Letlre du 29 fevrier
composition lui est tres-p6nible a cause d'une infinite de passages qu'il faut aligner a tout bout de champ, et qui embarrassent beaucoup le cbemin. Autour de lui on ne sait pas a quoi il travaille, sinon en g6n6ral qu'il se rompt la t6te a saint Augustin et par consequent qu'il m6dite quelque chose sur lui. II enverra a Saint-Gyran les titres ou chapitres de tout ce qu'il traite afin qu'il puisse en juger en gros. II prie Baroos de voir s'il peut trouver le Chronicon Prosperi et d'examiner ce qu'il dit environ 1'an 415, ou entre -410 et 490, des h6rtiques qu'on nomme Prsedestinati. Le Chronicon ordinaire qu'il possede n'en parle pas. II voudrait aussi qu'il prit note de la suite desPapes depuis Innocent ! jusqu'a L6onle Grand, car Pontanus dit qu'il syncope trois ou quatre Souverains Pontifes. Gela est n6cessaire au dessein et a la suite de son ouvrage ; faute de ces e"claircissements, il y a quatre semaines qo-QJacent opera interrupta, minxque murorum ingentes. II est vrai que ce qu'il desire savoir n'est pas destine a prouver sa these, mais a renverser etce Prosper et ces pr6destinatistes. Peu apres il envoie encore quelques chapitres a Saint-Gyran, afin qu'il juge des questions qui m^ritent d'etre mises en relief. II lui semble qu'il a bien donn6 sur les doigts aux Jesuites et qu'il leur sera difficile de se d6fendre de certaines choses qu'il leur impute. II souhaiterait que Saint-Cyran put tout lire, et il espere que Dieu lui m6nagera une occasion favorable pour cette communication. II a mis un an aterminer ces chapitres, quoiqu'il y consacrat trois heures par jour assidument. Sans doute il aurait eu le temps d'6crire davantage, mais ce travail de continuelle composition 6tait trop pesant/Quand il commence les livres de Gratia primi hominis, etc., ce qu'il appelle traiter les affaires de monsieur Adam, il 6crit si longtemps et avec une telle ardeur que bientot sa main, fatigued refuse le service et il est oblige de lui accorder huit ou dix jours de repos. Gertaines difficultes 1'embarrassent beaucoup ; il se fie a Dieu qui lui decouvrira la v6rite, car plus d'une fois dej^ ii a 6prouv6 que 1'assistance divine ne lui manquait pas en ces occasions. Ses occupations officielles I'ernp&chent seules de terminer 1'Augustinus. II se console de ce retard en pensant qu'ii lui arrive par une volont6 particuliere de Dieu qui sait quand il sera temps de produire ce livre, car de croire qu'il sera facile de le faire passer aux juges, cela, dit-il jpeut difficilement tomber en mon esprit, queiques
dispositions qu'il puisse y avoir de dela, sachant les extravagances qu'il y a...
II manquerait un trait caracteristique a la figure qui se dessine dans cette longue correspondance, si nous n'ajoutions que Jans6nius, noram6 recteur de 1'Universite deLouvain, mena de front la politique et la th6ologie. Pour mettre fin a la guerre dela Flandre avec la Hollande, il proposa en '1633 de secouer le joug de 1'Espagne et d'unir les catholiques flamands avec les protestants he Man dais pour composer un corps mi-parti dcs deux creances. Deux ans plus tard, quand la France s'arma contre la maison d'Autriche et commenc.a la conque" te de la Flandre, Jans6nius, redevenu bon Flamand et bon Espagnol, ecrivit, sous le pseudonyme d'Alexandre Patricius Armechanus, un pamphlet qu'il intitula : Mars Gallicus, sen dejustitia armorum et fcederum regis Gallise. C'6tait une satire violente des rois de France, depuis Glovis jusqu'a Louis XIII, de la loi salique, du titre de roi tres-chr6tien, du don de gu6rir les ecrouelles, des alliances contracted par Richelieu avec les princes protestants. LesPapes qui ontfavorise ou Iou6 les rois de France ne sont pas epargn6s dans cette philippique. Le P. Rapin en fait avec une juste indignation 1'analyse, qu'il termine ainsi : Le style en 6tait vif, anime de citations grecques et latines assez Men applique"es, mais plein de fiel ; 1'auteur ayant 1'air d'un homme toujours en colere, et qui ne cherche qu'a offenser, m&lant a tout cela de ces tours malicieux qui ne respirent que I'animosit6 et cette malignit6 artificieuse qui pique d'ordinaire la curiosit6 d'un lecteur. Enfin, apres avoir dit de notre nation tout ce que la passion peut inspirer, il s'excuse de la faiblesse de son style, pr6tendant que c'est moins par son livre qu'on peut apprendre la v6rit6 des crimes aboniinables des Frangais pour perdre la religion, que des soupirs et 'des gemissements dont les fideles ont fait tant de fois retentir toute 1'Europe (1).
On pretend que Richelieu voulut obliger l'abb de Saint- Cyran a r^pondre a l'6crit du faux Armechanus sans connaitre ses liaisons et ses engagements avec le veritable auteur, et que Fabbe, ayant refus6 d'expliquer les raisons qu'il avait de le faire, acheva par la de se perdre dans 1'esprit du premier ministre qui le fit observer avec attention. Le temps est passe ou