‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 6 sur 217 · Qualre stir ciuquaute · texte numérisé non relu

Qualre stir ciuquaute

joints a la Sorbonne en 1594 pour obtenir leur expulsion. II avait d6velopp6 leur doctrine sur la puissance des clefs ; si elle triomphait, Henri IV ne serait plus roi, mais vice-roi, lieutenant du Pape, doctrine condamnee par la Sorbonne et le Parlement, les deux grands boucliers de ses predeccsseurs ct les siens, contraire a la parole de Dieu qui a dit : Mon royaume n'est pas de ce monde, aux Iibert6s de FEglise gallicane, et cependant enseigne'e par Bellarmin et par les Jesuites dans leurs colleges. Le roi disait :

Pour les ecclesiastiques qui se formalisent d'eux, c'est de tout temps que 1'ignorance en a voulu a la science... Touchant 1'opiriion qu'ils ont du Pape, je sais qu'ils le respectent fort i^ainsi fais-je ; mais vous ne me dites pas qu'on a voulu censurer a Rome les livres de M. Bellarmin parce qu'il ne voulait donner tant de puissance au Saint- Pore, comme font commune"mentles autres. Vous ne me elites pas aussi que, ces jours passes, les Jesuites ont soutenu que le Pape ne pouvait errer, mais que Clement pouvait faillir. En tous cas je m'assure qu'ils ne disent rien. davantage que les autres dc 1'autorite du Pape, et crois-je que quand Ton voudrait faire le proces a leurs opinions, il le faudrait faire a celles de 1'Eglise catholique.

Enfin 1'avocat avait raconte" comment le principal du college des Jesuites a Paris avait encourage Barriere d'aller fourrer son couteau tranchant des deux cdtes dans le ventre de Henri, en 1'obligeant par le sacrement de I'Eucharistie, et comment les J6suites Staient les fauteurs de tous les assassinats tenths sur la personne royale de son maitre. Le roi disait :

Touchant Barriere, tant s'en faut qu'un jesuite 1'ait confesse comme vous dites, que je fus averti par un jesuite de son entreprise, et un autre lui dit qu'il serait damne s'il osait 1'entreprendre.

Puis il finissait par une petite legou de charite bien meritee: Jesus- Christ m'enseigne de pardonner les offenses, et je le fais pour son amour volontiers, voire meme que tous les jours je prie Dieu pour nos cnnemis. Tant s'en faut que je veuille m'en ressouvenir, comme vous m'y conviez de faire peu chretiennement, et ne vous en sais point gre...

En cntendant Henri IV tenir ce franc et veritable disconrs, nous ne sonrmes pas surpris de lire dans Bayle que la peur prit

a M. Arnauld d'avoir deplu au roi, et qu'il retira le plus qu'il put les exemplaires du sien. La reconnaissance dictait d'ailleurs a 1'avocat cette conduite de bon courlisan. M. Marion et M. Arnauld, tout en appelant 1'indignation de leurs contemporains sur les richesses, les maisons, les rentes des Jsuites (1): n'oubliaient pas d'6tablir leur propre maison, d'augmenter leurs propres rentes ; et les moyens qu'ils employaient auraient pu fournir un assez joli chapitre d'introduction pour la Morale pratique Maitee Arnauld avait,sinousavonsbiencompte',qualorze fils et six filles (2). On destina l'am<e de celles-ci au monde, et les deux suivantes, au cloitre. La premiere, en epousant Isaac Le Maitre, emporlait une dot ; ses sosurs, en prenant le voile, devaient apporter le revcnu de quelque riche abbaye et la consideration attaches aux dignites monasLiques. Ces integres avocats ne songeaient nullement a faire de leurs enfants de simples religieuses : a defaut de I'lntere" t, la gloire de leur maison les en eut detournes. M. Marion, dont ['influence aupres du roi 6tait considerable, demanda une abbaye ou une coadjutorerie pour ses petites -filles, Jacqueline, agee de sept ans et demi, et Jeanne, agee de cinq ans et demi. Comme on leur disait qu'elles seraient religieuses, 1'ainee, que M. Marion aimait extraordinairement, lui disait : Mon grand-papa, puisque vous 'voulez que je sois reiigieuse. je le veux bien, mais a condition que je serai abbesse. La petite Jeanne, au contraire, voulait bien 6tre reiigieuse et ne voulait pas Stre abbesse. Un jour elle s'en alia serieusement Irouver M. Marion dans son cabinet ; il la fit entrer et lui demanda ce qu'elle voulait. Elle lui re'pondit : Mon grand-papa, je vous viens dire que je ne veux point etre abbesse, car j'ai oui dire que les abbesses rendront compte a Dieu des ames des religieuses, et j'ai assez de la mienne. La petite Jacqueline qui la suivait entendit eela, et, prenant a Tinstant la parole, dit rdsolument : Je la veux 6tre, moi, mon grand-papa, et je leur ferai bien faire leur devoir. Jacqueline devint, conmie nous 1'avons vu, coadjutrice a Port- Royal, et Jeanne, abbesse de Saint-Cyr. Henri IV sanctionna Tune et Tautre nomination, mais Rome refusa les bulles. Ge-

1. Ilistoire de la Liyue ; par V. de Cliulcujbert, t. II, p. 399.

2. Ses filles dtvinrenl toutos ruli gieuscs a Port-Royal. Quutre seulcinent (i'enlre ses fils parvinrent a i'age adulte : Robert, sieur d'Ancliily, Henri, isvoque d'Angers, Simon, lieutenant aux carabins, Antoine, le grand docleur-

pendant les deux enfants prenaient I'halrit de leur ordre. Jeanne resta a Saint-Gyr ; Jacqueline fat mise a la vertueuse ccole de la dame Angelique d'Estr6es, soeur de la belle Gabrielle : c'6tait encore faire sa cour au roi et a la reine. Madame d'Estr6es 6tait abbesse de Maubuisson ; elle posse'dait aussi 1'abbaye de Bertaucourt, pres d' Amiens. Elle y conduisit une fois la jeune Jacqueline et lui fit donner le sacrement de Confirmation. L'enfant prit alors le nom d'Ang61ique. Gette substitution de nom ne fut pas seulement une flatterie a 1'adresse de madame Angelique d'Estr6esj on postulait de nouveau a Rome pour les bulles : il n'6tait plus question de la premiere Jacqueline, pour qui on les avait refusees ; on ne parlait que de la jeune Angelique, religieuse professe, ag6e, disait-on, de dix-sept ans, ce qui paraissait encore trop de jeunesse et de bas age a Rome. Enfin le cardinal d'Ossat, qui s'employait activement a cette afl'aire, emporta comme d'assaut les bulles tant desirees. II y eiait par!6 dans les considerants des services rendus a Port-Royal, pendant' les guerres de religion, par M. Marion, aieul de 1'abbesse, sans les secours et soins duquel, 6taii;-il dit, le monastere n'aurait pas pu subsister. Ges slratagemes averts, joints a 1'age de dix-sept ans, qui 6tait un pur mensonge, rendent moins invraisemblable une parole de Tallemant sur les Arnauld. II parle d'un jeune avocat d'esprit caustique, nomm6 dePleix, qui, ayant 6t6 leste un jour au palais en plaidanl centre M. Arnauld, se vit oblige de faire de publiques excuses. Mais de Pleix se vengea de cette humiliation et joua depuis un mechant tour a cette famille ; car il se mit a rechercher dans les registres de la Chambre des comptes, et fit voir qu'on avait enregistr^ des brevets de pension pour services rendus par des enfants de cette famille, qui (a la date des brevets) etaient a la bavette, et fut cause qu'on leur raya pour plus de douze ou quinze mille livres de pension. De ce recit que nous lui empruntons., M. Sainte-Beuve conclut que dans les affaires du monde, les plus r6pul6s honnetes gens, ful-ce M. Marion ou M. Arnauld, peuvent se laisser aller a des actes, a des alterations (on les appelle aujourd'hui erreurs de copiste) qui ne sont pas, tant s'en faut! la justice meme (1). Un illustre confrere moderne de M. Marion, a la voix fort emouvante aussi, nous a prouve, par son triste exemple, que

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