‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 187 sur 217 · Sainte-Beuve, Port Royal, t. iv, p. 266, sq · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Port Royal, t. iv, p. 266, sq

voirderien; elle vous tient son quant d, moi, et elle m'a r6pondu dans une hautainerie, dans une elevation et une assurance qui m'a fait rougir de voir un tel caractere d'esprit et une telle vanit6 dans une religieuse, et de voir qu'elle n'en rougit pas elle-mme. Elle est au-dessus de tout, rien ne F6tonne, et personne n'est digne d'elle. G'est la SOBUP Eustoquie elle-meme qui nous transmet sur son compte ces t6moignages a sa charge, et elle ne s'aperc,oit pas, a la maniere dont elle croit s'en faire honneur, qu'elle les justifle.

Je me rappelle que lorsque j'avais 1'honneur de causer avec M. Royer-Gollard de ces caracteres et personnages de Port-Royal, des qu'il lui arrivait de prononcer le nom de la scaur Briquet : et la sosur Christine Briquet, Monsieur!... II eclatait de rire, de ce rire mordant et bruyant qui lui 6tait naturel. Elle faisait sa joie et sa jubilation, chaque fois qu'il y ressongeait... La difference de ton de cette niece des Bignon d'avec la fille des Br6gy, filleule de la reine, se fait vivement sentir : la pr6c6dente eiait de race de pr6cieuse, celle-ci est de souche gallicane et doctrinaire ; elle part d'un principe; elle porte dans la devotion le proced6 parlementaire, au lieu du genre Rambouillet... Elle avait response a tout et tenaU tout ce monde en 6chec. Gette dangereuse petite fille justifiait de plus en plus ce que lui avait dit Farcheveque : Je souhaiterais de tout mon cceur que vous eussiez quatre mille fois moins d'esprit que vous n'en avez... II est certain que votre esprit vous perd. Vous tes une dogmatiseuse, une theologienne et une philosophe. Yous vous melez d'enseigner une science..., dites-moi un peu comment elle s'appelle? est-ce la the"ologie ou la philosophic dont vous faites profession ? La so3ur Christine ne le savait pas hien elle-meme : par des appels conlinuels aux paroles de 1'Ecriture , elle allait a tout moment jusqu"aux limites du protestantisme. Un siecle plus tard, au lieu de Saint-Cyran et de M. Arnauldfaites-lui lire Jean- Jacques ou engouez-la pour M. Necker, et vous verrez ou elle ira.

Des religieuses qui iportaient dans la devotion le proced6 parlementaire ou le genre Rambouillet, et qui auraient et6 ca pables de comprendre et d'aimer Heloise ou Gorinne, ne pouvaient avoir que des dedains, des sarcasmes pour la mere Eugenie, le precede de saint Frangois de Sales et le genre de sainte Jeanne de Ghantal. G'etait tout naturel. La mere Eugenie et ses lilies, disent ces esprits raffm6s et libres, confondaient

FEglise avec le pape; elles ne se contentaient pas de croire le pape infaillible, mais il semblait qu'elles rendaient participants de cette prerogative tons leurs supe"rieurs. Elles disaient, en voyant le portrait de Saint-Cyran: Voilct, un homme qui amis le feu dans I'EgHse, et elles appelaient M. dTpres un blasphemateur. Elles n'avaient d'autre science que I'ob6issance aveugle et enfermaient dans cette vertu la loi et les prophetes. Elles elaient ignorantes au dernier point. Une d'elles, qui avait e"te" superieure, ne savait pas, lorsqu'elle vint a Port-Royal, combien il y avait de psaumes ni qui les avaifc composes. Elles etaient surprises quand elles entendaient alleguer quelqties paroles de la Sainte Ecriture; elles prenaient toute leur science dans les livres deleur bienheureux pere, dansRodrigues, dans la vie de M. Yincent; elles ignoraient la tradition, les conciles et 1'histoire. La mere Eugenie ne cita jamais que ce passage de saint Paul : Nous avons e'te ensevelis avec Jesus-Christ par le baptdme, et encore au lieu d r 'ensevelis elle dit en sepulture. La plus belle des raisons qu'elle donnait, en exbortant les r6volt6es a la signature, c'6tait: Ma chere soeur, le pape a dit qu'il faut signer ; monseigneur 1'arcbeveque le veut ; tout le monde le fait. La soaur Seraphine fut meme jusqu'a dire qu'on 6tait toujours oblige d'obeir au pape, parce que son autorit6 devait pr6valoir au-dessus de toute autre. On lui r6pondit : a L'autorit< de Dieu, ma soeur, et celle de 1'Evangile ne doivent pas pourtant c6der a celle du pape. Sur quoi elle cut 1'impudence d'^tablir cette maxime qu'i^ ne fallait croire et tenirde 1'Evangile que ce que le pape ordonnait que I' on en crut et que I' on en tint (i).

Ainsi, a Port-Royal, on plagait toujours FEcriture au-dessus de I'autorite de 1'Eglise, la Bible au-dessus du pape. Le jansenisme et le protestantisme se donnaient la main. En nous parlant de la mere Eugenie, les religieuses en rSvolte nous ont rev616 elles-m^mes leurs sentiments calvinistes. Pour bien connaitre le fond de leur creur, il faut computer cette r6v61ation par quelques faits emprunte's aun me moire de la mere Eugenie.

Le P. Rapin a eu ce mSmoire eutre les mains et il en a donn< un abrdge ou nous lisons :

\. Vies inleressantes el ddifiantes des religieuses de Port-Royal, t. n, P- 402, sq.

a Les religieuses de Port-Royal parlent de Rome com me d'un gouvernement de politique, d'int6ret et d'inlrigue, ou les jesuites, leurs ennemis declares, etaient les maitres. Elles n'ont d'estime que pour leurs Messieurs : Je ne connais pas le pape, disaitl'une d'elles ; je ne sais s'il fait bien ou mal, mais je connais nos Messieurs. Elles soutenaient que le pape n'avait aucune connaissance de la doctrine et du livre de Jans6nius, qu'il dormait pendant que les docteurs le d6fendaient devant lui, a Rome. Elles ajoutaient que c'6tait une idolatrie toute pure que de croire rinfaillibilite du pape et que c'etait attribuer a 1'homme ce qui n'est propre qu'a Dieu. Elles se moquaient de rexcommunication du pape et de 1'archeveque. L'Eglise etait pour elles Yassemblee des fideles en charite. D'ailleurs, pour retimiver la veritable Eglise, il fallait remonter aux premiers siecles, ou s'enfermer a Port-Royal. - Elles ne pouvaient entendre parler des jesuites sans Emotion et sans s'emporter contre eux. On les entendit raconter qu'un jour les pensionnaires de Port-Royal des Champs habillerent une poupee en j6suite, dont elles firent un sujet de divertissement aux meres, et a la fin du jeu elles jeterent en c6remonie la poupe"e clans l'6tang pour la noyer. Elles se consolaient de la privation des sacrements, enpensantque saint Paul, premier ermite, et sainte Marie e"gyptienne, qui avaient si pen communie', 6taient devenus de grands saints. Elles avaient une grande devotion pour Saint-Gyran ; on donnaitaux malades, pour les gu6rir, de 1'eau ou avait trempe sa main ; souvent on a trouve des religieuses prosternees (0 M. Sainte-Beuve !) devant le coeur et les enlrailles de cet abb6, renfermes sous une pierre dans le cloitre ; toutes les religieuses avaient son image clans leur cellule. On gardait et on portait en procession des os de Saint- Gyran, de Singlin, de Galaghan, de Rebours, de Bagnols^ des meres Angelique, Marie des Anges, C|u'on appelait les saints modernes (1).

Que pouvaient la mere Eugenie et M. Chamillard contre de telles aberrations de doctrine et de conduite ? Avec toute leur douceur, toute leur moderation, ils ne parvinrent pas a ramenera 1'obeissance ces religieuses qu'il aurait fallu ramener d'abord a la foi catbolique. Gependant, des les premiers jours de leur gouvernement si conteste et si meprise, sept signerent

\, Rapin, Mdmoires, t. m, p. 299, sq.

le Formulaire. Naturellement, les relations notent d'un signe funebre le jour ou ces etoiles tomberent du ciel augustinien; ce fut le 12 septembre 1664. Deux de ces soeurs vendues a I'iniquite sont restees celebres : la soeur Flavie, qui fut eiablie sous-prieure et infirmiere, et la sceur Dorothe, qu'on fit celleriere ettouriere. La soeur Plavie surtout est 1'objet des r6criminations et des anathemes des annalistes de Port-Royal; ses de'fauts, sa trahison, ses brigues, ses artifices, ses mensonges insignes sont consigned en detail dans d'interminables recits. Les religieuses fideles a la grace se consolaient en publiant les dereglements des signeuses. Monsieur, disait la sceur de Saint Alexis a Chamillard, vous n'avez pas de quoi vous glorifier beaucoup : ce ne sont pas les plus vertueuses de la maison, ni les meilleurs esprits que vous avez attrap6s. Les plus vertueuses de la maison, les meilleurs esprits, goutaient peu la direction de M. Chamillard et n'avaient aucune confiance en lui. Un jour, ce docteur ne leur avait-il pas avou6 qu'il n'avait pas dit Prime d une heure et demie apres-midi, alors que les personnes qui les avaient conduites autrefois avaient toujours dit Prime avant dix heures. Au reste, les directeurs du dehors continuaient a les assisterpar tous les moyens. Les religieuses entretenaient des communications^ regulieres avec les meres d6port6es et leurs amis. Elles envoyaient leurs confessions par 6crit ; elles demandaient en retour qu'on leur envoyat 1'absolution, par lettre egalement, et qu'on mit sous le pli deshosties consacrees pour pouvoir communier. La folie et le sacrilege debordent. L'enlevement des sceurs Eustoquie de Bregy et Christine Briquet, que 1'archeveque ordonna enfin, ne derouta point le parti des revoltees : comme la sceur Eustoquie, elles auraient toutes mis en pieces M. Chamillard, la mere Eugenie et la soeur Flavie, pour un soulier de M. Arnauld et meme de M.Akakia.La sosur Flavie se rendit alors coupable du plus grand de ses crimes. On envoya aux religieuses enlev6es leurs ecritoires et quelques livres, mais on n'envoya rien a la soeur Eustoquie, et cela par le conseil de la soaur Flavie qui s'y opposa, en disant qu'il fallait lui faire faire penitence de ses lectures et de ses griffomieries passees (1). La penitence etait bien trouvde pour cette tille savanle et paperassiere, Les meres transpor-

i. Dom Clemencel, Hisloire genii ale de Port-Royal, t. viu, 01.

te"es dans divers couvents de Paris ne montrerent pas, a part une cm deux, de meilleures dispositions.

La plus considerable et la plus conside're'e de ces viotimes est la mere Angelique de Saint-Jean, qui fut enferm6e au couvenl des Annonciades. Dieu lui donnait des lumieres extraordinaires. En voici un exemple qui ne laisseaucundoute: Interrog6e au sujet du jeune due de Ghartres, Philippe d'0r!6ans (depuis regent du royaume) pour lequel elle avait voulu prier pendant deux mois, elle r^pondit qu'elle avait connu que ce prince sauverait I'figlise de France (1). L'ame et Tesprit de cette proph6tesse ravissent M. Sainte-Beuve. Quoi de plus ravissant, en effet, que de voir une religieuse, voue"e al'humilit6 et a I'ob&ssance, register superbement a ses le"gitimes supe>ieurs etse poser en martyre ? Quand elle se voit d6signe"e pour quitter Port- Royal, elle s'applique ces paroles d'un grand confesseur de la foi : Gaudeo plane quia hostia Christi effid merui. Quand Varchev&que appelle les douze victimes pour les faire sortir, elle pense a ce terrible jour ou Dieu rassemblera ses brebis de tous les lieux ou elles auront 6t6 disperses, et les se"parera d'avec les boucs, sans que les conditions et les dignit6s puissent empecher que chacune soit place"e selon le me"rite de ses ceuvres. Au moment tragique oii son pere 1'immole en son cceur, comme un autre Isaac, sur les marches du balustre, elle fait a Dieu cette priere : Holocausta medullata offeram tibi. Quand le carrosse les emporte, elle chante 1'hymne de la D6dicace : Urbs Jerusalem beata, et se dit qu'elles 6taient les pierres vivantes que Ton transportait pour les aller poser dans l'6difice spirituel de cette ville oii elle esp6rait se trouver r6unie avec toutes les personnes qu'elle venait de quitter.

Tout a coup, au milieu de ces mystiques interpretations d'une devotion illumin6e, le precede parlementaire se fait jour. La sup6rieure des Annonciades, M m de Rantzau, regoit ^incomparable mere et la mene d'abord a la chapelle de Ylmmaculee conception. Le mystere m'6tait nouveau, dit la mere Angelique, n'y ayant point d'autel chez nous qui soit d6di6 aux opinions contestees. Or elle, qui dedaignait de s'incliner devant 1'image de Marie immacul6e, fut prise d'un point de c6t6

1. Ge qui a rapport, ajoute dom (Jlemencet, a la Iibert6 que le regent accorda a la mort de Louis XIV, et qui donna occasion a Yappel de la bulle Unigenitus, lequel a consent le ttmoignage de la vfrite dans I'Eglise.

dont elle mourut, en se prosternant sur le tombeau de M. de Sacy pour lui parler en faveur d'une sceur malade et lui demander en meme temps sa sainte benediction pour elle- me" me. Le proc6de parlementaire se fit jour plus d'une fois encore pendant la caplivite de la mere Angelique. Apres une longue conversation avec I'archevSque qui 1'etait venue voir, et dans lalaquelle la prisonnicre avail soutenu contre le pr61at et la superieure la fameuse distinction du droit et du fait^ M me de Rantzau 1'accompagna jusqu'a sa cliambre.On en avail emport6 la clef, de sorte qu'il fallut attendre quelque temps aupres dc la porte. La dispute se ralluma-.

Elle (madame de Rantzau) me dit que j'etais trompee, qu'il y allait de mon salut, que j'etais dans 1'erreur et choses semblables. A quoi je repondis en general que je ne pouvais etre dans 1'erreur en croyant tout ce que 1'Eglise croit quant a la doctrine et ne faisant difficulte que d'attester que les heresies sont dans un livre ou tout le monde ne les voit pas... Elle supposa toujours que par la nous nous separions de la creance de 1'Eglise, qui a toujours reconnu pour heretiques ceux qui refusaient de condamner les heresies et les auteurs. Sur quoi elle allegua les Origenistes qu'on avait obliges de dire anatheme a Origene. J'y repondis par saint Jerome a Jean de Jerusalem a qui il donnait le choix ou de condamner Origene s'il condamnait ses erreurs, ou de nier que ses erreurs fussent d'Origene s'il ne voulait pas condamner Origene. Elle voulut se fortifier du iv c concile, qui avait oblige Theodoret dc dire anatheme a Nestorius. Cela me contraignit d'allegucr le v et le Yl touchant les Chapitres ct Honorius. Des qu'elle entcndit parler d'Honorius, elle en prit la defense disant qu'il n'avait pas etc condamne, mais que c'etaient lesactes du concile qui avaientcte falsifies. J'avais le plus beau champ du rnonde de repliquer, mais parce que je ne voyais ni utilite, ni plaisir a m'engager dans cette dispute avec unepersonne qui ne cherchait pas la verite, mais qui se tenait si assuree de la savoir que toute contradiction lui passait pour heresic. Je voulus rompre en lui disant que pour cette pretendue falsification, j'avais ou'i dire que c'etaitun songe dont tows les savants se moquaicnt, et qui meme ne pouvaient rien aux regards des erreurs de fait, dont on soutient que les Papes et les conciles memes sont capables ; mais quo je laissais toutes ces contestations aux savants etne me voulais melcr que de prier Dieu. Elle me repliqua promptement comme pour me pousser plus avant, parce qu'elle voyait que je voulais me retirer de la dispute : Je sais toute 1'histoire ecclesiastique, je sais, je rcpondrai a tout. Je lui repliquai avec un peu de chaleur, car son emprcssement m'emut: Et moi, ma mere, je ne sais rien. C'est pourquoi cela va le mieux du monde pour ne pas disputer : car il n'y aurait pas de

proportion... Elle s'echauffa davantage et me dit qu'elle ne me laisserait pas, qu'il y allait de mon salut. L'impatience me prit aussi, ct, sans autre reponse, je lui fis une profonde inclination et me tournai devant une fen6tre, ou je me mis a genoux pour prier Dieu, en attendant qu'on apportat la clef qu'on etait alle querir, car tout cela se passa sur la montee, a la porte de ma chambre.

Quelque temps apr&s cette dispute sur la monte'e, la mere Ang61ique reirouvait toute sa science. Elle eut avec madame de Rantzau, qui la pressait toujours de se souinettre aux jugements infaillibles du Pape , de nornbreuses conversations qu'elle 6mailla des plus belles fleurs de Janse"nius et de Saint- Gyran. Lorsqu'on la menac,a de rexcommunication elle repondit :

II arrive quelquefois que les successeurs de Saint-Pierre imitent un peu sa promptitude a tirer I'ep6e, et ils frappent trop t6t comme lui sans atlendre la permission de J6sus- Christ. Mais alors Jesus-Christ gu6rit comme en ce temps-la 1'oreille qui est coupee, et augmente int6rieurement la foi et la charit6 a ceux que Ton a s6par6s sous pr6texte de leur d^sobeissance.

Aux grandes fe"tes de la Toussaint, de Noel, de Paques, elle demeura priv6e des sacrements. Mais la foi lui persuadait assez que Dieu pouvait remplir ce vide et lui donner autant de force par la communication des souffrances de Jesus- Christ que par la participation du divin sacrement qui en est le memorial.

G'est ainsi que la mere Angelique, grande ame et grand esprit, portait le procede parlementaire et protestait dans sa deVotion. Soyons justes toutefois, et reeonnaissons qu'elle savait mdler a ce rationalisme le mysticisme le plus ardent. Dans sa chambre elle chantait 1'office de la grand' messe; elle faisait Taspersion de 1'eau benite et ne manquait pas d'asperger. le seuil de la porte, de peur que I'esprit de seduction n'y entrd-t avec celles qui tdchaient de I'y amener. Elle faisait aussi la procession, portant une croix. Mais elle ne recitait pas les litanies liturgiques. <x J'avais fait, dit-elle, une litanie des noms de toutes nos soeurs de Paris et des Champs, des novices et postulantes du dehors et de tous nos amis et amies, en general de tous ceux pour qui je me croyais obligee particulierement de prier et je les offrais tous a Dieu,

1'un apres 1'autre, en disant a chaque personnel Miserere ejus.

Les songes propbeiiques venaient visiter la pauvre captive et la consolaient. Gar c'eiait presque to uj ours 1'image de sa chere Sion sortant de ses mines qui lui apparaissait sur le bord de ces fleuves de Babylone ou elle g6missait.

L'archeveque r6alisa les reves de la mere Angelique. II vit que les religieuses rest6es a Port-Royal de Paris perseV6raient dans leur guerre intestine centre la mere Eugenie, la sceur Flavie et les signeuses, et que les exilecs, loin de subir la salutaire influence des communaut6s qui les avaient regues, s'ent^taient de plus en plus dans leurs sentiments. Elles pouvaient aussi r6pandre leurs erreurs. Un de leurs plus z616s directeurs, l'6veque d'Aletb, y comptait bien. Quel avantage pour elles, 6crivait-il, d'etre dignes de soutenir avec tant de fermet6 et de vigueur la v6rit abandonee par le clerg6 de France, d'en tre les premieres victimes et d'avoir et6 destinies par une election toute divine de porter cette v6rite dans toutes les maisons ou elles ont 6t6 conduites ; c'est pour faire misericorde a d'autres maisons religieuses qui vivent dans une ignorance profonde de leur tat, que Dieu les a s6par6es. Cette dispersion sera comme celle des ap6tres, qui se fit pour rpandre la connaissance de J6sus-Christ.

D'ailleurs le roi se lassait de payer la pension des captives. Gomme elles n'&taient pas toutes aussi mortifies que la mere Angelique, leur entretien devenait assez one>eux. Gar leur d61icatesse pour leur manger allait 'a tel exces qu'on ne pouvait leur faire de bouillon assez bon en la maison, ni rien servir a leurs tables dont elles ne fissent des plaintes (1).

On pensa done qu'il valait mieux rassembler le troupeau rebelle en un mgme lieu et faire le vide autour de lui. G'est ainsi qu'au mois de juillet 1665, les religieuses exiles, et celles demeur^es avec la mere Eugenie se trouverent r^unies a Port-Royal des Champs.

Nous arrivames justement assez a temps, dit la mere Angelique, pour celebrer la fete de la Dedicace de 1'eglise du monastere. Jamais nous ne cbantames avec plus de joie et plus de consolation spirituelle : Hsec est Domus Dei.... G'est

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