‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 129 sur 217 · Fontaine, Memoires, t. in, p · texte numérisé non relu

Fontaine, Memoires, t. in, p

pieds de Saint-Gyran et jet6 au bienbeureux D6sert. Ainsi, dit M. Fontaine, on vit que Dieu avait appe!6 cet homme admirable pour lui consacrer les talents qu'il lui avait donnas, et pour employer au service de 1'Eglise ces torrents d'eloquence qui coulaient de sa plume. II 1'avait rendu un miracle de la Grace avant de Ten rendre le defenseur. II avait rempli son esprit d'bumilite des les premiers temps de sa retraite.... pour le preparer peu a peu a entrer dans les inte>ets dela Verit6, et pour purifier a loisir par ses larmes cette Eloquence qui lui 6tait devenue si naturelle,et que la delicatesse de sa conscience craignait d'avoir rendue un peutrop humaine. On ne perd rien de ce qu'on veut bienperdre pour Dieu. Jamais 1'eloquence de ce saint penitent ne fut admired davantage que lorsqu'il 1'emploj r a pour laY6rite (1).

M. Le Maitre fut un des fondateurs de I' Empire des Traductions, empire bien funeste aux fortes etudes classiques, que Port-Royal 6tabl.it et qu'il n'entendit pas se laisser enlever (2). Le saint penitent traduisit surtout les SS. Peres et des vies de saints. II songeait pensee digne d'un bon janseniste a composer une legende qui fut purge'e de toutes les fables que des auteurs peu judicieux y ont introduces (3). Au milieu de ces pieux travaux, precisement en cette annee 1656 oil Arnauld 1'appelle a son aide, ii donna au public ses Plaidoyers. II les revit auparavant. II sanctifia leur eloquence trap humaine par 1'intercalation de nombreux textes des Peres; ily mit de la spirituality comme le dira bientot Racine dans ses Petites Letlres. Malgre cette purification, Les torrents d'eloquence de M. Le Mai Ire roulent les Peres de 1'Eglise, les historiens, les philosopbes, les poetes dans un pele-mele assez profane, oil s'entrecboquent sans fin toutes les figures de .la rhetorique. Sous les voutes du palais, ces torrents faisaient un fracas qui etait trouv6 beau. Lorsque cette bouche qui etait 1'admiration de toute la France, s'ouvrait, les plus fameux prdicateurs demandaient permission de ne point precher ce jour-la, afin de pouvoir assister aux plaidoyers (4).

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