ACTE III, SCENE II
MARIE
Alors, malheur sur vous, et sur le Prince aussi I
Malheur sur les Stuarcs et malheur sur l'Ecosse!
Ah ! vous avez commis une action atroce
En prenant ce royal amant, lady Dora 1
Et ce sera terrible, et l'on vous châtiera,
Mais trop tard; et le crime est bien irréparable;
Car vous avez perdu, sachez-le, misérable!
Par amour, par caprice... est-ce que je sais, moi > ,
La liberté d'un peuple et l'avenir d'un roi 1
DORA
Ces insultes!...
Silence! Elles sont méritées...
Oui, vos courses de nuit ont été suspectées, On en a pris alarme, et nos chefs les meilleurs Veulent savoir si c'est la femme d'un des leurs Que pour amusement le Prince s'est donnée. A l'heure où nous parlons, la maison est cernée. Et dans quelques instants — c'est sûr, ils l'ont juré, — Ils entreront ici de force ou de bon gré. Ils sont deux chefs, les plus puissants de la montagne; Et l'homme qui les suit et qui les accompagne Sans soupçons, cherchant même à calmer leur courroux. Eh bien ! cet homme, c'est lord Fingall, vctre époux!
DORA
Richard!. . Je veux mourir... Ah! mourir tout de suite!
MARIE
Et rien! Pas un moyen de salut ou de fuite I Ils vont venir! Ils vont ensemble nous trouver ! Ah! que je donnerais mon sang pour la sauver!
DORA
Que dit-elle? Quoi> Vous, qui venez, l'œil farouche, La haine dans le cœur et l'outrage à la bouche!... Me sauver !
Elle tombe^ accablée, sur un siège.
MARIE
Oui, je veux vous sauver aujourd'hui!
Non par pitié pour vous, mais par amour pour lui, Pour le Prince!... Car dans ma poitrine amaigrie A toujours palpité le cœur de la Patrie. J'ai toujours, ayant eu les fossés pour berceaux, Vu le ciel traversé par les libres oiseaux Etrêvé du pays esclave qu'on délivre; Conduisant mon aïeul, par la pluie ou le givre, Je chantais les vieux airs qui sont repris en chœur Et font monter le sang de la révolte au cœur; Partout où je passais, le soir, à la veillée, La race des Stuarts était moins oubliée. Enfin, le Prince vint» à notre espoir pareil,