Recueii d' Utrecht, p
precipice. Le second evenement fut une vision myst6rieuse dont Pascal conserva le souvenir dans un e"crit hieroglyphique qu'il porta jusqu'a sa mort entre l'6toffe et la doublure de son habit. Le troisieme ev6nement fut un sermon de M. Singlin. Gomme il 6tait avec sa sosur a Port-Royal, le sermon vint a sonner ; il fut 1'entendre. Le pr6dicateur prouva qu'on ne devait point s'engager dans une charge ou dans le mariage comme font tons les gens du monde, qui n'agissent que par habitude, par coutume et par des raisons tout humaines ; mais qu'il faut consulter Dieu auparavant... Pascal, qui e"taifc assur6 que le pr6dicateur n'avait pu etre pre>enu a son sujet (qui sait?), en fut vivement touche".
D'apres nos Messieurs, le premier de ces 4v6nements fit prendre a M. Pascal la resolution de rompre ses promenades et de mener une vie plus retiree . Par le second Dieu lui 6ta cet amour des vaines sciences, auquel il etait revenu. Par le troisieme Dieu acheva en lui son OBuvre (1).
Racine, nourri & Port-Royal, devait penser a son temps lorsqu'il s'e"criait :
Et quel temps fat jamais plus fertile en miracles !
Ses maitres en voyaient partout, et les d6claraient toujours ope>e"s en leur faveur. Nous ne partageons pas leur cr^dulite", surtout en ce qui touche cette intervention divine dans la vie de Pascal. La soeur Sainte-Euph6mie n'en parle pas dans ses lettres ou elle raconte la conversion de son frere. II faut chercher la cause de cette conversion dans la rupture de son mariage qui le d6goiita du monde. D'ailleurs, les maladies et les infirmite's e"taient revenues, et 1'accident du pont de Neuilly les avait aggravees. On se represente sans peine, dit un historien, la commotion que dut recevoir la machine frele et languissante de Pascal. II eut beaucoup de peine a revenir d'un long 6vanouissement ; son cerveau fut tellement ebran!6 que dans la suite, au milieu de ses insomnies efc de ses ext^nuations, il croyait voir de temps en temps, a cote de son lit, un precipice pret a 1'engloutir (2). Desillusionne", souffrant,: abattu, Pascal chercha la paix dans la retraite et les pratiques de la pi6te, dont sa sosur n'avait cess6 de lui parler.