‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 5 sur 217 · Journal de I'Estoile, 12 juillet 159i · texte numérisé non relu

Journal de I'Estoile, 12 juillet 159i

4. Journal de PEsloile, a la data citee. Ge plaidoyer a etc reimprime en 1716. I/editeur anonyme ditdans rAvertissement : .... II a deja etc imprime en 1594 avec privilege duroi. Mais il parait qu'il est devenu tresrare, et qu'il esi hors de prix ; on a cru faire plaisir aux curieux, de leur en procurer une nouvelle edition. On scait que cette piece a ete appelee le peche originel des Arnauld.. En effet, c'esi ce qui a commence a aiqrir la Sociele conlre celle illustre famille, et personne n'ignore jusqu'ou elle a porte son ressentiment. Pour le plaidoyer en lui-meme, il cst dans un genre d'eloquence un peu different de celle qui regne aujourd'hui dans le Barreau. De frequenles allusions a quelque trait de 1'histoire ancienne ; des comparisons prises des naturalistes, qui lienneni lieu de preuves ; un grand nomlu-e de passages d'auteurs et de poe'les latins; les grandes figures, corn rue les apostrophes et ies exclamations, tout cela doit etre aujourd'hui fort rare, et place bien a propos pour etre goute ; tout cela neanmoins se rencontre tres-souvent dans cette piece. Mais ce qui serait un defaut dans le siecle oil nous somrnes, plaisait alors.,., Pas a tout le raonde, d'apres I'Estoile.

charge. II 6crivit (1603) Le franc et veritable discours au Roy sur le re'tablissement qui lui est demands' pour les Jesuites. Ge plaidoyer n'eut aucun succes. Au mois de septembre de cctte meme annee, le roi signa un 6dit qui r6lablissait les Jesuites dans le ressort des parlements de Guyenne, de Bourgogne, de Languedoc, et leur permettait de revenir a Lyon, h Dijon el a la Flecbe.

Le parlement de Paris fit ses remontranees. La veille de No8l, le premier president de Harlay, accompagne d'un grand nombre de conseillers, alia, 1'apres-midi, au Louvre, et fufc regu dans 1'appar lenient d'en haut. Le roi s'y rendil, tenant la reine par la main, pour lui communiquer, disail-il, les affaires de consequence. II 6tait suivi d'une fonle de seigneurs, de courlisans el de beaucoup de conseillers d'Elal (1). La barangue de M. de Harlay ne fut guere que la reproduction du franc ct veritable discours. M. Arnauld, sans doule, se trouvail a cette action : ses titres et le role brillant qu'il jouait dans le proccs ne lui permeltaienl pas de s'en dispenser. Gomme il devait triompher modestement tandis que le president parlait ! Ge triomphe ne fut pas de longue duree. Henri IV repondit; et ses paroles, que le sourire malin des seigneurs, grands amis dcs Jesuiles, soulignait assurement, troublerent la belle contenance de maitre Arnauld. On dirait que le roi avail laisse la main de la reine pour prendre le franc et veritable discours, tant il le refute directement ! II y met de la bonhomie, mais aussi une rondeur qui indique combien il lui tardait d'en finir avec ces sopbismes, ces allegations mensongeres don I ses gens de robe 1'obsedaient depuis dix ans. L'avocat avail demonlre que les inlerets de 1'Elat s'opposaient au relablissemenl des Jesuites, el a la cassation de 1'arrel qui les avail expulse"s. Le roi disail :

Vous faites les entendus en matiered'Etat, et vous n'y entendez toutefois non plus que moi a rapporter un proces.

L'avocat avail affirme que, tout bien balance, les Jesuites avaient plutot nui que profile aux let Ires ; que la Sorbonne les avail deja condamnes. Le roi disail :

1. Relation de ce qui s'ett passe en MDGIV au relablissemenl dts Jesuiles, liree de I'Hisloire de M. lepresidenl de Thou, livre cxxxii.

La Sorbonue, clont vous parlcz, les a condamncs : mais g'a etc, comrae vous, avaat que de les connaitre, et si I'ancienne Sorbonnc n'en a pas voulu par jalousie, la nouvelle y a fait ses etudes et s'en loue... Si Ton n'y apprenait mieux qu'ailleurs, d'oii vient que, par leur absence, votre Universite s'est rendue deserte, et qu'on va les chercher, nonobstant tous vos arrets (1), a Douai, a Pont-a-Mousson et hors le royaume ?

L'avocat s'e'tait plaint de ce que les Jdsuites choisissaient de bonne heure et s'attachaient parmi leurs 6eoliers les esprits eoeilies el aigus. Le roi disait :

Us attirent, dites-vous, les enfants qui out 1'esprit boa, et choisissent les meilleurs, et c'est de quoi je les estime ; ce faisons-nous pas choix des meilleurs soldats pour la guerre ?... S'ils vous fournissent des precepteurs ou des predicateurs ignares, vous les meprisez : ils ont de beaux esprits, et vous les en reprenez !

L'avocat avait montr6 les Jesuites travaillant k 1'avancement des affaires des Espagnols qui, en retour, les entouraient de respect, d'honneur, de reference. Le roi disait :

Si 1'Espaguol s'en est servi, pourquoine s'en servirait le Frangais? Sommes-nous de pire condition que les autres? L'Espagne est-elle plus aimable que la France ? et si elle Test aux siens, pourquoi ne le sera la France aux siens ?

L'avocat avait fait voir les Jesuites s'introduisant petit a petit dans les meilleures villes du royaume. Le roi disait :

Vous dites : ils entreut comme ils peuvent ; ainsi font bien les autres, et suis nioi-meme entre comme j'ai pu en mon royaume ; mais il 1'dut avouer que leur patience est grande, et pour moi je radrnire, car avec patience et bonne vie ils viennent a bout de toutes choses.

L'avocat avait rappe!6" que les cures de Paris (2) s'6taient

1. Dansle franc et veritable discours, Arnauld proposaitun moyen d'enipecher les peres d'envoyer leur enfants aux Jesuiles. Qu'on leur donne, disaii-il, une peine de mille escus pour la premiere f'ois, dont la moilie appaniendra au ddnonciateur et qui doublera autant de fois qu'on contreviendra a Parrel.*

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