Lettre de M. Gambart. Rapin, Memoires, t. in, p
ici la maison de Dieu qui est solidement bdtie; elle est fort bien fondle parce qu'elle est appuy6e sur la pierre, et qu'elle ne met sa confiance qu'en la seule grace de son Sauveur...
Les communications avec leurs amis devinrent plus difficiles aux Champs qu'a Paris L'archevque avait fait relever les murs de cldture et un exempt avec quatre gardes veillaient, de par le roi, sur tout ce qui entrait et sortait du monastere. Les confesseurs furent changes ; la privation des sacrements fut maintenue pour toutes les religieuses, except^ les converses. Mais, dit le P. Rapin d'accord ici avec les Relations, elles trouverent moyen, aussi bien exerce"es qu'elles e"taient, de troniper leurs gardes par leurs bons amis, qui, dans les riuits les plus obscures, allaient planter secretement des Schelles sur les murailles de 1'enclos, aux lieux les plus 6cart6s de la maison, et. jetaient des paquets de lettres et d 'imprimis, ou les portaient eux-memes, d6guis6s, sans scrupule de rompre la cl&ture, contre les canons, qu'ils n'observaient que quand ils leur 6taient bons a quelque chose... Elles avaient d'autres voies de tromper les ecc!6siastiques que 1'archeveque leur avait donnas pour veiller a I'interdit des sacrements..., car tantdt elles se fourraient dans les places des converses qui avaient permission de communier, tant&t elles prenaient leurs voiles pour tromper les pretres et surprendre la communion.... On disait mme qu'Arnauld, qui se cachait dans Paris, allait toutes les semaines, d6guis6, en charrette, a Port-Royal, et portait un nombre d'hosties consacr6es qu'il leur passait par-dessus les murailles, qu'il escaladait, ou les faisait porter par un pr&tre, nomm6 de Sainte-Marthe, grand aventurier, dont il se servait en cette qualit6-la pour tromper les gardes (1). Si M. de Sainte-Marthe ne leur apportait pas toujours des hosties consacrees, il ne manquait jamais de leur distribuer le pain jans6niste de la parole de Dieu ; il avait la charit6, raconte une Relation, de partir le soir de Paris ou de la maison ou il demeurait pres de Gif et de se trouver a certaine heure dans un endroit marqu6, assez 61oign6 des gardes : il montait sur un arbre assez pres du mur, au pied duquel 6taient les religieuses, a quiil faisait des petits discours pour les consoler et les fortifier. G'6tait pendant 1'hiver. Les rigueurs de la saison
l. Rapin, M6moires, t. in, p. 304.
nous font admirer davantage la charit6 du pr6dicateur perchd sur un arbre et Favidit6 de son auditoire blotti au pied d'un mur.
On comprend que les confesseurs nomme's par M. Per6fixe paraissaient bien vulgaires aux saintes recluses, lorsqu'elles-les comparaient a leurs he>oiques directeurs. Aussi avaient-elles pour eux des process dont I'indignit6 louche parfois au burlesque. Unjour, par exemple, un d'eux, M. de Saugey, veut lire aux religieuses une Ordonnance de I'archev&que. Gelles-ci refusent de 1'entendre s'il n'est accompagne de deux temoins, protestent par avance de nullit6, se portent opposantes a tous les tribunaux, meme a celui de Jesus-Christ. Le chapelain, qui ne voulutpas se desister, usa de stratageme. Au moment ou la communaute' se levait pour sortir du choeur apres none, il s'approcha de la grande grille et se mit a lire d'une voix tout a fail surprenante la lettre de I'archev6que. Mais des les premiers mots, les soeurs fuient avec tant de precipitation qu'elles renversent les chaises avec leurs manteaux.Aussitotsoaur Marie- Gabrielle crut entendre que les meres avaient ordonn6 de faire grand bruit et, obeissant a Faveugle a ce commandement sans auteur, elle jette plusieurs chaises avec une fureur et, une agilite. extraordinaire. Une soeur converse voulut 1'imiter en jetant les chaises del'autre choeur, et sosur Anne-Eugenie, surmontant la repugnance qu'elle avait a contribuer a ce joli vacarme, retourna, par pure obeissance, car elle etait d6ja sortie, en jeter deux de toute sa force. Elle fut suivie de soeur Jeanne Fare, qui, voyant sosur Angelique sourire, se persuada qu'elle avait aussi jet6 sa chaise et rentra dans le chosur en jeter une afin de ne pas perdre le merite d'une si belle action. Gette action, ajoute la Relation, quoique innocente dans le fond, ne laissa pas de scandaliser terriblement M. Du Saugey. N'y avait-il pas de quoi ?
Au milieu de cette sanglante persecution, qui ruinait de fond en comble un des plus saints monasteres de I'Eglise, les religieuses trouverentdans leur m6decin, 1'honorable M. Hamon, qui avait la libre entree de leur maison, un guide spirituel et un consolateur. M. Fontaine ecrit en lettres d'or dans ses m6moires le nom de cet ami de Port-Royal. Dans le bienheureux D6sert iln'y eut certainement que de grands homines, que des hommes fameux, savants, picux, saints, celebrcs, illustres, et cependant M. Hamon a ele un des plus grand*
ornaments d'entre eiioo. Dicu a fait voir le discernement qu'il faisait de ce fidele serviteur d'avec nous autres, en le laissant toujours stable dans ce saint Desert dont la tempSte nous a chassis, en 1'y laissant subsister malgr6 les orages et les violences des hommes... Dieu savait les raisons de sa stabilite dans ce lieu, et 1'usage qu'il y voulait tirer de lui quelque jour pour ses servantes afflig6es... II a fait ce qu'auraient du faire les 6vques et les plus saints ecc!6siastiques. Dieu en quelque sorte 1'a tir6 du rang des laiques, pour le faire passer aurang des docteurs les plus eclair^s... Arm6 de ces armes de lumiere, et toujours pr6t a combattre pour ces saintes filles, auxquelles Dieu 1'avait donn6 pour etre leur consolation dans ces temps facheux d'une persecution q.u'on aura peine h croire..., rien ne Feffrayait. Faisant ce qu'un 6vque charitable aurait du faire, il rendait inutile ce que des 6v6ques impitoyables faisaient contre ces saintes religieuses (1).
Voici par quelles maximes M. Hamon rendait inutile la privation des sacrements dont 1'archeveque de Paris avait frapp6 les religieuses r6calcitrantes de Port-Royal. Ne pouvant reproduire au long 1'affreuse doctrine du sublime th6ologien nous nous bornons a citer sommairement quelquesuns des motifs de consolation qu'il offrait a ces saintes filles.
1 La privation de la confession efface les plus grands crimes ; elle est beaucoup plus m&ritoire que la confession elle-me'me; elle est une eoBcellente penitence.
D'ailleurs elles peuvent toujours se confesser a J.-C. qui est le grand prtitre, I'eveque de nos times; elles peuvent se confesser a un laic, qui aura peut-6tre plus de lumiere et plus de vertu que plusieurs pr^tres... Jesus-Christ donnera V absolution... La foi nous absout de nos p&ches.. La louange de Dieu supplee au bienfait de I 'absolution... La parole de Dieu supplee a ^absolution du pretre.
2 La privation de PEucharistie est plus precieuse devant Dieu que le martyre : elle est une grande marque d 'amour ; elle est beaucoup plus prGcieuse que I'Eucharistie m4me ; il suffit d 'avoir communie" une fois dans la vie.
D'ailleurs on peut communier sans recevoir I'Eucharistie : on communie toujours en vivant ; si nous avons une veritable charite, nous devons croire que nous communions en eff'et, quand nous en voyons qui communient, ou meme quand nous le savons,