Lellre du 17 septetnbre 1G5C
Arnauld pouvait quitter ce souci : )e succes des Provinciates 6tait universel.
En face de celte vogue, les j6suites firent la seule reponse possible ; ils denoncerent les impostures, les mensonges de Pascal et sa mauvaise foi en matiere de citations. Le me>ite litteraire des petites Lcttres ne nous doit pas fake absoudre leur auteur de ces accusations ; elles ne sont que trop fondles. Madame de Sabl6 elle-meme ne put s'empecher de reprocher a Pascal sa morale relachee en fait de citations. II lui repondit que c'6tait a ceux qui lui fournissaient les memoires sur quoi il travaillait a y prendre garde et non pas a lui, qui ne faisait que les arranger (1). Pascal s'en lavait les mains un peu trop lestement. M. Sainte-Beuve formule le meme reproche que madame de Sable en ces termes mod6res :
Pascal, comme tous les gens d'esprit qui citent, tire 16gerement a lui ; il degage 1'opinion de 1'adversaire plus nettement qu'elle ne se lirait dans le texte complet ; parfois il arrache quatre mots de tout un passage, quand cela lui va et sert a ses fins ; il aide volontiers a la lettre ; enfin, dans cette ambiguite d'autorite"s et de decisions, il lui arrive par moments aussi de se m6prendre. G'est la tout ce qu'on pent dire, sans avoir droit de mettre en doute sa since" rite (2).
Je ne vois pas comment on peut dire tout cela, sans avoir droit de mettre en doute la sincerite de Pascal. Faut-il plutot mettre en doute celle de ses fournisseurs ? Je crois plus vraisemblable qu'Arnauld, en qui se trouvait toute l'6rudition ecclesiastique, donnait les textes complets, et que Pascal, les trouvant sans doute un peu longs, les coupait, enhomme d'esprit, au bon endroit. II y a plus. Pascal etait-il sincere quand il affirmait qu'il etait sans att-achement, sans liaison, sans relation avec Port-Royal ? Si toutes les Provinciales etaienl vraies comme cette assertion-la, repond M. Sainte-Beuve, il ne faudrait pas trop s'etonner que de Maistre eut mis a cote du Menteur de Corneille ce qu'il appelle les Menteuses de Pascal (3). Etait-il sincere lorsqu'il soutenait qu'on avait toujours refuse aux Jansenisles de leur montrer les cinq proposi-