Ndmoires, t. 2, p
2. Memoires de M. d'Andilly au sujel de messire J, du Ver/jer de Hauranne, etc.
3. Lettres chrdtiennes el spirituMes de messire J. du Verger do Hauranne, abbe de Sainl-Cyran. Secomle purtio, Icit. 34 ol 38,
dans cc livrc seme d'erreurs capitalcs, habilement voildes, qu'on trouve cette definition de 1'Eglise : a C'est la compagnie de ceux qui servent Dieu dans la lumiere et dans la profession de la vraie foi, et dans I'union de la charite. A 1'aide de cette definition, que Luther et Wiclef n'auraient pas d6savou6e, les J6sansenistes prdtendirent rester dans 1'Eglise de Jesus- Christ, malgre le Pape et les Eveques qui les en retranchaient. La so3ur Sainte-Euphemie (Jacqueline-Pascal), refusant de signer le formula-ire, 6crivait : Mais peut-Stre on nous retranchera de 1'Eglise? Mais qui nesait que personnen'en pent ctre retranchee malgre soi, et que 1'esprit de J6sus-Christ 6tant le lien qui unit ses membres a lui et entre eux, nous pouvons bien eirc prives des marques, mais jamais de 1'efFet de cette union , lant que nous conservons la charite. Le timide Nicole et quelques au-tres defenseurs de Port-Royal voulurent attdmier cette doctrine ; ils n'y reussirent pas. Demeurer dans rEglise, malgre 1'Eglise, ce fut toujours la pr6tention-du Jansenisme.
Au milieu des graves occupations de directeur et de docteur qu'il se donnait, Sain t-Cy ran se dclassait un peu en envoyant a M. d'Andilly quelques sujets pour les poesies que son ami composait alors sous le titre de Stances des verites chre'liennes . M. d'Andilly etait poete, et sa soaur, la celebre mere Angelique, le calomniait lorsqu'elle clisait que tout son talent etait de traduire (1). Ge n'etait pas le sentiment de la mere Agnes, une autre soeur de M. d'Andilly ; elle lui ecrivait de Notre- Darne de Tart, non pas au sujet des OEuvres cJire'tiennes en vcrs, comme le dit M. Faugere, editeur des Lettres de la- mere Agnes Arnauld (les OEuvres chreticnncs ne parurent qu'en 1C44, et la lettre est du 27 avril 1634), mais au sujet d'un Poemesur la vie de Jesus-Christ, public ie 18 mars 1634 : Je distribue ici vos vers sans vous nommer ; neanmoins, quand on me prend a foi et a serment, je n'oserais retenir la verite
i. Je vous avoue, Madame, ecrivait la mere Angelique a la coadjutrice de Xaintes, que j'ai eu envie de rire de ee que vous vous etes adressee a tnon irere d'Andilly pour les dispositions du Jraptcme. Vous le prcnez, Madame, pour un theologien, oe qu'il ne fut jamais. Tout son talent est de traiiuire. Une autre religiouso, arnie de Port-Royal, prenait M. d'Andilly pour un eveque. La mere Angelique la detrornpait aussi, mais sans envie de rire (Letlres de la mere Anuelique, t. 3, p. 4fiO ; t. 1, p. 5.')!).
prisonniere, tellement que je franchis le mot au hasard cle la vaine gloire qui me poursuit d'etre- soeur d'un excellent poetc. Plus fecond qu'excellent, ses premiers vers lui furent inspires par ['affection qu'il portait a son beau-pere, M. de la Borderie; il les fit en carrosse, et en fit huit cents en huit jours.
Tandis que M. d'Andilly recevait de Yincennes le canevas de ses stances, son plus jeune frere, Antoine, qui 6tudiait alors en Sorbonne, venait y renoncer aux fascinations de la dignite doctorale, et demandait au saint prisonnier la permission de I'appcler son pere, puisque Dieu lui donnait la volonte d'etre son fits. Saint-Cyran, qui depuis longtemps tendait les bras a cet enfant predestine a la Gr&ce (1), se declara pret a Vassister au peril de sa vie. II avait d6ja rendu un service signa!6 au jeune eiudiant : il lui avait donne, pour le preserver du poison moliniste des logons de 1'Escot, son professeur, les Opuscules de saint Augustin sur la grace. 11 les lut avec fruit, et quand il vint se mettre tout a fait sous la direction de M. de Saint- Gyran, celui-ci eut la joie qu'a un laboureur qui voit que la semence qu'il a jet6e dans son champ y a germe, et qu'elle commence, en sortant de terre, a lui donner 1'esperance d'une hcureuse et abondante moisson (2). Quand le moment de recevoir la pretrise fut venu, Saint-Gyran fit depouiller son disciple de tous ses biens en favour de Port-Royal ; il Fobligea cependant a accepter, dans la catbedrale de Verdun, un riche benefice qu'il refusait d'abord, et a le garcler jusqu'a ce qu'il put le resigner entre les mains d'un ami cprouve (3). G'est a cette 6poque qu'il 1'engagea a ecrire le livre De la frcquente communion, travail qu'il regard-lit comme une excellente preparation au sacerdoce. II revoyait les cahiers a mesure qu'ils ctaient composes, et aidait rauteur de ses lumiercs ct de ses conseils (4).
1. Le P. Golombeau, jesuite, dit un jour ii la mere Angelique de son jeune frere : Voyez-vous eel enfant ? Ge sera lui qui humiliera notre compagnie, et un jour il sera le fleau des plus pernicicux enncmis de I'^glise. Le P. Colornbeau passait pour un saint homme, et fut le dernier jesuite qui confessa a Port-Royal. Vie de messire Antoine Arnauld, t. 1, p. 10. Le P. Golombeau estle seul jesuite dont les Jansonistes aienl roconnu la sain tele ; bien lui en prit de faire cette prophetic.
2. llistoiro de la vieet des ouvrages de if. Arnauld, p. 2'2.