M. Jouvin
son testament a M. d'Andilly, son intime ami, a la charge qu'il se retirerait du monde...; je fis mettre a part ses entrailles, qui furent enterrees a Port-Royal de Paris, pour satisfaire la devotion de la mere Angelique. Je fis reserver la partie superieure de son test pour son neveu. Je rompis encore des morceaux assez grands de ce qui restait du test par derriere... Je coupai beaucoup de ses cheveux, et je reservai la chemise dans laquelle il etait mort, que la mere Angelique avait aussi demandee (1).
Le lundi soir, M. Le Maitre arriva de Port-Royal des Champs ; il voulut avoir ses mains. II le fit trouver bon a M. Singlin, maisla chose n'etait pas aisee a executer, parce que le corps etait deja cnscveli et mis dans un cercueil de bois, en attendant que Ton cut fait celui de plomb. II etait pose dans la salle, convert d'un drap des morts, entoure de luminaires, et accompagne d'un ecclesiastique dc la paroisse qu'il n'etait pas a propos d'avoir pour temoin de notre devotion... On attendait le plombier a tout moment... On jugea a propos de me charger de 1' execution. Ainsi, apres avoir envoye souper cet ecclesiastique, je me renfermai dans la chambre avec une autre personne. Nous detournames tout cet appareil mortuaire, nous duvrimes la Mere, nous decouvrimes le drap qui ensevelissait le corps, et baisant devotement ces mains si dignes de veneration, je pris le rasoir etles coupai toutes deux a'u poignct, et les mis proprement dans une boite que j'avais preparee a cet effet, et le lendemain je les portai a la mere Angelique, avec la plupart des reliques dont j'ai parle ci-dessus (2).
1. La mere Angelique, dit M. Sainte-Beuve, sur le temoignage d'un de ces lemoins qui ont vu, n'eut dans ce malheur que deux paroles : Dominus in ccelo ! Dans le del est le Seigneur. Elle en cut au inoins une troisieme : La chemise du saint abbe ! Honni soil qui mal y pense !
2. Memoires de Lancelot, t. 1, p. 256,257. Ges reliques se repandirent dans la province avec la doctrine de Saint-Cyran. Nous en avons vu dans un reliquaire que possede le musee du grand serninaire deNiuies; et ellessont accompagnees des reliques de beaucoup d'autres saints de Port-Royal, M. de Paris, M. de Sens, M. de Panniers, M. Racine, M. Arnauid, la mere Angelique, M. de Sacy, M. Singlin, le P. Quesnel, la mere Agnes, etc., etc. Les jansenistes ne denichaient nos saints que pour placer les leurs.
Les religieuses de Port-Royal des Champs, ecrivait en 1665 une novice de ce nionastere a Desmareis, ont fait plusieurs ibis la procession nupieds, portani les reliques da MM. de Saint-Cyran, de Bagnols et Le Maistre. Elles cliantaient les hymnes des confesseurs et en disaient 1'oraison au relour. Quand il y avait des malades, on leur faisait boire de 1'eau dans laquelle le doigt de M. de Saiul-Cyran avait trempe ; on lui t'aisnit des neuvainos, et on faisait toucher a ces pretondues reliques des images qu'on gardait avec grande veneration. Memoires du P. Rapin, t. 3, p. 34:5.
Une sous-maitresse des novices, qui deviendra celebre, sceur Flavie ne se lassait point d'amasser des veliqiies de ItJ- de Saint-Gyran. de M. de
Ne vous semble-t-il pas que le fanatisme de ces messieurs suinte ici visiblement ? M. Sainte-Beuve, qui aime a passer les details trop pcu gracieux (1), a omis cette page de son temoin de predilection. Toutefois, pour honorer sans doute la me"decine qu'il etudia dans sa jeunesse, il note que le m6decin et le chirurgien admirerent la capacite du cerveau de Saint- Cyran, et qu'ils dirent n'en avoir jamais vu de si grand pour la quantit6, ni de plus blanc pour la substance.
L'enlerrement se fit le 13 octobre, en grande pompe, dans l'6glise de Saint-Jacques du Haut-Pas. Pour faire honneur aux obseques d'un homme si important, on eut soin de faire une assemble de consequence, c'est-a-dire de gens du parti el d'autres qui n'en 6taient pas, pour faire plus de bruit dans le mondc. Quelle fagon ne prit-on point pour en faire un be"at ! Voici ce qu'on fit pour rendre la m6moire du deTunt celebre en attirant du monde a son tombeau : on envoyait tous les samedis des pretres de Port-Royal, qui venaient dire la messe a 1'autel le plus proche du tombeau. Ge n'6tait pas la messe des morts, avec du noir, qu'ils disaient : c'etait une messe de confesseur avec du blanc, car on traitait dejci ce raort de bienheureux a Port-Royal. On envoyait la veille laver et nettoyer la tombe avec un grand soin, pour faire mieux lire I'eloge contenu dans l'6pitaphe (2). Les personnes de qualite y ve-
Bagnols, de la mere Angelique, de la mere des Anges, de M. Singlin, etc. Elle n'en avail jamais assez. Elle allait la nuit ouvrir la fosse de quelque defunt ou de quelque defunte, en emportait quelque os, le faisait bouillir pour en oter les chairs qui y tenaient ct les inonlrait a ses petites pensionnaires ; elle les obligeait quelques fois a racier ces os pour les decharner. Elle fatiguait toutes les sceurs qui avaient plus d'adresse qu'elle, pour lui i'aire de petits reliquaires ou elle depdsait toutes ces reliques. Elle prenait quelquefois plusieurs soaurs ie soir dans un enthousiasme de devotion, et leur faisait faire secretemenl des processions avec ces reliquaires... Besoigne, Histoirc de I'abbaye do Port-Royal, t. 2, p. 299.