‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 45 sur 217 · Vie de messire Anloine Arnauld, t. \, p · texte numérisé non relu

Vie de messire Anloine Arnauld, t. \, p

Au moment ou Saint-Cyran communiquait ainsi le feu de sa charite, il faillit etre abandonne de la grace efc perdre le litre d.' amateur tres-passionne de la, vcrite. Presse par ses amis, M. d'Andilly, M. de Liancourt, M. de Ghavigny, il 6crivit a celui-ci une lettre qu'il devait montrer a Richelieu, lettre explicative, tres-equivoque, sur la contrition et V attrition, accordant a cette derniere d'etre su/fisante avcc le sacrcment. M. de Sainte-Beuve analyse ainsi les sentiments qui agiterent Fame du grand serviteur de Dieu des qu'il eut fait cette concession : La lettre a peine partie, il seritit sa faute ; il en cut an regret amer, une humiliation secrete, aussitot suivie d'un surcroit de bouillonnement qui le mit hors de lui... C'est dans une saillie de cette ferveur relrouvee, de ce bouiilonnement qui ne le quitta plus, que fut ecrite a M. Arnauld une leltre decisive dont il faut citer les principaux passages ; on y voit bien a nu M. de Saint-Cyran, releve d'un moment de faiblesse, aiguillonnant et dechainant, pour ainsi dire, le genie poleniique du grand Arnauld :

Tempus tacendi et tempus loquendi. Le temps de parler est arrive; ce serait un crime de se taire, ct je ne doute nulleraent que Dieu ne le punit en notre personne par quelque peine visible et tres-sensihlc. Je vous ai dit souvent que je suis tres-lent dans les grandes et importantes affaires; mats quand le temps est arrive, il m'est impossible dc changer ou de perdre un moment pour agir sans cesse dans toute 1'etendue de ma lumiere et de mon pouvoir... II n'y a point lieu de d outer ct d'hesiter dans cette affaire : quand nous devrions tons perir et fairc le plus grand vacarme qui ait jamais ete, nous ne devons plus laisscr ses sermons (les sermons que M. Hubert, theologal de Paris, prcchait a Notre-Lame contre les doctrines de la Grace) sans repondre a tons les cbefs en particulier ; nous fcrions une grande faute an jugeracnt de tous les hommes senses, si nous ne repondions pas. II est certain que le silence et la modestie que nous avons gardes jusqu'a present nous a fait tort; mais c'est ma coutumc d'avoir longtemps grande patience en semblables affaires qui regardent Dieu et 1'Eglise... II ne faut plus user de silence ni de dissimulation de peur de nuire a ma liberte... Je vous prie d'agir avec toute 1'etendue de votre esprit ct dc votre pouvoir... Je salue tous mes amis et les supplie de prcndre part a cette lettre, et de n'avoir non phis d'egard a ma prison quo si j'etais en pleinc Hbertc (1).

l. Port-Royal, r. 2, p. 20, -21.

Au lieu d'expliquer cette lettre, comme M. Sainte-Beuve, par un surcroit de bouillormement qui s'empara de 1'ame de Saint- Cyran, nous 1'expliquons, au risque d'infirmer le caractere intre"pide du grand serviteur de Dieu, par la date qu'elle porte. Gette lettre est date's du l er fevrier 1643, six jours avant la sortie de prison de Saint-Gyran qui avait 1'assurance de sa Iibert6 prochaine, Richelieu 6tait mort le 4 de"cembre precedent (1). Dieu, dit M. Fontaine parlant de cet 6v6nement, sembla se re"veiller comme d'un profond sommeil, pour rendre justice a ceux qui criaient vers lui nuit et jour.

Tant que Dieu donnit, c'est-a-dire tant que le cardinal vecut, Saint-Cyran pensa que le temps de parler n'etait pas venu, qu'il ne fallait pas faire le plus grand vacarme qui ait jamais etc, qu'il e"tait ii propos de garder le silence et la modestie, et observa qu'il etait prudent de s'en tenir a sa coutume d'avoir longtemps grande patience. II faut, disait-il a M. Le Maitre qui Tinterrogeait sur la conduite a garder, il faut baisser les yeux et adorer Dieu. La lettre explicative sur 1' attrition portee, Saint-Gyran, dit M. Sainte-Beuve, en eut un amer regret , line humiliation secrete, aussitdt, suivie cVun surcroil de bouillonnement qui lui fit 6crire la lettre guerriere au docteur Arnauld. M. de Saint-Cyran lui-mdme nous assure du contraire : cc Nous ne savons ce que nous desirous, ecrit-il a un de ses amis a ce sujet dans i'effusion de son oceur. Dieu veut peut-iHre mieux faire les choses que nous ne pouvons nous imaginer... Qu'on garde bien ie silence. Qu'on ne dise pas un mot : je vous en prie autant que je puis. Je vous le redis encore, vous avez tort d'etre tristo d'une chose dont je ne le suis nullement (2). Gette resignation dura jusqu'a ce que Louis XIII eut promis aux amis du saint prisonnier, 1'illustre innocents, d'ouvrir les portes de sa prison. Alors seulement il supplia ces amis cVagir et de n'avoir non plus d'e'gard a sa prison que s'ii etait en pleine liberte. Quelques jours apres, en effet, Saint-Gyran etait libre. Sa sortie de Vincennes fut un triomphe. M. d'Andilly alia le querir Iui-m6me dans son carrosse. II le mena

1. Le jour de la iele de Saint-Cyran, remarquerent nos Messieurs, ct le saint abb le premier, ce qui les coniirma dans celte modeste pensee << que Dieu venait de faire pour 1'heureuse liberte du prisonnier une si grande revolution dans le monde. Hemoires de Fontaine, t. 2, p. 23.

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