‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 61 sur 217 · Leltre a. M. Du Vaucel, 30 septeiubre · texte numérisé non relu

Leltre a. M. Du Vaucel, 30 septeiubre

1. Cite par Rohrbacher, Ilistoire de 1'Eglise, t. XXV, p. 455.

premiers dimanches des mois et les bonnes fetes, outres-peu, et guere plus aux religions, si ce n'est encore un peu aux jesuites (1).

Entendons maintenant madame de Choisy 6crivant a son amie, la comtesse de Maure, au sujet d'une petite brouille survenue entre elle et la marquise de Sable, tres-affectionne'e & Port-Royal et la bonne mere Angelique :

A 1'exemple de 1'amiral de Chatillon, je ne me decourage pas dans la mauvaise fortune. J'ai senti avec douleur la legerete de madame la marquise, laquelle, persuadee par les Jansenistes, m'a ote 1'amitie que les Carmelites m'avaient procuree aupres d'elle. Je vous prie, Madame, de lui dire de ma part que je lui conseille en amie de ne s'engager pas a dire qu'elle ne m'aime plus, parce que je suis assuree que dans dix jours que je suis obligee d'aller loger a Luxembourg, je la ferai tourner casaque en ma faveur. Entrons en matiere. Elle trouve done rnauvais que j'aie prononce une sentence de rigueur contre M. Arnauld. Qu'elle quitte sa passion, comme je fais la mienne, et voyons s'il est juste qu'un particulier, sans ordre du Roi, sans bref du Pape, sans caractere d'eveque ni de cure, se mele d'ecrire incessamment pour reformer la religion, et exciter par ce procede la, des embarras dans les esprits, qui ne font autre effet que celui de faire des libertins et des impies. J'en parle comme savante, voyant combien les courtisans et les mondains sont detraques depuis ces propositions de la grace, clisant a tous moments : He ! qu'importe-t-il comme Ton fait, puisque, si nous avons la grace, nous serons sauves, et si nous ne Favons point, nous serons perdus '? Et puis il concluent par dire : Tout cela sont fariboles. Voyez comme ils s'etranglent tretous. Les uns soutiennent une chose, les autres une autre. Avant toutes ces questions-ci, quand Paques arrivoient, ils etoient etonnes comme des fondeurs de cloche, ne sachant ou se fourrer et ayant grands scrupules. Presentement ils sont gaillards, et ne songent plus a se confesser, disant : Ce qui est ecrit est ecrit. Voiha ce que les Jansenistes ont opere a 1'egard des mondains. Pour les \eritables Chretiens, il n'etoit pas besoin qu'ils ecrivissent tant pour les instruire, chacun sachant fort bien ce qu'il faut faire pour vivre selon la loi. Que messieurs les Jansenistes, au lieu de remuer des questions delicates, et qu'il ne faut point communiquer au peuple, prechent par leur exemple, j'aurai pour eux un respect tout extraordinaire, les considerant comme des gens de bien, dont la vie est admirable, qui ont de 1'esprit comme les anges, et que j'honorerais parfaitement s'ils n'avaient point la vanite de vouloir introduire des nouveautes dans 1'Eglise. Je crois

1. Leltre de saint Vincent de Paul a 1'abbe d'Horgni, 25 juin 1648.

iermemeiit que si M. d'Andilly savait que j'eusse 1'audace de n'approuver pas les Jansenistes, il me donnerait mi beau soufflet, au lieu de tant d'embrassades amoureuses qu'il m'a donnees autrefois. Jene vous ecris pas de ma main, parce que je prends des eaux de Sainte-Reinc, qui me dounent un froid si epouvantable que je ne piiis rnettre le nez hors du lit. Mais, madame, la colere de madame la marquise ira-t-elle, a votre avis, a me refuser la recette de la salade ? Si elle le fait, ce sera une grande inhumanite, dont elle sera punie en ce monde et en 1'autre (1).

Ce ne fut pas settlement a Paris qu'on eut & d6plorer les ravages du jansenisme dans la piet6 chr6tienne. A mesure qu'il se repandit dans les provinces, il y produisit rapidement des fruits de mort. BienL6t on vit partout des cur6s, imbus de 1'esprit d'Arnauld, refuser pendant de longues ann6es 1' absolution a leurs paroissiens, les detourner de raccomplissement du devoir pascal, diffe"rer la premiere communion des enfants jusqu'a 1'age de vingt et trente ans, laisser mourir les malades sans sacrements, et crier a la violation des saintes regies et de la discipline eccl^siastique, des qu'on vonlait s'opposer a leur conduite barbare et sacrilege (2).

Iletait necessaire d'indiquer ce resultat pratique des doctrines d'Arnauld pour bien appr6cier le debat, nous devrions direle combat, qui va s'engager autour du livre d&la frcquente Communion. Les j^suites furent les premiers a denoncer cetouvrage. Du haut dela chaire de la chapelle de Saint-Louis, dans la rue Saint- Antoine, ou il prechait alors avecun grand succes, leP. Nouet,ancien professeur de rbetorique, demasqua le docteur inconnu guise cachait comtno Calvin avant de repandrc ouuer tement son venin. M. Sainte-Beuve se moque de 1'eloquence du reverend pere, et lui trouve des mots peu elegants. II reconnait toutefois que le fond du reprocbe (adress6 par le P. Nouet a son adversaire) 6tait qu'on voulait rendre les autels deserts et la sainte table inaccessible, sous pretexte de les bonorer, et qu'il y avait partie Ii6e de couper les vivres auxlideles (3). Ge reproche nous parait assez merite". En le

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