‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 16 sur 217 · Octobrel · texte numérisé non relu

Octobrel

le tour a Rome qu'on a fait a d'autres, devant que toute chose soit meure ct a son temps. Et s'il ne m'est pas permis d'en parler jamais, j'aurois un grandissime coatentement d'en estre sorty de cet estrange labyrinthe d'opinions que la presomption de ces crieurs a introduit aux escholes, la ou un chacun semble travailler a introduire des nouveautez dangereuses, et se faire admirer en rejetant les anciens, qui par taut de Conciles et Papes ont este approuvez et admirez par toute 1'anciennete.

Possesseur de ce tr6sor, Janse"nius n'ambitionne pas une chaire de rUniversite" de Louvain, car il lui faudrait ou se taire ou se mettre en hasard en parlant, sa conscience ne lui permettant pas de trahir la v6rit< connue. II termine ainsi ses confidences :

Voild ce que je ne vous ay pas dit jusques a, maintenani , ayant este presque tonjours en suspens, et a m'affermir en la connaissance des choses qui pen a pen se decouvroient, pour ne me jeter point temcrairement a des exlre'mitez (1).

La doctrine de la grace 6tail trouve"e. Les vrais chr6tiens, les 61us, pouvaient, sous 1'eiendard laborieusement releve' de saint Augustin, combattre les nouveaux Pelagiens. II ne restait qu'a dresser le plan de campagne : 1'entrevue longtemps difF6ree eut lieu. Jans^nius se rendit a Paris, ou Saint-Cyran s'6tait deja etabli. Un billet de ce dernier a M. d'Andilly ne laisse aucun doute sur ce voyage.

8 aout 1621... Hier apres dine vint un homme chez moy, que j'estime, qui parla d'une telle sorte en mon absence a monsieur Jansen, qu'il osa m'accuser ou de negligence ou de superbe, de ce que je ne me mettois en aucunc peine de sgavoir si cet abbe estoit mort ou vivant.

Nous ne savons de quel abb6 il s'agit : mais nous constatons la presence de M. Jansen a Paris au mois d'aout 1621. Cette date coincide tres-bien avec les conferences tenues, vers la fin de I'et6 de cette annee, entre Saint-Gyran, Jans6nius, Arnauld d'Andilly et plusieurs ecc!6siastiques, a Bourg-Fontaine, chartreuse situ6e dans la for6t de Villers-Golterets, Les Jans6nisLes

l.Lettre du 5 mars 1(521.

ont obslinSment nie" cette r6union de Bourg-Fontaine, dont un membre revela le secret a M. Filleau, avocat du roi a Poitiers. Sur 1'ordre de la reine mere, M. Filleau le publia dans sa Relation juridique (1). Le fait important pour Phistoire, et il est hors de doute, c'est la reunion, a Paris certainement, sinon a Bourg-Fontaine, de Jansenius, de Saint-Gyran et de leurs amis. Ge conciliabule ne pouvait avoir d'autre but que celui de s'entendre sur line marche uniforme a suivre et les meilleurs moyens a prendre pour introduire dans le dogme et la morale la reforme qu'on m6ditait. II est inutile de chercher a savoir quels discours on y tint. Nous allons bientdt voir des oeuvres se produire qui devoileront au grand jour ce qui s'etait dit dans les tenebres.

Reprenons 1'aride de"pouillement de la correspondance de Jans6m'us. A deTaut d'agrements litteraires, nous y trouverons Men des traits caracte"ristiques, tres-interessants pour 1'histoire intime des deux amis et de leurs travaux.

Le 4 novembre 1621, Jansenius 6tait de retour a Louvain et s'dtait mis a composer son grand outrage sur la grace, YAugustinus. II avance peu a peu, dit-il ; il croit avoir trouv6 certaines racines d'ou sortiront des arbres pour en batir une maison. II en ecrit tous les jours quelque chose, et il a bonne esperance que tout viendra a point. Cependant, il a peur, quand le livre paraitra, de passer pour le plus extravagant r&veur qu'on ait vu de son temps. Aussi peut-6tre ne faudra-t-il le publier qu'apres sa mort. II exborte Saint-Gyran a ne rien ne"gliger en France pour se manager quelque ouverture. II examine attentivement le traite" de Gonrius, de pcena parvulorum. (Gonrius, cordelier, ami de Jansenius, devint archeve'que de Tuam en Irlande; il prouve dans son traite", d'apres des passages de saint Augustin, que les enfants mort-ne"s sont condamnes aux peines sensibles, m6me au feu.) Le jour est beaucoup trop court pour tant de travaux. II voudrait vivre au temps de Josue, ou changer de climat avec les grues pour aller au pays ou les jours ont dix-neuf ou vingt heures.

17 novembre 1621. II s'afflige de la maladie de M. d'Andilly. II prend parti pour M. de Berulle contre les docteurs de Louvain qui avaient censure" une formule de VOBUX que le fondateur de 1'Oratoire avait dressee pour les Carmelites. Son

1. Relation juridique de ce qui sest passe a, Poitiers touchant la niuvelle doctrine des Jansenistes. 1654.

ouvrage avance peu a pen honnetement. II espere que Dieu y mettra la main, car il voit tous les jours plus clairement que la th6ologie s'est 6gar6e dans ces questions. II a eu le bonheur de trouver par hasard un petit 6crit qui a et6 dicte a la main, il y a trente ans, a Louvain, dans lequel il a lu la meme opinion qu'enseigne Conrius. II pourra le joindre a I'Augustinus, sans que le cordelier, un peu susceptible, ait sujet de se formaliser.

7 Janvier 1622. II rend graces a Dieu qui lui fait toujours quelque faveur, en lui decouvrant certaines Ye" rite's dont il n'avait encore aucune connaissance. Le jour des Rois, ila rencontre deux principes, qui, s'ils sont veritables, feront des brcches h la doctrine des Je"suites et des scolastiques. Apres beaucoup d'efforts, il a termine" le point principal de son system e et 1'a mis a couvert des assauts de ses adversaires, si bien qu'ils ne sauraient 1'abattre sans passer sur leur propre ventre et sans en trainer la ruine du paradis et de 1'enfer. Mais ce point n'est pas encore expos6 a son gr6, ni au gre de ceux qui voudraient palper la Yerit6 de leurs mains. II demande h Sainl- Cyran s'il ne pourrait pas lui procurer les sept livres de saint Fulgence contra Faustum et ceux de Cscsarlus episcopus Arclaicnsis. Post-scriptum : Je suis tres-aisc de la reconvalescence de monsieur d'Andilly, de la maladie duquel j'estois bien plus triste que de la mort de quelques aulres quoyque grands, tant & cause de la vertu du personnage, que parce que vous Caimcz.

20 Janvier :

Vostre lettre du 9 ou 10 Janvier, car elle n'a ny lieu, ny jour, ny mois, ny annees, m'a fort resjouy quant aux affaires ; je suis aise que VQUS commemiez a menager si bien les personnes qualifiees, pour V affaire spirituelle ; car je vois Lien qu'il est tres-necessaire, comme aussi une tres-grande prudence a inener le bateau. Je fais toujours quelque chose, et plus j'avance, plus 1'affaire me donne de frayeur, lellement que je n'aurois jamais le courage de tirer lerideau, si je ne croyois que Dieu s'en mesle ; car tous les jours je decouvre de nouvelles sources*

II plaint Conrius de se tourmenter de ce qu'on n'a pas approuvc a Rome son traite et de se mettre en peine du pouvoir ultramontain qu'il estime la moindre chose . II regrelLc de n'avoir pu dctourner les doc leurs de censurer la formule

de voeux pour les Carmelites : Ge sont des gens qui ne s'estonnent que des coups de tonnerre et des foudres qui viennent des nuees des A Ipes,

27 Janvier. 11 envoie & Saint-Gyran un chiffre pour remplacer celui qu'il avait perdu, puis il lui dit : Mettez, s'il vous plaist, encore en vostre papier ces noms : saint Augustin, Leoninus , Aelius , Seraphi Papa , Gerardus , Pardo, Pirasos.

Les lettres de cette annee 1622 nous montrent les deux amis poursuivant divers buts qui devaient assurer le succes de 1'entreprise, dont 1'importance est telle que quand ils y emploieroient toute lenr vie, sans se mesler d'autre chose, elle devroit etre tenue pour bion remplie devant Dieu.

PREMIER BUT : Achever I'Augustinus.

II ne se faut gubro qae je n'ay trouve la febve au gasteau, ct selon les principes de Seraphi (saint Augustin). 16 avril.' Le cceur me croist a mesiires que les lumieres croissent... car je suis de cette trempe, que, m'asseurant de la verite, non timebo quid faciat mihi homo. 22 avrii. Vous vous estonnez que je ne parle point de Pilmot (VAugustinus et la matiere de la grace). La raison est, non pas que I'affaire se refroidisse puisque je m'y employe autant qu'auparavant, ayant ieu environ huict fois les deux tomes de Seraphi (saint Augustin), depuis 1'absence de Celias (Saint-Cyran), avec d'autres petits ouvrages appartenant a cela. Mais c'est qu'il ne m'offre pas tant de nouveautez qu'auparavant. Sulpice (Jans.) continue a faire la guerre a Porris (les Jesuites), et se contente fort de la diligence que Celias (Saint-Cyran) y met, esperant que Dieu favorisera leurs bons desseins qui s'avancent peu a peu ; a 1'occasion de quoy Sulpice (Jans.) est devenu grand seigneur, d'autant que par dessus son valet, il a este coiitreint de prendre un secretaire ou greffier, pour Taider a ecrire leurs impertinences. l er decembre (i).

SECOND BUT : Se pr6parer des disciples a Paris.

1; On lit encore dans cette lettre : Le traite (de Pcena parvuloruni)> que Gemer (Conrius) a envoye k Rome au cardinal de Treio pour le juger, contient sommairement ce que Seraphi (saint Aug;) a defendu comme article de foy, qu'ils estoient condamnez aux peines sensibles, voire au feu, quoyqu'il n'ose pas dire cela ouverlement ; et par consequent qu'ils sont pelagiens tous ceux qui le nient. Voila la substance qui porte avec soi beaucoup de traits contre Porris (Jtsuitcs), lesquels il croit assez adoucir, en y incitant un peu de snore avec u;\ f-.n'ic o;i ;:;: for/a viw. II se tromp'e gran dement ayant a faire ii des espriis Jissez sciisihlus aux injures.

Je suis mcrveilleusement aisc que 1'affaire s'avance tellemcnt en dormant, ce qui montre que Dieu y veille : car cette disposition de plusieurs hommes vers la verite, ou biea cette inquietude a ne la trouver point, est tres-importante a leur faire embrasser, comme a dcs affamez, ce qui les assouvira... J'approuve fort la retenue de Durillon (Saint-Cyran) avec Robin et sa force a se defendre, qui n'est pas peu de chose ; quoyque cela mesme leur fera plus venir 1'eau a la bouche, et defendra plus Durillon de recevoir des affronts, en cas qu'il s'y embarquast. 13juin.

TROISIEME BUT : Etablir les Oratoriens en Hollande pour les opposer aux J6suites.

Le superieur ou archevesque des Hollandois, qui loge maintenant chez Sulpice (Jans.), luy a donne charge de sgavoir toutes les partieularites de la compagnie dont de Berulle est le chef. Sulpice luy a mis cela en teste et pousse a la roue le mieux qu'il pent... Sulpice vous prie d'avoir 1'affaire a co3ur, car il est passionne contre les Jesuites et leurs mesnees. Us tascheront de faire au pa'is des Hollandois, comme ils ont fait en Angleterre, et occuperont les meilleures places si Berulle ne les devance. 1" juillet, et 8, 21, du meme mois, 5 et 29 aout.

QUATRIEME BUT : R^pandre les livres de saint Augustin, en donner une Edition corrigee.

... Le saint Augustin que je disois qu'il devoit estre reimprime requierl necessairement, a mon advis, une collation avec 1'original, quoyque vieux et corrompu, pour avoir plus d'autoritc. Car je ne doute point que celuy qui 1'a produit ne se fust trompe en certains endroits par faute de n'entendre pas le fond. Personne n'en verra rien. 22 avril. J'ai envoye par les chariots de Bruxelles vingt-deux exemplaires de saint Augustin, comme vous en avez emporte un, afm que Solion (Saint-Cyran) s'eu serve envers ceux qu'il jugera a propos, sans avoir la peine de les demander totijours. 29 avril. ... De toutes les corrections que j'ay faites, je s^aurois presque donner perlinenteraison s'il estoit besoin... II faudroit laisser en arriere les notes de M. Menard, car souventefois elles ne sont pas a propos et montrent qu'il n'entend pas le style et la doctrine de ce saint. 26 novembre.

CINQUIEME BUT : Se concerter de vive voix avant d'ouvrir la lutte.

... Boe'ce vous a escrit par une leltre latine comme il n'avoit pas perdu 1'esperance de se joindre un jour a Durillon... II ne cessera

point d'esclaircir, selon que Dieu 1'aidera, tous ies points, jusques a la composition de 1'oeuvre principal, car alors il sera necessaire de confcrer avec Gelias, devant que le commencer. Dernier febvrier. Je vous ay respondu par ma derniere a celle qui parle de la reunion de Celias avec Sulpice, trouvant bien bon le moyen de I'ex6cuter... Cela suppose cependant que la resolution nette et peremptoire fut faite auparavant laquelle pend encore de plusieurs circonstances... 25 mars. ... Sulpice ne doute point s'il ne fait pas le voyage de cette annee, qu'il le fera de 1'autre, Dieu aydant. 5 aout 1622.

En effet, I'ann6e suivante, Jans6nius entra avec le mois de may en France. M. Sainte-Beuve dit que Ies deux amis se revirent a P6ronne (1). G'est une inexactitude. II est vrai, Jans6nius 6crivait a Saint- Gyran, le 6 avril :

H ... Ayant receu vostre derniere lettre, et reconnu 1'offre que vous faites, de vous transporter a Peronne, je me laisseray aller hors dc mon devoir qui seroit de venir la (Paris ou Jansenius voulait venir), pour reprendre la premiere conception que nous avions de choisir Peronne pour cet effet... Ce sera done, s'il vous plaist prendre cetle peine, le samedy apres 1'octave de Pasques, qui est le 29 du present mois d' avril, le jour de saint Pierre martyr et de sainte Catherine de Sienne, que je me trouveray avec 1'aide de Dieu, vers le soir, a Peronne, pour y entrer avec le mois de may en France, et nous entretenir quelque temps.

Tromp6 par cette lettre si precise, M. Sainte-Beuve raconte que Jansenius arriva a cheval le samedi 29 avril, au soir . Or, le 13 avril Jans6nius 6crivait :

... Je persiste dans la mesme resolution ; car je croy qu'aussi bien nous serions mieux en allant aux champs qu'en demeurant fermes dans la ville de Paris... Cependant si vous le trouvez mauvais vous le pourrez signifier encore... Je ne partirai pas devant le 29 avril... Yos lettres pourront aisement estre icy ; ou pour le moins a Peronne, chez Ies PP. de VOratoire, pour disposer de mon voyage, comme vous le jugerez.

Saint-Gyran disposa du voyage de son ami, et Jansenius vint jusqu'a Paris, ou aux champs, peut-etre encore a Bourg-Fontaine. Quoi qu'il en soit, i'entrevue n'eut pas lieu a P6ronne : la lettre suivante nous 1'indique tres-clairement.

i. Port-Royal, t. I, p. 303.

Louvain, 29 mai 1623. Je vous ay escrit aujourd'huy il y a huict jours, c'est-a-dire jeudy passe, de Peronne avec 1'homme qui ra~ menu le cheval, lequel m'avoit bien mene au pas. Je fus fort las venant a Pdronwe, tellement que j'avais d'horreur de la porte ; neanmoins, pour ne perdre pas de temps, je monte le mesmejour a quatre heures apres disner a cheval, et fis si bien, que j'arrivay le lendemain, c'esta-dire, le vendredy devant disner, aBruxelles, et au soir avec les chariots, a Louvain.

On le voit, apres 1'entrevue, Jans6aius revient a P6ronne d'ou il renvoie le cheval qu'on lui avait pret6 avec une lettre pour son ami, et d'ou, quoique tres-fatigue, il repart le meme jour. Ges circonstances auraient du avertir M. Sainte-Beuve de 1'erreur qu'il commettait.

Le voyage de Jansenius fut fort remarqu6 a Louvain et on en fit d'estranges almanachs . Voici un petit tableau de rnceurs ei la jans&aiste. On nomme le sup6rieur de Sainte-Pulch6rie a un canonicat ; il 1'accepte et s'ecrie : Voila comme Dieu, enun moment, accommode les affaires de Sulpice et de Celias, et contre toute ordre et opinion ; car Sulpice n'ctait que le deuxieme en nomination, et cependant Dieu a fait mourir deux chanoines, 1'un vingt- quatre heures apres 1'autre. II a envie de le changer en simples b6n6flces ; on lui offre deja, 600 florins et un b6neTice ; mais il requiert la residence en un lieu privilegi6. Le temps esclora les occasions. 2 juin

Les lettres des annees 1624, 1625, nous manquent (1). La premiere de 1626 nous apprend que les deux amis se virent , dans les premiers jours d'avril :

... It y a huict ou dix jours que je suis arrive icy heureusement... Je vous demande pardon de la 1'aute que vous m'attribuez de vous avoir chasse si tost. J'aurois veritablement plus de tort, si Fevenenient ne me fournissoit de 1'excuse ; car je fus bien pres de deux heures encore apres votre depart, au logis du messager, avec mon traiste cheval qui rua contre le vostre... Bruxelles, le 17-avril 1626.

M. Sainte-Beuve peut placer ici, s'il le veut, son entrevue de P6ronne : rien ne s'y oppose et il trouvera, quoique a trois

i. Ge faits'explique par le sejour que lit alors Saint-Cyran a Aire aupres de I'evfiquc, M. Bouthillier.

ans de distance, cette rejouissance de printemps qui ne leur servit qu'a conf6rer plus a fond de leur dessein (1) . Toutefois il ne pourrait aj outer : Jans6nius revint a ses livres efc a son Augustinus. Jans6nius revint a Paris au mois de mai. II se rendait a Madrid oft il allait plaider pour 1'Universite de Louvain centre les J6suites. Sans doute il dut consulter chez M. d'Andilly les Memoires d'avocats bailies d maitre Antoine Arnauld. II s'arr&ta a, Bayonne pour voir les parents de M. de Saint-Cyran, et arriva heureusement au terme de son voyage, apres avoir 6t6 oblig6 de prenclre a Saint-Jean deLuz,des mules, faute de chevaux de poste, pour parachever le reste du chemin. II raconte ainsi sa premiere audience :

Je m'en allay voir le president qui doibt traiter nostre affaire auqucl ma venue sembloit estre fortagreable ; car corame il me vit de loin dans la sale, il me vint au devant avec son baston, et commenga a rire bien haul en disant : Ya sabe il camin d'Espana.

Janse"nius passa 1'hiver a Madrid, et, tout en s' occupant des affaires de son university, il ne n6gligea pas celles de la Grace. II continua la lecture de saint Augustin, Facheva et la recommenQa. II trouve tant de choses a recueillir, qu'il travaille a. mourir de fatigue. Aussi peut-il annoncer (30 d^cembre 1626) qu'il ne lui reste plus qu'a mettre la main a la redaction d6finitive de SOQ livre. 11 exhorte encore vivement Saint-Cyran a presser les Oratoriens de s'6tablir a Louvain :

II serai t bon de leur procurer un lieu, s'il se peut, au milieu de 1'universite, sans en dire la raison : car je songe a leur faire tomber enlre les mains toute la jeunesse avec le temps.

II se rejouit fort de la censure inflig6e par la Sorbonne a la Somme theologique des verites capitales de la Religion cliretienne du Pere Garasse. II applaudit a la sainte indignation deson ami centre 1'ouvrage duJ6suite. Saint-Cyran ecrivit la Somme des fautes de cet auteur qui ne manquait ni de talent, ni de vertu : son livre Iou6 par Balzac, Malherbe, Bayle, Rapin, Bacon, et sa belle mort au milieu des pestiferSsde 1'hopital de Poitiers, en temoignent avec un 6clat que les calomnies des JansSnistes et les railleries de Voltaire ne sauraient

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