Fontaine, Mdmoires
La publication de ses plaidoyers causa a M. Le Maitre de longues peines de corps et d' esprit. Quoique Fontaine jette des voiles charitables sur cette malheureuse affaire, elle nous offre une vue d'int6rieur de Port-Royal assez ressemblante ; il faut nous y arreter un instant. Quelques libraires avaient donn6 deux Editions fort d6fectueuses des Plaidoyers. Gomme elles se vendaient bien, h cause de la reputation de 1'auteur, ils menagaient encore d'en donner une troisieme plus complete et par consequent plus mauvaise. Larenommee de M. Le Maitre allait etre compromise. Or la renommee de M. Le Maitre etait alors le plus beau fleuron de la couronne de Port-R.oyal. Les beaux esprits du parti, ceux qui faisaient valoir le jansenisme par lews ouvrages (1), representerent au solitaire que ces Editions defiguraient son ouvrage, deshonoraient son nom, et qu'il devait lui-meme publier ses plaidoyers. A cette seule proposition, M. Le Maitre sentil toutes ses douleurs passees se renouveler. L'idee du palais et du metier qu'il y avait fait lui revint dans la memoire, et Yeffroyable aversion qu'il avait congue de ses pieces d'eloquence I'empecha d'y penser de nouveau. Ses amis insisterent ; ils lui d6peignirent, avec beaucoup de force et de chaleur, le mal qui reviendrait de ces Editions imparfaites. M. Le Maitre resta sourd et inflexible. Gependant M. de Sacy trouva un biais: M. Le Maitre reverrait ses discours, un de ses amis les publierait, et ainsi M. Le Maitre ne paraitrait pas dans I'impression qui se ferait. Un jesuite n'aurait pas mieux trouve; le biais fut accepte. L'ami choisi fut M. d'Issali, avocat au Parlement.
M. Le Maitre, apres sa retraite, avait adresse a Dieu les plus ferventes prieres pour qu'il repandit dans le cceur de M. d'Issali les mfimes graces qu'il lui avait faites, et qu'il lui donnat le meme eloignement du palais; surtout il avait tache d'empecber que son confrere ne s'engageat dans le mariage, afin que si Dieu avait voulu un jour exaucerses prieres et toucher le C03ur de son ami, il se trouvat dans la meme liberte de suivre la voix divine, qu'il avait et6 lui-meme au temps de sa conversion. II lui faisait part de ce qu'il trouvait de plus beau sur ce sujet dans ses lectures. M. Le Maitre m'a fait Fhonneur a, moi-meme, dit avec flerte M. Fontaine, de m'employer h.