‹ Les Jacobites; drame en cinq actes en vers, représenté pour la première fois sur le théatre national de l'Odéon, le 21 novembre 1885Chapitre 40 sur 80 · ACTE m, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE II

Par la mer, du côté du lever du soleil ;

Son baiser sur mon front à lui m'a consacrée.

Pour rendre sa victoire encor plus assurée,

J'ai choisi le rôle humble et dangereux, j'ai pris

La fonction pour qui l'on n'a que du mépris :

La pauvre mendiante à qui nul ne prend garde

Va chez ses ennemis, espionne et regarde,

Et comme une servante, une lampe à la main.

Éclaire devant lui son glorieux chemin.

Moi, Madame, voilà ce que je suis... Vous êtes,

Au contraire, accourue ainsi que pour des fêtes,

Trouvant bien plus piquant et bien plus singulier

De chasser au soldat anglais qu'au sanglier;

Vous avez, comme on fait pour une mascarade.

Pris un grand sabre et des pistolets de parade ;

Puis, le Prince étant jeune, et comme on doit, un jour.

Être duchesse au moins, et dame de la Cour,

Qu'on ne veut pas avec les autres se confondre

Quand on ira, plus tard, en carosse dans Londre,

A titre d'excentrique et bizarre ornement

Vous avez pris alors le Prince pour amant I...

Les justiciers bientôt vont franchir cette porte ;

Lord Fingall vous tuera, peut-être; que m'importe!

Mais il va fuir, après l'outrage d'aujourd'hui.

Notre armée, entraînant les autres avec lui...

Et l'Ecosse sera vaincue, et l'Angleterre

Assouvira sur nous sa haine héréditaire,

Et, plus nombreuses que vos baisers froids et faux,

Les têtes tomberont sur les noirs échafauds!

68 LESJACOBITES

Payant cher vos moments d'ivresse vaniteuse,

Charle-Édouard. après une fuite honteuse,

N'aura plus que l'exil et l'ignoble repos;

Et nos drapeaux gonrlés par l'espoir, nos drapeaux.

Sous lesquels nous rêvions l'Ecosse libre et sauve,

N'auront servi qu'un jour de draps pour votre alcôve!

Ils vont venir!... Mon Dieu! je suis morte à moitié...

Par grâce, sauvez-moi! Sauvez-moi, par pitié!...

Être surprise ici dans ce piège où nous sommes,

Devant le noble Lord, devant ces autres hommes!

J'en vais mourir, et c'est trop de honte et d'effroi !

Inventez un moyen de salut... Pas pour moi !

Oh ! pas pour moi !... mais pour le Prince et pour sa cause!

Cherchez une cachette, oui, trouvez quelque chose...

Mais ne me laissez pas déshonorer ainsi !

Ah! je baise vos pieds... Je demande merci...

Vous l'avez dit, le Prince y perdra son armée

Et l'Ecosse sera vaincue et décimée...

Rien pour moi... mais il faut conjurer ces malheurs

Et sauver la Patrie et le Prince... Ahl je meurs !

Elle tombe, défaillante, aux pieds de Marie.

MARIE

Les sauver!... A tout prix, il le faudrait... Marie, Marie, oh ! songe au Prince et songe à la Patrie 1... Dieu! quel affreux désir vient dç moi §'emparer !

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