‹ Les Jacobins peints par eux-mêmes. Histoire de la Société populaire et Montagnarde de ProvinsChapitre 14 sur 19 · CHANSON PATRIOTIQUE · texte numérisé non relu

CHANSON PATRIOTIQUE

par le citoyen Opoix, représentant du peuple à la Convention nationale.

Air : L'amour dans le cœur d'un Français.

Citoyens, nos maux sont passés.

Le ciel enfin nous est propice.

Tous nos désirs sont exaucés Et partout règne la Justice.

Que chacun de nous dans ce jour

A la pairie

Se sacrifie !

Qu'elle seule ait tout son amour!

a68 LES JACOBINS PEINTS PAR EUX-MÊMES

Français, voulez-vous èlre heureux?

ISe formez qu'un peuple de frères.

De la liberté que les nœuds Ne soient plus de vaines chimères!...

(Refrain).

Loin de vous la division !

Des méchants craignez l'artifice!

Que toujours la Convention Soit le point qui vous réunisse!

(Refrain) .

Et vous, qui de mille lauriers Sans cesse ombragez votre tèle.

Oui, c'est à vous, jeunes guerriers.

Que nous consacrons cette fête.

(Refrain) .

Français, n'ayons qu'un sentiment.

Celui de servir la patrie!

Tous ici faisons ce serment.

Et que nul jamais ne l'oublie!

(Refrain).

Amis, recevez mes adieux.

Je pars, mon devoir me l'ordonne.

Mais mon cœur reste dans ces lieux..

Jamais je ne les abandonne.

Mais il faut aussi dans ce jour

Qu'à la patrie

Je sacrifie Les doux objets de mon amour.

Une jeune citoyenne clianle :

Amour sacré de la patrie !

Enfin, pour terminer dignement cette séance purement artistique, le président engage les citoyens et citoyennes à se rendre à la salle de la comédie pour y continuer gaîment la fête et y danser au son des instruments.

Et pourquoi non? Toutes les muses sont sœurs.

3o frimaire an IIÏ (20 décembre 1794). — La Société, qui ne sait plus à quoi dépenser son activité, décide qu'elle établira, pour les afficlier sur ses murailles, quatre tableaux distincts comprenant :

Le premier, les noms des citoyens qui ont fait des dons patriotiques pour les défenseurs de la patrie ;

Le second, les noms des citoyens qui ont fait des dons pour l'embellissement de la salle ;

Le troisième, les noms des citoyens qui ont fait des dons pour le cavalier;

Le quatrième, les noms des citoyens qui ont fait des dons pour le vaisseau l'Agricole.

Visiblement elle ne sait que faire.

5 nivôse an III (2 5 décembre 1794)- — Ni

270 LES JACOBINS PEINTS PAfl ECX-MÊMES

président, ni secrétaire. Séance levée faute d'assistants. Débâcle.

10 nivôse an III (3o décembre 179/1). — Triste, triste. Il est question de recevoir un membre. Quelqu'un fait remarquer que l'on n'est pas en nombre. Le règlement exige la présence de 4o membres. On se compte. On se trouve 33.

Mais un autre membre fait observer que, si l'on est trop rigide sur cet article du règlement, on risquera fort de ne pouvoir plus désormais recevoir personne. Il demande que l'on donne un peu d'élasticité à l'article, dans l'intérêt du recrutement. Adopté.

La Société décline.

Les cimetières. — Juel Desjardins. — Iljmnc à la Pudeur, par le citoyen Christophe Opoix. — Pour les pauvres. — Création d'une société dramatique de bienfaisance. — Suppression du buste de Marat. — Lequinio, représentant du peuple, commissaire de la Convention nationale. — Épuration réactionnaire. — Lettre du maçon Juin. — Affaires Colmct et Lambert, ex-curc de Saint-Ayoul. — Effondrement.

i5 nivôse an ÏII (4 janvier 1795). — On est en si petit nombre que, une discussion s'élant élevée, on est obligé de la renvoyer à une séance ultérieure. La Société décline.

20 nivôse an III (9 janvier 1795). — Une excellente réclamation au point de vue de l'hygiène publique. Quelqu'un demande pourquoi, malgré la loi concernant les cimetières, la ville continue à enterrer ses morts dans les anciens cimetières intra muros. On se plaint notamment du charnier Saint-Ayoul (entre la cour du quartier actuel de cavalerie et la rue actuelle Félix-Bourquelot), et on demande que ce foyer

273 LES JACOBlx\S PEINTS PAR EUX-MÊMES

peslilenllel soit transporté hors de la ville. On approuve, mais on fait observer que, seule, l'administration municipale a qualité pour examiner la question et pour la résoudre. En conséquence, la Société enverra un simple avis à l'administration. C'est tout ce qu'elle aie droit de faire.

La Société sent bien qu'elle a perdu son autorité ci-devant montagnarde. Elle courbe la tele.

La question des tableaux commémoratifs concernant les dons volontaires est examinée. On constate que le travail sera considérable et on le divise. Tel membre sera chargé du tableau relatif au cavalier, tel autre du tableau relatif au vaisseau V Agricole, etc.

On lit, vraisemblablement pour passer le temps, un mémoire sur la Justice considérée comme vertu morale. Ce travail a pour auteur le citoyen Desjardins. Le mémoire est accueilli avec une grande faveur. Il est pourtant d'une faiblesse extrême. C'est une page de déclamation vide.

Le musée de Provins possède, du citoyen Juel Desjardins, un fort curieux portrait, peint avec talent et présentant une particularité assez

rare. Les cheveux ramassés en queue, suivant la mode du temps, au lieu de pendre sur la nuque, sont ici relevés sur le sommet de la tête. Il est probable que tel était l'usage de les porter quand on était chez soi et en négligé.

La bibliothèque de Provins possède, en outre, le Discours sur la Justice morale prononcé à la Société populaire de Provins, qui en a arrêté Vimpression, par le citoyen Desjardins, membre de la Société, A Provins, à Vimprimerie Michelin, imprimeur du district.

La grande préoccupation de la Société, c'est la désertion des séances. Chacun sent bien dans son cœur que l'agonie commence. Mais un incident va marquer d'une façon lamentable l'état d'aiTaissement moral où tombe la Société.

Un cas ne s'est pas encore rencontré depuis quatre années, c'est celui d'un citoyen sociétaire se présentant à la séance en état d'ivresse. Or, à celte séance se produit, aux regards attristés de tous, sociétaires et public, ce scandale sans précédent. Le citoyen Beaujeu trouble la séance de la façon la plus regrettable. Par extrême magnanimité, au lieu de le rayer tout simplement comme indigne, on se borne à lui infliger une punition fraternelle et dérisoire :

on le prive d'assister aux trois séances suivantes.

La Société est bien malade.

2 5 nivôse an III (i^ janvier 1795). — On s'ingénie à créer des attractions pour attirer les sociétaires et le public aux séances. On organise des concerts. Les artistes amateurs faisant partie de la Société forment entre eux un quatuor pour exécuter régulièrement de la musique de chambre. On suppose, non sans vraisemblance, que ce régal artistique offrira plus de séductions que les discours patriotiques, dont chacun commence à se lasser.

3o nivôse an III (19 juin 1790). — Le citoyen Opoix a envoyé à la Société son Discours sur la fête de la Pudeur. Voici le titre exact de cette brochure :

Page 1