ACTE TROISIEME
D.ms l'intérieur de la maison du rende;-vous. Une chambre carrée, meublée avec simplicité. Au fond, une porte et une fenêtre. A droite, une autre porte. Chaises et fauteuils de bois sculpte, grande horloge à poids , dressoir charge' de faïences peintes et de vases d'etain. Sur une petite table, à gauche, un chandelier à plusieurs branches, avec des cires allumées .
SCÈCNiE V\EmiÈ%E
DORA, seule.
Au lever du rideau, elle est debout, près de la fenêtre ouverte moitié et par laquelle entre un rayon de lune.
DORA, envoyant un baiser au dehors.
Adieu, cher Prince!... Il part, il est loin sur la route...
Je n'entends plus le bruit de son pas... Non, j'écoute... Non... Plus rien... Il emporte avec lui mon bonheur, Et c'est comme un désert qui se fait dans mon cœur!
Quittant la fenêtre et descendant en scène.
C'est donc vrail Sa maîtresse! Oui, je suis sa maîtresse!...
Quel sentiment affreux de honte et de détresse
Se mêle constamment à l'ivresse que j'ai !...
Sa maîtresse!... Mon Dieu! comme tout a changé !
Que de choses d'hier qui me semblent anciennes!
Après un silence.
Je me souviens... Prenant mes deux mains dans les siennes, Lord Richard me disait: « Il est encore temps... Réfléchissez-y bien, Dora... J'ai cinquante ans... Est-ce bien oui?... » C'était sous la verte futaie. J'ai répondu : « C'est oui ! » d'une voix ferme et gaie ; Et, dans le fond du parc, l'écho l'a répété. Ce jour-là, qu'ai-je fait?... Et ma jeune gaieté. Qui réveillait l'écho de la vieille avenue. Ma naïve gaieté, qu'est-elle devenue?...
Trahir Richard, si bon, si tendre, si loyal I... Ah! je le hais parfois^ ce beau Prince royal, .Qui, par ce soir de fête où j'étais comme grise. M'a faite en un instant son esclave et m'a prise Par ce baiser qui brûle et dont j'ai soif toujours !... Quand il me quitte, après ces rendez-vous trop courts, Quand je reste un instant seule ici, quand je songe Que cette passion est peut-être un mensonge,