‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 57 sur 217 · M6moires du P. Rapin, i. 1. p · texte numérisé non relu

M6moires du P. Rapin, i. 1. p

reprend, au point de vue disciplinairc, 1'accusation port6e, au point de vue doctrinal, par Jans6nius et Saint-Cyran, conlre 1'Eglise catholique : il 1'accuse d 'avoir de~laisse la tradition apostolique et de n'etre plus qu'une epouse infidele ; il la compare a un fleuve, a un homme, a un jour, a un royaume. Or, dit-il, comme on ne doit pas seulement eonsiderer un fleuve dans une petite partie de ses eaux, ni un homme dans sa vieillesse, ni un jour dans son couchant, ni un royaume dans sa deTaillance, ainsi nous ne devons pas seulement consid6rer 1'Eglise en ce temps present, qui est le temps de son alteration et de sa vieillesse, selon Gr6goire VII, et de sa defaillance et de son couchant, selon saint Bonaventure (1).

Montrer que cette Eglise vieille et defaillante s'6tait laisse" corrompre dans 1'administration clu sacrement de penitence et qu'elle avait besoin d'etre reformee a ce sujet, tel 6tait le but general et avoue que se proposait le docteur Arnauld. II pretendait que c'etait un abus qui s'etait gliss6 dans la discipline depuis les cinq ou six derniers siecles, de donner 1'absolution sacramentelle apres la confession, et qu'il fallait la differer selon 1'usage des premiers siecles, jusqu'a ce que le penitent se fut dispose par une peine proportionn6e au p6che. II produisait sur cela les anciens canons, la tradition et le sentiment des Peres avec un faste qui sentait bien plus le declamateur que le docteur et Fhistorien : et il faisait un grand detail des maximes qui allaient a etablir son dessein, comme par exemple : que la penitence, ainsi qu'elle se pratique au-

1. De la Freguente Communion, preface. Gregoire VII, dit Arnauld dans une note, a appele 1'Eglise deson temps senescentem mundum, il y a pres de GOOans, et saint Bonaventure, Ecdesiam ftnalem, ilya pres dt; 400 ans. Arnauld tire les textes a lui, moyennant des suppressions arbitrages ou des interpretations forcees. (Voir dans I' Ami de la religion du inois de mai 1855 les articles signes Trucliet et qui sont de bonne source.) Mais ceci sort de ma competence. C'est M. Sainte-Beuve qui parle ainsi. Les questions de bonne foi ne sont pas de sa competence : nous le savions.

Le P. Petau reprocnait a Arnauld lui-meme ses suppressions arbitraires el ses interpretations forcees. Voyez De pcenitenlia pullica et pr&fuiralwne ad communionem t 1. l, c. 8 ; 1. 2,c. 6 ; I. ;}, c. G, 13, 14, 15, 16, 17 ;

I. 4, c. 6 ; 1. 6, c. 8, 9, 10; 1. 8, c. 13, 15, 16. Geux qui estiment quo les questions de bonne foi ne sortent pas de la competence d'un historien de Port-Royal pourront se convainere par la lecture de ces chapilrs del'habileie d'Arnauldu fa ire des centre-sens.

jourd'hui, ne sert qu'a favoriser I'impe'nitence gen6rale des clir6tiens... Que 1'Eglise s'etait relachee en ce point, parcc qu'elle est corruptible en ses mceiirs et en sa discipline ; que le delai de 1'absolution, 6tant d'ordonnance divine et de tradition apostolique, 6tait indispensable, meme dans un danger evident de mort, parce qu'il dtait essentiel au sacrement ; que 1'absolution du pretre n'^tait capable de communiquer au penitent tout au plus que la grace d'une r6conciliation exterieure, et que c'est la satisfaction canonique qui rend Fame pure et qui la vivifie ; que le pouvoir de delier ne regardait que la peine sans regarder la tache du pe'che', la puissance qu'exercent les prfitres sur les pecheurs dans le sacrement n'ayant pour fin principale que 1'imposition de la satisfaction et non pas la remission du crime (1). Que les Peres ne faisaient consister ce pouvoir de delier que dans celui de mettre en penitence et de sdparer de la communion ; que le pre"tre enferme en lui seul avec eminence toute 1'Eglise ; que les eve"ques sont les successeurs des apotres, les b6ritiers de la principauld celeste que Dieu leur a donnee sur la terre ; que la primaute du Pape au-dessus des eveques n'est pas de droit divin, et que saint Pierre et que saint Paul sont deux chefs de 1'Eglise qui n'en font qu'un.

a Cependant le dessein secret et particulier de ce livre etait encore plus dangereux et d'une plus pernicieuse consequence ; car il allait a renverser ce qu'il y a de plus etabli et m6me de plus saint dans notre religion par des maximes encore plus dures et plus Granges que les premieres. Sous le litre de la Frequente Communion, il tachait d'en detruire 1'usage par Timpossibilite de la disposition qu'il y clemandait, et il ne pensait qu'a en d^tourner les fi deles par la frayeur qu'il donnait d'une action si sainte, qu'il ne representait que sous des couleurs terribles pour en imprimer Teloignement dans les esprits, en pretendant n'imprimer que du respect, II insinuait que tous les peches mortels secrets et publics etaient sujets & la penitence publique ; que 1'Eglise, ayant approuv6 dans les premiers siecles cette penitence ordonnee par les canons, ces-

1. Ge sont la les principes que Saint-Cyrun enseignait k M. Singlin, le confesseur de Port-Royal, dans une longue conversation qu'il eut avec lui pen do temps avant de mourir et qu'on trouvo dans les Mtmoires de Fontaine, t. 2, p. 102 sq.

serai t d'etre la colonne de la verite si elle cessait d'en autoriser la pratique ; qu'ainsi ce sacrement 6tait principalement 6tabli pour exercer toute la rigueur de la justice sur le pecheur. II pretendait encore que c'est un tribunal 6rig6 pour la peine du p6cheur et non pour sa consolation, pour sa condamnation et non pour lui faire grace ; que toute la force de la penitence doit etre bieu plus imput6e a la peine que se fait le penitent qu'a la vertu du sang de Jesus-Christ infuse par le sacrement ; que rhumilit< et la confusion int6rieure qui 1'accompagne dans le delai de la communion satisfait plus a Dieu que toutes les oBuvres de charite" separees de cette contrition ; que la plus grande p6nitence e"tant le retranchement de la communion, qui est une representation de cette separation derniere qui fait la plus grande peine des damned, est la plus excellente de toutes les penitences ; que ce retranchement de la communion est une pratique des ames les plus parfaites et la plus aisee selon les hommes, parce que chacun en est susceptible ; qu'ainsi Ton ne doit pas la d6sapprouver, etant plus propre a affliger l'ame que le corps ; qu'on ne doit pas croire 16gerement que la communion puisse rendre hommage a Dieu, non plus que des sujets soient capables d'honorer leur prince en mangeant a sa table. 11 ajoutait qu'il connaissait des ames pretes a diff<rer leur communion jusqu'a la fin de leur vie pour mieux temoigner a Dieu la douleur qu'elles avaient de 1'avoir offense, et qu'enfin c'est le diable qui incite a communier souvent ; il appelait meme cette tenlation du nom de luxure spirituelle . Voila les maximes dont etait rempli ce dangereux livre, dont 1'auteur avait cache le poison sous 1'artilice du langage et sous toutes les beautes de I'eloqueuce, comme sous autant de fleurs, pour rinsinuer plus agreablement dans les esprits (1).

G'est avec ces maximes qu'Arnauld voulait ramener 1'Eglise a la ferveur et a la discipline des premiers siecles. Leur application dans la conduite des ames devait infailliblement produire cet heureux resultat : les Jansenistes en avaient deja fait I'exp6rience. Tout le monde sait, disait Arnauld, qu'a vingtcinq lieues de Paris, Dieu a retrace une vivante image de la penitence ancienne parmi tout un peuple, par la vigilance et la

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