‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 149 sur 217 · Jacqueline Pascal, p · texte numérisé non relu

Jacqueline Pascal, p

celui de Pascal, que Pascal, pour se de"couvrir, se langa dans la vie du grand monde, qa'il resta longtemps sans oser se declarer, qu'il eut le bonheur de plaire :

L'homme seul est quelque chose d'imparfait; il faut qu'il trouve un second pour etre heureux. II le cherche bien souvent dans 1'egalite de la condition... Neanmoins Ton va ' quelquefois bien au-dessus, et Ton sent le feu s'agrandir, quoiqu'on n'ose pas le dire a celle qui 1'a cause... Une haute amitie remplit bien mieux qu'une commune et egale le cceur de 1'homme... Dans quel transport n'est-on point de former toutes ses actions dans la vue de plaire a une personne que Ton estime infiniment! L'on s'etudie tous les jours pour trouver les moyens de se decouvrir... Get attachement a ce que 1'on aime fait naitre des qualites que Ton n'avait pas auparavant : Ton devient magnifique sans 1'avoir jamais ete... La vie de tempete surprend, frappe, penetre... On s'eleve par cette passion et on devient toute grandeur ; il faut done que le reste ait proportion, autrement cela ne convient pas, et partant cela est desagreable... Un rayon d'esperance, si bas que Ton soit, releve aussi haut qu'on etait auparavant. C'est quelquefois un jeu auquel les dames se plaisent; mais quelquefois en faisant semblant d' avoir compassion, elles 1'ont tout de bon : que Ton est heureux quand cela arrive !

Avec quelques historiens, je crois que la personne qui eut tout de bon compassion de Pascal fut la sosur du due de Roannez, avec lequel il tait lie" de la plus 6troite amitie. N'etait-ce pas pour faire oublier a la famille ducale I'lnferiorite" de sa naissance qu'il menait un train de vie veritablement fastueux ? Mademoiselle de Roannez aurait volontiers uni sa destine"e & celle de Pascal dont la gloire avait deja consacre le nom. Ne"anmoins le mariage n'eut pas lieu. U'ou vint 1'obstacle ? On est re"duit aux conjectures. On lit dans une note du Recueil d'Utrecht, au Memoire sur la vie de Pascal :

M. le due de Roannez avait un tres-bon esprit et il commenga assez jeune a avoir des sentiments de religion. Depuis qu'il eut goute M. Pascal, qui etait son voisin, il s'attacha tellement a lui qu'il ne pouvait plus se passer de le voir. II n'avait guere que vingt-quatre ans lorsque M. Pascal, s'etant donne a Dieu, lui persuada d'entrer dans le meme sentiment que lui, et de se mettre sous la conduite de M. Singlin. Quelque temps auparavant il pensait a epouser mademoiselle de Menus, qui etait la plus riche heritiere du royaume. Mais sa conversion pensa couter cher a M. Pascal, qui demeurait alors en son hotel. Car le comte

d'Harcourt, oneie de M. le due de Roannez, s'emporta contre lui, et le concierge de ce jeune seigneur vint un matin a la chambre de M. Pascal avec un poignard pourle tuer (1).

Ne faudrait-il pas avancer un peu la date de cet evenement et mettre les noms de mademoiselle de Roannez et de Pascal a la place de ceux de mademoiselle de Menus et du jeune due ? Messieurs de Port-Royal, que M. Cousin soupQonne avec raison d'avoir alte>6 la biographie de Pascal ecrite par sa soaur, madame P6rier, ont bien pu arranger, pour la plus grande edification du public, le drame dont 1'hotel de M. de Roannez fut le theatre. Sans doute le due d'Harcourt ou madame de Roannez trouverent Pascal de trop petite naissance. Quoi qu'il en soit, Pascal dut renoncer a ses esperances. Ge ne fut pas sans en ressentir un profond chagrin et sans en garder contre la socit6 une sourde rancune qui 6clatera a plusieurs reprises dans les Pensdes. Bien que ces mecomptes lui eussent inspire un grand m6pris du monde et un degout presque insupportable de toutes les personnes qui en sont, ce qui devait le porter, selon son humeur bouillante, a de grands exces (2) , il resta encore un an avant de se s^parer de toutes les choses qui pouvaient contribuer a lui faire aimer le monde, et auxquelles on avait raison de le croire fort attache" (3) .

Gependant, disent les Relations, le Seigneur poursuivait M.Pascal depuis longtemps...; lorsqu'il eiait le plus pret de prendre cles engagements avec le monde, de se marier et d'acheter une charge, Dieu ie toucha une seconde fois.... La Providence disposa divers evenements pour le detacher peu a peu de cequi taitl'objet de ses passions (4). Nos Messieurs comptent trois de ces evenements providentiels. Le premier fut 1'accident du pont de Neuilly. Un jour du mois d'octobre 1654, 6tant al!6 se promener, selon sa coutume, au pont de Neuilly, dans un carrosse a quatre chevaux, les deux premiers prirent le mors aux dents vis-a-vis un endroit oft il n'y avait pas de garde-fous, et se precipiterent dans la Seine. Heureusement la premiere secousse rompit les traits qui les attachaient au train de derriere, et le carrosse demeura sur le bord du

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