‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 128 sur 217 · Deliberations du clergd · texte numérisé non relu

Deliberations du clergd

damne dans les cinq Propositions la doctrine de Cornelius Jansenius contenue dans le livre intitule Augustinus.

Au mois de mai 1655, dans une reunion d'eveques qui pr6ceda 1 'Assembled g6ne"rale du clerg6 un peu retardee, il fut re"solu que Ton 6crirait une lettre commune a tous les pr61ats pour leur donner connaissance de la declaration de Sa Saintete, et qu'onleur enverrait une copie de la bulle, du Bref et des lettres ecrites par les Assemblies prec6dentes. De plus, pour arreter le cours d'un des plus grands maux dontl'Eglise put etre affligee, on decida de les convier a faire souscrire la bulle etle Bref de SaSaintete par tous les chapitres, les recteurs des Universites, par toutes les communaut6s s6culieres et regulieres, par tous les cure's et bene'ficiers de leurs dioceses, et gene"ralement par toutes les personnes qui 6taient sous leur charge. C'est de la, que naquit le Formulaire, et non de 1'imagination de M. de Marca, archeveque de Toulouse, comme le pretend M. Sainte-Beuve. II pretend aussi que le Formulaire fut decrete par l'Assembl6e de 1656. II fut decre"te par 1'Assemble'e de 1655 et rendu executoire par celle de J656. M. Samte-Beuve, quise consumait a tacher delre exact, nous aurait su gre de lui signaler cette petite erreur de date.

Tandis que le pape et les eveques affirmaient solennellement que les cinq Propositions 6taient dans Jansenius et renfermaient sa doctrine. M. Arnauld afflrmait non moins solennellement que les cinq Propositions n'avaient etc soutenues dc pcrsonne ; qu'elles avaient ele forgees par les partisans des sentiments contraires a ceux de saint Augustin ; qu'en les attribuant a Jansenius, on imposait des heresies a un evcque catJiolique qui a etc trcs-eloigne de les enseigner; qu'il avait lu avec soin le livre de Jansenius et n'y avait point trouve ces propositions. En revanche, M. Arnauld ajoutait qu'il avait trouv6 dans saint Augustin que la grace, sans laquelle on ne pent rien, avait manque a un juste en la personne de saint Pierre en une occasion ou Von ne peut dire qu'il n'ait point peclie(i}.

Arnauld, qui paiie si peremptoirement, s'6tait pourtant promis, apres la publication de la bulle, de garder le silence, un silence respcctueusc. II ecait alors a Port-Royal des Champs, ne

l . Seconde lettre de M. Arnauld, ctocteur de Sorbonne, a un due et pair de France.

demandant qu'a se taire, assure Fontaine, et a demeurer dans la retraite, souliaitant elre sans bouche et sans oreilles. Ecoutons encore M. Fontaine, au risque de le ranger parmi ces esprits injudicieux dont les rapprochements hyp erb cliques M. Olier disant de M. Picote', son confesseur : II me semble que Dieu me parle par sa bouche, comme il parlait a sonpeuple par celle de Mo'ise (1), choquent si fort, de notre c6t6, le gout attique de M. Sainte-Beuve :

Cependant, Dieu permettait ainsi qu'il se retracat a nos yeux quelque chose de semblable a ce qui s'etait fait dans les commencements de 1'Eglise, ou un petit nombre d'elus, comme d'innocents agneaux, avaient a resister a des adversaireres redoutables, et a soutenir de toutes parts des armees de loups a qui rien ne manquait de tout ce qui est capable d'intimider les co3iirs les plus intrepides, et d'ebranler les esprits les plus assures.

A ce spectacle, Arnauld ne put contenir plus longtemps son ardeur et sa plume, a Ayant travaille toute sa vie a connaitre la verite, et a la puiser dans la source pure de 1'Ecriture, c'est toujours le judicieux Fontaine que nous citons, il se sacrifia de bon co3ur pour la deTendre centre ceux qui la com-

battaient II etait dans 1'Eglise comme une lampe ardente et

brulante Gombien de personnes ont profite" de ses doctes

veilles ! On etait surpris en approchant de M. Arnauld, de

voir toute I'antiquit6 presente en quelque sorte devantses yeux et tout ce qui s'6tait passe dans toute 1'Eglise reuni dans un

seul homme Ainsi ce bienheureux Desert renfermait en

meme temps, et toute la lumiere des plus grands docteurs, et toute la plus grande saintete des parfaits solitaires (2). Decid6 ane plus tenir laverite captivepar une Ictche timidite,l'admirablh docteur, M. Arnauld, en qui 6tait presente toute 1'antiquit6 eccl^siastique avec toute la lumiere des plus grands docteurs, s'adjoignit cependant un collaborateur, son neveu, M. Le Maitre, le celebre avocat qu'un clepit d'amour, probablement, plutot que 1'attrait de la grace, avail conduit aux

1. M. Picote et Moise ! die M. Sainle-Beuve, c'est un peu rude; mais avec ces esprits injudicieux, Une f'aut s'etonner de rien. Nous verrons du cote de Port-Royal, Arnauld et Mo'ise ! Arnauld et Jesus-Christ I Madame Petit et Judith ! etc., etc.

Page 1