Port-Royal, t. II, p
de lui faire remarquer anotre tour que Jans6nius, en se servant de la methods historique, se sert dune melhode dite thcologlquc. Ua conlemporain de Janseiiius cmployait aussi la metbode bistorique, et son oeuvre, qui lui a valu le nom giorieux de Prince des Tbeologiens, est un monument tb6ologique d'une beaute autrement grande et durable que la beaute miltonienne de I'Augustinus. M. Sainte-Beuve, qui a pratiqu6 beaucoup ce dernier, n'a peut-tre jamais lu Dionysii Pctavii Opus de theologicis[dogmatibus. Un autre contemporain, dont le brillant et profond genie eut 1'heureuse fortune de se d6gager des brouillsLTAsAugustiniensqm 1'envelopperent un instant, ecrira les Dogmes theologiques . Si M. Sainte-Beuve eut trac6 un seul sillon dans ces magnifiques trait6s de Tbomassin, il aurait appris ce que c'est qu'un vrai tb6ologien remontant aux sources sous 1'illuminalion de 1'amour de Dieji et le rayon de la priere. Mais il est convenu qu'en dehors de Port-Royal il n'y a que de petits esprits et de petits livres, qu'un aead6micien ne saurait labourer sans deroger.
Avec sa m^thode bistorique, qui est bel et bien une m6tbode dite theologique, avec sa methode pyschologique et m^tapbysique cbr^tienne., a quels r^sultats Jansenius est-il arriv6 ?
Notre savant professeur le demande a Ellies du Pin, et nous renvoie a la page 23 et suiv. du T. II de I'Histoire ecciesiastique du dix-septieme siecle. Est-ce modestie, ou bien Sainte- Beuve se vantait-il r6ellement lorsqu'il affirmait savoir son Augustinus ? Quoi qu'il en soit, il analyse d'apres Ellies du Pin (un guide tres-impartial) la doctrine de M. d'Ypres. II cherche tout d'abord dans ['in- folio les cinq fameuses propositions. La premiere est celle-ci :
Quelques commandements de Dieu sont impossibles aux justes, a raison de leurs forces presences, quelque volants qu'ils aient et quelques efforts qu'ils f assent ; et la grace par laquelle ces commandements leur seraient possibles leur manque.
Jansenius a-t-il bien dit cela ? A-t-il soutenu que saint Augustin 1'avait dit? Ellies du Pin certifie aM. Sainte-Beuve que cette proposition se trouve dans le livre en termes formels, in terminis. Toutefois, 1'abbe Racine, lui, avoue d'un aulre c6t qu'elle semble seulement y etre. Rassurons-nous : le grand bistorien ecclesiastique du dix-septieme siecle n'a pas tromp6 son
disciple. Sainte-Beuve s'est lui-meme assur6 du lieu precis ; et, d'un petit geste qui ne manque pas d'une certaine grace pedantesque, il montre sur le a gros livre , au chapitre 13 du livre III, de la troisieme partie, le paragraphs qui commence ainsi : llsec igitur omnia...
Si M. Sainte-Beuve avait labour^ un peu plus I'Augustinus, il aurait pu nous indiquer encore dans le meme chapitre, dans les chap. 4, 7, 11, 13, 17, du livre I, dans les chap. 7, 9, du livre IV, des passages irrecusables.
La seconde proposition condamnee est intimement Ii6e a la premiere ; la voici :
On ne resiste jamais a la grdce interieure dans I'&tat de la nature d&ahue.
M. Sainte-Beuve convient que Jans6m'us pensait quelque chose de tres-approchant , et qu'on a essay6, vainement selon lui, de trouver un correctif a cette doctrine. Gependant, M. Sainte-Beuve att6nue vite son affirmation, et m&me finit bientbt par lui subslituer une affirmation contraire. Mais avec quel art il detruit d'une main ce qu'il edifie de 1'autre ! II raconte que le chevalier de Grammont disait a Louis XIV que les propositions 6taient dans I'Augustinus incognito . Voyez-vous le chevalier de Grammont, dont les galanteries et les prouesses ont 6te si agreablement transmises a la post6rite par son beau-frere Hamilton, 6tudier Jansenius, que les savants de profession osent a peine declarer avoir lu d'un bout a 1'autre ?
Assurement, le chevalier avait lu Jansenius avec les yeux de sa femme, mademoiselle Hamilton, 61eve cherie de Port-Eoyal, et qui garda finalement, & travers guelques naufrages, la religion de son cosur .
M, Sainte-Beuve raconte encore qu' Alexandra VII, plus heureux que le comte de Grammont, affirma un jour au P. Lupus, docteur de Louvain, qu'il avait lu de ses propres yeux les propositions dans Jans6nius, et que la-dessus les bpns historiens de Port-Royal allaient jusqu'a insinuer que, pour convaincre le pontife, les JSsuites avaient fait imprimer un exemplaire expres, falsifie. Conjecture bien na'ive dans son raffinement ! dit M. Sainte-Beuve, Gomme si, avec un peu de
predisposition et de certaines lunettes, on ne pouvait pas lire dans le meme livre ce qu'avec des verres seulement changes d'autres n'y lisent pas (1) ! Et joignant 1'exemple an precepte, lui qui venait de nous assurer que les propositions eiaient dans Jansenius, nous dit maintenant qu'elles a peuvent bien y 6tre en un certain sens .
Signalons a M. Sainte-Beuve quelques cbapitres qu'il n'a point pratiques sans doute, et qui lui prouveront que les propositions sont dans YAugustinus en un sens tres-certain. De ces cbapitres, et de ceux que nous avons deja indiqu6s au docLe professeur au sujet de la premiere proposition, se degage, avec une trop reelle Evidence, la doctrine fondamentale du Jansenisme, justement frapp6e des anatbemes de 1'Eglise.
PREMIERE PROPOSITION. Quelques cammandements de Dieu sont impossibles auxjustes, a ration de ieurs forces presentes, quelquc volonte qu'ils aient et quelques efforts qu'ils fassent ; et la grace par laquelle ces commandements leur seraient possibles leur manque.
L'homme, depuis le pech6 d'Adam, est alternativement domine par la grace et par la cupidite ; il suit toujours et ne peut refuser de suivre celui des deux plaisirs qui domine en lui : le precepte est done impossible lorsque la cupiditt est dominante, et lorsqu'une grace plus forte que la cupidite ne le fait pas actuellement accomplir. II y a deux sortes de graces : les graces sup6rieures a la cupidite et produisant une volont6 pleine, entiere, parfaite, avec lesquelles on accomplit toujours le precepte ; les graces inferieures en force a la cupidit6, ne produisant qu'une volonte imparfaite, qu'une 16gere complaisance, une velleite, avec lesquelles on n' accomplit jamais le precepte, parce que la cupidite, se trouvant superieure, emporte necessairement le consentement parfait de la volont6. On appelle ces graces inferieures, graces excitantes, petites graces. La grace neanmoins est toujours efficace, et il n'y a pas de grace suffisante, car les petites graces ont toujours leur efl'et selon le degre de cupidite qu'elles trouvent dans la volonte ; elles ont toujours 1'effet qu'elles peuvent avoir dans les circonstances ou elles sont donnees ; il n'y en a aucune qui nous donne le pouvoir de faire un bien que nous ne faisons pas ; la seule grace qui nous en donne le pouvoir est celle qui