Lellre CCXXIV
S.Lettre CCXLVI.
ce qu'elle exigeait une retractation expresse ou tacite des membres du second ordre qui avaient assiste" a Fassemble'e, pour leur accorder des bulles. C'etait, disait-il, une injustice visible... Exiger que la France renoncdt a cette doctrine, c'etait vouloir dominer sur la foi d'une grande eglise plus savante et plus eclairee qu'aucune partlculiere... Si le roi prenait consell de prelats liaUles, pieux et desinteresses (tels qu'6taient les amis des Messieurs), et qu'il voulut de bonne foi suivre leur avis, il embarrasserait bien les Romains. II ne faudrait que les menacer d'un concile national, auquel on laisserait toute liberte", non-seulement de lui dire ce qui serait le plus avantageux pourle bien de 1'Eglise, quand ce serait m&me de renoncer a 1'extension de la regale, mais encore de declarer avec plus d'autorit6 les quatre articles et de retrancher beaucoup d'abus de la cour romaine (1). Sans doute aussi ce concile national n'aurait pas manqu6 de declarer nulles et non avenues les constitutions apostoliques qui condamnaient YA ugustinus et aurait plac6 dans son Credo les cinq propositions a cot6 des quatre articles. Les Jans6nistes s'agiterent beaucoup pour faire adopter les plans du docteur ; ils penserent que sa presence 6tait n6cessaire a Paris. M. de Ghoiseul, 6veque de Tournai, M. de PontcbateaUj le due de Roannes, la duchesse d'Epernon, commencerent a ndigocier son retour avec M. de Harlay, sur les bases de la paix de Clement IX. Arnauld refusa de se preter a cette negotiation ; il estimait qu'il n'y avait de paix solide a espe"rer qu'en travaillant a d6tromper le roi et a faire perdre a I'arcbev6que 1'ascendant qu'il avait sur son esprit. C'est pour parvenir a ce but qu'il entreprit de travailler a des Remontrances au roi pour lui faire connaitre que le pr6texte de tant de vexations qu'on faisait 6prouver aux plus gens de bien de son royaume u'etait qu'une heresie imaginaire inventee par les Jesuites pour rendre odieux ceux qui etaient les ennemis de leur morale corrompue. Tous les amis d' Arnauld se r6unirent bient6t a son avis et le presserent d'acbever ses Remontrances , afin de renfermer dans un seul ouvrage tout ce qui pouvait etre le plus propre a 6clairer le roi. Les circonstances paraissaient favorables dans un moment ou Ton venait de fixer dans FAssembl6e du clerg6 les bornes de Tautorit6 du pape, et
i. Vie de messire Anloine Arnauld. t. 2, p. 192.
d'opposer aux pr6tentions ultramontaines les principes de 1'antiquit6 et les maximes de 1'Eglise gallicane, si peu respect6es dans ces bulles qui 6taient 1' unique pr6texte de toutes les vexations dont on se plaignait (1).
Louis XIV recula devant le precipice. Ge fut, selon Arnauld, une grande faiblesse, une grande imprudence, une grande injustice. II est probable que les insinuations et les excitations venues du c6te" des Jans6nistes contribuerent puissamment a ramener le monarque a des sentiments plusdignes de la royaut6 chretienne et franchise : il connaissait trop les sectaires pour ne pas voir a quels abimes ils voulaient le conduire.
A entendre Arnauld et a suivre ces menses, ses contemporains se persuadaient de plus en plus que d6cid6ment le concert entre Port-Royal et Geneve, que les Je"suites avaient d&aonce", n'6tait pas une invention de leur imagination habile a cr6er des fantomes. Arnauld voulut les d6tromper. II publia toute une srie d'ouvrages contre les protestants : YApologie des Catholiques, le Renversement de la morale par les Calvinistes, YImpiete de la morale des Calvinistes, le Calvinisme concertant de nouveaux dogmes impies. Si on nous accusait de pr&ter gratuitement ce calcul a l'61oquent deTenseur des catholiques, nous appellerions en t^moignage M. Sainte-Beuve lui-meme. Dans ses controverses avec les protestants, dit-il, Arnauld est bien moms occupe" a les persuader et a les convertir, qu'a s'en s6parer ; en ^crivant il songe plus aux catholiques qu'aux protestants memes. Signal6 comme le chef d'un tiers parti, accuse" par plusieurs d'incliner au Galvinisme a 1'endroit de la Grace, serr6 et comme refou!6 sur un 6troit terrain du cot6 de Geneve, il essaie de lever une barriere d'autant plus haute, de creuser un fossS d'autant plus profond entre lui et ceux dont on le voudrait faire auxiliaire, et qui eux-memes le tirent &. eux le plus qu'ils peuvent. On peut dire que la ou ils lui tendent de plus pres la main, il les repousse, lui, a coups de poings d'autant plus forts : je ne sais pas d'expression plus exacte (2). Malgr6 cette barriere, ce foss6 et ces coups de poings, les Jansenistes et les Protestants se reconnurent toujours pour cousins et se tendirent la main. I/6vque anglican