‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 29 sur 217 · Ibid., t. I, p. 133 et passim · texte numérisé non relu

Ibid., t. I, p. 133 et passim

domination qui faillit perdre a jamais le reste de Catholicisms e"chappe aux persecutions. II s'61eva des voix courageuses qui signalerent avec autant de moderation que de science la fausse route ou le pr61at s'6tait engag6 et le terme fatal ou elle aboutirait. Le Souverain Pontife les 6couta et rappela son imprudent et despotique Yicaire. Mais la Sorbonne avait devanc6 le jugement de Rome par un jugement contraire. Comment aurait-elle blam6 Richard Smith ? II fondait en Angleterre les Hbert6s de 1'Eglise gallicane, c'est-a-dire romnipotence 6piscopale, 1'Eglise aristocratique, el Richelieu le trouvait bon. Comment n'aurait-elle pas censure* les adversaires de M. de Ghalcedoine ? Us osaient dire que la Sorbonne 6tait h6retique parce qu'elle professait les doctrines d'Edmond Richer. Saint- Cyran Tit tout le parti qu'il pouTait tirer de ces de*bats. II prit sa Taillante plume et guerroya braTement pour les droits de Richard Smith, m6connus par les moines et les J6suites. En habile tacticien, il 6tendit la question, g6n6ralisa la bataille : il attaqua tous les moines, tous les J6suites surtout, et d6fendit tous les 6v6ques. II merita les litres glorieux de vengeur iresjuste de la hierarchic, de defenseur invincible de Vepiscopat. II s'6tait prepare depuis longtemps a ces combats ; il aTait ramass6, analyse tous les liTres que les protestants de Hollande et d'Angleterre avaient publics centre la c61ebre compagnie. Aussi il fut merveilleusement f6cond, et pendant deux ans (1632-1634) il langa une suite d'6crits qui finirent par former le gros Tolume in folio connu sous le titre de Petri Aurelil Theologi opera. II est Trai qu'il ne fut pas seul a faire cette besogne. II fournissait les mat6riaux, le plan, la direction ; son neTeu, M. de Rarcos, ^criTait sous ses yeux une premiere redaction ; Gordier, un j e" suite apostat, Toyait s'il y aTait assez de venin dans les declamations contre ses anciens freres ; Aubert, principal du college d'Autun, humaniste distingue, y r6pandait ce que le pan6gyriste Godeau appellera la majest6 du style et Frequence guerriere ; enjfin, Filesac, un intrigant docteur de Sorbonne, prenait soin de 1'impression.

Voyons ce qu'il y a dans cette oeuTre d'ouTriers t6n6breux. M. Sainte-BeuTe dit que ces lrvres sont pleins d'une inTective graTe . M. de Saint-Cyran, qui aTait beaucoup de charile , ne pouTait qu'inTectiTer graTement. II parle ainsi des Jesuites : Ge sont des chiens que nous entendons aboyer contre tout 1'episcopat, Pour etablir partout leurs detestables heresies, ils

veulent fermer la bouche & tout le monde, abattre toutes les puissances ecc!6siastiques. Ce sont des gens d'iniquit6 , de folie, d'athe'isme, prets a declarer la guerre au ciel et a Dieu meme ; ils ne forment que des coliers ignorants et vicieux ; ils veulent paraitre pauvres et sont insatiables de richesses ; ils ont des palais dans toutes les grandes villes, des maisons de banque dans les ports, des valsseaux sur toutes les mers. Le cardinal de la Rocnefoucauld les protege, mais cet 6veque d6missionnaire de Senlis n'est plus qu'un prelre cardinal de I'Eglise romaine. Quelle invective grave I N'6puisons pas les exemples. Nous avons aussi nos dugouts de surcroit de raison. M. Sainte-Beuve a mieux jug6 le fond doctrinal des livres de Petrus Aurelius. II nous faut lire et retenir cette page :

Sous air de mainfenir la prerogative exterieure et ^es droifs de l"episeopat, Aurelius revenait en Men ties endroits sur la necessite de Vesprit mttiriour, qni etait tout. Un seal peehe mortel contre {a ehastete destitue, selon lui^ Teyeque et an6antH son pouvoir. Le nom de cbretieH ne depend pas de la foraie exterieure du sacrement, soit de Feau versee, soit de 1 onction du saint-chreme, mais de laseule onttion de I'Esprit. En cos d'hfresie, ehaque Chretien peut devenir juge ; toutes les circonscriptions exterieures de juridictions cessent ; a defaut de 1'eveqae du diocese, c'est aux eveques voisins a intervenir, et a defaut de ceux-ci, a rfimporte quels autres ; cela mene droit, on le sent, a ce qu'au besoin chacun fasse 1'eveque, sauf toujours, ajoute Aurelius, la dignite supreme dn SUge apostolique; simple parenthese de precaution. Mais qui jugera s*il y a vraiment eas d'Mrtsie? La pensee du juste, en s'appliquant autant qu'elte peut & la lumiere de la foi, y voit comme dans le miroir m&me de la etteste glvire. Aresi se posait par degres, dans 1'arriere-foDd de cette doctrine, I'omnipotence spiritnelte du veritable elu. Derriere 1'echafaudage de la discipline qu'il se pkfuait de relever, Saint- Cyraa erigeait done sous main i'ideal de son foeque interieur, du Direeteur en un mot : ee qu'il sera lui-meme dans utt instant (1).

L'Assembl^e g^n^rale du clerge" de France accorda a Petrus Aurelius les honneurs de 1'impression par son ordre et & ses frais, jussu et impensis ; elle chargea Godeau, <5ve"que de Grasse, d*ecrire Fdloge de ce glorieux d^fenseur des 6v6ques. Dans cette pi6ce d'61oquence qui est rest^e c^Iebre par la spiri-

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