‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 175 sur 217 · liccucil d'Ulreclil, p. 34S · texte numérisé non relu

liccucil d'Ulreclil, p. 34S

Port-Royal qu'eux-me"mes (1). Le bonhomme de cur6 d&savoua sa declaration ; il ecrivit a madame Perier qu'il reconnaissait, que les paroles de son penitent pouvaient a voir el avaient en effet un autre sens que celui qu'il leur avait donne (2).

H61as! oui, les paroles de Pascal sur son lit de mort avaient un autre sens. Bien loin de revenir a Thumble et entiere soumission que tout catholique doit a 1'Eglise, 1'auteur des Provinciales expira plus avanc6 qu'aucun de ses amis dans 1'esprit de re>olte et de schisme. Ses dernieres Pensees ne laissent malheureusement aucun doute a cet e"gard :

Toutes les fois, ecrit-il, que les jesuites surprendront .le pape, on rendra toute la chretiente parjure.

Le pape est tres-aise a 6tre surpris a cause de ses affaires et de la creance qu'il a anx jesuites ; et les jesuites sont tres-capables de'le surprendre a cause de la calomnie.

Le silence est la plus grancle persecution. Jamais les saints ne se sont tus. II est vrai qu'il faut vocation ; mais ce n'est pas des arrets du conseil qu'il faut apprendre si Ton est appele, c'est de la necessite de parler. Or, apres que Rome a parle et qu'on pense qu'elle a condamn6 la verite, et qu'ils Font ecrit, et que les livres qui ont dit le contraire sont censures, il faut crier d'autant plus haut qu'on est censure phis injustement et qu'on veut etouffer la parole plus violemment, jusqu'a ce qu'il vienne un pape qui ecoute les deux parties et qui consuite I'antiquite pour faire justice.

Si mes Lettres sont condamnees a Rome, ce que fy condamne est condamne dans le del.

Ad tuum, Domine Jesu, tribunal appello.

J'ai craint que je .n'eusse mal ecrit, me voyant condamne ; mais 1'exemple de tant de pieux ecrits me fait croire au contraire. II n'es plus permis de bien ecrire.

Toute 1'Inquisitioa (tribunal de Rome) est corrompue ou ignorante !

II est meilleur d'obeir a Dieu qu'aux hommes(lepape etles eveques).

Je ne crains riei], je n'espere rien. Les eveques ne sont pas ainsi.

Port-Royal craint, et c'est une mauvaise politique.

Je ne crains pas vos censures.

Ainsi Pascal meurt les blasphemes de Luther a la bouche, et en poussant le cri orgueilleux de tous les herStiques que le

1, Sainte-Beuve, Port-Royal, t. HI, p. 369.

aa Necrologe, p. 281.

Saint-Sie"ge condamne : Ad tuum, Domine Jesu, tribunal appcllo ! La gloire n'effacera jamais a nos yeux les stigmates de sectaire dont le front du grand homme est fle'tri. Nous procla- . mons son genie, mais nous ne dirons jamais qu'il le mil aii service de la ye'rite'. Nous 1'avons vu, les Provinciales sont un immortel mensonge. Et quant a ses Pcnsees, fragments d'un ouvrage interrompu par la mort, quel homme sense en soutiendra la philosophic, la morale, la politique, la the'odice'e ? La philosophie de Pascal nie la certitude humaine ; sa morale, la justice naturelle, et elle declare le mariage un homicide et presque un deicide ; sa politique est celle de 1'esclavage et elle a pour base cet axiome devenu tristement fameux de nos jours : Le droit, c'cst la force ; sa th6odicee repousse les preuves physiques de 1'existence de Dieu et proclame que 1'homme ne peut savoir ni quel est Dieu, ni m&me s'il est (1). Non, Pascal ne mit pas son genie au service de la ve"rite" ; il ne le mit qu'au service des passions et des doctrines d'une secte funeste qui 1'empecha d'etendre ses ailes et de planer, au-dessus d'un etroit et sombre horizon, dans les splendours et les espaces inflnis du vrai. II ne lui reste qu'une gloire incontestable: celle de fondateur de la prose franchise : personne ne la lui dispute ; elle ne doit pas faire oublier que ce grand Chretien vecut et mourut en combattant 1'Eglise catholique dans ses de"fenseurs, dans son chef et dans ses decisions.

La mort de la mere Ang61ique, Angelique la grand?, avait precede d'un an celle de Pascal. Entree au cloitre sans vocation, elle embrassa neanmoins, grace a l'e"nergie de son ame qui etait peu commune et aux sages conseils de saint Frangois de Sales, les pratiques severes de la vie religieuse et les fit refleurir dans son monastere. Son nom brillerait sans tache a cole de celui des saintes reTormatrices qui illustrerentl'histoire eccl6siastique de notre patrie au commencement du xvii e siecle, si Sainl-Cyran, Y homme fatal, n'etait venu tout corrompre ; a la seve catholique, il substitua le venin de I'her6sie. Port- Royal eut renouvcle la gloire de Clairvaux et rivalise avec le Carmel restaurc ; il ne fut qu'un ardent foyer d'erreurs dont la mere Angelique fut 1'altiere vestale. Elle se distingua par sa haine contrc Ptome. Nous 1'avons entendue oser metlre clans la bouche tres-pure du bienheureux 6veque de Geneve les

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