

En résumé, toute cette pièce est odieuse autant que ridicule.

Mais elle n'est rien si on la compare, pour la méchanceté, avec la suivante :

Le citoyen Charlet procureur de la commune, par sa fermeté et son indépendance de caractère avait eu la mauvaise fortune d'irriter

les gros personnages de la Société et de s'attirer leur haine.

Le malheureux fut dénoncé par la Société populaire comme un monstre digne des pires châtiments, et on rédigea contre lui le réquisitoire suivant :

Contre Charlet, procureur de la commune.

i" Charlet singe le patriotisme et, par son exagération, prouve qu'il n'en a que le masque.

2° Charlet, étant capitaine de grenadiers, au mois d'août 1792, à la suite d'une partie bachique, monta à la maison commune avec le citoyen Royer, força le citoyen Defienne, alors président de la Société, à descendre et quitter son poste et l'a livré à une troupe de gens qui Font rossé et ignominieusement conduit et mis hors la ville, avec défense d'y rentrer sous peine de vie.

3° Charlet, lors du premier recrutement, ayant été dépositaire d'une cassette renfermant le produit d'une collecte faite en faveur des volontaires et les listes de vérification des sommes déposées, en son particulier et en l'absence de l'officier municipal à lui adjoint, a brisé les cachets de la cassette, a soustrait les

textes, et a été tellement soupçonné de s'être approprié les sommes déposées, que les jeunes volontaires allaient dans chaque maison s'informer de ce qui avait été donné et voulaient le faire restituer.

4" En sa qualité de procureur de la commune, après avoir requis des amendes auprès du tribunal de police municipale, si les délinquants entreprennent de se justilier ou sollicitent diminution de l'amende, il requiert despotiquement, pour leur imposer silence, qu'ils soient soumis au double de l'amende.

5° Charlet a dit hautement dans la section du Midi, dont il est, lors de l'acceptation de la constitution, que la liste des citoyens signataires était une liste de proscription et a ainsi excité le plus violent orage dans l'assemblée.

6" Charlet ne voit que des aristocrates, et, dernièrement, étant à dîner chez un prêtre plus que suspect et reconnu endoctrineur de tous les réfractaires, ordonna au commissaire de la fête du lo août de venir le trouver, parce qu'il croyait que c'était lui qui avait conduit au comité de surveillance un aristocrate avec qui il dînait ou jouait, et présenter la scène. Mais, comme ce n'était pas ce commissaire qui avait

conduit l'aristocrate, se contenta de lui donner une leçon et de le menacer de la prison si jamais il se permettait de conduire quelqu'un au comité de surveillance.

7" Charlet est connu pour le meneur de la municipalité, et conséquemment l'auleur de toutes les sottises qu'elle fait journellement, notamment des différentes lettres inciviques, royalistes et contre-révolutionnaires écrites à la Société populaire et aux comités de surveillance.

8° On reproche encore à Charlet d'être extrêmement facile à délivrer des passeports, en particulier à des étrangers qui viennent à Provins sans en être munis, et qui, par son moyen, s'en munissent ici.

La Société estime qu'il y a lieu de prononcer la destitution publique et solennelle de Charlet, procureur de la commune, et de donner une forte leçon à la municipalité*.

* Le citoyen Charlet, victime d'une infernale machination, répondit de sa prison par un mémoire intitulé : Justification et demande en liberté par Charlet, citoyen de Provins, cultivateur, ci-devant procureur de la Commune. Brochure de 32 feuillets, auxquels on a ajouté un post-scriptum. A Melun, à l'imprimerie Tarbé et Leicvrc-Compigny, l'an II de la République.

I" octobre. — Les jeunes volontaires font part à la Société d'une pétition qu'ils se proposent d'envoyer à la Convention pour demander une augmentation de paie, i5 sous par jour ne suffisant plus, à cause du prix excessif des denrées.

3 octobre. — Réunion extraordinaire pour la réception du citoyen Duhouchel*, réprésentant du peuple, arrivé k Provins en qualité de commissaire de la Convention.

Le citoyen se montre très satisfait de l'accueil dont il est honoré. Il plaît tout de suite par ses manières et par son éloquence de vrai sans-culotte.

Le buste de Marat a été donné à la Société par la Convention, et on ne lui marchande pas les hommages. Les jeunes officiers qui commandent les jeunes volontaires assistent en corps à la séance. L'un d'eux lit des vers patriotiques dont il est l'auteur et obtient un vif succès.

Un membre dépose une couronne de fleurs sur le buste de Marat et prononce deux épi-

* Pierre Dubouchet, médecin de Monlbrison, envoyé en mission en juillet 1798 en Seine-et-Marne,

taphes à la louange de ce martyr de la llberlé, La Société décide que les épilaphes seront inscrites au bas du busle.

On se souvient que la Société a pris l'initiative d'une souscription en faveur des familles pauvres dont les fils combattent aux frontières. C'est en présence du citoyen Duboucliet que l'on rend compte du résultat de celte souscription. Il est chétif. Dubouchet s'en indigne, et vraiment il n'a pas tort; et il ajoute, en vrai sans-culotte qu'il est, (( que les ricbes se repentiront de ne pas s'être montrés plus généreux ».

7 octobre. — Duboucliet préside de fait, en vertu de ses pouvoirs discrétionnaires.

Devant lui et par son autorité est résolue la question des secours à distribuer aux familles indigentes des soldats sous les drapeaux. Le district donnera à la municipalité 1.200 livres. Quant au produit de la collecte, on le passe sous silence. Le citoyen Duboucliet promet que là ne s'arrêtera pas la largesse. Ceci n'est qu'un acompte.

L'application de la loi sur le maximum donne lieu à un incident curieux :

Un aubergiste se plaint que ses pareils n'aient

pas le droit d'acheter sur le marclié avant la fin, au lieu d'avoir le droit qui appartient à tous d'acheter n'importe à quelle heure. Le citoyen Dubouchet lui démontre que, étant appelé à revendre plus cher qu'il n'achète, il n'est pas dans les mêmes conditions que le consommateur.

Je me demande ce que penseront les économistes modernes de la théorie du citoyen Dubouchet.

On lit une lettre du citoyen Feuillet, maire de Provins.

On se souvient que le citoyen Feuillet a été l'un des signataires de la fameuse lettre du 2 2 août par laquelle la municipalité déclarait avec une politesse un peu aigre à la Société populaire que celle-ci lui ferait plaisir en la laissant un peu en repos.

Le citoyen Feuillet avoue son crime et en demande pardon. Il en rejette sans plus de façon la faute sur le corps municipal qui l'a entraîné et à qui il a cédé par faiblesse .

Visiblement, c'est un trembleur.

Le citoyen Dubouchet, devançant Joseph Prudhomme d'un demi-siccle, remarque sentencieusement que, dans certains cas, la fai-

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blesse est aussi nuisible que la malveillance.

Mais quel maire I et combien il a raison de s'accuser de faiblesse I

Le citoyen Juris, receveur du district, est accusé d'avoir donné retraite à Juris, son parent, et à la femme de celui-ci, tous deux cidevant au service de l'émigré Mortemart*, et qui l'avaient suivi chez les ennemis de la République.

L'affaire est renvoyée au comité de surveillance.

Bien que je ne sois pas issu du sang des Juris, néanmoins, comme un Juris est devenu mon beau-grand-père par son mariage avec ma grand'mère Bellanger, devenue veuve en i8i4, je ne puis pas rester insensible à cet incident. Je vais plus loin, et je soutiens que feu mon beau-grand-père Juris a, dans cette occasion, agi en homme de courage et en bon parent, et je suis très fier qu'il ait, par cet acte, provoqué les foudres de la Société populaire.

On me pardonnera cette anodine protestation rétrospective, quand on saura que, dans le

* RocHECHOUART DE MoRTEMART, duc ct pair de France, seigneur d'Everly.

temps même où se passait cette petite affaire, mon vrai grand-père, le citoyen Bellanger^ pharmacien à Provins, notable, membre du conseil municipal, était détenu dans la prison de la ville par suite d'une dénonciation émanant pareillement de la Société populaire. On se souvient que son nom figurait parmi ceux des signataires de la déclaration de guerre du 2 2 août. C'était son crime.

J'ai retrouvé la date précise de son incarcération, grâce au document suivant qui existe à la bibliothèque de Provins et qui porte la date du i/i vendémiaire an II.

« Cejourdhuy 5 octobre 1793, l'an 2" de la République une et indivisible,

(( Nous, gendarmes nationaux à la résidence de Provins, en vertu du mandat d'arrêt décerné par le comité de surveillance de la section du Midi, avons écroué et conduit dans la maison d'arrêt de cette ville le citoyen Bourgis fils, la citoyenne Geollot, les citoyens Pelet père, Guyon médecin, Bellanger, et Guignace, cidevant prieur de S^-Jacques, et les avons laissés à la charge et garde du gardien de la maison

d'arrêt, lequel a signé avec nous les jour et an que dessus.

BORSARY, J. L. PeRRIER,

Gendarme, Gendarme.

Soit le pain fourni aux dénommes.

Provins, le 5 octobre 1798, l'an II.

Radier.

Mon père, né le 29 janvier 1788, mort le 2 juin 1880, était alors âgé de six ans. Il se souvenait parfaitement d'avoir accompagné sa mère à la maison des Jacobins pour y visiter mon grand-père dans sa prison. Chose bizarre, ce souvenir ne lui rappelait aucune impression lâcheuse. Au contraire. Les prisonniers, compagnons de mon grand-père, l'avaient beaucoup caressé et même l'avaient fait jouer aux billes avec eux. Il faut conclure de ce fait que le régime des détenus suspects n'était pas très dur.

Mais je reviens à mon sujet, dont le sentiment filial m'a sans doute un peu trop écarté. J'en demande pardon au lecteur.

8 octobre. — La façon dont les Jacobins entendent la liberté mérite d'être étudiée de près.

Un membre s'étant plaint que certains culti-

valeurs aient ensemencé leurs terres autrement qu'en blé, un autre membre émet le vœu que désormais le cultivateur soit privé du droit abusif de cultiver sa terre à sa guise. Il demande une loi pour mettre un terme à un tel abus de la liberté !

Décidément le citoyen Dubouchet est un liabile. Il excelle à tirer la Société des mauvais pas 011 elle s'engage. On se souvient de l'une des accusations fulminées par la Société dans son long réquisitoire contre la municipalité. Elle reprochait, entre autres griefs, à son ennemie d'avoir fait ou laissé s'asseoir sur la charrue triomphale à côté d'un vénérable vieillard une fdle connue pour ses mœurs légères. Cette jeune personne se nomme Marie-Louise (alias Thérèse) Qualité. En sa qualité de déesse de la Liberté elle n'entend pas être outragée, surtout par des gens qui se proclament ses adorateurs. En conséquence, elle porte plainte devant la Société populaire des paroles outrageantes qui ont été prononcées à la tribune contre son honorabilité. Mais la pauvre enfant a compté sans le talent de prestidigitateur du citoyen Dubouchet. Le citoyen Dubouchet intervient gravement. Avec un aplomb digne du représentant

d'une grande nation, il soutient cette thèse originale que tout orateur parlant du haut de la tribune populaire est sacré, et que toute parole prononcée en ce lieu s'élève au-dessus des plaintes et des récriminations des personnes outragées. La liberté de la tribune est inviolable. Et voilà.

Du reste, il raffirme, l'affaire n'aura pas de suites.

Et il faut lui rendre justice, tout se passe comme il le dit. L'affaire est étouffée, moyennant finances, cela s'entend.

C'est égal, pour un sans-culotte, on conviendra que le citoyen Dubouchet ne manque pas d'esprit.

Immédiatement après, il fait preuve de la passion révolutionnaire et jacobine la plus déplorable. Comme si les Montagnards provinois n'avaient pas une tendance suffisante à incriminer leurs concitoyens, ce représentant monte à la tribune pour prêcher énergiquement la dénonciation comme le plus patriotique et comme le plus saint des devoirs. Tous les tièdes dénoncés! tous les timides dénoncés I tous les gens dont on ne se sent pas tout à fait sûr, dénoncés I On le voit, c'est tout simplement le régime

des suspects importé à Provins par ce bon bougre.

Et ce n'est que le commencement de la croisade.

Quelqu'un fait cette remarque que le receveur de la ville ne rend jamais de compte au peuple. (( C'est un abus, » s'écrie ce citoyen. (( Evidemment, répèle Dubouchet en criant encore plus fort, c'est un abus! Mais il est temps de mettre un terme aux abus, et demain,, sans plus larder, le peuple verra la fin de tous ces abus signalés I »

Dès le lendemain, en effet, Dubouchet renverse la municipalité et la remplace par une municipalité provisoire de son choix.

Quelqu'un demande oii en est la fabrication des piques. Dubouchet, en ce moment roi de Provins, répond que la Convention ayant ordonné la fabrication de cinq millions de fusils, la fabrication des piques devient inutile, et qu'il a donné l'ordre de la suspendre.

9 octobre. — Le citoyen Rousselin monte à la tribune et, dans un discours très énergique rappelant et confirmant tout ce qui a été dit une première fois par le représentant Dubouchet, soutient comme lui que le premier devoir d'un

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vrai patriote est de dénoncer les faibles et les modérés.

Le citoyen Dubouchet réitère ses exhortations et fait un nouvel et chaleureux appel aux dénonciateurs.

Ceux-ci ne se font pas attendre.

Séance tenante, et pour prouver aux deux éloquents orateurs que leurs paroles ne sont pas perdues, on dénonce le citoyen Rousselet*^ ci-devant avocat. Rousselet est accusé de deux crimes bien difficiles à pardonner. Le premier, c'est d'avoir, étant député à la Constituante, conçu l'ambition d'en revenir avec des lettres de noblesse. C'est déjà grave. Mais que pensera-t-on de ce qui suit.^^ Rousselet, on l'affirme, a osé exprimer l'opinion qu'une constitution républicaine n'était pas ce qui convenait le mieux à un pays comme la France, et qu'elle s'accommoderait mieux, suivant lui, d'un roi constitutionnel avec deux chambres I ! I

L'affaire est renvoyée au comité de surveillance.

Le citoyen Dubouchet est un sans-culotte,

* Rousselet (Michel-Louis), 1740-1834, membre de la Constituante.

cela va sans dire. Mais sa fougue l'emporte quelquefois un peu trop loin. En entendant la lecture d'un rapport il saisit au vol, et un peu trop à la légère, une occasion nouvelle de donner une leçon de civisme. Dans le canton de Nangis se seraient produites quelques incorrections relatives à l'observation de la loi sur les subsistances. La-dessus Dubouchet s'enflamme. Il interpelle les deux commissaires de Paris pour les subsistances et il les somme de lui fournir sur ce sujet les explications nécessaires.

Les commissaires, fort paisiblement, donnent au citoyen représentant et à la Société les informations les plus détaillées et les plus précises sur tout ce qui concerne la question, et de leurs déclarations il ressort que le département de Seine-et-Marne a fait largement son devoir. Ces citoyens ont parcouru dans tous les sens les divers cantons du district. Ils ont encouragé et soutenu 1' sprit public, ils ont fait parvenir à Paris quarante mille boisseaux de blé, tous les moulins à l'entour sont remplis de blé, et le grenier d'abondance en renferme neuf mille boisseaux.

Le citoyen Dubouchet s'aperçoit qu'il a

soupçonné à tort des fonctionnaires ne méritant que des éloges. Avec son adresse accoutumée il change pour eux les reproches sanglants en louanges pompeuses, puis, pour ne pas laisser le puhlic sous le coup d'une impression fâcheuse, il menace de ses foudres les malveillants qui n'existent pas.

Un incident assez curieux se produit à cetle séance et donne la mesure du gâchis dans lequel on patauge. Les membres de la Société populaire provinoise, qui jouent à la Convention nationale, ne se bornent pas à imiter de celle-ci les intempérances de langage, ils la singent encore dans ses luttes intestines et dans ses déchirements haineux et implacables. Une véritable conspiration est ourdie dans son sein. Un parti a médité la ruine de l'autre, et, pour se débarrasser de lui, ne trouve pas d'autre procédé que le procédé en usage entre Girondins et Montagnards. Ilâtons-nous d'ajouter à la guillotine près. Mais leur arme favorite est la délation sournoise et le décret d'arrestation lancé en vertu de pouvoirs occultes trop redoutés pour que personne songe à en contester la légalité.

C'est ainsi que les citoyens Vaulegeard,

Désert et Coppin sont à la veille d'être incarcérés sur la dénonciation de leurs frères Gorgone et Arpin. On les accuse d'être trop encombrants, d'obséder de leurs personnalités le représentant en mission. On affirme que s'ils disparaissent de la scène politique provinoise la ville en deviendra plus tranquille. La discussion la plus vive s'engage sur ce sujet.

Quelqu'un fait remarquer judicieusement que dans celte affaire les animosités personnelles paraissent jouer le grand rôle. Tel est l'avis du citoyen représentant, qui a l'art d'apaiser ces enragés par quelques paroles vraiment patriotiques et honnêtes. Il proclame que c'est manquer au premier devoir d'un vrai républicain que de songer à des intérêts individuels et à des questions de rivalité au lieu de s'occuper des intérêts publics.

Dans cet exemple, comme dans beaucoup d'autres, le citoyen Duboucliet, semblable à ses collègues de la Convention, sait, à l'occasion, trouver dans la sincérité de ses sentiments des paroles vraiment dignes d'un représentant du peuple, et tout à fait différentes de son emphase et de sa rhétorique habituelles.

A la suite de cette sage intervention, les

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frères ennemis dont je viens de citer les noms se rapprochent les uns des autres, et, sur l'invitation cordiale de Duboucliet, échangent entre eux des poignées de main et la promesse d'oublier ce qui s'est passé. Cette petite scène de famille, dans sa simplicité, ne manque pas de grandeur.

Mais il était dit que cette séance serait marquée par des émotions. Il s'y déroula un petit drame de l'intérêt le plus palpitant, et qui, non seulement par la nature du sujet mais aussi par le caractère des personnages, ne pouvait manquer d'exciter au plus haut point l'enthousiasme du public spécial d'un club patriotique.

Le citoyen Lebœuf, juge de paix du canton d' Angers, avait été incarcéré sous le prétexte qu'il ne s'était pas opposé avec assez d'énergie aux insultes qui avaient été faites par la population à l'arbre de la liberté.

La malheureuse femme du juge de paix, dans une lettre noble et louchante, expose à la Société les faits tels qu'ils se sont passés.

Son mari, ce jour-là, était absent d' Angers pour ses fonctions qui l'appelaient ailleurs. Elle ajoute que son fils est soldat volontaire et à la veille de partir pour l'armée. « Quelle sera

sa douleur en se séparant de sa mère pour aller défendre la patrie, de laisser son père enfermé injustement dans une prison I » Elle conjure la Société de revenir sur une décision prise légèrement et qui frappe un innocent.

A ce moment même un jeune soldat de belle mine entre dans la salle. Il s'avance devant la tribune et présente à Dubouchet des pièces attestant la rigoureuse exactitude de tout ce qui est énoncé dans la lettre de sa mère. Tous les assistants sympathisent de cœur avec ce jeune homme.

Cette fois encore le citoyen Dubouchet montre la bonté de son cœur. Il examine attentivement les papiers, se rend compte de la situation, et sans plus tarder ordonne la mise en liberté immédiate du citoyen Lebœuf, « dont la cause, dit-il gracieusement, ne peut qu'être gagnée du moment qu'elle est plaidée par de tels avocats )) .

Le public transporté fait fête au jeune militaire, et quelques instants après le citoyen Lebœuf en propre personne se présente devant la société pour la remercier de cet acte de justice et pour affirmer devant elle la pureté de ses sentiments patriotiques.

Ce dénouement, qui satisfait tout le monde, est salué par les applaudissements de tous les sociétaires auxquels se joignent ceux du public.

19 vendémiaire an II (10 octobre 1793). — La scène touchante de la séance précédente a son écho dans celle-ci. Les gens d'Augers, vraisemblablement émus par la conduite du citoyen Dubouchet et par la libération de leur juge de paix, peut-être même à l'instigation de celui-ci, changent immédiatement leurs opinions politiques, et, de réactionnaires qu'ils étaient en voulant détruire leur arbre de la liberté, se déclarent sans-culottes. Ils expriment le désir de fonder chez eux une société populaire sur le modèle de celle de Provins, et même un comité de surveillance. Et pour parvenir à ce résultat ils sollicitent l'appui de la Société. Accordé. On enverra à Angers des commissaires chargés d'organiser Angers à l'instar de Provins, c'està-dire conformément à la méthode jacobine.

20 vendémiaire an II (11 octobre 1793). — Le citoyen Colbault^ curé de Saint-Martin-du- Boschet, présente à l'approbation de la Société tout un plan de réformes concernant l'armée.

L'opinion du citoyen Colbault est que les militaires aient les mêmes droits politiques que

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les civils. Il n'aperçoit entre les citoyens retenus momentanément sous les drapeaux et les autres aucune dilïerence.

En outre, le curé Golbault ne veut plus de généraux.

Le curé Golbault ne veut pas davantage que le soldat soit astreint à une discipline. « Car, dit-il, toute discipline n'est-elle pas une entrave aux droits du citoyen et à sa liberté .^^ »

Dans cette circonstance le citoyen Duboucliet s'élève vraiment à la hauteur de son mandat. Au nom du bon sens, au nom du patriotisme, au nom des plus pures et des plus saines maximes républicaines, il condamne ces maximes dissolvantes.

Avec beaucoup d'esprit et d'à-propos, il rappelle que (( ces fameux Romains, dont on parle sans cesse et dont on cite constamment l'exemple, tout en chérissant la liberté et en versant généreusement leur sang pour elle, n'ont jamais, à aucune minute de leur histoire, cessé de regarder la discipline militaire comme le vrai boulevard de la patrie ; que sans discipline il n'y a plus d'armée et que sans armée il n'y a plus de nation ».

Voilà de belles et fortes paroles, citoyen

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Dubouchet, et qui vous vaudraient nos applaudissements, même après cent quatorze années I Toute la Convention respire dans cette mâle réponse. Car la Convention fut avant toute autre chose la grande patriote, la grande Française. Qu'on pense ou qu'on dise ce qu'on voudra de ses fautes, à force de militarisme elle réussit à nous sauver de l'invasion étrangère... Là fut sa grandeur.

21 vendémiaire an II (12 octobre 1793). — Le citoyen Dubouchet fait ses adieux à la ville et à la Société populaire.

Tout bien pesé, son séjour à Provins n*a pas été aussi funeste qu'ont voulu plus tard nous le faire croire certains historiens locaux.

Sans doute il a mis à bas les édiles du temps pour les remplacer par des hommes de son choix. Sans doute à des autorités et à des fonctionnaires quelque peu en désaccord avec ses principes, il a substitué des personnalités dont les sentiments ou les caractères lui offraient plus de garanties pour l'intérêt général. Mais ce fut à ces actes que se borna sa tyrannie. Armé d'un pouvoir discrétionnaire, il ne paraît pas en avoir abusé, et nous avons constaté que dans plusieurs occasions il s'était montré bon et gé-

néreux. Et qui de nous ne se sentirait porté à une grande indulgence à son égard, en songeant à l'éloquence patriotique avec laquelle il pulvérise les puériles billevesées du curé Colbault !

Le citoyen Dubouchet avait été envoyé en mission à Provins pour y rallumer l'ardeur républicaine un peu attiédie. Il peut se vanter, en s'éloignant de la ville, d'avoir admirablement rempli son mandat. La Société populaire, notamment, voit s'ouvrir pour elle, après son départ, une période de fièvre révolutionnaire et montagnarde d'une intensité nouvelle.

On fait inscrire sur les murs intérieurs de la salle des séances la devise :

Liberté, Egalité oa la Mort.

On prépare l'inauguration des bustes de J.-J. Rousseau, de Franklin et de Marat! Trinité qui nous ofl'ense, mais qui à cette heure paraissait la logique même.

Les dénonciations pleuvent.

On dénonce le gardien de la maison d'arrêt. On l'accuse de traiter les détenus avec inhumanité, contrairement aux principes de la déclaration des Droits de l'homme.

lo6 LES JACOBINS PEINTS PAR EUX-MÊMES

On dénonce un malheureux perruquier. On l'accuse d'avoir, à son retour de Rouen, dit à plusieurs Provinois que la loi du Maximum n'était nullement observée dans cette ville.

On dénonce... un peu tout le monde.

C'est la conséquence d'une circulaire du ministre Bouchotte, destinée à enflammer le zèle des citoyens et à provoquer les délations.

24 vendémiaire, an II (i5 octobre lygS). — Deux petites erreurs sont commises, puis réparées :

A Chalaulre-la-Petite, le Comité révolutionnaire, jaloux de prouver son activité, arrête une voiture de vin sous le prétexte que le charretier n'est pas porteur de l'acquit à caution exigé par la loi. Mais, l'affaire étant arrivée au district, on s'aperçoit que la loi vise uniquement les voitures de blé, non les voitures de vin.

La seconde erreur est plus grave.

Le citoyen Vaulgeard, ex-oratorien, monte à la tribune pour appeler solennement l'attention de la Société sur les inconvénients des réceptions trop faciles. Il cite l'exemple d'un citoyen nommé Royer, qui a été reçu trop légèrement et qu'il accuse d'être un aristocrate.

Mais en parlant ainsi le citoyen Va ulgeard ne sait pas que le citoyen Royer est dans la salle.

Celui-ci demande la parole.

Il prononce un discours des plus adroits et dans lequel il réduit à néant l'accusation injuste qui vient d'être lancée contre lui. Il démontre qu'il est aussi pur Montagnard que son accusateur lui-même, et, en manière d'argument décisif, il se met à chanter plusieurs chansons patriotiques dont il est l'auteur. Nous devons croire que ses chansons étaient bien entraînantes ou qu'il les chanta avec bien de l'énergie, car la Société et les assistants électrisés proclamèrent immédiatement, et avec enthousiasme, l'excellence de son sans-culottisme, et le citoyen Vaulgeard fut amené à reconnaître, non sans confusion, qu'il avait été victime d'un faux rapport. La conclusion assez plaisante fut que l'accusateur et l'accusé se jetèrent dans les bras l'un de l'autre, l'un pardonné, l'autre pardonnant.

25 vendémiaire, an II (i6 octobre 1793). — Un petit incident qui ne mériterait pas d'être relevé, si, en commençant ce travail, nous ne nous étions imposé la loi de consigner sans parti pris tout ce qui nous paraîtrait de nature à nous éclairer, soit en bien, soit en mal, sur le

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caraclère vrai de la Société. Le cas suivant est plutôt à son honneur.

Il s'est élevé entre deux citoyens également chers à la Société une querelle dont tout le monde s'aiïlige. Le citoyen Rousselin, commissaire du pouvoir exécutif provisoire, et le citoyen Dahouchety représentant du peuple, sont devenus des ennemis acharnés. Ils échangent entre eux des accusations et des invectives, des paroles de haine. La Société, obéissant à un sentiment auquel nous ne pouvons qu'applaudir, juge à propos de s'interposer entre ces deux adversaires, qu'elle estime également, et de leur écrire à ce sujet pour essayer de les réconcilier.

Elle y réussit.

Un représentant du peuple, le citoyen Garnier*^ qui se rend à Troyes en qualité de commissaire de la Convention, passe par Provins et s'y arrête. Il assiste à une séance de la Société populaire. Des qu'il a décliné son nom et sa qualité, la Société veut lui faire honneur. Il se récuse, disant qu'il se présente comme simple

* Garnier (Antoine-Charles-Marie), avocat, né à Troyes, 1742-1805.

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citoyen, non comme député. On insiste. Il cède et monte à la tribune.

Il y prononce une petite allocution tellement prétentieuse et emphatique qu'elle obtient les applaudissements enthousiastes de la Société et des tribunes.

Entre autres images que lui suggère son éloquence, il faut noter celle-ci comme modèle du genre :

(( Les sociétés populaires, dit-il, sont le soutien de notre sublime Révolution, et elles la supportent comme le vigoureux Atlas portait le monde sur ses épaules robustes. »

Mais le représentant Garnier ne s'en tient pas h cette rhétorique grotesque, chère à son époque; à poings fermés il tombe sur la magistrature d'antan, et il peint celle-ci sous des couleurs (( plus noires encore que celles qui sont dues aux corporations religieuses et sacerdotales ». Telles sont les expressions du rapporteur. Le triomphe de l'orateur est complet.

Dans un club jacobin, il faut s'y accoutumer, les orateurs, comme les propositions, se succèdent et ne se ressemblent pas. Un membre monte immédiatement à la tribune après le citoyen Garnier et fait — suivant le rapporteur —

une motion vraiment civique. Il fait valoir le prix actuel des pommes de terre et la nécessité de les cultiver abondamment. Il denaande que les cultivateurs soient obligés par une loi à abandonner aux malbeureux une certaine partie de leur récolte de pommes de terre. (( C'est une question à étudier, — conclut la Société, — et on avisera de cette idée la Convention, notre mère commune. » Certainement cette idée niaise émanait d'un cerveau peu sain, et nous aurions le droit de n'en pas tenir compte ; mais l'incident ne démontre-t-il pas une fois de plus combien les Jacobins faisaient bon marcbé de l'individu et avec quelle facilité ils le sacrifiaient à ce qu'ils croyaient être l'intérêt général.

Le citoyen Garnier informe la Société que récemment sont passés à Provins trois individus se qualifiant de commissaires du pouvoir exécutif. Il craint que l'un de ces liommes ne soit autre qu'un certain clief de bataillon parisien, lequel, à la journée du lo juin, a fait preuve d'un attacbement scandaleux à la Louve autrichienn-e et au Ticjre royal et a voulu faire tirer sur le peuple.

Renvoyé au Comité révolutionnaire pour supplément d'information.

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