Vie de messire Antoine Arnauld, 1. 1, p
Oui, il faut aller a Rome defendre hautement la verite". On en reviendra plus glorieux. M. Arnauld penchait vers ce dernier parti, qui etait oelui de madame de Longueville et de M. d'Andilly ; il aurait aime a faire le lion. L'exemple et les conseils de M. de Barcos prevalurent, et il se decida a faire le renard. II se retira chez M. Hamelin, controleur des ponts et chaussees, qui vint tout expres habiter au faubourg Saint- Marceau, a/in d'y garder plus surement son tresor \[). 11 eut soin d'ecrire a la reine pour lui annoncer qu'il se retirait entre les bras de Dieu ; il 1'assurait que c'etait pour se soustraire aux violences de ses enneinis qu'il s'allait meltre a convert sous t'ombre dcs ailcs de Dieu, ou il lui offriratl sans cesse ses prieres pour la prospe'rite de Sa Majesle (2). M. Fontaine, qui accuse les adversaires d'Arnauld de tumultes seditieux et de plaintes sanguinaires (3), nous dit que le grand docteur, une fois dans son asile, vivait paisiblement, com me un agneau, pendant qu'une infinite de personnes fr6missaient centre lui comme des loups.
Get agneau, qu'Alexandre YII appela le perturbateur du repos public, profita de I'impunile que lui assurait sa retraite pour poursuivre sa lutte centre 1'Eglise catholique. Urbain VIII avail condamne VAugustinus. Afiii sans doute qu'on ne se doulat pas que c'etait la peur seule de 1'lnquisition qui 1 avait empeche d'aller rendre compte de sa i'oi an Pape, Arnauld publia YApoiogie pour M. Janse'nius, eueque d'Ypres, el pour la doctrine de .saint A -uguslm, < xj liquce dans son livre intitule Augustinus. M. Sainte-Beuve reproche au Pere Nouet et a ses confreres d'avoir appele Ai-nauld lierelique. Nous, ajoute-t-il, qui lisons jusqu'au bout dans I'ame et dans les arrieres-pensees d'Arnauld, nous saurons a quoi nous en tenir. Le calvinisme secret d'Arnauld est une chimere et une imposture (4). Si au lieu de lire jusqu'au bout dans 1'ame et dans les arriere-pensees du docteur, M. Sainte-Beuve eut lu les premieres pages de VApo oyie, il aurait vu que le calvinisme d'Arnauld n est pas une imposture. Arnauld y renouvelle en efi'et ce dogme de Calvin : Dieu a voulu posilivcment exclure de ia vie eiernelle et de son royaume ceux qu'il n'a pas predestines. Cette re'pro-
l.Port-lioyal, t. n, p. 287.