‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 115 sur 217 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

que les Parlements ne la veulent point recevoir, et qu'il arriverail sans doute qu'on ordonnerail que ce decret ne serait point regu, ce qui serait exposer I'Eglise encore dans de plus grands embarras qu'auparavant. II est vrai que c'est un pas assez difficile, mais je voudrais en prevenir la rudesse ou la difficulte en parlant aux personnes qui ont acces aupres de Sa Saintete et aupres de M. le cardinal Spada. Car eniin, quand vous comparaitriez, ce n'est rien faire, suppose que 1'ordre de la France se maiutienne, comme sans doute il se maintiendra, par la defense de recevoir ce decret, de crainte que la congregation du Saint-Office ne soil regue en France. Ccla represente serieusement, avec la force de M. de Saint-Amour, fera sans doute un tres-bon effet et pourra prevenir beaucoup de difficultes.

Malgre ces intrigues de Port-Royal, conduites avec toute la force de M. Saint-Amour, Innocent X, ferme, resolu allait droit au but, et, par ses ordres, la congregation poursuivait ses travaux avec un redoublement d'activite". C'etait un beau spectacle que ce Pontife octogenaire, ces v6nerables cardinaux, ces savants consulteurs preparant a la verite un triomphe nouveau sans se laisser decourager, ni merne distraire un instant par les miserables agitations souleves autour d'eux. On etait & une de ces heures benies ou Ton voit manifestement Faction de FEsprit Saint sur I'Eglise (1). Les deputes catholiques, qui ne cherchaient point a prendre le devant sur ce divin Esprit, dont 1'inspiration suggere toujours a propos toute verite a son 6pouse, etaient pleins d'esperance.

Nous trouvons tous les jours de nouveaux sujets de louer Dieu dans le progres de notre affaire : voila deja six congregations. Le pape, de son plein mouvement, a commande qu'on les tint deux fois toutes les semaines, voyant que 1'affaire n'allait pas assez vite.... Veritablement en tout cela nous reconnaissons des coups extraordinaires de la Providence de Dieu ; car cela est inoui dans Rome. Nous le souhaitions bien ainsi, mais nous n'osions pas nous en ouvrir : il s'est trouve que le pape, de lui-meme, sans sullicitation quelconque, a donne cet ordre. 11 a etc en cela inspire de Dieu, qui a aussi inspire a beaucoup de personnes

1. On continue toujours a travaillei- ; on doit tenir domain une quatrieme congregation et nous esperons que ce mois-ci, on ne discutera point. De savoir ce qui s'y resout, cela ne. se peut, parce que chacun de ceux qui y assistent nous disent .- Temo La scommwiica, c'est-a-dire -. Je craius i'excoinmunication.Neanmoins on nous dit que Dieu nous assistera, et un homme qui y a assiste m'a dit: Video visibiiilerinfluere Spirilum 5ancium.Cela me console plus que tout le reste. Lagault, letlre XVI.

de consideration de lui en parler, et il leur a fait re"ponse que tout ce qu'on peut faire en cctte affaire, il y faut faire et c'est avec verite qu'il le dit, car il a apporte en cela loute la vigilance que le chef universel de 1'eglise doit avoir pour une affaire de telle consequence. Prions Dieti pour la conservation de sa sante, qui a present est aussi bonne qu'elle a etc de longtemps ; il a plus de vigueur de corps ct d'esprit qu'il n'avait il y a deux ans. G'est une tete anssi forte et d'aussi genereuse resolution qu'il s'en puisse trouver. Au reste, pour la decision, il prend tous les moyens possibles pour la faire de teilc fagon qu'on n'y puisse trouver a redire. II a consulte toutes les univcrsite's, je crois, de 1'Europe ; il appelle les meilleurs tbeologiens de Rome de omni ordine ; il y a deux jacobins et deux augustins ; et je crois que tout cela contribuera a rendre le jugement plus ferine, en telle sorte que s'il y a apres cela d'assez malheureux pour etre rebelles au Saint-Siege, ils seront dignes de tous les anathemes de 1'Eglise et de I'mdignation de tous les bons catholiques (1).

Lorsque les consulteurs enrent fini de qualifier les cinq propositions, Innocent X ordonna au cardinal Spada de proposer aux deputes jansenistes de venir devant la congregation donner leurs explications, il lui recommanda de les entendre plusieurs fois, si un jour ne suffisait pas pour produire leur defense. Mais Sainte-Beuve leur avait mande au nom de messieurs les Peres que, vue la maniere dont on avait compose" la congregation, ils devaient obtenir du Pape qu'il declarat nul tout ce qui s'y etaitfait,comme 6tantcontre tout ordre de justice* Si vous ne 1'obtenez pas, ajoutait-il, demandez la benediction du Saint- Pere, et vous retirez. Que si on condamne les propositions, nous nous consolerons tanquam digni lio.biti pro nomine Jesu contumeliam pati. Notre comparution donnerait lieu de dire que nous avons ete condamnes apres avoir ete entendus. Saint-Amour et ses collegues repondirent done au cardinal Spada qu'ils ne pouvaient passer les bornes de leur commission, que les 6veques leur avaient ordonn6 de ne paraitre en presence de la congregation que pour disputer. En vain 1'ambassadeur de France voulut les engager a se rendre aux desirs du Souverain Pontife ; ils persisterent dans leur refus. Le bailli de Yalence disait au comte de Brienne, dans une dep&che du 3 fevrier 1652 :

On travaille ici sans cesse pour condamner authentiquemen Fun des i. Leltre de Lagault,

deux partis. Je n'ai pas peu de peine a maintenir en quelque sorte de paix les defenseurs de 1'une et de 1'autre doctrine. Ceux qu'on qualifie de Jansenistes, qui sont 1'abbe de la Lane, Saint-Amour et Angran, ont refuse ces jours passes de parler de vive voix en la congregation etablie pour terminer ces nouveaux differends qui eclatent dans 1'Eglise sur la grace efficace et la suffisante, insistant a vouloir entrer en dispute avec leurs adversaires, ce que le pape ne veut pas permettre, donnant toutefois aux uns et aux autres la liberte d'ecrire ce qu'ils voudront ; mais Fergoterie et les disputes ne concluant rien, il ne veut pas qu'on s' amuse a perdre le temps a cela, et il veut que tout ce qui sera mis, pour les motifs de la decision, sur ladite grace efficace et suffisante, soit par ecrit et bien signe, pour n'etre point desavoue par ceux qui 1'auront mis sur le tapis pour la defense de leurs opinions. Les defenseurs seront bien etonnes qu'a la fin ils n'auront plus d'echappatoires de raisons pour dire un jour que la resolution des cinq propositions dont il s'agit n'a pas ete dans les formes pour imposer silence a ceux qui seront condamnes, ne cherchant que des chicanes, comme de dire que cette doctrine a ete examinee au tribunal de 1'Inquisition, qui n'est point reconnu en France ; qu'ils n'ont point eu de conference en public avec le sieur Hallier et ses collegues...; puisque le Saint- Pere, apres avoir eu 1'avis de tous les cardinaux et consulteurs, qui ont forme cette congregation, tiendra une assemblee celebre, en sa presence, ou seront appeles les uns et les autres et ecoutes tant qu'il leur plaira. Ensuite emanera 1'oracle qui devra mettre la paix dans FEglise. La crainte que j'ai cue de me rendre incapable de faire le mediateur entre ces deux partis m'a souvent empeche de faire du bruit sur les libertes trop grandes qu'ont prises quelques-uns de ces messieurs de parler des affaires du royaume avec peu de respect: les Galvinistes etant ennemis de la Monarchic, j'ai pris mauvaise augure de ceux qui s'approchent de cette heresie, tant en ce qui regarde la doctrine que la poiitique.

II y a dans cette derniere phrase une allusion aux bons rapports nou6s deja par nos Messieurs avec les ministres de Geneve et k la participation des Jansenistes aux r6voltes de la Fronde. A Paris comme a Rome, en poiitique comme en religion, Port- Royal faisait de 1'opposition. Les d6put6s catholiques continuerent d'offrir par leur modestie, leur deference, un contraste frappant avec 1'arrogance et Fopiniatrete' de leurs adversaires. Ils se rendirent avec empressement a 1'invitation du cardinal Spada. Ils parlerent avec fermet6, science et mode"ration. M. Hallier montra quels eiaient les ruses et les artifices des Jansenistes pour couvrir leur secte : la premiere, de faire semblant a Rome de ne point deTendre Jans6nius, quoiqu'i

Paris ils ne fassent autre chose que d'6crire pour le defendre ; la deuxieme, qu'ils prenaient le nom de disciples de saint Augustin faussement ; la tro isieme, que faussement aussi ils enseignaient de ne pas avoir une autre doctrine que les Thomistes... M. Joisel parla de toutes les nouveautes des Jans6nistes dans la discipline eccl6siastique, leur cat6chisme, leurs heures, les penitences publiques; et moi j'ai montr6 1'importance pour 1'Bglise de condamner au plus tot les Jans6nistes : 1 parce que les Calvinistes protestaient que c'etait la doctrine de Calvin, et que si on ne prononc,ait, les Galvinistes diraient qu'on .commenQait a douter de notre doctrine ; 2 parce que, si on ne pronongait dans peu de temps, cette secte prevaudrait... et qu'elle s'attaquerait directement au Saint-Siege... De plus je fis voir comme il fallait prononcer distinctement et nettement centre Jans6nius, ou qu'autrement on ne remedierait pas au mal (1).

J'espere que Dieu donnera benediction a nos discours et qu'ils auront effet. Je crois que nos adversaires sont bien empeches ; sans qu'ils y pensent, ils fortifient notre cause par leur procede. Bon courage ! il y a lieu d'esperer plus que jamais. Je crois que le Pape n'attend plus que les ecrits des consulteurs, a quoi on travaille promptement, et qu'apres on fera faire des prieres publiques. Cela est bien raisonnable. Gombien cela durera, quis scit ? il peut arriver des incidents imprevus... (2).

Innocent X ne laissa pas 1'affaire trainer en longueur. La Congregation revit les suffrages. Le secretaire, Albissy, donna lecture de chaque proposition et des qualifications dont elle avait ete 1'objet. Les consulteurs approuvaient ou rectifiaient leurs qualifications qui 6taient consignees sur un registre. Ge travail de revision achev6, on porta le registre au Pape et on avertit les consulteurs de se tenir prets a soutenir devant lui leur sentiments sur les propositions comme ils 1'avaient fait devant les commissaires. En effet, le 10 mars 1653, les cardinaux Spada, Ginetti, Pamphile, Ghigi, suivis des treize consulteurs et du secretaire, furent introduits devant Sa Saintete qui les attendait. Quand ils eurent tous pris leurs places, apres quelques momens de silence, le Pape ouvrit la conference par

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