‹ Les Jacobites; drame en cinq actes en vers, représenté pour la première fois sur le théatre national de l'Odéon, le 21 novembre 1885Chapitre 55 sur 80 · ACTE IV, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE II

Elle est morte !... Et ce faible et ce dernier soupir,

Qui n'aurait pas courbé le feu d'une bougie,

Fit tomber sur le sol cette téie blanchie.

Qui ne s'est pas brisée, hélas ! du choc affreux !...

// éclate en sanglots.

Ah ! mes pauvres amis, que je suis malheureux l

Diincan et Ruth le font asseoir, ^

RUTH

Milord !

LORD FINGALL.

Elle ! Dora ! S'en aller la première!... Lorsque ses cheveux blonds brillaient dans la lumière, Elle avait l'air d'avoir quinze ans !... Quelle douleur ! .. Quelquefois, en riant, je l'appelais: « Ma fleur ! » Pauvre petite fleur, dans le sang écrasée I... Je suis vieux ; je n'avais jamais eu la pensée Qu'elle m'aimât comme un amant, comme un époux ! Mais elle avait pour moi — mon Dieu ! que c'était doux ! — Une bonne amitié, même un peu de tendresse. Non, je ne rêvais pas une longue vieillesse; Et je songeais: « Bientôt, c'est moi qui partirai. 11 sera libre, alors, son cher cœur adoré; Elle pourra choisir un mari digne d'elle. Mais en gardant toujours un souvenir fidèle Pour le vieux lord qui l'eut en sa jeune saison,

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Comme un oiseau privé volant dans la maison !... »

Oh ! mon Dieu ! quel chagrin ! quelle horrible torture !

Elle I morte !... Cela n'est pas dans la nature!

C'est monstrueux ! Je n'y crois pas !... Sur son tombeau,

Tout à l'heure, — le ciel d'Avril était si beau

Et versait tellement la joie et le bien-être ! —

Qu'un instant, oui, j'ai cru qu'elle allait m'apparaître.

Sous les pommici^, tout blancs de fleurs comme ceux-ci,

Et s'approcher de moi tout doucement, ainsi

Qu'autrefois, et, baissant ses yeux divins, me tenire

Soi. front avec son air malicieux et tendre !...

Un nuage voila le soleil tout à coup,

Et j'ai revu sa tombe!... Ah! j'en deviendrai foui

DUNCAN

Milord, au nom du ciel 1...

RUTH

Mon cher lord... du courage !

LORD FINGALL.

Oh ! la guerre !... Elle avait toujours eu cette rage De chasser, de monter à cheval et d'avoir Des armes... J'aurais dû Tempêcher et prévoir Qu'elle ferait un jour quelque grande folie. L*empêcher ! Chère enfant ! Elle était si jolie. Au galop, et sautant la haie ou le fossé ! Voyez-vous, je l'aimais d'un amour insensé !

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