‹ Les Jansénistes du XVIIe siècle [microform]Chapitre 76 sur 217 · Ibid., I · texte numérisé non relu

Ibid., I

compliment. Geux qui se plaisent a faire des vers, dit-il, devraient choisir principalement des sujets de piete ; et il y a de quoi s'etonner que plus de personnes n'y travaillent en un temps cm nous avons pour exemple celui qui possede si dignement la qualit6 de chef de 1'Eglise. Qui ne sait que ce pasteur souverain des ames joint aux sacrees occupations de la premiere charge du monde le soin de nous faire voir les miracles de la divinite dans ses illuslres ouvrages, oii Rome se voit encore triomphante par la magnificence de ses vers ?

Assurement le Pape ne pouvait manquer d'etre sensible a cet eloge et d'y trouver un temoignage du respect de M. Arnauld pour le Saint-Siege. Des lors, n'aurait-il pas vu avec plaisir arriver aux premieres dignites de la cour de France, 1'appreciateur sincere de sa personne et de son talent? M. d'Andilly y comptait bien, et cette intention 3ui a fait pardonner son compliment par les historiens jansenistes. II ne lui suffisait pas de gagner le Souverain-Ponlife en le flattant. II desirait vivement gagner par le meme procede les eveques de France. II e"dite, dans ce but, les Lcttrcs de Saint-Cyran, et les leur dedie comme un tribut de sa soumission, de son respect, de sa pie"te et de sa reconnaissance. Dans cette dedicace, il proclame 1'orthodoxie de son maitre et aussi la sienne. a Je ne puis jamais oublier ce que j'ai appris de ce grand homme, que 1'un des principaux exercices de 1'adoration qu'ils taschoit de rendre a Dieu, estoit de regarder avec une obeissance respectueuse sa volonte dans le ciel, et son Eglise sur la terre, et que les deux premiers objets de sa reverence dans cette Sgiise, estoient 1'Eglise de Rome, comme le chef du corps immortel de Jesus-Christ, et 1'Eglise de France, comme 1'une des plus saintes et des plus nobles parties de ce divin corps.

Mais dans 1'Egiise, la compagnie de Jesus 6tait une puissance, et les amis de Saint-Gyran cHaient fort soupgonnes de nourrir contre elle des projets hostiles. M. Arnauld se hata de d^truire ces soupgons, qui nuisaient a son ambition et a ses int^rets. Apres les lettres de Saint-Cyran, il donna au public sa propre correspon dance, ou ses calomniateurs parent lire une lettre de M. d'Andilly a un jesuite, le P. Lejeune, dans laquelle il fait profession de la plus profonde admiration et de la plus grande amitie' pour plusieurs fils de Saint-Ignace, assure que M. de Saint Gyran partage ses sentiments et se recommande a leurs prieres.

Toutes ces manoeuvres ne rSussirent point a M. Arnauld. La maison du roi fut constitute et il en fut exclu. Gomme pour le preceptorat, le fant6me du jans&aisme effraya la reine. M. Arnauld se consola de ses 6cbecs, qu'il attribuait au fantome et au cardinal Mazarin, par cette reflexion que ceux a qui Dieu fait la grace de mepriser tout ce qui les regarde en particulier pour ne considerer que lui seul et ne penser qu'a s'acquitter de leurs devoirs, ne sont pas propres a des favoris.

Bien convaincu de~sormais que la cour lui 6tait ferm6e, M. Arnauld se retira au D6sert pour contempler, avec cette gravit6 qui lui eiait si naturelle, les cris du monde dont Dieu le tirait, les agitations de la cour dont il le mettait a 1'abri, les emplois pnibles du siecle dont il le d6barrassait, 1'adorer dans ce port tranquille, et voir avec douleur le naufrage de tant de personnes que son bon cceur lui avait rendu amis, mais que son exemple n'avait pas la force de tirer de cette mer comme il s'en sauvait (1).

Ce fut au printemps de 1646 que M. Arnauld, sauv6 malgr6 lui des agitations de la cour et des emplois p6nibles du siecle, arriva au milieu des solitaires et put enfin satisfaire cette longue soif dont il brulait depuis tant de temps (2). Mademoiselle de Scud6ry a decrit dans un de ses romans, la Clelie, cette arrived du saint vieillard auquel elle donne le nom de Timante :

Je me souviendrai toute ma vie, dit Melesgene, d'un jour qu'il (Timante) arriva en un lieu ou il etait attendu par dix ou douze personnes qu'il aimait fort, et dont il etait fort aime ; car encore qu'il ne semble pas possible qu'un homme en un seul instant puisse satisfaire a tout ce que la civilite et 1'amitie demandent de lui en une semblable rencontre, il le fit admirablement, et soit par ses actions, soit par ses paroles, par ses caresses, par son empressement obligeant et par sa joie, il leur fit entendre qu'il leur etait fort oblige, qu'il etait ravi de les voir, qu'il les aimait, qu'il avait cent choses a leur dire, qu'il avait enfin pour eux tous les sentiments qu'ils pouvaient souhaiter qu'il cut. II disait un mot a Tun, un mot a 1'autre ; il embrassait deux ou trois de ses amis tout a la fois ; il tendait la main a une de ses amies ; il parlait bas a une autre ; il parlait haut a tous ensemble, et Ton peut

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