Memoircs de Lancelot, t, i. p
Quaud la mort de Saint-Cyran fut connue, ses amis consternes accoururent le ve'ne'rer sur son lit funebre, ou il gardait une mine si grave que Lancelot, I'innocent ! s'imaginait qu'il aurait 6t6 capable en cet etat de donner de la crainte aux plus passionn6s de ses ennemis, s'ils 1'eussent vu (1). M. de Bascle, un solitaire de Port-Royal des Champs, tout perclus et douloureux, vint a pied de cette maison au logis mortuaire, aide seulement de ses b6quilles, premiere merveille. Mais, merveille plus grande encore, quand il eut louche les pieds du mort, il jeta ses bSquilles, et se trouva gueri. G'est Lancelot qui rapporte ce miracle et bien d'autres (2). M. Sainte- Beuve le croil-il ? Nous n'osons pas le lui demander ; il nous repondrait peut-etre ce qu'il dit au P. Rapin avec plus de colere que d'equite : Si vous ne voulez pas du divin a Port- Royal, supprimez-le par-tout (3). II nous semble que le divin de Port-Royal, meme garanti par M. Lancelot, n'a rien de commun avec le divin de 1'Eglise catholique, et que 1'un dtant supprime, 1'autre peut encore tenir debout. Mais, comme on 1'a dit, a propos de certaines lettres a la Princesse : Quand la plume du libre-penseur vient a tremper dans 1'eau benite (excepte dans 1'eau b6nite de Lancelot), l'6crivam s'agite et se tord au milieu des blasphemes les plus discredited (4).
La guerison de M. de Bascle excita la devotion des Messieurs et des Meres de Port-Royal envers les restes mortels de M. de Saint-Gyran. Le fidele Elisee a la-dessus des details ou la haute valeur du jugement jans6niste se lit tout entiere :
Je me rendis maitre de la chambre, dit-il... Je fis tremper quantite de Huge dans son sang. Je fis prendre son cceur, qu'il avail donne par
i. Memoires de Lancelot, t. 1, p. 252.
'2. II rapporte meme un miracle manque. Le cordonnier de Port-Royal, Charles de la Groix, atteint d'une pleuresie, etait fort malade. 11 vint a la pensee de M. de Sericourt de lui appliquer une relique de M. de Saint- Cyran. De 1'avis de M. Le Maitre il s'en vint done lui-meme expres a Paris demander une des mains de M.de Saint-Cyran, qu'il apporta a la maison des Champs ou elle est demeureo depuis; on 1'appliqua sur le cote du mahule qui n'en fut point gueri ; il niourut bientot. Les Messieurs desappointes n'eurent d'autre ressource que de dire qu'il etait visible que Dieu avail voulu altirer plus promptement a lui le pauvre cordonnier par la main de son serviteur.