‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 73 sur 217 · Memoires de M. Du Fosse, p · texte numérisé non relu

Memoires de M. Du Fosse, p

tion a ce qui me regardait. II se retira dans sa terre de Pomponne.

Le cardinal cependant se ressouvint de lui et le uomma intendant de Parm6e des mavechaux la Force et Breze. Servien, le secretaire d'Etat, lui annouga cette faveur. M. d'Andilly ecrit dans ses Me-moires : Je regus une leltre de M- Servien, ecrite de sa main, ce qu'il faisait rarement, a cause de 1'incommodite de son oeil, par laquelle il me mandait que le roi m'avait choisi pour m'envoyer intendant dans cette armee, et qu'encore que ce ne fut pas un emploi tel que je le pouvais esperer, je devais compter pour beaucoup de ce qu'on m'envoyait chercher dans ma maison, comme autrefois les dictateurs a la cbarrue. Quelle profonde bumilite !

Avant de suivre ce nouveau Cincinnatus dans la brillante carriere qui s'ouvre enfin devant lui, entrons dans sa pauvre maison et voyons-le dans son petit champ. A coup sur, c'est ici, ou nuile part, que nous le trouverons vivant dans une incroyable simplicite et dans, une grande innocence. Un de ses flls, 1'abbe Arnauld, qui, lui aussi, a laisse des Memoires, va nous faire les honneurs de Pomponne :

Ce n'etait tons ]cs jours, en ce temps la, que jeax d'esprit et parties galanles... Et un jour que nous etions a Pomponne, madame la marquise de Rambouillct, avec une troupe choisie, resolutde Ty venir surprendre 1M. Godeau en ctait ; il nc pensait point en ce temps-la a devenir prince de 1'Eglise, commc il le fut quelques annees apres, ayant ete i'ait eveque de Grasse et puis de Vence. Ceux qui 1'ont connu savent qu'il etait fort petit, et a I'hotel de Rambouillet on 1'appelait leNain de la princesse Julie. Us partirent de Paris en deux carrosses ; et sur les cinq heures du soir, deux ou trois cavaliers viennenl a Pomponne comme s'ils eussent ete des marecbaux-des-logis d'une compagnie de cavalerie, et demandent a i'aire le Jogement. Aussitot on court au chateau en avertir M. d'Andilly, qui, n'etant pas accoutumea recevoir de ces sortes d'hotes, vient fort echauffe trouver ces messieurs, les interroge de leur ordre, s'etonne qu'on lui ait \oulu causer ce deplaisir, et les prie de De rien faire qu'il n'ait parle a leurs officiers. Pendant qu'il raisonne avec eux, on entend sonner la trompette : il avauce croyant que ce fut la compagnie ; mais il fut etrangement surpriscle voir le JN'aindela princesse Julie, lequel, arme a 1'antique et monte sur un grand coursier, sans lui donner le loisir de le reconnaitre, pousse sur lui a toute bride et lui romptau milieu de 1'estomac une lance de paille qu'il avait raise en arret, lui jetant enmeme temps un cartel de defi en vers fort galants. II ne fut pas longtemps a revenir

de 1'etonnement ou cette surprise 1'avait jete ; car les deux carrosses parurent aussitot, et les eclats de rire lui firent perdre sa mauvaise humeur. II regut cette agreable compagnie de meilleur cceur qu'il n'aurait fuit 1'autre ; mais ce ne fut pas sans avoir puni par quelques soufflets ce petit Nain audacieux de sa temeraire entreprise.

Comme le dit M. Sainte-Beuve : II nous faut rabattre du d'Andilly-Cincinnatus ; il nous faut rabattre aussi du d'Andilly-Saint-Jean-Baptiste. L'innocent et austere dictateur de Pomponne ne perdit rien de son amabilit6 pendant son sejour ei I'arm6e.

Dans la celebre Guirlande de Julie, tress6e en 1641 par les h6tes de I'hotel Rambouillet, on trouve un madrigal d'Arnauld. C'est le lys qu'irfait ainsi parler en 1'honneur de la belle princesse :

De la reyne de Fair je suis la fleur divine ; Ma blancheur de son lait tire son origine.

Et je veux de ma gloire enrichir la beaute ; En vain toutes les fleurs, dans leur pompe supreme, Se vantent de t'orner d'un royal diademe ; Leur plus superbe eclat n'a point de majeste.

Nul autre que le lys sans audace n' aspire A te rendre un honneur qui soit digne de toy ; Elles parent ton front, et je t'offre un empire, Puisqu'en te couronnant je t'egale a mon Roy.

M. de Saint-Gyran ne faisait pas plus de cas des belles paroles que des fleurs du printemps; et, un jour trouvant les eleves de Lancelot qui 6tudiaient Virgile, il leur dit : Voyezvous cet auteur 1&? il s'est damn6, oui, il s'est damne en faisant ces beaux vers, parce qu'il les a fails par vanite" et pour plaire au monde (1). Les madrigaux de M. d'Andilly n'6taient-ils pas faits par vanit6 et pour plaire au monde, et des lors, leur auteur ne m6ritait-il pas la damnation 6ternelle ? Non. M. d'Andilly avait pris ses pr6cautions contre les reproches de sa conscience et la dure sentence de son maitre : il avait joint ensemble deux choses presque inalliables, la galanterie et la devotion. Dans ses parties galantes, il portait les saintes pr<-

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