‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 139 sur 217 · Testament spiriluel de M. Arnauld · texte numérisé non relu

Testament spiriluel de M. Arnauld

a la pointe de Tile de Saint-Louis. Celle-ci, pour se dSguiser encore davantage, avail plusieurs noms; en 1'appelait PAmie des Anges, parce que la mere Angelique Arnauld, Abbesse de Port- Royal, Paimait fort, et par anagramme a son veritable nom, qui etait Catos Angran, on la nommait parmi les gens du secret les plus affidSs, Tocca Granna. Ce nom, qui avait quelque chose d'extraordinaire et un air bizarre, devint c6lebre dans le parti, ou on ne laissait pas d' aimer ces manieresla qui tenaient du roman.

Ges deux dames logeaient le docteur Arnauld, tantot Pune, tantot Pautre, parce qu'il trouvait plus de suretS dans ce cbangement de demeure. Mais quoiqu'elles fussent 6galement appliqu6es a cacher leur directeur et qu'elles employassent a sa conservation et a sa subsistance la meilleure partie de leur bien et leur plus grande attention, comme & Pouvrage le plus important qui fut alors dans la cabale, toutefois celle de File 6tait la favorite } ou parce qu'elle avait plus d'esprit, ou qu'elle 6tait mieux faite, ou enfin parce qu'elle eiait plus devouee aux volont6s du docteur et plus z616e pour la nouvelle doctrine. Etant de la paroisse de Saint-Merry dans le temps que la nouvelle .doctrine commengait a y fleurir, eile fut gagnSe au parti par Feydeau, a qui elle se confessa par hasard, et depuis on lui trouva tant de merite qu'on lui donna pour directeur le docteur Arnauld, qui s'attacba S. elle par inclination ; et par la toute la famille des Angran contracta une 6troite liaison avec le Port-Royal. Angran de Lailly fut un des deputes a, Rome pour y aller defendre la doctrine ; mais depuis il renontja au doctorat pour se marier. Angran, conseiller de la Gour des aides, se devoua aussi au parti. Ge fut chez lui qu'Arnauld se cacha pendant la Fronde ; et sa femme, s'&tant fort attachee a Arnauld, apres la mort de son mari, 6pousa l'abb de Roucy, confident d'Arnauld, qui le trompa pour avoir les 6cus de la veuve. Sa belle-soeur de Belisi, qui 6tait plus riche, faisait encore plus de depense ; c'6tait elle qui fournissait aux frais que les jeunes bacheliers etaicnt obliges de faire pour leurs degr6s, ce qui attira tant d'ecoliers a. Sainte-Beuve quand il commenQ.a a dieter le Jansenisme en Sorbonne. L'abbe Mazure, cure de Saint-Paul, 1'abbe Galefer, attache a PevSque de Chalons, Feydeau, Aristc et tons les importants avaient grand soin de faire leur cour a cette veuve, qui devint une des grandes beates du parti. C'etait chez elle, a ce qu'on dit,

qu' Arnauld etait cache (1). Les doux rayons qui s'6ehappent a travers les portes bien ferme"es de cette demeure hospitaliere e"clairent un peu ces paroles si sombres de Fontaine : Cette innocente victime (Arnauld) de la passion des hommes avait peine a trouver un asile. II fuyait la lumiere, comme s'il eut e"te" criminel, et il trouvait a peine des retraites assez noires pour s'y cacher (2).

M. Le Maitre suivit son oncle chez madame Angran, et continua de mettre a son service les torrents d 'eloquence quicoulalent de sa plume. M. Le Maitre ne suffisant pas a Yinvincible docteur pour tenir tete a tous ses ennemis, Arnauld s'adjoignit M. Nicole. Nicole, n6 a Ghartres, en 1625, e"tait encore tout jeune. II e"tait venu a Paris pour 6tudier la the"ologie en Sorbonne. Mais il demeura toujours simple clerc tonsure et ne prit que le degre de bachelier. II lisait beaucoup et toutes sortes de livres, les auteurs classiques grecs et latins, les Peres, les pbilosophes, les historiens, les poetes, les romanciers. II ne fut jamais un janseniste extreme. II e"tait entre" a Port-Royal, ou il avait deux tantes religieuses, par les Petites-Ecoles, ne songeant qu'a l'6tude des belles-lettres dans la solitude. II avait cependant pouss6 une pointe dans la th^ologie Augustinienne, mais en curieux. II ne pensait pas a combattre pour elle. II se compare a un homme qui, se promenant sans dessein dans un petit bateau sur le bord de la mer, aurait e"te" port par une tempSte en baute mer et oblige de faire le tour du monde . Nicole revint ail bord, monta merne sur le rivage de la grdce su/fisante ou nous le trouverons honore" de 1' ami tie" de Bossuet. Lorsqu'il 6tait en haute mer, au plus fort de ses controverses, il ne deTendit pas la pure doctrine de Saint-Cyran et de I'^veque d'Ypres. II s'appliqua, suivant ses propres expressions, a rendre cette doctrine si plausible, a la ddpouiller tellement d'un certain air farouche qu'on lui donnait, qu'elle fut proportionnSe au gout de tous les esprits (3). Les Messieurs de Port-Royal, rested raides et inflexibles sur le dogme de la grace efficace, ne lui pardonnerent pas sa moderation. Us lui temoignerentleur mecontentementd'abord, etplustard, quand Nicole eut quitte M. Arnauld, leur indignation. Mais Nicole, avec ses

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