Port-Royal, t. -2, p
formulant des la premiere heure, le P. Nouet montrait une grande clairvoyance, qui racbete amplement a nos yeux les d&fauts de sa r6thorique. M. Sainte-Beuve ne connait d'ailleurs ces d6fauts que par ces langues sin ceres, et ces plus v6ridiques de Port-Royal, ce qui nous explique et les ridicules de Forateur et les railleries du critique. Arnauld et ses amis avaient prevu cette attaque. Ces fiers et courageux defenseurs de la v6rite devaient bient6t vouer au m6pris les docleurs qui voulaient combattre saint Augustin en renards et non en lions (1). Us ne d6daignerent pas cependant de ruser pour se mettre a 1'abri des coups qu'ils redoutaient. Ils jugerent prudent de faire pr6c6der le livre de la frequente Communion de nombreuses approbations episcopates et de lui donner ainsi la la marque authentique del'orthodoxie. Mais ils eurent soin de ne soumettre a 1'examen des prelats que le corps de Fouvrage a peine imprime, c'est-a-dire une suite de propositions, dereponses, de textes et de conclusions qui avaient la simple prtention d'6claircir un escrit intitulS : Question, s'il est meilleur de communier souvent que rarement (2). Ils se garderent Men de produire la preface, piece capitale oil Arnauld avait condens6 toute la th6ologie ascetique de Saint- Gyran, et qui devait rester comme le guide pratique des confesseurs jansenistes. Une fois les approbations obtenues, la preface, lenue cached j usque-la, prit sa place d'honneur, et le livre de la frequente Communion fut Iivr6 au public.
Deux 6v6ques, Nicolas Sanguin, e><3que de Senlis, et Louis d'Attely, evSque de Riez, trouverent si dangereux le livre decapite qu'on avait soumis a leur examen, qu'ils prierent le P. Mairat, sup6rieur du P. Nouet, d'obliger le prdicateur de Saint-Louis arefuter 1'ouvrage d'Arnauld. De sorte que cet ouvrage fut attaqu6 avant qu'il fut mis en circulation orn6 .de 1'approbation de seize prelats. M. Sainte-Beuve accuse le P. Nouet d'avoir 6crit lui-meme 1'approbation d'un de ces prelats, 1'archeveque de Tours, Victor Le Boutm'llier, et il trouve piquant de voir le reverend pere precher avec ardour centre le livre qu'il avait loue avec non moins
1. Consideration sur i'enti-eprise de maltre Nicolas Cornel, par Arnauld.
1. Get ecrit 6tait un extrait de {'Institution des Pretres du chartruux . Molina. Le P. de Sesmaisons, jesuite, 1'avait fait poursa penitcnlu iiiadutuu deSt'ble, a laquello rnadamedo Guemene, dirigee paries Jansenistes, reprochait de communier trop souvent. Madame de Guemene se hata de mettre la consultation du K. P. entre les mains d'Arnauld.
d'ardeur quelques mois auparavant. Ge qu'il y a de piquant, c'est que M. Sainte-Beuve fasse precher le P. Nouet centre 1'ouvrage d'Arnauld, rev&tu des approbations, alors que les sermons du Pere commencerent an mois de mai, que les approbations, sauf une, sont dat6es des mois de juin, juillet et aout, et qu'elles ne parurent avec le livre complet qu'a la fin d'aout ou dans les premiers jours de septembre. Malgre tout, il reste prouve pour M. Sainte-Beuve que le Perc Nouet en personne avail redige V approbation de 1'archeveque de Tours, dat6e du %3juin, avant de commencer ses sermons, au mois de mat. Que voulez-vous ? Lancelot le ditpositivement. Et quand c'est un Lancelot qui parle... les dates ellesmemes ont tort dele contredire.
La predication duP. Nouet dcouvrit tout le poison d'un si pernicieux livre, tout cach6 qu'il etait sous les fleurs les plus exquises de 1'eloquence de Port-Royal (1). Elle elargit aussi le cercle de la discussion. On ne parla plus que de la frequente Communion. La division se mit dans les families, les enfants commencerent a disputer centre leurs peres, les femmes centre leurs maris, les penitents contre leurs confesseurs, quand ils leur refusaient 1'absolution. On appelait excommuni6s dans le public ceux qu'on retranchait de la communion. Le scandale qui croissait tous les jours alia jusque-la qu'on vit profaner ce qu'il y a de plus saint et de plus inviolable dans le secret de la confession, et il se trouva meme, a 1'occasion d'une conduite si nouvelle, des maris aller observer leurs femmes j usque dans le sacr6 tribunal de la Penitence (2). Gependant le prince de Gonde faisait imprimer ses Remarques chre'tiennes et catholiques sur le livre qui agitait si profond6ment 1'opinion; le P. 'Lombard 6crivait ses lettres d'Eusebe a Polemarque ; Raconis, dveque de Lavaur, sa Breve anatomie du libelle ; le P. Petau, son trait6 de la Penitence publique. Assurment, au point de vue litteraire, ces po!6mistes perdirent leur escrime contre M. Arnauld de la frequente Communion, comme dit Gui Patin (3). M. Sainte-Beuve, apres Boileau, a beau jeu contre leur frangais et leur style malsain et surann6. Mais il y avait la autre chose qu'une question de Iitt6rature, et, dans